Compte-rendu de la rencontre du 15 janvier 2026
Via Campesina, Éducation populaire et souveraineté alimentaire
Bienvenue à une autre soirée mensuelle du CAPMO. Ce soir, nous recevons Mario Gil Guzman qui revient d’une rencontre au Mexique avec Via Campesina et qui va nous parler de souveraineté alimentaire et d’éducation populaire. À toi la parole Mario. YC
Bonsoir, j’aimerais que nous parlions d’alimentation et de résistance. Le concept de souveraineté alimentaire c’est une chose, et une autre chose, c’est la lutte. J’aimerais vous demander : Qu’est-ce que vous connaissez sur la souveraineté alimentaire ? Mario
* Selon moi, la souveraineté alimentaire, c’est s’entre-aider les uns les autres, partager ensemble nos connaissances sur l’alimentation pour essayer de combler nos besoins.
* Moi, je pense que ça a rapport avec l’autonomie, pour produire et partager la nourriture, c’est être indépendant des logiques du marché et de l’État. C’est être pour la décentralisation et la production locale plutôt que de dépendre des monopoles des grandes chaines de distribution.
* C’est aussi le partage égalitaire pour l’accès aux marchés pour les petits producteurs locaux.
* L’autonomie, l’indépendance.
* Je le prenais au pied de la lettre, souverain au sens de subvenir à ses propres besoins alimentaires comme nation et autant possible être capables de vivre avec ce que nous produisons ici.

Avec l’ouverture des marchés, il y a des pays qui ont pratiquement abandonné l’agriculture nourricière au profit des monocultures d’exportation pour importer des devises leur permettant ensuite d’acheter de quoi nourrir leur population. Ceci les place en condition de grande vulnérabilité. Cela peut se retourner contre eux en cas de conflit ou de mauvaise récolte de leur unique produit d’exportation. De plus, ils ne contrôlent ni les prix de ce qu’ils exportent, ni de ce qu’ils importent. Un jour, il y avait eu une grève des camionneurs aux États-Unis et leur dirigeante syndicale avait menacé d’affamer le Canada en cessant toute livraison de nourriture. Alors, il est dangereux d’être dépendant à ce point. C’est pourquoi nous devons soutenir l’agriculture locale nourricière.
Nommez-moi un produit typiquement québécois qui est originaire d’ici ?
* Le sirop d’érable
* Les pommes de terre
Cela vient du Pérou. Mario
* La courge, le maïs, les haricots.
* Les bleuets
* Les pommes sauvages
En réalité, il y a beaucoup de choses qui se sont perdues, des aliments traditionnels autochtones. Pourquoi cela ?
* Je pense que c’est la connaissance qu’on a perdu. Avec la modernité, nou avons perdu plusieurs savoirs traditionnels, au niveau de l’herboristerie entre autre, la connaissance de ce qui est comestible dans la nature. Il y a plein de plantes qui sont considérées comme des mauvaises herbes qui sont comestibles ou ont des propriétés curatives.
* C’est une forme de contrôle qu’a introduit la standardisation des productions agricoles.
Tout cela est du à la logique du marché. Si tu vas à l’épicerie, combien y a-t-il de sortes de patates ? Trois ou quatre, alors que dans la nature il en existe des centaines de variétés. Au Pérou, c’est un savoir traditionnel qui est préservé comme une fierté. En retour, cette fierté préserve la diversité de ce qui existe parce que c’est valorisé dans la culture locale. Sinon, le marché l’aurait détruit. Pourquoi cela ? Parce que ce sont des monopoles qui achètent aux producteurs et ils posent leurs exigences. Est-ce que le paysan décide ce qu’il va cultiver ? Non, ce sont les acheteurs qui déterminent les produits qui sont admissibles sur le marché. Mario
* Les paysans sont contraints par le marché. En plus, il y a de grosses corporations qui contrôlent les semences et déterminent ce qui doit être produit comme le soya transgénique par exemple.
