Écoféminisme et justice climatique

Bienvenue au CAPMO. Cela me fait vraiment plaisir que vous soyez là. Le CAPMO, c’est le Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert. C’est un groupe d’éducation populaire et de défense collective des droits. Depuis de nombreuses années, nous militons ensemble au sein du Collectif TRAAQ pour un transport abordable et accessible à Québec. À chaque mois, nous avons une rencontre qui porte sur un sujet d’actualité, et au mois de mars, nous avons pour coutume de traiter d’une question féministe. Alors, nous avons pensé faire appel à Judy Coulombe (JC) pour venir nous parler d’Écoféminisme. Alors je laisse la parole à Judy. Emilie Frémont-Cloutier

Poser un regard féministe sur les impacts des crises climatiques et de la biodiversité, c’est réaliser que l’injustice est réelle et que la charge mentale verte repose trop souvent sur les femmes. Notre pouvoir d’agir est réelle, encore mieux si on prend conscience des inégalités et qu’on devient toustes allié-e-s pour dépasser le capitalisme et le patriarcat.

Bonjour, je m’appelle Judy et je travaille au Regroupement des groupes de femmes de la Capitale nationale, RGFCN. Question de vous connaître, nous allons faire une activité brise-glace pour nous présenter en répondant à la question : À quoi vous penser si je vous dis système d’oppression ? JC

* Christian : Patriarcat

* René : Je trouve que les femmes sont mises de côté.

* Monique : Le manque d’empathie, les coupures du gouvernement, ces choses que nous pouvons vivre, et particulièrement les femmes.

* Éric : Comme personne handicapée, je vis beaucoup de d’exclusion en lien avec le capacitisme.

* Mathilde : Pour ce qui est de l’oppression, je pense surtout au capitalisme et au patriarcat, mais il existe aussi plein de systèmes d’oppression telle que le racisme.

* Normand : Pour moi, les femmes sont victimes d’oppression.

* Ronald : Je pense que tout le monde est opprimé s’ils ne se libèrent pas. Se libérer, c’est une recherche qui dure toute la vie.

* Yves : Moi je pense à ce qu’on appelle la rationalité, mais c’est une perversion de celle-ci. C’est une rationalité qui est dépourvue d’empathie et qui nous déshumanise en fin de compte.

* Renaud, activiste généraliste : Pour moi le système d’oppression, pire qu’une maladie, c’est l’accumulation de la richesse.

* Michel : les systèmes d’oppression sont basés sur tous ceux et celles qui en profitent indirectement, c’est-à-dire, un peu tout le monde. Tout ce qui est fabriqué dans le Sud global pour pas cher. Nous sommes complices par la bande. S’il n’y avait pas de consommateurs, consommatrices, le système s’arrêterait de fonctionner. Ici, on parle de fin du monde, mais pour bien des pays, cela fait longtemps que c’est commencé.

* Robert : Il y a deux causes qui sont à l’origine des problèmes des femmes, ce sont la religion et la culture.

* Sophie : J’aurais beaucoup à dire sur les systèmes de dépression. Je suis Vigan, ce n’est pas juste un caprice alimentaire, c’est une réflexion sur le système d’oppression qu’on appelle le spécisme qui est l’oppression des êtres humains sur les autres espèces. L’espèce humaine a la prétention de soumettre toutes les autres espèces à des existences misérables pour satisfaire ces goûts alimentaires et autres. C’est une oppression qui est oubliée. Peut-être que dans 200 ans, les gens vont se dire : « On n’avait pas raison d’agir ainsi. »

* Emilie : Pour moi, cela me touche beaucoup comme oppression ce que subissent les personnes demandeur d’asile ou les personnes immigrantes.

* Claude : Pour moi l’oppression, c’est quand je vois les policiers qui s’en prennent aux itinérants et qui les chassent de l’espace public et qui leur enlèvent tout. Je leur ai demandé pourquoi? Ils m’ont dit qu’ils recevaient des ordres qui leur disent de faire ça. C’est comme leur dire que la société ne veut pas les voir.

Ça part du constat qu’il y a des êtres humains plus importants que d’autres et que certains ne valent pas la considération des autres.

* Jean : C’est certain que le sexe féminin est opprimé et il faudrait que cela cesse. Il faut établir un équilibre.

* Stuart : Pour moi, les GAFAM forment un système d’oppression. Nos adolescentes sont devenues malheureuses en grande partie à cause des réseaux sociaux où elles se comparent les unes aux autres.

* Marie-France : Le temps m’opprime. J’aime mieux le kairos que le chronos. J’essaie de ralentir.

Ce soir, ce que nous allons faire ensemble, c’est échanger et réfléchir ensemble sur l’environnement et le féminisme, et aussi sur l’injustice climatique. Nous allons aussi essayer d’identifier les systèmes d’oppression à la fois de la nature et des femmes, et comment est-ce qu’il y a des interconnexions. Je ne suis pas une biologiste experte de l’environnement. Je suis féministe, c’est mon angle d’approche, ma perspective globale d’analyse des problématiques sociales et si jamais je n’ai pas la réponse, je vais les chercher. JC

Ce soir, ce n’est pas une conférence, c’est un atelier d’éducation populaire autonome.  Je suis venue avec du matériel pour vous faire travailler. Je vais vous distribuer un outil pour parler des systèmes d’oppression. Sur la roue des oppressions, vous avez certains systèmes d’oppression dont plusieurs que vous connaissez. Si je vous demande : Est-ce que le capitalisme oppresse les gens ? Je pense que la réponse est évidente. Après vous avez le patriarcat que plusieurs ont nommé ce soir. C’est la domination des hommes sur les femmes, le sexisme et tout ce qui y est apparenté. Ensuite, nous avons le colonialisme, quand on parle des populations autochtones et des endroits ailleurs dans le monde qui sont dominés par l’Occident. JC

