Veillée de conte au CAPMO

Compte-rendu numéro 365, décembre 2025

Veillée de contes au CAPMO

Ce soir, nous sommes heureux d’accueillir Vivian Labrie et Isabelle Forest qui vont nous raconter des histoires comme dans le bon vieux temps.

Vivian est ethnologue de formation et, dans ses jeunes années, elle a parcouru les routes de l’Acadie et de Charlevoix avec son enregistreuse pour recueillir des aînés des contes qui étaient racontées lors des longues veillées d’hiver.

Isabelle est artiste de formation et elle est membre du groupe Espace Art Nature à Neuville. Elle vient de France et elle nous a mijoté quelques surprises. Nous allons débuter par Vivian. Yves

Pour vous donner ma version des faits. Dans la tradition orale, il n’y a pas vraiment de contes de Noël. Le véritable conte se trouve dans l’Évangile. Autrefois, les gens se partageaient des contes qui provenaient de la tradition orale. C’est vrai que j’ai eu l’occasion d’en recueillir beaucoup avec mon conjoint de l’époque qui s’appelait Robert Boutillier avec qui j’ai eu une fille, Gabrielle Boutillier. Donc, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens qui connaissaient des contes de la tradition orale. Effectivement, quand j’ai commencé à travailler au CAPMO, c’est arrivé assez souvent que des contes que j’avais entendus de témoins directs ou encore aux archives de folklore de l’Université Laval, pouvaient faire du sens pour nos luttes d’aujourd’hui. C’est à ça que j’ai pensé quand Yves m’a demandé de venir vous raconter un conte. J’ai choisi de vous raconter un conte où il y a des enfants. Je l’avais raconté un soir d’automne au CAPMO, à un moment où nous étions en train de préparer des actions de désobéissance civile non-violentes. On se posait des questions sur la non-violence et tout cela. On doit le trouver dans l’un ou l’autre de nos anciens comptes-rendus de nos soirées mensuelles.

Ce conte a été recueilli par le docteur Dominique Gauthier, médecin à Shippagan dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick dans la péninsule acadienne. À l’époque on ne savait pas toujours le nom des femmes, il avait recueilli le conte de madame Pierrot Haché en 1951. Grâce aux archives de folklore nous avons accès à ce conte. Je suis contente de vous le raconter, parce que grâce à un projet de recherche avec l’Université Laval et d’autres universités, d’ici quelques semaines, il va y avoir un site internet avec des contes et des chansons que nous avons recueillis. Alors notre collection contient 2 500 contes et chansons de la tradition orale. Cela me fait plaisir d’avoir l’occasion de vous transmettre ça parce que la journée où nous n’aurons pas d’électricité, nous aurons encore notre mémoire pour nous raconter des histoires. Alors, l’histoire que j’ai choisi de vous raconter ce soir est assez connue sur la planète, il porte le numéro 707 dans les recherches scientifiques. C’est le conte de « L’oiseau de vérité ». Je vais vous le raconter tel que je l’ai entendu, mais il peut y avoir différentes versions. Évidemment, ce ne sont pas des histoires qui sont vraiment arrivées, les contes ont ceci de particulier qu’ils ont souvent des éléments de merveilleux dedans. Un jour que j’avais raconté des contes, les gens m’avaient dit que ce qui ressemblait le plus à leur vie, c’étaient les éléments merveilleux dans le conte. On verra bien ce que cela veut dire.

« Il était une fois, dans un pays quelque part, il y avait un roi et une reine qui avaient trois garçons. Leurs fils avaient grandi et ils étaient de jeunes hommes. Ils aimaient aller à la chasse parce que les fils de roi ça va à la chasse. Un jour, le plus jeune des princes est parti à la chasse dans le bois et il s’est retrouvé devant une petite cabane. La porte était barrée, il regarda à la fenêtre où il aperçut trois belles jeunes filles. Dans ce temps là, les princes devaient se marier, et cela ne se faisait pas comme aujourd’hui. Il s’est dit, trois filles de nos âges et nous autres on est trois gars en âge de se marier, alors il était pas mal content de son idée. Il revient à la maison et il demande à ses frères de l’accompagner à la chasse le lendemain matin. «  Je suis allé à la chasse, leur dit-il, mais je n’ai pas été capable de rapporter ce que j’ai trouvé, mais si vous voulez, nous iront ensemble demain.»

Le lendemain matin, les trois gars se lèvent, ils s’en vont dans le bois, il cogne à la porte de la cabane, et on va supposer que la porte s’est ouverte. On va supposer que la rencontre s’est bien déroulée et qu’ils se sont plus. Ça n’a pas été long que l’aîné s’est marié avec la plus âgée des filles, celui du milieu avec celle du milieu et le plus jeune avec la plus jeune. On va espérer qu’ils s’étaient tous trouvés à leur goût. Alors ils sont revenus au château et ils se sont bâtis chacun une maison autour du château du roi, le plus vieux, le deuxième et le plus jeune.

Une année plus tard, la plus jeune des filles a donné naissance à un enfant, un petit garçon. Ils étaient contents, mais les deux autres sœurs, n’avaient pas eu d’enfant. Il leur a pris une jalousie parce qu’elles n’en avaient pas eu. Un jour, le prince demande à son épouse d’aller faire un tour en ville avec lui. « Le bébé va bien, les servantes vont s’en occuper pendant que tu ne seras pas là. » Mais la jeune mère préfèrerait demeurer à la maison. Le prince insiste et comme elle ne voulait pas lui déplaire, elle accepta. Donc, ils sont partis en ville en laissant le bébé aux soins de leurs servantes.