Ils imposent la production d’un maïs résistant au pesticide qu’ils produisent. Les semences sont stériles puisque ces plantes ne produisent pas de semences pour l’année suivante. De plus les pesticides empoissonnent les gens, la terre et l’eau. Ensuite, nous mangeons ces produits. Parfois aussi, les petits producteurs sont poussés à la faillite et ils doivent vendre leur terre aux plus grands producteurs. Emilie
Après cela, avec le temps, quand tu vas vendre des produits que les gens ne sont pas habitués, ils ne les achètent pas. Ils nous ont fait oublier la diversité des fruits et des légumes traditionnels. C’est la logique du marché qui constitue des monopoles sur l’achat et la vente des produits agricoles. Au Québec, l’UPA a monopolisé l’organisation du marché agricole parce qu’il faut toujours être plus productifs, sans égard à la diversité et à la résilience de certaines productions davantage rustiques. La souveraineté alimentaire est fondée sur la logique que nous devons récupérer nous la diversité des aliments que nous avons perdue et qui était fondamental pour nos pratiques culturelles et notre alimentation. La souveraineté alimentaire part du concept d’une diversité des savoirs et des cultures. Aujourd’hui, les villes nous parlent de la sécurité alimentaire. Il faut que les gens mangent, même si ce qu’ils mangent ne les nourrit pas vraiment. Ce sont souvent des aliments transformés sans aucune qualité nutritive. En plus, les gens ne savent plus cuisiner. Par ailleurs, les gouvernements ont fait des lois qui favorisent les multinationales au détriment des petits producteurs indépendants. C’est pourquoi, c’est un processus de lutte et de résistance des paysans. Ce qu’ils appellent le développement est en fait un processus d’industrialisation des productions agricoles visant la rentabilité et non pas la santé des gens et la résilience des terres agricoles. Ils ont commencé à modifier les semences et à breveter le vivant pour s’accaparer les savoirs traditionnels et contrôler le marché des semences. Il y a aussi la standardisation basée sur l’apparence des fruits et des légumes qui élimine la diversité des produits offerts. Mario
* Mais, il y a longtemps que les agriculteurs sélectionnaient les semences pour améliorer la qualité des productions.
Oui, mais avec la science et les organismes génétiquement modifiés, les OGM, c’est différent. Cela a débuté en 1930 pour que cela soit plus vendable. L’idée était de rendre les produits attrayant et de standardiser la production. Alors, les carottes, les patates, les tomates, devaient correspondre à certains standards de production. Sauf qu’ils ont oublié les vitamines et les qualités nutritives des aliments pour se concentrer sur le goût et l’apparence.

Autrefois, les aliments avaient 75% de valeur nutritive, aujourd’hui, ce n’est plus que 25%. C’est aussi dû à la perte de vitalité des sols qui est compensée par l’ajout d’engrais chimiques. Donc, nous ingérons des aliments vides. C’est aussi un processus d’expropriation des vitamines qui nous nourrissent, de nos savoirs culinaires, de nos pratiques culturelles et de la gastronomie qui n’est pas seulement se nourrir, mais toute cette histoire qu’il y autour des mets que nous cuisinons, se rencontrer, échanger, etc. parce que les aliments sont à la base de la plupart des cultures. Mario
On constate aussi la même perte de connaissance en ce qui concerne les plantes médicinales. La plupart des mauvaises herbes sont des plantes médicinales. À la campagne, autrefois, les gens connaissaient comment se soigner avec des plantes et c’est encore le cas dans les pays du sud. Puis, avec la modernité, nous sommes devenus dépendants des produits chimiques. Ça aussi c’est une perte culturelle et une rupture avec notre environnement puisque nous préservons ce que nous aimons et connaissons. De plus en plus nos territoires agricoles sont des environnements morts où il n’y a plus d’oiseaux, de plantes sauvages ni d’insectes. Cela affecte la qualité des sols, de l’air et de l’eau et donc notre santé.