Puis, nous avons le capacitisme, tout ce qui oppresse les personnes qui ont des handicaps visibles ou invisibles dans la société. Quand on juge que la norme, c’est une personne en forme, d’un certain âge avec une santé conséquente. Cette personne doit être en forme pour pouvoir aller travailler dans le système capitaliste. Sinon, sa forme physique nous intéresserait probablement beaucoup moins. Il y a aussi le classisme, la lutte des classes. La norme dans la société, c’est une personne éduquée qui est productive et qui a un salaire conséquent. Tout ce qui ne correspond pas à cette norme d’éducation, de travail, de salaire, va être jugé comme appartenant à des classes inférieures. Quand on parle de classes populaires et de luttes des classes, et de l’élite qui se considère supérieure aux autres, nous sommes dans le classisme.

Il y a aussi un autre système d’oppression qui s’appelle l’âgisme qui  peut être orienté vers les personnes plus âgées, qui ont une grande valeur dans la société, mais aussi envers les très jeunes. Souvent on va dire que les enfants ont peu ou pas de jugement. Puis, il y a le racisme comme système d’oppression. Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous expliquer ce que c’est ? Comment est-ce que cela opprime des groupes qui ne sont pas blancs dans le monde ou au Québec. JC

Vous ne parlez pas de spécisme et d’homophobie ?

Le spécisme pourrait être considéré comme une forme particulière de racisme envers la nature et les animaux, tandis que la transphobie et  l’homophobie se rapportent au patriarcat qui définit les normes de genre hétérosexuel comme la norme acceptable. La grosophobie, la peur des obèses, serait liée au capacitisme comme un handicap.

Maintenant que vous connaissez tous les côtés de la roulette, j’ai 12 articles de journaux que je vais vous distribuer. Je vous invite à entourer avec la ficelle, les systèmes d’oppression que vous reconnaissez dans chacun des articles. JC

Exercice deux par deux.

Après l’exercice…

Qu’est-ce que vous avez remarqué parce que vous aviez tous et toutes des articles différents, mais en lien avec l’environnement ? La difficulté de l’exercice c’est d’identifier les systèmes d’oppression qui se trouvent dans l’article ou derrière. Parfois, il faut comprendre le contexte général qui n’est pas cité. En quoi cela peut être oppressant et qui cela peu opprimer et comment ? Quelqu’un veut nous faire un résumé de ce qu’ils ont trouvé à partir de leur article? JC

* L’article se nomme : La réforme de la consignation aurait pu être mieux. Nous on n’a rien compris. Ça parlait de canettes d’aluminium et de bouteilles à recycler. On s’est dit, c’est la surconsommation, c’est le capitalisme. Après on a pensé : C’est peut-être parce qu’on est colonisé qu’on consomme des canettes ? On a aussi identifié le classisme parce qu’on s’est dit que ce sont ceux et celles qui n’ont pas d’argent qui les rapportent ?

Avant on pouvait ramener nos contenants consignés dans toutes les épiceries, maintenant, il faut aller les porter plus loin dans les points de chute de Consigne action qui sont difficilement accessibles sans voiture. Où ces points sont-ils situés ? La plupart du temps, ils sont sur des axes routiers, loin des autobus et loin des parcours piétonniers. Donc, si les décideurs avaient eu une analyse moindrement intersectionnelle, ils se seraient rendus compte que les personnes les plus affectées par cette nouvelle mesure, sont déjà à très faible revenu. Dont une partie importante de leurs revenus dépendaient de leurs fameuses canettes d’aluminium. Les épiceries tendent à enlevé les gobe canettes. À terme, cette réforme va faire en sorte qu’ils vont disparaitre des épiceries. Ce n’est pas grave si vous n’avez pas compris le contexte global. Une autre équipe? JC

* L’article se nomme : L’apport environnemental des terres autochtones surpasse souvent celui des aires protégées par le fédéral. On compare l’efficacité environnementale de la gouvernance autochtone avec celle des différents gouvernements. Nous avons repéré le colonialisme, nous avons discuté si cela provenait du capitalisme, et nous pensons que ce n’est pas un effet direct parce qu’il ne s’agit pas de sociétés d’actions.

Comment s’appelle la loi qui régit encore les relations avec les Premières Nations? La loi des Indiens, cela s’appelle encore comme ça. Cette loi fait des Premières Nations, des Métis et des Inuits, des sous-citoyens. Elle amène plein d’enjeux en termes de ressources naturelles. Le gouvernement fédéral et provincial a le droit de dire aux peuples autochtones comment ils doivent gérer leurs ressources naturelles parce qu’ils le savent mieux qu’elles comment on doit protéger la nature. Ils leur font faire des ententes de réconciliation avec de petites compensations financières en échange de leurs ressources. Ensuite, on leur demande d’adhérer à tout leur système de livrable et de reddition de compte. Étrangement, ils se demandent pourquoi cela ne fonctionne pas. C’est la rationalité oppressive du capitalisme. Il y a aussi du racisme à la base de ce raisonnement. Quand on décrète des aires de protection naturelle, on se prive du régime forestier qu’on pourrait en tirer. Un dernier exemple ? JC