Les deux sœurs ont remarqué leur absence, elles se sont arrangées pour entrer dans la maison sans que les servantes s’en aperçoivent. Elles avaient amené un petit chien avec elles. Elles ont pris le bébé et elles ont mis le chiot à sa place dans le berceau. Elles sont parties avec le bébé, elles l’ont mis dans un panier puis elles sont allées sur le bord de la rivière et elles ont lancé le panier dans l’eau.  – On connait d’autres histoires où il y a des bébés dans des paniers, mais on ne parlera pas de ces histoires là.— Alors le panier avec le petit bébé descend la rivière.

Plus bas sur la rivière, il y avait un pêcheur qui tendait ses filets pour attraper des poissons. Tout à coup, il aperçoit un panier qui est pris dans ses filets. Il va voir, il ouvre le panier et il découvre un petit bébé. Il est assez âgé et lui et sa femme n’ont jamais eu d’enfant. Il va voir sa femme et il lui dit qu’il a trouvé un bébé. Ils étaient contents. Alors le petit bébé est resté là et il a grandi toute une année.  Pendant ce temps là au château, les parents étaient rentrés de la ville et ils avaient découvert un petit chien à la place de leur bébé dans le berceau.

Ils avaient bien de la peine, mais l’année suivante, la jeune femme est retombée enceinte et cette fois, elle a eu une petite fille. Sauf que ses sœurs plus âgées n’ont pas eu d’enfant cette année là encore. Encore une fois, la jalousie les a prises. Cela ressemble à l’histoire de tantôt, au bout de quelques semaines, le prince demande à sa femme d’aller en ville. Elle lui a dit : « Tu sait ce qui est arrivé la dernière fois. » Finalement, le prince insiste et insiste jusqu’à ce qu’elle accepte. Ils s’en vont à la ville pendant que les servantes prennent soin du petit bébé. Vous me voyez venir. Les deux sœurs arrivent, elles avaient eu vent de leur absence, elles rentrent sans faire de bruit, cette fois elles avaient apporté un petit chat. Elles prennent la petite fille dans le berceau et y déposent le chaton. Elles mettent l’enfant dans un panier et elles partent, elles vont à la rivière et elles y lancent le panier.

Encore une fois, le panier se prend dans les filets du pêcheur qui, à son grand étonnement, découvre encore une fois un bébé, une belle petite fille qu’il rapporte à sa femme qui est toute heureuse d’avoir un deuxième enfant. Vous imaginez le plaisir. On les laisse là et on revient au château.

Le prince et sa femme reviennent de la ville, ils se dépêchent d’aller dans la chambre du bébé, ils lèvent la couverte et ils voient un chaton. Encore une fois, ils ne comprennent pas ce qui s’est passé. La première année le prince avait dit : « Ce sont des choses qui arrivent. » Mais la deuxième année, il s’est mis à voir des doutes sur sa femme. Qui avait-il marié dont les enfants se transformaient en animaux ? Il a dit : « En tous cas. » Ils ont eu beaucoup de peine et ils ont eu encore une fois à vivre un deuil. Des fois la peine ça aide à avoir de l’espoir et ils ont eu un troisième enfant, un petit garçon.

Les deux sœurs n’avaient toujours pas eu d’enfant. Vous me voyez venir encore, ce n’est pas très long que le prince a à nouveau envie d’aller en ville avec sa femme. Son épouse lui répète qu’elle ne veut pas y aller par peur que la même chose se produise encore, d’autant plus que son mari l’avait mis en garde que si cela se reproduisait il y aurait de graves conséquences. Je ne sais pas à quoi il pensait de vouloir absolument aller en ville, mais toujours est-il qu’ils ont fini par y aller. Les servantes étaient supposées prendre soin du petit bébé, mais les sœurs ont trouvé le moyen de rentrer dans la maison sans se faire voir, encore une fois avec un petit chien, elles mettent le bébé dans le panier et le chien dans le berceau, le panier dans la rivière, puis dans le filet du pêcheur qui ouvre le panier et découvre le troisième enfant.

Les vieux se sentaient bénis de la vie, trois enfants alors qu’ils étaient incapables d’en avoir.  Ils sont très contents, ils ont une belle petite famille de trois et tout se passe bien de ce côté-là.

Pendant ce temps, au royaume, les choses ne vont pas du tout. Le prince et sa femme reviennent de la ville, ils se dépêchent d’aller voir dans la chambre, ils lèvent la couverte, un petit chien. Pendant ce temps là, le prince était devenu roi. Alors il dit : « Parole de roi, il faut que je fasse quelque chose. » La punition pour sa femme sera le bannissement. Il appelle les gardes et ils leur dit d’amener sa femme dans la forêt avec interdiction de revenir au château à jamais. Dans ce temps là, c’était de même que ça marchait. Je ne sais pas c’est quoi les lois aujourd’hui, mais ça arrive des fois que les femmes se retrouvent dans le bois. Mais le roi avait de la peine, parce qu’il l’aimait sa femme, ses petits enfants et il se retrouvait seul.

Sa femme, elle s’est retrouvée dans le bois sous escorte des gardes qui lui disent de ne jamais revenir sous peine de mort. Ils lui font promettent de ne jamais sortir du bois. C’est comme ça que s’installe une drôle de vie dans le royaume.