Pourquoi est-ce que tout cela est lié à l’éducation populaire ? C’est que celle-ci essaie d’identifier les causes de l’aliénation, de l’appauvrissement et de l’oppression. Qu’est-ce qui nous a mis dans cette situation et comment nous pouvons nous organiser pour essayer de changer cela ? En fait, tout le système capitaliste est construit pour nous rendre dépendants à tous les points de vue en détruisant les cultures ancestrales qui promeuvent d’autres valeurs que le matérialisme, l’individualisme et la consommation. L’éducation populaire cherche l’origine du processus de perte d’autonomie des communautés et de destruction de notre souveraineté pour créer des moyens de récupération et de régénération du tissu culturel et communautaire. Cultiver des semences traditionnelles qui sont en train de se perdre est un acte de résistance au marché. Ce sont des actes de résistance populaire qui sortent des sentiers battus en redécouvrant des savoirs traditionnels comme le jardinage qui permet de produire des aliments sains qu’on peut ensuite partager. Cela part des connaissances échangées lors des discussions comme nous le faisons en ce moment. Comment, à partir du dialogue, retrouver des savoirs qui se sont perdus à travers le temps. C’est un peu le principe de l’éducation populaire qui vise à mettre en œuvre des pratiques nouvelles issues des connaissances qui émergent du terrain. Aujourd’hui, Via Campesina est un mouvement qui lutte pour notre alimentation, pour la terre, l’eau, les semences. Ce sont des gens qui pratiquent le dialogue pour préserver les savoirs traditionnels et protéger les territoires. L’agroécologie, se base sur des pratiques historiques ancestrales. Mario

Extrait d’un court vidéo sur l’agro-écologie du mouvement Terre et humanisme
« L’agro-industrie détruit toutes formes de vie sur Terre sans parvenir à nourrir tous ses habitants. Selon la FAO, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde a augmenté pour la troisième année consécutive en 2018. Ironie de l’histoire, la plupart des personnes touchées par l’insécurité alimentaire, sont les paysans, ceux-là même qui nous nourrissent. Ce modèle porte avec lui son lot d’incohérences et de conséquences néfastes sur l’environnement et l’humain: utilisation massive d’intrants chimiques, dégradation de la biodiversité et des sols, pollution de l’eau et de l’air. Sans compter les 50 à 700 millions de personnes qui seraient contraintes de migrer face à la dégradation des terres d’ici 2050 et jusqu’à moins 50% de rendement agricole dans certains pays du sud. Aujourd’hui, nous vivons à la fois un tournant politique et historique. De plus en plus de sociétés reconnaissent l’agro-écologie comme la solution pour une agriculture durable, permettant de nourrir les populations tout en préservant l’environnement. »
« Le terme agro-écologie a été utilisé pour la première fois en 1928 par l’agronome Basile Dansin. Terme scientifique, l’agro-écologie se définit comme l’application de l’écologie à l’agriculture. Elle vise le développement de systèmes de productions alimentaires sûres, durables et équitables, en intégrant aux fondements agricoles des composantes écologiques et sociales. Terre et humanisme, association qui œuvre depuis 25 ans à la transmission de l’agro-écologie vers tous les publics, en France et dans le monde, a développé sa propre définition de cette discipline. Pour Terre et humanisme, l’agro-écologie en tant qu’approche globale réconcilie l’agriculture et l’écologie, mais aussi l’humain et son éthique à toutes les échelles qui replacent la paysannerie et l’autonomie alimentaire au cœur des territoires. On estime qu’il faut de deux à quatre ans pour restaurer la fertilité d’un sol grâce aux techniques agro-écologiques. Concrètement, en agro-écologie on utilise zéro intrant chimique et zéro OGM. On pratique des associations de cultures, le paillage, les engrais verts, la fabrication de compostes, les rotations et bien d’autres techniques spécifiques au contexte de chaque parcelle, toujours en harmonie avec le vivant. L’agro-écologie est une alternative viable et durable à l’agriculture conventionnelle, autant à l’échelle professionnelle qu’à celle d’un jardin, d’un balcon ou simplement par le choix de modes de consommation. Elle est aujourd’hui pratiquée par des millions de paysans à travers le monde. Elle est l’avenir et certainement pas un retour en arrière. Vous souhaitez en savoir plus sur l’agro-écologie, découvrez notre association en vous rendant sur notre site internet.»
Cultivons l’Agroécologie – Permaculture – Terre & Humanisme

Alors qu’est-ce que vous avez retenu ?
* L’agro-écologie, c’est les principes écologiques appliqués à l’agriculture ce qui inclut le fait que dans un écosystème il y a une circulation constante des nutriments. Donc l’agro-écologie cherche à avoir une manière de produire la nourriture qui ne demande pas d’apporter ou de transporter de loin des nutriments. Cela passe par des techniques comme composter les plantes trop nombreuses comme les mauvaises herbes ou bien utiliser des paillis, toujours ajouter sur le sol de la matière pour qu’il devienne vivant et qu’il y ait plein de décomposeurs dans le sol comme des vers de terre. Avec le temps, c’est comme cela qu’un sol fertile est créé et cela apporte une stabilité parce que c’est diversifié. On fait ça dans un jardin ici à Québec avec mon organisme Craque-Bitume. Notre jardin collectif s’appelle : Les Ateliers à la terre, où nous mettons en pratiques les principes de la permaculture depuis plus de 20 ans. En passant, on cherche du monde intéressé à jardiner. Cette année nous allons avoir des budgets pour produire de la nourriture qui est culturellement diversifié. Si vous voulez faire pousser ici des légumes que vous mangiez dans votre pays d’origine, on peut essayer de les faire pousser à Québec. On fonctionne comme un collectif où les gens viennent, ils contribuent en donnant du temps au jardin et on partage la production. On apprend ensemble. Tout le monde est bienvenu.