* Cela parlait de la pollution éternelle détectée dans le sang du cordon ombilical. Nous avons relié cela au capitalisme, au capacitisme, au patriarcat, au colonialisme et au classisme. Pour mettre cela en contexte, il s’agit de 42 composés qui ont été retrouvés dans des cordons ombilicaux. Les prélevés ont été faite dans la région de Cincinnati. La qualité de l’air et la pression atmosphérique de cette région est différente de Pékin, Paris ou au Brésil. C’est du colonialisme au sens où nous sommes inégaux sur la planète en termes de qualité de l’air, de pollution déversée du nord vers le Sud global. Pour le classisme en fait, ce n’est pas dit dans l’article, mais souvent les personnes qui vont être les plus affectées par ce type de pollution, sont celles qui vivent proches des usines. Pour le cas de Cincinnati, les quartiers populaires sont situés proche des usines. Les personnes qui vivent dans les secteurs plus défavorisées sont souvent également racisées. C’est comme une violence insidieuse du patriarcat et du capitalisme. Ce sont des systèmes de production qui cherchent à générer des profits au détriment de la santé humaine.

Vous voyez comment les systèmes d’oppression sont interreliés. Si je choisis de combattre uniquement le patriarcat, ça ce peut que les autres cordes sur la roulette bougent. Si vous essayez de bouger la corde, tout suit. Une fois que tout est attaché ensemble, on ne peut pas lutter contre une seule forme d’oppression parce qu’elles fonctionnent ensemble. Les systèmes d’oppression sont des I-F-S, comme j’aime les appeler, des meilleurs amis parce qu’ils s’alimentent les uns les autres. Et c’est payant en plus de fonctionner en synergie comme cela. Une fois que nous avons constaté cela, nous aussi, on doit travailler ensemble contre ces systèmes d’oppression. Est-ce que vous pensez que vous êtes personnellement touchés dans votre quotidien par la crise écologique, de la même manière qu’une voisine âgée, ou une femme autochtone, ou non instruite, etc. ? Pourquoi ? JC

* On parle de la crise climatique,  à cause des changements climatiques.

* Moi je pense que cela dépend des personnes, de leur situation économique, de santé, familiale, de où elles habitent, etc. J’ai remarqué l’été dernier en Haute-Ville lorsqu’il faisait chaud, que quand tu changes d’endroit, c’est un plus frais. L’hiver aussi, il y a ces écarts de température entre certains endroits. Les arbres sont importants en ville, il faut les préserver.

Comment êtes-vous touchés par la crise climatique ? En quoi cela peut-il être différent ?

* Si le prix du pétrole augmente, les riches sont moins touchés parce qu’ils ont plus de revenus pour faire face aux dépenses.

Est-ce qu’on peut distinguer la crise climatique de la crise sociopolitique et à quel point on ne va pas de plus en plus vers le croisement des deux et elles vont aussi s’alimenter l’une l’autre ? Très bientôt, il va y avoir des réfugiés climatiques. Je pense que je ne surprends personne lorsque je parle d’injustice climatique parce que c’est injuste, et que les personnes dans le monde, à l’échelle de la planète, mais aussi quand on zoom sur le Québec et le Canada, les personnes et les populations les plus vulnérables et les plus à risque, sont celles qui ont le moins d’impact et de pouvoir sur le climat. Tandis que les personnes qui ont le plus de pouvoir et qui se situent à la cause des changements climatiques et de la pollution de la biodiversité, sont celles qui sont les mieux protégées contre les conséquences des crises. JC

L’ONU a sorti un chiffre épeurant, selon vous, les femmes ont combien plus de chance que les hommes de mourir dans un événement climatique extrême ?

* Lors d’un tsunami en Asie, 75% des victimes étaient des femmes parce qu’elles étaient des proches aidantes.

* 70% des personnes en situation de précarité sont des femmes.

La réponse, c’est 14 fois plus de chance de mourir qu’un homme. C’est assez intense, parce que globalement, elles sont plus pauvres et elles moins accès aux ressources. JC

* À Gaza, est-ce qu’il y a plus de femmes et d’enfants qui sont morts à cause du génocide ?

Je dirais oui. Dans les situations extrêmes, lors des crises climatiques ou sociales, les femmes ont 14 fois plus de chance de mourir. L’affaire c’est qu’on se dit que cela se passe toujours loin de nous. Mais à l’échelle du Québec, les décès, il y en a moins. C’est moins fracassant comme statistique. Qu’est-ce qui arrive aux femmes dans les situations extrêmes comme les inondations dans Charlevoix ? JC

* Je pense qu’il y a une plus forte proportion de femmes qui vivent de la précarité économique donc c’est plus difficile pour elles d’échapper à une relation malsaine. Il y a plus de femmes qui sont locataires, donc c’est difficile de pouvoir se trouver un autre logement. Aussi, nous allons avoir énormément de réfugiés climatique en provenance du Nord du Québec et du Canada. Les Inuits vont être extrêmement impactés par les changements climatiques. Cela va affecter leur mode de vie.

Alors, il y a la perte de revenu et le fait que globalement, les femmes sont plus pauvres que les hommes, donc elles ont moins de moyens pour pouvoir affronter les différentes précarités. Généralement, elles ont des personnes à charge, enfants ou ainés. En Beauce et dans Charlevoix, dans les situations d’inondation, les taux de violence conjugale augmentent énormément. En plus de gérer une relocalisation, des enfants ou des parents âgés, il y a aussi de la violence. Est-ce que vous êtes surpris ? JC

* J’ai aussi entendu une statistique que lorsqu’il fait très chaud, cela augmente les taux de violence conjugale.