On va retourner du bord du pêcheur, de sa femme et de leurs trois enfants adoptés. Quelques années plus tard, les enfants avaient environ une douzaine d’années, le vieux et la vieille étaient encore plus vieux, ils sont tombés malades et ils sont décédés à peu de temps d’intervalle. Ils sont morts et les trois enfants sont restés tout seul à s’occuper de la maison sur le bord de la rivière. Ils faisaient la vie comme on faisait dans ce temps là. Dans ce temps là, le dimanche, les hommes allaient à la messe et les femmes restaient à la maison pour faire le ménage. Toujours est-il qu’un dimanche, les deux frères s’en vont à la messe et la petite fille reste à la maison, elle regarde par la fenêtre et elle voit une vieille madame sur le bord du jardin qui se trouvait à la lisière du bois. La jeune fille sort de la maison et aperçoit une vieille madame toute déguenillée. La vieille dit à la jeune fille: « Il est bien beau votre jardin ma petite fille. » Elle répond : « Oui mémère, il est beau notre jardin. » La vieille lui répond : « Il est vraiment, très, très, très beau, mais il pourrait être encore plus beau. » « Comment ça mémère qu’il pourrait être encore plus beau? » «Il s’agirait que vous alliez chercher l’Eau qui bouille, l’Arbre qui chante, et l’Oiseau qui dit tout. »

La petite fille était toute impressionnée d’entendre ça, mais elle a surtout pensé à la vieille mémère qui était toute sale parce qu’elle ne prenait pas souvent son bain. Alors, elle lui a permis de prendre un bon bain, elle lui a donné à manger, des vêtements propres, etc. Puis la vieille lui a dit : « Il faut que je m’en aille, je ne peux pas aller plus loin. » Elle retourne dans le bois. Quand ses frères sont revenus, la petite fille leur a raconté ce qui était arrivé. Ils ont dit : « Oui, mais c’est où qu’on trouve l’Eau qui bouille, l’Arbre qui chante et l’Oiseau qui dit tout ? » Elle leur dit : « Je ne sais pas, je ne lui ai pas demandé. » « Mais si elle revient la semaine prochaine, tu lui demanderas. »

Alors, la semaine suivant, les deux frères partent à la messe, la petite fille reste toute seule, et elle voit la vieille à l’orée de la forêt. Elle va la voir. « Bonjour grand-mère, comment ça va? » Elle était très contente de la revoir et tout cela. Encore une fois, elle lui offre un bon déjeuner et un bon bain chaud, puis elle lui demande: « Comment est-ce qu’on fait pour trouver l’Eau qui bouille, l’Arbre qui chante et l’Oiseau qui dit tout ? »

La grand-mère lui répond : « C’est pas facile à trouver, mais cela se trouve. » Elle lui dit : « Tu vois le chemin qui est là, il faut aller par là et à un moment donné, on les trouve. » Elle lui a indiqué le début du chemin et elle est repartie dans le bois. Alors quand les frères sont revenus à la maison, la petite fille leur a dit ça. Les frères avaient envie d’aller voir ce qui pourrait leur donner un jardin encore plus beau que le leur. Il était déjà très très beau. Vous savez en Acadie, ils font de beaux jardins. Le plus vieux a dit : « Je vais essayer d’y aller. » Un beau matin, il se prépare pour partir.

Dans le jardin, les enfants avaient chacun un carré dont ils avaient soin. Alors le plus vieux a dit : « Ça c’est mon carré. Si les fleurs restent belles, tout va bien, si elles flétrissent, j’ai des problèmes, et si elles meurent, je serai mort. » Le petit garçon prend le chemin avec son petit cheval, il galope, galope pis galope toute la journée. Vers quatre heure de l’après-midi, le cheval était fatigué et le petit garçon aussi. Il aperçoit une petite maison sur le bord du chemin, un vieux sort de là et il lui dit : « Mon petit garçon, je sais où tu t’en vas. Tu vas chercher l’Eau qui bouille, l’Arbre qui chante et l’Oiseau qui dit tout. » « Comment vous savez ça monsieur ? » Il a dit : « Écoute mon garçon, fais bien attention, pour la suite du chemin, tu vas avoir peur. Et si tu vires ta tête pour voir derrière toi, en pierre de marbre tu vas devenir. Fais bien attention à toi.» Le garçon lui répond : « Inquiétez vous pas, je vais y arriver » Il continue son chemin. Soudain, effectivement, tout d’un coup, il se met à entendre des bruits spéciaux, des cris de peur et des cris de mort. Il n’avait jamais entendu des choses aussi horribles que ça. Ni une, ni deux, il vire sa tête, tombe en bas de son cheval, et en pierre de marbre il devient. À ce moment là, son carré commence à faner dans le jardin, puis il devient sec. Le jeune frère et la sœur voient ça, et le frère qui ne revient pas, le lendemain, le deuxième frère décide d’aller au secours de son grand frère.

Le deuxième frère part pour secourir son frère et c’est la même chose qui va se passer. Il prend le chemin, galope toute la journée, arrive au bout, aperçoit la petite maison, le vieux sort lui dit de faire attention, que c’est dangereux et ne pas virer sa tête. Le garçon lui dit : « Pas de problème, je vais m’arranger. »  Continue son chemin, les cris de mort commencent, c’est l’enfer comme endroit. Puis, il a tellement peur qu’il vire sa tête, il tombe du cheval et il se transforme en pierre de marbre. Aussitôt le deuxième carré dans le jardin devient fané, puis il sèche.

Le lendemain matin, la petite fille voit ça. « Mes deux frères, où est-ce qu’ils sont ? Il faut que j’aille à leur recherche. » Elle prend son petit cheval blanc, part sur le chemin, galope, galope, pis galope toute la journée, vers quatre heure elle arrive près d’une petite maison où le même vieux lui dit : « Je sais où tu t’en vas ma petite fille. » « Où est-ce que je m’en vais grand-père ? » « Tu vas chercher l’Eau qui bouille, l’Arbre qui chante et l’Oiseau qui dit tout, et peut-être aussi tes frères que je n’ai pas vu revenir? » « Oui, c’est surtout mes frères que je veux retrouver. » Il lui dit la même affaire : « C’est effrayant ce qu’il y a au bout de ce chemin, la plupart des gens n’arrivent pas à traverser. Peut-être que tu ne pourras pas ? En tous cas, dévires pas ta tête.»