Craque-Bitume : des actions écoresponsables et une communauté engagée.
L’agro-écologie, c’est une technique qui consiste à mettre ensemble l’écologie avec l’agriculture, mais au fond, c’est une connaissance ancestrale que les anciens avaient et pratiquaient depuis la nuit des temps. Par exemple, mes grands-parents en Colombie, ils ne produisaient pas de déchets. En campagne, il n’y avait pas de plastique. Ils n’avaient même pas besoin d’acheter des souliers, ils les fabriquaient eux-mêmes. Les chapeaux, c’était le voisin qui les faisait.

Il n’y avait pas de déchets parce c’était utilisé pour le composte. Les poules et les cochons mangeaient les déchets de nourriture. En campagne, les circuits alimentaires étaient courts. Les gens connaissaient leur territoire, ils savaient comment conserver l’eau et la filtrer. Ils étaient en relation avec le territoire et ils ne faisaient pas de déchets. C’était une pratique traditionnelle d’au moins 400 ans.
L’agro-écologie s’inspire des pratiques traditionnelles des communautés du sud. Les Européens s’approprient ces pratiques et disant que ce sont eux qui les ont inventées.
Quelle est la problématique historique de l’alimentation ? La problématique, c’est que le marché a voulu déterminer ce que nous pouvions manger. D’abord, ils ont déterminé quelles étaient les semences et les aliments que nous pourrions manger, et non pas la diversité de l’alimentation. Ils ont enlevé aux paysans comme aux consommateurs, la capacité de produire différents produits et de manger différentes choses. C’est la première conclusion de la souveraineté alimentaire. Le deuxième élément, ce sont les stratégies comme l’agro-écologie, des modes de résistance des peuples, qui maintenant sont reprises par les organisations au nord pour essayer de comprendre et il y a un dialogue entre le sud et le nord. Parfois, pour essayer de légaliser ou de conceptualiser, on oublie la question culturelle qui est liée à la production alimentaire. Parce que l’alimentation, c’est d’avantage que se nourrir, c’est aussi une tradition qui forge les identités culturelles. Pourquoi est-ce que cet aliment est important pour la communauté ? Pourquoi cette façon de produire est importante pour la communauté ? Ce sont des éléments que les gens du nord qui viennent au sud pour s’inspirer des techniques ancestrales oublient de recueillir. Ils conceptualisent seulement les pratiques, mais ils oublient l’essentiel qui est de savoir comment on fait communauté autour de ces pratiques agroalimentaires. Mario
* C’est qui le marché ?
Les politiques économiques du capital consiste à libéraliser le marché des entraves comme les frais de douanes et les aides aux petits producteurs. Par exemple, le Fonds monétaire international a imposé des réformes structurelles qui ont mis en péril l’agriculture de subsistance au profit de monocultures d’exportations, souvent produites par des grandes entreprises agricoles qui ont accaparé les meilleures terres agricoles au détriment des petits producteurs paysans. Mario
* L’agro-business en plus de détruire la diversité alimentaire et culturelle, s’approprie également les terres. Souvent les paysans se retrouvent sur les terres escarpées où la machinerie agricole ne peut pas aller. Les plaines sont laissées aux méga-fermes comme on en retrouve au Brésil, en Argentine ou au Paraguay, pour la production du soya qui sert à alimenter le bétail en Europe.
C’est ce que nous allons voir à la suite de cette présentation avec le power point que je vous ai préparé. Mario
La Via Campesina, pour une réforme agraire intégrale et populaire
Un appel à l’action pour garantir l’accès équitable à la terre et promouvoir la souveraineté alimentaire à travers des luttes collectives et des réformes sociales.
Face à des crises qui se superposent, en matière d’alimentation, de climat, de pauvreté, de finance, d’économie et de démocratie, il est impératif d’opérer une transformation radicale du système agro-alimentaire mondial. Seule une réforma agraire intégrale, contrôler par les populations et fonder sur la souveraineté alimentaire, pourra catalyser ce changement essentiel pour l’avenir des sociétés.
Pourquoi est-il urgent d’engager une réforme agraire intégrale et populaire ?
Soumission aux intérêts du capital
Partout dans le monde, les paysans et paysannes font face à des pressions croissantes des intérêts du capital, qui cherche à maximiser les profits au détriment de la souveraineté alimentaire et des droits des populations locales.