Alors, lors de conditions climatiques extrêmes, ou de crises, les violences ont tendance à augmenter. Donc on peut s’imaginer que si les crises s’accentuent, les violences aussi vont continuer de s’accentuer. C’est ce que les études longitudinales ont tendance à constater, les courbes s’accroissent ensemble. JC

* Il y a aussi quelque chose au niveau du transport qui est encore plus vrai en milieu rural. Les femmes possèdent moins souvent leur propre véhicule et elles sont dépendent d’un homme pour se déplacer. Donc, la possibilité de fuir rapidement en cas de crise conjugale est moins accessible pour les femmes.

Je m’étais noté de vous amener une définition de l’Écoféminisme. Parce qu’une fois qu’on a dit tout cela, pourquoi est-ce qu’on croise l’analyse environnementale avec l’analyse féministe intersectionnelle ? Comment est-ce que tout cela peut nous aider à avoir une lunette intersectionnelle ? Bien sûr, il s’agit d’un mouvement avec plusieurs courants. Comme chez les écologistes, il n’y a pas un seul mouvement Écoféministe.

On parle d’écologie sociale, alors qu’il y a une diversité de mouvements environnementaux sur un très large spectre qui va du Capitalisme vert à l’écologie sociale à l’autre bout pour lesquels les êtres humains sont une partie intégrante de l’écologie, un système où l’on cherche à comprendre les interactions entre les systèmes écologiques, économiques et culturels. Ce mouvement place l’humain dans la nature et non pas au-dessus. C’est dans cette perspective que l’Écoféminisme se situe. Nous essayons de replacer les êtres humains dans l’environnement au lieu de s’imaginer que nous ne faisons pas partie de la nature. On place aussi les autres systèmes d’oppression en constatant qu’ils se renforcent mutuellement. Ils sont connectés et en général, cela procède d’une logique de domination, tant sur la nature que sur les humains. JC

Quand nous disons que nous dominons les populations d’autres pays, qu’on domine des populations à l’intérieur du Canada, alors l’Écoféminisme peut prendre soin de la nature et de tous les humains. Alors, ce n’est pas juste une histoire de femmes, on veut vraiment que tous les humains soient égaux, et on veut placer la nature et les autres espèces, dans une perspective où nous avons tous et toutes besoin les uns des autres. Si on prend l’exemple de la perte de la biodiversité des insectes, notre qualité de vie va s’en trouver réduite. Se replacer dans l’écosystème dans une perspective éco-féministe, cela aide à voir que nous avons les mêmes causes et les mêmes problèmes que les abeilles. C’est un raccourci, mais nous procédons de la même source d’oppression que sont le patriarcat et le capitalisme. Ce sont les deux principales systèmes d’oppression, mais vous avez vu que ce sont les deux causes principales desquelles les autres systèmes d’oppression procèdent. JC

* Jon Sobrino, un théologien de la libération du El Salvador,  disait : « L’humanité a déclaré la guerre à la nature, mais il ne peut pas gagner cette guerre puisque cela serait sa perte. Alors il faut au plus vite négocier un accord de paix avec la nature avant qu’il ne soit trop tard. »

Pause…

Dans la première partie de la soirée, nous avons vu comment les systèmes d’oppression travaillent ensemble, comment il y a une injustice climatique, et sans vous surprendre, je vous dirais que les personnes qui sont déjà vulnérabilisées par la société, les plus pauvres, les personnes racisées, celles qui ont un parcours d’immigration, qui ont des limitations fonctionnelles, parfois invisibles, des personnes qui ne répondent pas aux normes de genre, et les femmes, etc. Si en plus tu es lesbienne et racisée, que tu viens d’un autre pays, avec un handicap visible, qu’est-ce qui arrive ?

* Elle va avoir de grandes difficultés parce qu’elle ne sera pas reconnue.

Vous comprenez comment l’Intersectionnalité consiste à voir comment tous les systèmes d’oppression marchent ensemble. Alors ces personnes qui sont déjà les plus vulnérabilisées, quand on va parler de crises écologiques, ce sont celles qui vont être le plus affectées. Aussi, les personnes les plus affectées sont celles qui vont le plus prendre sur elles la charge de la transition écologique. Qu’est-ce que vous faites chez-vous comme gestes écologiques ? Christian qu’est-ce que tu fais quand tu veux améliorer le monde ? JC

* Je fais du composte.

* Une question que je me pose en rapport avec l’écologie, moi j’habite dans un gros immeuble et nous n’avons qu’un seul bac de récupération pour 200 logements. Il n’y a pas de poubelle à composte. Alors on met les petits sacs mauves dans la grosse poubelle à déchets. Je remarque qu’il y a très peu de gens qui font le compostage.

Deux choses que je remarque, comme Christian, tu compostes et tu recycles, mais tu t’inquiètes pour tes voisins. Je ne suis pas sûre que tout le monde porte cette charge là et s’inquiète de ses voisins.

* Moi je fais la récupération, mais je n’ai pas les sacs pour le compostage. Nous n’avons que deux bacs de récupération pour 58 logements. C’est toujours plein. C’est un peu la difficulté qui peut avoir. Et en même temps, je sais que beaucoup de choses que nous mettons à la récupération finissent aux vidanges. On ne sait pas trop comment c’est fait. Moi, j’ai quelques réserves.

* Je veux juste dire par rapport au recyclage, ça a été créé par les fabricants de plastique pour pouvoir en mettre plus sur le marché. On promeut le recyclage pour légitimer la production de plastiques. Mais en fait, très peu de plastiques que nous mettons au recyclage qui est recyclé. L’industrie met la responsabilité sur le dos des citoyens et c’est aux individus de porter la charge, mais en réalité, il faudrait qu’il y ait moins de production de plastique. Un truc qui est beaucoup sur la charge des femmes par rapport à la crise climatique, c’est l’éducation par rapport aux enjeux environnementaux.