La petite fille a dit : « Grand-père, avez-vous du coton ouate ? » « Ben oui! » « Avez-vous de la mélasse? » « Oui j’en ai. » Il lui en apporte. Elle met de la mélasse dans le coton ouate, puis elle se met des bouchons dans les oreilles. C’est vrai qu’on entend moins.

Elle demande au grand-père de l’aider à monter sur son cheval, de lui bander les yeux et d’envoyer le cheval par en avant sur la suite du chemin. Le cheval se met à avancer, il galope et galope, elle entend comme un petit murmure de pas grand-chose. Elle avance, elle avance, encore un petit murmure. Tout d’un coup, le cheval arrête. Le grand-père lui avait dit que quand son cheval arrêterait, elle avait juste à envoyer la bride par en avant et que la barrière s’ouvrirait. Comme de fait, elle prend la bride du cheval, elle la lance par en-avant puis la barrière s’ouvre. Le cheval avance, elle se détache du cheval et elle arrive dans le Jardin du bout du monde. Là, il y a de l’Eau qui bouille de toutes les couleurs, il y a l’Arbre qui chante  et il y a un petit oiseau qui se promène un peu partout. Dans ce conte, l’Oiseau la suit, elle prend un rameau de l’Arbre pour le planter dans son jardin et elle emporte de l’Eau qui bouille dans une bouteille. Dans une autre version de la même histoire, l’Oiseau vient et elle l’attrape par les deux pattes.

Toujours est-il qu’elle repart, en revenant, elle aperçoit ses frères en pierre de marbre. Elle ne les avait pas vus puisqu’elle avait les yeux bandés à l’aller. Lorsqu’elle passe près d’eux, ils reviennent à la vie. J’imagine que les chevaux aussi. Alors ils reprennent leur chemin de retour et ils reviennent à la maison. La vieille avait dit à la petite fille : « Si jamais tu réussis, tu feras une veillée chez-vous, peut-être comme ici ce soir, et tu inviteras tout le monde, y compris le roi et ses frères et leurs épouses. » Elle avait aussi dit qu’elle aimerait être là, mais cacher dans une chambre de la maison.

Alors, tout ce monde s’en vient à une veillée et à la fin des repas dans ces veillées, les gens racontaient des histoires. Ainsi, chacun raconte son histoire. « Puis vous les garçons qu’est-ce que vous avez à dire ? » « On a eu une drôle d’histoire où on a voulu aller chercher l’Eau qui bouille, l’Arbre qui chante et l’Oiseau qui dit tout. C’est notre sœur qui les a trouvés, mais on ne sait pas trop comment ?» «Puis la petite fille, il parait que tu as eu toute une aventure? » Elle dit : « Moi, je ne conte pas, mais mon oiseau peut-être qu’il conte. » Elle avait l’oiseau sur son épaule et il s’est mis à raconter : « Une fois, c’était un roi et une reine, ils avaient trois garçons, etc. » L’Oiseau raconte toute l’histoire et à mesure que l’histoire se raconte, ça se met à bouger du côté du roi. D’abord, le roi-prince, ça faisait beaucoup de travail dans sa tête, il y avait des choses qui se connectaient tout d’un coup. Les deux sœurs n’étaient pas très confortables quand on entendait dire qu’il y avait des bébés garçons qui avaient été changés pour des petits chiens et un bébé fille par un petit chat, elles bougeaient pas mal sur leur siège. Tout d’un coup, le roi-prince a compris ce qui s’était passé. Puis, l’Oiseau a dit : « Mon roi, voici vos garçons et votre fille. » Le roi ne se pouvait plus. Et là il a pensé à sa femme qu’il avait injustement punie. Elle était dans la chambre et elle est sortie à ce moment. Le roi et la reine se sont retrouvés et ils étaient pas mal contents. À travers quelle histoire ils étaient passés. Les enfants retrouvaient leurs parents. Par contre, on ne sait pas trop ce qui est arrivé aux deux sœurs. Cela dépend des différentes versions de ce conte. On peut se dire qu’elles avaient besoin d’amour et qu’elles ont peut-être eu envie de trouver du bonne amour. Les voyant si contents et si heureux ce soir là, ils m’ont dit : «Une journée que tu auras une histoire à raconter au CAPMO, tu raconteras notre histoire. »

Dans les années 1990, j’avais raconté cette histoire au CAPMO et Gérald Doré était avec nous. On se questionnait sur la non-violence. Il s’est mis à nous raconter qu’en Inde, dans la philosophie de Gandhi, il y avait deux termes très importants : le premier c’était l’Ahimsa qui est la non-nocivité, un peu comme une petite fille qui traverse sans virer sa tête en restant ben ben tranquille.

Sans chercher plus que de passer à travers l’épreuve. L’autre terme, c’est Satyagraha qui veut dire la saisi de la vérité. Bien, dans l’une des versions, la petite fille saisit l’oiseau de vérité par les pattes. Comme ça que des gens en Acadie racontent des histoires de même qui parlent de si grands principes présents dans notre histoire humaine collective ? On était ému. Mais je n’ai pas fini de vous raconter les belles histoires qui se sont passées avec ce conte. L’autre histoire est arrivée plus tard quand j’étais au Collectif pour un Québec sans pauvreté. Monique, est-ce que tu t’en rappelles? Il y avait Danielle avec nous autres, c’était notre fête de fin d’année. Danielle était en fauteuil roulant et elle avait un oiseau, un cockatiel qu’elle amenait partout avec elle sur son épaule. Je me suis retrouvée à raconter ce conte avec Danielle qui avait un oiseau sur son épaule. C’est quand même étonnant tout ce qu’il y a dans les contes et que parfois ils nous retrouvent dans la réalité. Joyeux Noël. Vivian

Chaque conte est entrecoupé par un morceau de musique joué par Isabelle Blais à l’accordéon.