Cadre conceptuel : Qu’est-ce que la réforme agraire intégrale et populaire ?
La réforme agraire intégrale et populaire représente qui va au-delà de la simple redistribution des terres. Elle repose sur le droit la défense des droits des populations, la récupération des territoires et la mise en œuvre d’une agriculture durable et respectueuse de l’environnement, favorisant la souveraineté alimentaire et la justice sociale.
La mainmise du système agroalimentaire s’accélère
1 – Accélération de la concentration foncière
Au cours des dernières décennies, la concentration des terres agricoles a atteint des niveaux alarmants, avec une poignée d’acteurs contrôlant des superficies considérables, ce qui élimine les petites exploitations de la compétition.
2 – Exclusion des paysans des marchés
Les marchés agroalimentaires se sont progressivement fermés aux paysans et paysannes, qui sont souvent contraints de vendre leurs produits à des prix dérisoires, exacerbant leur vulnérabilité économique.
3 – Accaparement des terres et des ressources
L’accaparement des terres pour des projets industriels et d’infrastructure a augmenté, menaçant les droits des communautés locales et leur accès aux ressources naturelles.
4 – Impact des politiques néolibérales
Les politiques néolibérales ont favorisé la déréglementation des marchés, augmentant ainsi la vulnérabilité des producteurs locaux face à la concurrence déloyale des grandes multinationales.
Les origines historiques : la longue lutte pour les réformes agraires
Une rétrospective des luttes agraires à travers les âges, marquées par des revendications pour la justice sociale et la redistribution des terres.
1 – La colonisation
La période coloniale est marquée par la spoliation systématique des terres des populations autochtones qui ont été expulsées de leurs terres fertiles pour favoriser les intérêts des colonisateurs.
2 – 20ème siècle
Les réformes agraires du 20ème siècle émergent en en réponse à la concentration des terres entre les mains d’une minorité, cherchant à redistribuer les terres aux paysans et à promouvoir l’équité sociale.
3 – Lutte pour la justice sociale
La lutte des paysans pour la justice sociale s’intensifie, mettant en lumière les inégalités dans l’accès à la terre et la nécessité d’une réforme agraire intégrale.
Quelle est la concentration des terres aujourd’hui ?
La concentration des terres est extrême et défavorable aux petites exploitations qui jouent un rôle crucial dans la sécurité alimentaire.
Dans le monde :
90% de la production agricole qui nourrit les populations provient des petits producteurs qui possèdent moins de 25% des terres agricoles.
La superficie moyenne des petites exploitations dans le monde est de 2,2 hectares.
L’accélération de l’accaparement des terres
1 – Multiplication des projets extractivistes
L’accaparement des terres a connu une forte augmentation ces dernières années, exacerbé par la crise alimentaire et financière. De nombreux pays ont enregistré des projets extractivistes qui ont conduit à l’expropriation massive des terres agricoles au profit d’activités telles que l’exploitation minière, l’agriculture industrielle et la production d’agro-carburants.
2 – Accaparement par des projets privés et publics
Des acteurs privés, tels que les multinationales, ainsi que des investisseurs publics exploitent souvent les faiblesses des réglementations locales pour acquérir des terres. Ce phénomène est amplifié par des lois favorisant la privatisation et l’accaparement des terres, entraînant des conséquences dévastatrices pour les communautés locales et leur accès à la terre.

Quels sont les problèmes qui se posent pour les mers, les eaux intérieurs et les mangroves ?
1 – Surpêche et dégradation des écosystèmes marins
La surpêche, exacerbée par des techniques industrielle, entraîne une dégradation rapide des stocks de poissons et menace les écosystèmes marins. Les pêcheurs artisanaux, qui dépendent de ces ressources pour leur survie, voient leur capacité à se nourrir et à subvenir à leurs besoins gravement compromise.
2 – Accaparement des ressources marines
Le phénomène de l’accaparement des ressources maritimes se manifeste par l’appropriation des zones de pêches par de grandes entreprises, qui exercent une pression sur les écosystèmes en exploitant les ressources sans considérer la durabilité. Cela conduit à l’exclusion des pêcheurs artisanaux et à la dégradation des habitats marins.
Qui sont les acteurs de l’accaparement des territoires ?
1- Les politiques qui favorisent la mainmise du système agroalimentaire
Législations favorisant la privatisation
Les politiques publiques de privatisation favorisent l’accès aux terres et aux ressources par des acteurs privés, souvent au détriment des communautés locales. Cela entraîne une concentration des terres dans les mains de quelques grandes entreprises et compromet la sécurité alimentaire des populations.