* Selon moi, tous ceux et celles qui ont une revenu inférieur au panier de consommation, sont des personnes qui recyclent. Pourquoi ne pas revendiquer un crédit d’impôt pour les personnes qui font leur recyclage et leur compostage ? On cesserait de s’apitoyer pour passer à l’action. Moi aussi je recycle.

Est-ce que vous avez d’autres exemples de recyclage parce que malgré ce que vous dites, c’est supposé d’être acquis ? Cela fait plus de trente ans que nous recyclons au Québec. JC

* Il y a toutes les mesures pour économiser de l’énergie aussi.

* Changer ses habitudes alimentaires pour devenir végétarien et manger plus local.

* Moi je trouve qu’on consomme de plus en plus. Quand j’étais enfant, mon père me faisait enlever les clous et les redresser pour réutiliser les vieilles planches et les vieux clous. Sincèrement, nos anciens étaient plus écologiques que nous ne le sommes aujourd’hui. Par exemple, mes enfants ne vont pas revendre les canettes et les bouteilles, ils les mettent au recyclage. Une autre affaire, c’est la quantité de cartons que cela produit quand tu commandes des affaires sur Amazon. Ça n’existait pas avant cette façon compulsive de combler tous ses désirs induit par la publicité. Il s’agit de ne pas trouver ton bonheur dans les objets matériels. Sinon, quand le recyclage est arrivé au Québec, j’étais content, cela soulageait ma conscience. Je sais qu’aux États-Unis, on ne recycle pas dans tous les états et ici à Québec, souvent les grands édifices à logement et condos, n’ont pas de bacs recyclage. Les bacs bleus c’est classique dans les banlieues.

Quand il y a eu une mesure structurante collective, cela t’a libéré la conscience. D’autres exemples de choses que vous faites. JC

* Si on regarde les personnes immigrantes, beaucoup vont faire des achats regroupés. Les coop ont essayé de faire cela dans les années 1970 et 1980. Ça marchait parce que ma génération était pauvre, mais nous avions des besoins. Ça permet aussi de passer à côté de l’emballage puisqu’on fait des achats en vrac. Ça a aussi des conséquences au niveau des jus et des berlingots de lait. Tout ce qu’on donne dans les écoles parce que les enfants ne déjeunent pas. Donner du jus dans des tétras plats qui ne sont pas recyclables, avec du sucre en plus qui excite les enfants. Il y a des campagnes contre le sucre. Cette semaine on parlait d’interdire aux enfants les boissons énergisantes, c’est fondamentalement du sucre qu’il y a là-dedans. Cela me rappelle le principe de précaution, si on met un produit sur le marché, il faut être capable de prévoir les conséquences à long terme. Ça a été effacé par le droit de faire du commerce. On parle de la nature, mais on ne connait pas notre propre nature interne, qu’il s’agisse du niveau ontologique ou psychologique. Ce qui définit notre réalité, ce sont nos sens qui sont axés vers la périphérie. On n’est pas capable de rencontrer notre propre nature qui nous est prêtée par la grande nature. Il y a beaucoup de petites pratiques qu’on peut faire pour libérer son esprit et son temps, comme par exemple ne pas avoir de télévision. Cela me permet d’être un peu moins formaté par la société de consommation et sa rationalité instrumentale. C’est beaucoup la consommation qui conditionne notre vie. Nous avions un comité décroissance aux Amis de la terre, j’associais la compensation psychologique  au phénomène de la consommation. Manger trois fois par jour, c’est là qu’on peut compenser le plus psychologiquement. Avec toute la publicité, c’est difficile de se tenir debout soi-même, avec ses proches et sa famille. Il y a plusieurs types d’écologies dont on ne souvient plus. On parle beaucoup d’écologie sociale, mais il y a aussi l’écologie profonde qui touche un peu la nature de notre propre nature. Il y a un gros manque là qui fait que toutes les responsabilités se trouvent à la périphérie puisque nous sommes toujours l’autre de quelqu’un d’autre. Ici, dans les pays riches, on peut prendre le temps de réfléchir à tout cela, ce n’est pas le cas ailleurs dans le Sud global.

Effectivement, pour des questions d’environnement et de santé, la charge de réfléchir à cuisiner soi-même des produits qui ne sont pas suremballés, de choisir la provenance de ses aliments, choisir de manger moins de viande, moins de sucre, pour des raisons de santé, d’environnement ou économiques, on peut avoir plusieurs préoccupations dans la tête, cela fait partie des raisons qui vont teinter nos choix de consommation. Évidemment, nous ne faisons pas tous et toutes les mêmes choix, on n’a pas tout le monde les mêmes opportunités de choix. On s’entend que nous sommes pas mal lessivés par la publicité qui nous incite à consommer. Elle ne nous incite pas à être plus sobres, à protéger l’environnement ou bien notre santé. JC

* Malgré tous les efforts, à chaque année, la quantité de déchets augmente au Québec, au Canada et dans le monde. Cela est du à l’augmentation de la consommation. Ça vient ensemble.

Claude, parle-nous des marchés solidaires. Quand on veut consommer autrement, parfois on fait des choix. Est-ce que tu fais des choix différents ? JC

* Ça dépend des fois. Mardi, je m’implique au Marché solidaire, le dernier a  eu lieu à Sherpa sur le boulevard Charest. On vend beaucoup de légumes à petit prix.