– Nous allons maintenant entendre un conte d’Isabelle Forest d’Espace Art Nature.

Pour commencer, je vais vous lire une vieille lettre qui a été publiée dans un journal américain, le New York Sun, le 20 septembre 1897. Il parait que cette lettre est l’article qui a été le plus publié au monde. Cela va comme suit : « Cher rédacteur en chef, j’ai huit ans, certains de mes petits amis prétendent que le Père Noël n’existe pas. Papa lui dit que : « Si c’est écrit dans le New York Sun, alors, c’est que c’est vrai. » « Pouvez-vous me dire la vérité s’il vous plait. Le Père Noël existe-t-il ? Signé Virginia O. Agnon 155 West 95 Avenue, New York City.»

Voici la réponse du rédacteur en chef : « Virginia, tes petits amis se trompent, ils sont victimes du scepticisme de l’époque. Ils ne croient que ce qu’ils voient. Ils pensent que ce que leur petit esprit n’est pas à même de comprendre, n’existe pas. Tous les esprits Virginia, ceux des adultes, comme ceux des enfants, sont petits. Dans ce formidable univers qui est le notre, l’homme sur le plan intellectuel n’est guère plus développé qu’un insecte ou une fourmi, surtout lorsqu’on pense au monde infini qui nous entoure ou a l’intelligence nécessaire pour saisir l’intégralité de la vérité et de la connaissance. Oui Virginia, le Père Noël existe aussi sûrement qu’existe l’amour, la générosité et le dévouement. Or, tu sais que ces sentiments abondent et que ce sont eux qui donnent toute sa beauté et sa joie à ta vie. Comme le monde serait morne sans Père Noël. Aussi morne que s’il était dépourvu de Virginia. S’en serait fini de la joie innocente, de la poésie, du romanesque, qui rendent supportable cette existence. Nous n’aurions plus de plaisir si ce n’est celui que procurent les sens et la vue. La lumière éternelle où l’enfance éclaire le monde s’éteindrait. Ne pas croire au Père Noël, autant ne pas croire aux fées. Tu peux demander à ton papa d’engager des hommes pour attendre au pied de chaque cheminée afin de capturer le Père Noël. Mais, en admettant qu’ils ne le voient pas, qu’est-ce que cela prouve ? Personne ne peut voir le Père Noël et pourtant, rien ne démontre qu’il n’existe pas. Les choses les plus belles du monde sont celles que ni les enfants, ni les adultes, ne peuvent voir. As-tu déjà surpris des fées en train de danser sur l’herbe ? Bien sûr que non. Mais, cela permet-il de douter de leur existence ? Personne ne peut concevoir ou imaginer toutes les merveilles invisibles que renferme le monde.

On peut casser le hochet d’un bébé pour voir ce qui fait du bruit à l’intérieur, mais ni l’homme le plus fort, ni même la force conjuguée de tous les hommes les plus forts ne pourra déchirer le voile qui recouvre le monde invisible. Seule la foi, l’imagination, la poésie, l’amour, le romanesque, peuvent écarter ce rideau et permettre de se faire une idée de la beauté et de la gloire céleste qui se cache derrière. Est-ce réel ? Ah Virginia, rien au monde n’est plus réel ni indiscutable. Pas de Père Noël, Dieu merci, il vit et pour l’éternité. D’ici mille ans Virginia, non!, d’ici dix fois dix mille ans, il continuera de réjouir le cœur des enfants. » Signé le rédacteur en chef.

Maintenant que nous avons posé les bases, je vais vous amener bien loin d’ici. L’histoire que je vais vous raconter s’appelle : L’histoire des treize poussins de Noël. Cette histoire s’est passée il y a longtemps, on ne sait pas combien d’années exactement. C’était dans un village reculé, on ne sait pas très bien où. Peu importe puisque le Père Noël existe. Dans ce village où il n’y a pas grand monde qui passe, nous sommes dans une auberge. C’est une petite auberge de petit village, mais c’est quand même une très bonne auberge. Cette auberge est tenue par le père Jules qui, le soir de Noël, fait un bouilli comme personne n’en fait, même par Yves. Le bouilli c’est chaleureux, c’est réconfortant. Donc, il a préparé son bouilli et cela tombe bien puisque ce soir là trois voyageurs qui arrivent, venus d’on ne sait d’où? Comment sont-ils arrivés là, personne ne le sait. Toujours est-il qu’ils s’attablent et là ils disent : « Père Jules, donnes-nous à manger de cette bonne odeur. » Et voilà qu’arrivent les bonnes assiettes de bouilli. « Jules, donnes-nous de la bière et de la bonne s’il-te-plait. » Alors le père Jules fait de la bière, cela tombe bien. Il leur sert deux gros pichets de bière. Et voilà que ça trinque, la bonne ambiance et tout ça, et tout d’un coup on entend: « cot, cot, cot, cot ». C’est une poule, pas n’importe quelle, c’est la Roussette. Le père Jules, à côté de son auberge, il a une remise avec un poulailler. Il a des poules, mais il y en a une qui est sa préférée, c’est la Roussette. Alors, la Roussette a un privilège, elle rentre dans l’auberge. Comme on a un chien ou un chat, lui, le père Jules, il a Roussette. La poule toute effrayée s’en va dehors parce qu’il n’y a pas trop de neige dehors, on est en Europe on va dire, donc les voyageurs se mettent à rigoler et ils disent: « Père Jules, il y aurait de quoi faire une bonne poule au pot demain. » Alors le père Jules se fâche tout rouge. « Comment ça, cuire la Roussette, mais vous n’y pensez pas. Ce serait comme faire cuire l’un de mes propres enfants. » Il dit ça, mais il n’a pas d’enfant. Vous voyez comme c’est. Alors les voyageurs lui disent : « Père Jules, ne vous énervez pas. On disait ça, on disait rien, mais qu’est-ce qu’elle a cette poule quoi ? »