Accords de libre-échange
Les accords de libre-échange, en éliminant les barrières tarifaires et en favorisant l’entrée des produits agricoles étrangers sur le marché, nuisent aux petits producteurs locaux. Ces accords augmentent la concurrence déloyale, rendant plus difficile l’accès au marché pour les agriculteurs à petite échelle.
2 – Les règlementations favorisant la marchandisation de la terre
Déréglementation des marchés fonciers
La déréglementation des marchés fonciers a permis aux investisseurs privés d’acquérir des terres sans restriction, favorisant l’accaparement par de grandes entreprises et entraînant des conséquences néfastes pour les paysans.
Suppression des protections communautaires
La suppression des protections communautaires a conduit à la privatisation des terres communales, rendant les populations locales vulnérables à l’accaparement et aux spéculations foncières, tout en diminuant leur capacité à gérer leurs ressources naturelles.
Les règlementations favorisant l’accaparement des eaux intérieures et maritimes
1- Quotas de pêche favorisant l’industrie
Les quotas de pêche, souvent mis en place sous prétexte de conservation, aboutissent à l’exclusion des pêcheurs artisanaux au profit des grandes entreprises de pêche industrielle. Cela réduit les droits des communautés locales sur leurs ressources maritimes et limite leur accès à des zones de pêches vitales.
2 – Accaparement des ressources en eau
L’accaparement des ressources en eau se manifeste par la privatisation croissante des sources d’eau, des rivières et des lacs, souvent au bénéfice d’entreprises privées qui exploitent ces ressources pour des profits, laissant les populations locales sans accès à l’eau potable.
Les règlementations favorisant la privatisation des semences
1 – Criminalisation des semences traditionnelles
La criminalisation des semences traditionnelles s’accroit dans de nombreux pays, entravant l’accès des agriculteurs à des variétés de semences qui ont été cultivées et adaptées localement depuis des générations. Cette tendance est alimentée par des lois qui favorisent les droits des obtenteurs, rendant illégale la reproduction et la vente des semences non certifiées, souvent celles qui sont traditionnelles.
2 – Protection des semences transgéniques
Les semences transgéniques, quant à elles, bénéficient d’une protection législative renforcée qui favorise leur développement et leur commercialisation. Ces lois, souvent soutenues par des multinationales agrochimiques, promeuvent l’utilisation de semence génétiquement modifiées au détriment des variétés locales, souvent moins chères à produire, mais considérer comme moins « rentables » par les entreprises.

Les traités de libre-échange et la protection des investissements
1 – Renforcement des droits des investisseurs
Les traités de libre-échange favorisent un cadre juridique qui accorde des droits étendus aux investisseurs étrangers, leur permettant d’intenter des actions en justice contre des États en cas de mesures considérées nuisibles à leurs intérêts. Cela créé un déséquilibre entre les droits des investisseurs et les droits des populations locales, souvent au détriment de l’agriculture durable et des droits fonciers des paysans.
2 – Diminution des protections pour les paysans
Les protections pour les paysans sont souvent affaiblies dans la cadre des traités de libre-échange, car ces derniers imposent des réglementations qui, au lieu de soutenir les agriculteurs locaux, encouragent la compétition avec des entreprises multinationales. Cela peut entraîner une perte de terres, une dégradation de l’environnement et une augmentation de la vulnérabilité économique des petites exploitations agricoles.
L’économie verte et les mécanismes REDD et REDD+
1 – Marchandisation de la nature
L’économie verte vise à intégrer les préoccupations environnementales dans le développement économique. Cependant, elle entraîne souvent la marchandisation des ressources naturelles, transformant des biens communs en marchandises soumises aux lois du marché. Cela conduit à des tensions entre la conservation et les droits des communautés locales.
2 – Impacts sur les communautés locales
Les mécanismes REDD et REDD+ sont conçus pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en préservant les forêts. Cependant, leur mise en œuvre peut conduire à l’exclusion des communautés locales qui dépendent de ces ressources pour leur subsistance. Les populations peuvent être privées de leurs droits d’accès et d’utilisation des terres, ce qui exacerbe les inégalités sociales.

Les politiques agricoles favorisant les grandes plantations et l’agro-industrie
1- Subventions aux grandes exploitations
Les politiques agricoles actuelles favorisent souvent les grandes exploitations avec des subventions financières importantes, ce qui leur permet de dominer le marché. Ces subventions se traduisent par des aides directes par hectares, ce qui renforce encore plus la concentration foncière et économique au sein de l’agriculture.