* Je suis maman de deux jeunes enfants de moins de cinq ans. Le problème, c’est le manque de temps. Je trouve que pour gérer les choses de façon écologique, cela prend du temps. Cela prendrait plus de sens de communauté et de partage. Il y a des limites à ce que je peux régler toute seule. On essaie de gérer cela ensemble avec mon conjoint. Il y a des choses que cela fonctionne, mais d’autres où c’est plus moi qui pousse. C’est un peu compliqué parce que mon conjoint fait certaines tâches plus souvent que moi, mais pour les achats, c’est difficile à intégrer dans notre routine quotidienne. J’ai l’impression que nous sommes dans une société où pour les enfants, on pousse à la consommation individuelle comme les petits pots de yogourt. C’est plein de petites choses qui finissent par dépasser ma capacité mentale d’aller au-delà d’un certain point. Par ailleurs, les choses comme le compostage et le recyclage ont été nommées. Il y a beaucoup de culpabilisation. Moi, je me sens tout le temps coupable et je ressens parfois un malaise de parler de certains efforts parce que je me sens privilégiée d’avoir à faire face à certains dilemmes. Je pense qu’il faut beaucoup d’humilité dans tout ça et quand je regarde ceux et celles qui doivent aller à l’aide alimentaire, à quelque part, je vais me préoccuper de ça avant de me demander si j’ai acheté des bouteilles d’eau en plastique. En tous cas, c’est complexe.

On peut s’imaginer qu’acheter des vêtements en friperie, cela peut être une personne qui fait le choix de ne pas acheter du neuf par goût ou par conviction, mais cela peut être aussi une personne qui n’a pas le choix d’acheter du linge usagé. Aller à l’épicerie zéro déchet, c’est un peu bourgeois en ce moment, ce n’est pas particulièrement  accessible. Ça prend une voiture et c’est un peu décentré. Les pots sont en verre et peuvent casser. En bus, c’est plus compliqué. Il faut être riche de son temps pour aller à l’épicerie zéro déchet. Il faut avoir les moyens pour être écologique. Acheter des couches en coton, c’est assez dispendieux, même chose pour les protections menstruelles lavables.

Revenons à notre analyse intersectionnelle. Pensez-vous qu’une personne pauvre a la même charge, la même préoccupation dans ses choix si elle souhaite faire attention à l’environnement, si elle veut survivre dans un contexte où les aliments coûtent de plus en plus cher, aller s’acheter un ventilateur ou une climatisation portative pour son appartement, est-ce que nos systèmes d’oppression viennent interférer avec les choix que les personnes peuvent faire quand elles ont envi de lutter ? Pourquoi ? JC

* Ce n’est pas juste de faire des choix, moi je suis une personne handicapée, parfois j’ai besoin d’aide. Ce n’est pas toujours une question d’argent. Si tu as besoin de quelqu’un pour acheter un meuble, le ramener et le monter, si tu n’as personne tu fais les choix qui sont à ta portée, ce que tu peux faire en fonction de ce que tu es capable de faire. Ce n’est pas toujours ce que tu voudrais faire. Je porte la taille 28 et dans les pantalons pour homme, c’est rare. Peu importe, je ne peux pas aller dans une friperie, même chose pour les chaussures. Ce sont des chaussures orthopédiques à 1000$. C’est une réalité à laquelle je ne peux pas échapper. Les choix quand je fais mon épicerie, c’est compliqué si je dois y aller seul. C’est une réalité.

* Je pense que nous n’avons pas tous les mêmes charges lorsque nous faisons nos choix de consommation. Il y a aussi la question monétaire quand on fait ses choix. Parfois tu voudrais bien, mais économiquement tu n’es pas capable parce que les coûts à l’épicerie sont élevés. Pour la lessive, j’utilise une épicerie écologique et je réutilise mon contenant, pour le même prix environ, mais pour le reste je ne peux pas me le permettre économiquement. Parfois, j’aimerais ça acheter plus de produits en vrac, mais c’est assez dispendieux et le magasin est loin. Il faut prendre le transport en commun pour s’y rendre et ce sont des dépenses. Aller au Super C ou au Maxi, c’est la même chose. Les épiceries, les endroits écologiques ou économiques qui pourraient être utiles pour certaines personnes, ne se trouvent pas dans un milieu adéquat pour les piétons. La dernière fois, j’ai demandé un service à quelqu’un pour aller en voiture à l’écocentre porter des affaires. Je n’ai pas de voiture et je ne peux pas y aller en autobus, alors j’ai demandé de l’aide à un ami. Même si tu veux faire des choix écologiques, économiquement parfois tu n’es pas capable.

Quand on parle de charge verte, cela concerne ce que les gens essaient de faire. Il y a toute la question de ce qui est visible, ce qui est facile, ce qui est libéré, ce qui nous a été libéré de l’esprit par des mesures structurantes. Mais quels sont les choses qui sont pour tout le monde versus tout ce qu’on pourrait faire si c’était pour tout le monde ? C’est une toute petite poignée de choses. Les gestes écolos, il y en a énormément qu’on pourrait faire, mais la plupart sont associés à des notions de privilèges. Il ne faut pas avoir de déficit de mobilité, il ne faut pas avoir trop d’incapacités physiques pour aller dans un jardin collectif, c’est quand même plus facile, on va se le dire. Il faut avoir une certaine confiance et une connaissance des sciences et de la chimie pour faire son savon à la maison. Au-delà des moyens économiques, il y a plein d’autres privilèges sur lesquels, on peut aller s’asseoir pour faire pu ne pas faire des gestes écologiques. Cela provoque des conflits de valeurs chez des personnes parce qu’elles auraient envie d’être plus écolos, mais elles n’ont pas les privilèges pour le faire. Il y a des personnes chez qui ce conflit de valeurs est un peu plus fort que d’autres. Si je vous dis les jeunes, est-ce que cela vous surprend que les personnes plus jeunes, étudiantes, qui ont grandi dans un environnement où on leur dit que c’est la fin du monde depuis qu’ils sont nés. Ils vivent un choc de valeurs parce qu’ils sont dans une société de consommation à fond. Let’s go Amazon, mais certains jours, ils auraient le goût de fabriquer eux-mêmes leur shampoing. JC