Pas le temps de répondre, voilà que la porte s’ouvre. D’habitude, il n’y a pas grand monde dans l’auberge, et ce soir là, il y a trois voyageurs et la porte s’ouvre sur une femme et trois enfants: un garçon aîné, une fille au milieu et le plus jeune. En les voyant entrer, on comprend tout de suite qu’ils ne sont pas bien riches. La femme a un vieux manteau tout rapiécé, tout usé, vous voyez. Le plus vieux des enfants, on dirait qu’il a grandi trop vite et que ses vêtements ont rétrécis. Quand on voit ses bottes, elles ne tiennent pas bien chaud. La fille, on dirait que tout d’un coup, ses habits ont grandi avant elle. Elle doit avoir les habits de sa mère, qu’elle lui a passés. Enfin bref. Et le plus petit, tout est trop grand pour lui.

Il est un peu spécial parce que lui, il est tout maigre, un petit peu palot, puis il boite. Alors voilà, quatre voyageurs qui arrivent, mais on ne sait pas comment ils sont arrivés jusque là. Le père Jules leur dit : « Entrez, entrez, entrez! » Ils s’attablent et le père Jules dit : « Madame qu’est-ce que je vous sers ? » Elle dit : « Un peu de lait pour les enfants, du pain et de l’eau pour moi et ça ira. » Le père Jules perspicace répond : « Ah, je vois ça, pas trop de sous hen ?,  allez, c’est Noël, c’est moi qui régale. » Et le voilà qui apporte quatre belles grosses assiettes débordantes, appétissantes, fumantes de son bon bouilli. Et les voilà qui mangent.

Une fois qu’ils ont été servis, les premiers voyageurs lui disent :

* « Père Jules, la poule, qu’est-ce qu’elle a cette poule que cela vous met dans tous vos états ? »

* « Qu’est-ce qu’elle a ? Elle vient d’avoir des poussins. »

* « Oui, et alors ? »

* « Ben, les poussins de Noël, ça se respecte. »

* « Oui, mais encore. »

Il hésite et finalement il se lance : « On raconte, dit-il, que le soir de Noël, tous les ans, une poule et ses treize poussins, traversent le champ à Margueritte. Ils arrivent depuis le couvent des sœurs, longent le ruisseau, passent la barrière du champ, et là, tout-à-coup, à peu près vers minuit, il se passe quelque chose, les poussins se transforment en or, pas pour longtemps. Après, tout d’un coup, ils disparaissent. On n’en a plus de nouvelles, on ne sait plus où ils sont. On dit que : « Si quelqu’un arrive à voir les poussins à ce moment-là, eh bien cette personne là sera heureuse toute sa vie. Vous avez bien entendu, si la personne voit les poussins en or, elle sera heureuse toute sa vie, mais attention: il ne faut pas toucher aux poussins de Noël. Vouloir les attraper, ça porte malheur. Et ça, c’est du malheur pour toute sa vie. Tout le monde écoute, complètement médusé.»

Tout-à-coup, dans un coin sombre de l’auberge, on entend un ricanement. « C’est des racontars tout ça. » C’est Norbert La Guigne. Il est là tous les jours dans l’auberge du père Jules, toujours dans le coin sombre, il est jamais content, selon lui, rien ne va jamais, Norbert est un grincheux. Il est maussade et grincheux. Alors le père Jules lui dit : « Ah bien t’étais là Norbert. En oui, j’aurais du m’y attendre, toujours à écouter dans les coins sombres.» Ça vous en dit long.

On en est là de l’histoire et la femme et les enfants ont terminé leur repas, et la mère dit à ses enfants : « Alors les enfants, qu’est-ce qu’on dit ? » « Merci père Jules! » disent les enfants. Le père Jules est un homme grand et généreux et quand il a des émotions, en ben il y a un rhume qui lui tombe dessus et il est obligé de se moucher. Alors, il sort son grand mouchoir et il souffle dedans. Et quand il a des émotions, il s’énerve, il est comme ça. Ben là, bon, Norbert La Guigne pousse la porte et puis s’en va. « Rien que des mensonges, rien que des âneries. » Et le voilà qui part dans la nuit noire.

Bon, tout le monde est là, les soupes sont terminées, la bière est finie, et vous savez quand il en a un qui part, on dirait que cela donne l’élan à tout le monde. Les voyageurs disent : « Bon, ben, c’est pas tout ça, on a de la route à faire, donc on va y aller aussi. » Ils se lèvent, disent au revoir, souhaitent Joyeux Noël, et ils s’en vont. Donc, le père Jules reste tout seul à l’auberge avec la petite famille. Voilà que la femme se lève en disant : « Nous aussi on va y aller. » Et le père Jules : « Vous allez, où est-ce que vous allez ? » « On va continuer notre chemin », dit la femme. Tout d’un coup, voilà qu’il s’énerve, sort son grand mouchoir, se mouche et dit : « Je vais quand même pas laisser une femme toute seule sur les chemins, un soir de Noël, avec trois enfants. Non mais ! J’ai des chambres à l’étage, vous allez dormir ici bien au chaud.» Alors la femme toute émue, pour donner un coup de main au père Jules, elle l’aide à faire la vaisselle, à ranger l’auberge, et tout ça, pendant que les enfants vont jouer dehors.