2 – Impacts sur les petites exploitations
L’impact de ces politiques sur les petites exploitations est sévère. En effet, celles-ci sont souvent laissées pour compte, incapables de rivaliser avec les prix avec les bas prix pratiqués par les grandes exploitations. Cette situation entraîne non seulement des difficultés économiques pour les petits agriculteurs, mais aussi l’exode rural et la perte de la biodiversité agricole.
La criminalisation et les expulsions forcées
1 – Augmentation de la violence contre les mouvements sociaux
La violence à l’encontre des mouvements sociaux est un phénomène croissant, avec des rapports documentant des agressions physiques et des assassinats de leaders communautaires. Cette criminalisation vise à intimider les communautés qui s’opposent aux pratiques d’accaparement des terres et à promouvoir la répression des luttes pour des droits fonciers.
2 – Expulsions forcées des paysans
Les expulsions forcées des paysans sont souvent justifiées par des projets d’investissement, des mégaprojets d’infrastructure ou des exploitations agricoles à grande échelle. Ces actions entrainent des déplacements massifs, privant les populations de leurs moyens de subsistance et de leurs droits fonciers.

Un processus collectif : étapes historiques et développement du programme de la Via Campesina
1 – 1993
La Via Campesina est fondée à Managua au Nicaragua, réunissant des organisations paysannes du monde entier pour défendre les droits des agriculteurs et revendiquer une réforme agricole intégrale.
2 – 1999
Lancement de la campagne mondiale pour la réforme agraire, visant à promouvoir les luttes locales pour la terre et à faire pression pour des réformes agraires à l’échelle internationale.
3 – 2006
La Conférence de Porto Alegre met l’accent sur le territoire comme objet de lutte, renforçant les liens entre les mouvements sociaux et la nécessité d’une réforme agraire intégrale.
Les stratégies : résistance, actions et praxis dans les territoires
1 – Actions directes
La Via Campesina mobilise les populations pour des actions directes incluant des occupations de terres, des manifestations et des campagnes de sensibilisation. Ces actions visent à contester les injustices subies par les paysans et à revendiquer leurs droits en matière d’accès à la terre et aux ressources.
2 – Plaidoyer national et international
Le plaidoyer au niveau national et international est crucial pour sensibiliser les décideurs aux enjeux de la réforme agraire. La Via Campesina collabore avec des organisations alliées pour influencer les politiques publiques et défendre les droits des paysans à travers des conférences, des rencontres et des publications.
Conclusion : Vers la convergence des luttes pour une réforme agraire intégrale et populaire en faveur de la souveraineté alimentaire !
La réforme agraire intégrale doit être comprise comme un processus collectif qui unit les luttes des paysans, des travailleurs agricoles, des peuples autochtones, et des femmes. Elle est cruciale pour répondre aux crises alimentaires, environnementales et sociales, en garantissant un accès équitable à la terre et en préservant les droits des communautés. En favorisant une agriculture respectueuse de l’environnement et des savoirs ancestraux, nous pouvons construire un système alimentaire durable et juste.
Merci Mario pour cette présentation.
« Les diversités construisent l’agroécologie et la souveraineté alimentaire » –
Première Assemblée des diversités de la Cloc – Via Campesina s’est tenue au Mexique
Mexico, 2 décembre 2025
Dans une atmosphère empreinte de force et de résistance, et en présence d’une centaine de participant·es venu·es de tout le continent – délégué·es des organisations membres de la CLOC-LVC –, la Ière assemblée des diversités et des personnes alliées s’est tenue le 2 décembre à Mexico, brandissant avec conviction le slogan :
« LES DIVERSITÉS CONSTRUISENT L’AGROÉCOLOGIE ET LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE CONTRE LE FASCISME ET L’IMPÉRIALISME, RENFORÇANT LA LUTTE POPULAIRE ».
La journée a commencé par une présentation générale du parcours, sous forme de chronologie, qui a retracé le processus de formation de l’articulation des Diversités, ce qui a permis de mesurer l’importance historique de cette rencontre pour un mouvement internationaliste de nature socialiste, qui se déclare antipatriarcal, anticapitaliste, anticolonialiste, antiraciste et anti-LGBTIphobe.