* Il existe aussi la sobriété heureuse. Comme Emilie n’en est pas consciente, mais elle est plus écolo que moi puisqu’elle utilise toujours les transports en commun depuis que je la connais. Stuart marche tout le temps, c’est encore plus écologique. Le fait de peu consommer aussi, tu n’as pas besoin de t’arracher le cœur parce que tu es déjà quelqu’un qui consomme très peu, par rapport aux autres qui vont dans le sud à chaque année, la moto, le bateau, la motoneige l’hiver, etc. Certains vivent un modèle de consommation qui apparait délirant et sans limite. Le plus gros pick-up que tu n’as jamais vu, ils l’ont. Ce sont des chars d’assaut.

Les personnes qui sont déjà grandement privilégiées par la société, l’homme blanc hétéro, avec un revenu aisé, les études démontrent que ces gens gagnent très bien leur vie et ils ne se demandent pas si leurs voisins recyclent. Donc, ce sont ceux qui ont le plus de pouvoir, sont les moins impactés par les crises climatiques, mais ce sont aussi ceux qui se sentent le moins concernés. Cependant, les personnes qui sont le plus impactées, parmi lesquelles on retrouve une grande majorité de femmes, et de personnes marginalisées par la société, sont celles qui sont le plus inquiètes, qui souffrent davantage d’éco-anxiété, et qui portent une charge mentale verte disproportionnée par rapport à leur empreinte environnementale.  Si en plus, ces femmes là sont dans un couple hétéro, avec un homme qui a une toute petite charge mentale, les études montrent que leur charge mentale tend à augmenter par rapport à si elles étaient célibataires.  Alors être en couple accentue leur encombrement mental. Par ailleurs, les hommes célibataires auraient tendance à poser plus de gestes environnementaux et à s’occuper des tâches domestiques. En conclusion, qu’est-ce qu’on peut faire collectivement pour que cette charge individuelle qui est associée actuellement aux privilèges des personnes et où elles se situent dans les systèmes d’oppression, soit davantage libérée par des mesures collectives ?  JC

* Moi je pense que si nous avions une parité d’élus, hommes et femmes, cela changerait la politique et les politiques. Dans l’état actuel du monde, le patriarcat nous a conduits à la catastrophe et il est temps de remettre le pouvoir aux femmes qui se soucient davantage du bien commun.

* Si on ne change pas les pratiques et si le rapport de pouvoir n’est pas là, ce n’est pas vraiment une parité.

 

Il faut avoir une véritable pluralité de personnes qui vivent des réalités différentes pour avoir des solutions qui sont également variées et différentes et qui répondent aux différents besoins des personnes au lieu d’avoir une solution qui ne fait l’affaire de personne.

* Solution collective, je n’ai que quatre mots à dire : Transport en commun gratuit partout. C’est une mesure qui aurait énormément d’impact environnemental et social. C’est ce qui me donne l’impression d’avoir du pouvoir et avec d’autres de sortir de cette culpabilité en s’impliquant dans quelque chose qui a vraiment un impact concret et collectif.

* Au Québec, les bacs bleus de recyclage datent de 1984 et c’est le maire Marcel Pageau, le maire de l’Ancienne-Lorette le premier à l’avoir fait.

* Faire de la sensibilisation, comme chez-nous ils pourraient faire des jardins sur le toit. Cela permettrait aux résidents d’utiliser les toits pour faire des jardins communautaires pour que les gens aient accès aux légumes.

* Quand je t’avais interpelée pour que tu viennes nous parler d’Écoféminisme, j’avais en tête l’Éco-socialisme que je pense être un mouvement assez porteur de promesses d’avenir. Au fond, ce dont il s’agit c’est de revenir à la communauté parce que peu importe comment cela s’exprime, c’est ensemble qu’on va s’en sortir. Il faut penser à l’individualisme qui est venu avec la société de consommation. Je pense que la crise climatique va changer nos habitudes de vie et de consommation. Je pense à l’industrie touristique entre autre qui va péricliter. Plusieurs choses vont tomber d’elles-mêmes parce que cela va devenir non rentables. Le tourisme va redevenir un luxe comme c’était le cas autrefois. Prendre l’avion, c’était un grand luxe. Je me souviens de ma tante qui a fait un voyage dans sa vie, elle était allée en Californie. Aujourd’hui, ce sont des millions de personnes qui prennent l’avion à chaque année. Ça ne peut pas tenir selon moi et dans les pays qui reçoivent ses masses de touristes, cela affectent négativement leur économie par l’inflation que cela crée.

Si je te paraphrase, si on essaie de réduire notre vision de la consommation, de ralentir, d’aller vers des pistes de décroissance, collectivement, au lieu de changer les voitures à essence pour des voitures électriques, il faut encourager les solutions de partage et d’entraide, pour revenir à un sentiment de communauté. Au lieu que ce soit un truc de classe moyenne aisée, privilégiée, il faudrait qu’on démocratise cette économie de partage. JC

* Yves prône de laisser la nature gagner la guerre et que l’économie va s’effondrer, je n’aime pas cette idée. Je préfère voter pour les femmes. Les hommes sont éduqués pour dominer la nature. Cela vient avec les rôles qui nous sont attribués dès l’enfance.