Les deux plus vieux, ça courent, ils jouent à la cachette ou à la tai, enfin des jeux d’enfants, mais le plus jeune, comme il boite, c’est pas très rigolo, il est toujours à la traine. Donc, lui, qu’est-ce qu’il fait ? Il se dit, je vais aller voir les poules. Et le voilà qui va dans la remise et qu’est-ce qu’il voit ? Il voit les autres poules qui dorment et il voit la Roussette avec ses poussins. Il les compte : « Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize. »  Ça tombe bien. Alors, il s’amuse avec eux, il leur donne de graines, et les poussins trop contents se jettent tous sur lui. Mais le plus petit des poussins, il est comme Gustin, il n’est pas tout à fait comme les autres. Il boite un petit peu, il a les plumes un peu ébouriffées, et quand Gustin jette les graines, tous les autres poussins les mangent et quand il arrive, il n’y a plus rien. Il le met contre lui et lui dit : « Oh mon pauvre petit poussin. » Il lui donne des graines, il lui parle, et il est tout doux, tout chaud. » Puis tout-à-coup, on entend la maman qui appelle: « C’est l’heure d’aller se coucher. »

Voilà qu’ils découvrent leurs belles chambres, toute propres avec des lits douillets. Ils peuvent prendre un bain, et tout et tout, et ils sont super heureux. Alors, la maman elle dit : « Qu’est-ce qu’on dit les enfants au père Jules ? » « Merci, père Jules! » Et voilà le père Jules qui de nouveau tombe enrhumé, se mouche, et il se met à grogner. C’est un émotif, mais il ne le sait pas. Donc, tout le monde va se coucher. Quand tout le monde dort sur ses deux oreilles, bien au chaud dans de bonnes douillettes bien chaudes, Gustin n’arrive pas à dormir. Il n’arrête pas de penser à ce pauvre treizième petit poussin, comme lui, tout ébouriffé, qui a mal à sa patte, il se dit : « Le pauvre, dans la remise tout seul, il doit avoir froid. »

Alors, il se lève et y va. Quand il arrive à la remise, pas de poussins. Il regarde un petit peu plus loin, il marche, il sort, traverse le champ, parce qu’il voit comme quelque chose là-bas, longe le ruisseau, et là, quand il passe la barrière, qu’est-ce qu’il voit ? Norbert La Guigne qui est de l’autre côté de la barrière. Mais Norbert n’a pas vu Gustin. Et juste à ce moment-là, il aperçoit Norbert La Guigne et il voit une poule et ses treize poussins qui brillent comme de l’or. Ce sont les poussins de Noël, les poussins d’or. Alors vous imaginez Gustin, c’est l’histoire que l’aubergiste à raconter. C’est incroyable, il est émerveillé, c’est trop beau. Puis, tout à coup, qu’est-ce qu’il voit ? Norbert La Guigne qui va pour mettre la main sur un poussin et voilà qu’il l’attrape. Là, Gustin se met à hurler, Norbert se jette sur Gustin en disant : « C’est mon poussin, tu ne l’auras pas. » Et voilà qu’il pousse Gustin qui tombe et Norbert attrape le poussin. Et, à cet instant là , Roussette se transforme en bâton, un énorme bâton, un gourdin.

Et voilà que Roussette, transformée en bâton, se met à donner des coups à Norbert La Guigne, c’est son malheur qui commence. Norbert s’en fuit en criant : « Oh secours! Aie! Aie! Aie! » À ce moment, Gustin qui s’est remis debout voit tous les poussins qui commencent à courir dans tous les sens, et il aperçoit le pauvre petit poussin qui boite et qui brille comme de l’or. Alors, Gustin, il n’y pense pas lui, il n’écoute que son cœur, et hop, il y va, il attrape le poussin. Ben oui, on se dit : « Malheur!, malheur!, malheur! » Ensuite, il se passe quelque chose d’incroyable, le bâton Roussette redevient Roussette la poule qui brille comme de l’or et qui, tout-à-coup, se met à parler. Elle s’adresse à Gustin : « Je devrais te faire oublier tout ce que tu viens de voir, mais tu as un bon cœur Gustin. » À ce moment là, on entend le treizième petit poussin qui est toujours dans la main de Gustin qui dit : « Merci Gustin! » Là, Gustin, il n’en revient pas et la poule lui dit : « Pour te remercier de ce que tu as fait pour mon poussin, je vais te donner mon poussin et dès que tu auras besoin de quelque chose, il te suffira de prendre l’une de ses plumes. Et là tu auras la chose dont tu as besoin. »

Évidemment, vous avez compris que ce que la Roussette lui a offert, ce n’était pas de l’or, parce que ses poussins sont redevenus des poussins ordinaires. C’étaient des choses essentielles, des choses qui donnent du sens. Avec tout ça, le temps a passé, Gustin a grandi, il est devenu un adolescent puis un homme, et son poussin est toujours avec lui, c’est une jolie poule qui vit avec lui dans sa maison. Vous comprendrez qu’il n’allait pas la remettre dans la remise. Tout le monde s’émerveille de voir cette poule et demande : « Mais qu’est-ce qu’elle fait chez toi ? » « Ah, c’est une longue histoire », dit Gustin. En souvenir de ce jour là, Gustin qui n’a pas oublié, accroche dans son sapin treize boules d’or parce que non seulement cette nuit-là il a reçu cette belle poule, mais il a reçu un autre cadeau. C’est que tout-à-coup, voilà que sa jambe a grandi et elle est devenue normale, tout comme le petit poussin ébouriffé. Et voilà, mon histoire est terminée. » Isabelle Forest

Racontes-nous en une autre s’il te plait.