La journée s’est poursuivie par une analyse collective du contexte et de la manière dont la réalité affecte les populations rurales en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’accent a été mis sur la montée de l’extrême droite fasciste dans ces territoires, qui se traduit par un modèle économique extractiviste qui spolie les communautés de leurs terres, de leurs biens communs et de leurs droits. De même, l’attention a été attirée sur la progression des secteurs anti-droits qui, par le biais de discours haineux, de mensonges et de propositions anti-genre, tentent d’imposer leur programme sur le continent, en présentant les femmes, les personnes LGBT, les paysan·nes, les peuples autochtones et les défenseur·euses des droits humains comme « l’ennemi ».
Des progrès ont été réalisés en matière de droits des personnes issues de la diversité dans certains pays de la région : par exemple l’adoption légale, l’identité de genre légale et les lois anti-discrimination en Argentine, en Uruguay, en Colombie, au Chili, au Brésil, au Costa Rica, au Mexique (jurisprudence) et à Cuba (Code de la famille, 2022) ainsi que le mariage égalitaire légal dans 9 pays (Costa Rica, Cuba, Chili, Équateur, Argentine, Brésil, Colombie, Uruguay, Mexique). Mais dans la plupart des pays, des reculs et des menaces concrètes de perte des droits acquis de haute lutte persistent, notamment avec la possibilité d’une montée de l’extrême droite.
Dans ce contexte, le CLOC-LVC a réalisé une avancée importante, non seulement pour notre mouvement, mais aussi pour d’autres organisations du secteur.
« Nous avons consolidé un processus de construction et de renforcement d’une articulation des diversités ; c’est-à-dire que nous sommes des militant·es reconnu·es de manière organique dans notre mouvement internationaliste ».
La contribution aux luttes collectives contre l’agro-industrie et en faveur de l’agroécologie, de la rébellion et de la construction populaire – à partir d’une proposition de réforme agraire et de la participation à des projets collectifs en faveur des droits des paysan·nes – a été au cœur de l’ordre du jour travaillé par les panélistes représentant les régions. Des éléments clés ont été soulevés, tels que : la présence de l’impérialisme comme ennemi fondamental dans les pays, présence marquée par l’ingérence des États-Unis notamment. L‘exemple des Caraïbes, où une menace latente liée à une base militaire maritime qui influence les politiques internationales contre la région a été soulignée. La discrimination sociale à l’égard des personnes LGTBIQ+ a également été au cœur des discussions, ainsi que le féminisme, l’égalité et la place de la diversité dans les processus de plaidoyer, de formation et de participation.
Par ailleurs, un espace de dialogue a été ouvert avec l’articulation des femmes, l’articulation des jeunes et l’axe des droits paysans. Les éléments partagés ont permis d’approfondir la construction du sujet politique des Diversités de la CLOC-LVC, en comprenant que la lutte de l’articulation des Diversités traverse tous les axes de lutte du mouvement.
Johana Quintanilla, représentante de l’Articulation des femmes, a souligné que le féminisme paysan et populaire et les diversités ne sont pas des agendas séparés.
« Il n’y a pas de féminisme paysan et populaire sans diversités, nous faisons partie du même projet politique, nous sommes l’unité dans la diversité », a-t-elle souligné.
Pour sa part, Edneide Elisbão, représentante de l’Articulation des jeunes, a ajouté qu’être jeune et issu des diversités, c’est vivre en résistant pour rester à la campagne, et a souligné l’importance pour les organisations d’accompagner ces processus.
« Quand on perd une vie LGBT, on perd un avenir. L’articulation des jeunes et l’articulation des diversités se trouvent dans un même projet politique populaire orienté vers la campagne ».
En ce qui concerne les droits des paysans, l’article 3, qui traite de la non-discrimination et de l’égalité comme une réalisation du mouvement, a été souligné, car elle nous propose une nouvelle forme de relations humaines.
La journée s’est terminée par un travail en groupes afin de définir collectivement qui sont les acteur·rices politiques de la diversité au sein de la CLOC-LVC. Un plan de travail initié en juillet a pu bénéficier des contributions fondamentales de cette assemblée.
Parmi les propositions de ce plan de travail figurent : le renforcement des collectifs de travail internes, le renforcement de l’alliance avec les articulations des femmes et des jeunes, la création d’écoles et d’espaces de formation politico-pédagogique. Le plan propose aussi de promouvoir des campagnes de communication pour rendre visible, sensibiliser et accroître la participation, en intégrant les diversités comme une action fondamentale dans l’agenda du militantisme paysan et des personnes alliées. L’importance pour les dirigeantes et dirigeants des organisations d’accompagner ces processus de l’assemblée a également été soulignée.
Propos rapportés par Yves Carrier