* L’un n’empêche pas l’autre, mais je ne vais pas me battre contre le tourisme de masse, je pense qu’il va s’écrouler lui-même.

* Moi, je vous invite à venir au Festival de la décroissance qui aura lieu du 18 au 23 mai à Québec. Il y a du monde qui pense que c’est la technologie qui va nous sauver, mais peut-être qu’il suffit de décroître. Michel va être d’accord avec moi. Stuart, on a même une soirée qui s’appelle sortir des GAFAM.

Essentiellement, vous avez nommé les quatre grandes pistes sur lesquelles je vous avais amenées : le repos, comme forme de résistance au capitalisme; ensuite, développer des institutions en-dehors du système économique capitaliste en prônant des alternatives, aller vers des coopératives, des modèles communautaires, des modèles d’éco-partage; trois, organiser la résistance des mouvements sociaux, justement vous êtes membres d’un groupe d’éducation populaire, mais il faut s’allier d’autres gens, on peut s’allier avec des syndicats, avec d’autres groupes et créer une résistance forte; et le dernier, investir et transformer les lieux de pouvoir. JC

* En lien avec le premier point, vendredi 3 avril, nous organisons une activité de ressourcement pour les personnes engagées.

* Il faut avoir plus d’être que d’avoir. Cela peut être de la poésie, la lecture, les arts, avoir une vie spirituelle, méditer, développer une vie intérieure pour avoir moins besoin de compenser psychologiquement. Il faut aussi apprendre à développer une autonomie ensemble. Vivre ensemble, cela demande un certain engagement. Dans n’importe quel organisme, on veut se donner les moyens ensemble d’une certaine fidélité dans le temps et dans la manière de travailler. On n’est pas habitué à ça. Peut-être que les peuples traditionnels ne se la posent pas la question ? Dans de nombreux pays, on ne te demande pas combien tu as sur ton compte de banque, mais qu’est-ce que tu fais pour les autres ? Cela relève d’une vision du monde qui est une façon d’être au monde. C’est la nature qui prend soin de nous, que cela soit organique ou spirituel, être en présence de cela, c’est enveloppant.

* Chez les générations qui nous précèdent, chacun avait une fonction pour la société et le groupe qu’il occupait jusqu’à sa mort ou tant que sa santé le permettait. Pour ces gens-là, l’engagement ne se terminait pas à la retraite. Bernadette a tenu sa dernière réunion dans sa chambre d’hôpital 24 heures avant sa mort. Il y avait une file de gens dans le corridor qu’elle avait convoqués  et auxquels  elle confiait des mandats. Yvon lui est allé à une réunion, il s’est couché et il est mort. Ils concevaient leur vie comme s’ils étaient des piliers qui supportaient le monde. Qu’il s’agisse des scouts ou de la bibliothèque paroissiale, leur engagement était à vie. C’était une vie d’engagement, à travers leur carrière et leur famille. On devrait prendre exemple sur eux. Nous ne sommes pas nés de la dernière manif. En quelque sorte, nous sommes leurs héritiers. Toutes les personnes ici, incarnent cette façon d’être au monde, je pense davantage au reste de la société où les gens ne sont pas engagés. Le temps dans une vie c’est limité. Combien de milliers d’heures les gens passent devant la télévision ou les jeux vidéo et disent qu’ils n’ont pas de temps ? Nous avons notre libre-arbitre pour refuser ces formes d’aliénation pour nous engager pour notre communauté. Nous avons tous et toutes un pouvoir sur notre vie, il est peut-être petit, mais prenons-le. Parce que ça commence dans ta vie, c’est d’abord là que tu peux changer quelque chose.

* Les femmes ont besoin de plus de pouvoir et les hommes davantage de spiritualité.

Petite évaluation, 30 secondes chacun

* J’ai bien aimé ça, mais on se coupe trop souvent la parole.

* Je repars enthousiaste, j’aime ça lorsque nous parlons de la situation que nous vivons parce que c’est important, cela fait partie de la société, puis je pense qu’ensemble on est capable de trouver des moyens ou des solutions pour faire réagir le monde. Agir et réagir, les deux.

* Merci pour ton animation. C’était un sujet très intéressant qui pourrait être développé sur d’autres facettes.

* Ton approche est très pédagogique et cela encourage la participation. Elle est très bonne. Ce n’est pas trop magistral.

* J’ai beaucoup aimé ton animation. C’était très concret et cela nous a amené plus loin.

* Je vous remercie et je vous félicite.

* Je suis en colère, au sens de garder le feu allumé. À la manif pour le budget hier, j’ai senti l’énergie et la solidarité que les gens exprimaient. Être ensemble, c’est apprendre à devenir un être collectif, et celui-ci n’existe que lorsqu’on se met en mouvement tout le monde ensemble. C’est comme une bête qui nait et celle-ci fait peur aux dirigeants de ce monde. Donc, il faut nourrir la bête.

* Cette bête là aussi me fait penser aux corvées où les gens venaient aider pour reconstruire lorsqu’il y avait eu un feu. Sauf qu’après chacun retourne à son individualisme. Ce que nous avons en commun, c’est cette nature planétaire et intérieure aussi. C’est cet enracinement qu’il faut travailler. On sourde de la nature.  De là vient notre santé et notre équilibre. Oui, il faut se solidariser, mais il faut aussi développer sa nature profonde et son lien avec la nature. Le pivot de l’êtreté est important. C’est la nature qui doit être notre centre de gravité. Comment on peut être ce point d’équilibre qui est commun à tous ?

Merci pour cette soirée Judy.

Propos rapportés par Yves Carrier

 

 

 

 

 

 

 

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