« Je vais vous amener très loin, dans la saint Russie, au temps d’Yvan le Terrible. L’histoire se situe à la campagne, dans la plaine, dans un petit village, un hameau, chez Sergueï. Il vit avec sa grand-mère Babouska. Ils vivent de la culture de céréales et de légumes et ils ont des oies. Voilà que cette année là, Grand-père Gel est passé au printemps. Grand-père Gel est impitoyable et il a raflé toutes les cultures : Les beaux grains de blé, les beaux légumes qui commençaient à pousser. Hop ! Il a tout raflé. Ce qui fait qu’à l’automne, les récoltes, il n’y a pas grand-chose quoi. Il n’y a tellement pas grand-chose que tout le monde commence à avoir faim et une fois qu’on a mangé les navets, puis les carottes et il n’y en avait pas beaucoup, donc il n’y a plus rien et ils ont faim. Voilà que Grand-père Gel revient, il fait froid, il fait faim et comme tout le monde a faim, bien les renards viennent voler dix oies. Alors, il ne leur reste plus que dix oies. Sergueï est un jeune homme et il se dit que sa Babouska ne passerait pas l’hiver. « Comment on va faire?, on n’est qu’en novembre, on ne va pas durer tout l’hiver. Il faut trouver une solution.» Il dit à sa Babouska : « Écoute Babouska, je vais aller à la ville, et je vais vendre les oies, enfin je vais t’en laisser une parce que pendant que je serai parti, au moins tu auras un œuf d’oie à manger tous les jours. »

Alors, il part à la petite ville d’à côté, il va voir le marchand, on voit que les affaires vont bien pour lui, il est bien gras, bien robuste et il est tout à ses affaires. Donc, il est avare, calculateur et voleur. Cela le définit bien. Donc, voilà notre Sergueï qui se met en route, il faillait marcher avec les oies et là-bas aussi Grand-père Gel était arrivé. Quand il arrive à l’entrée de la ville, il voit des enfants pauvres. Cinq enfants et ils sont vraiment pauvres, ils portent des haillons et on voit qu’ils ont encore plus faim que lui. Alors, notre Sergueï a pitié, il se dit : « Ces pauvres enfants » et il leur donne à chacun une oie. Ça tombe bien, ils sont de cinq familles différentes. Il se retrouve plus qu’avec cinq oies et il arrive chez le marchand qui s’appelle Vassili. Là, le marchand, gras et avare, le regarde de haut. Il lui dit : « Tes oies, elles sont maigres. Puis, moi j’en attendais dix au moins. Il y en a juste cinq.» Il lui jette dédaigneusement quelques pièces de monnaies, pas grand-chose, de quoi acheter un peu de blé noir, puis c’est tout. Donc, voilà Sergueï retourne à la maison de sa grand-mère. C’est pas bien glorieux. Il y pense et il se dit qu’avec le blé noir qu’il a rapporté, ils ne vont pas tenir tout l’hiver.

Comme c’est une plaine, sa grand-mère le voit arriver de loin. Elle se dit : « Mon Sergueï qui revient. » Alors là, elle n’écoute que son cœur et les quelques légumes qui restent, elle les met tous à bouillir dans une bonne soupe parce qu’elle se dit: « Il revient tout seul, il n’a plus d’oies, donc, il rapporte des sous. On va passer un bon hiver. » Elle était loin de se douter qu’il n’y aurait pas grand-chose.

Donc, ils mangent la bonne soupe pleine de légumes et après, il n’y a plus rien. Là, il n’y a plus que l’œuf de l’oie qui reste et un peu de grain, mais pour nourrir un jeune garçon vigoureux et une vieille femme, c’est pas suffisant. Noël approche et Sergueï se dit : « On ne va pas passer l’hiver comme ça. Déjà qu’à Noël on n’aura rien. » Sa grand-mère qui voit bien que ça ne va pas, dit : « Sergueï, j’ai une idée, pour Noël on va cuire l’oie. » Sergueï se fâche tout rouge : « Ah non! On va pas manger l’oie. Ah ça non! Je vais aller voir le Tsar, le Tsar de toutes les Russies.» Sa grand-mère lui dit : « Tu vas aller voir Yvan le Terrible? » « Oui, je vais y aller. » Et là, il n’écoute que sa colère, que sa vigueur et que son cœur. Et le voilà partie.

Sauf que là ce n’est pas trois petits jours de marche pour aller chez le marchand, là il faut marcher une bonne semaine. Et le voilà partie avec son oie. Il arrive au palais du Tsar Yvan le Terrible. Son nom dit tout. En Russie, un château se dit kremlin, alors quand il arrive devant le kremlin, il y a les gardes. Mais lui, il est plein de détermination, mais aussi de colère, il leur dit: « Mais regardez, il y a le Grand-père Gel qui a tout pris, le marchand était pas gentil, ces pauvres enfants qui mourraient de faim, ma mamouska qui a faim, moi j’ai faim, c’est pas juste. » Là, il pousse les gardes, il leur dit : « Poussez-vous !» et le voilà qui rentre dans le kremlin. Il traverse les couloirs, personne ne peut l’arrêter et le voilà devant le Tsar de toutes les Russies, le grand Yvan le Terrible qui est attablé avec toute sa famille, c’est-à-dire, sa femme, ses deux fils et ses deux filles. Et ils ne sont pas attablés devant quelques misérables grains de blé noir, ni un œuf, ni même une bonne soupe aux légumes. Ce sont des plats savoureux et appétissants. Alors Sergueï s’avance dans la grande salle du kremlin et les gardes veulent l’arrêter. Le Tsar fait un signe, il est assez impressionné qu’un moujik, un simple paysan, se présente comme ça devant lui, sans avoir peur. Il dit : « Laissez-le! Parle jeune garçon. » Là Sergueï lui dit : « Très grand Tsar de toutes les Russies, je vous ai apporté un cadeau, » parce qu’il a son oie vous vous doutez bien.

Ici, je dois faire une petite parenthèse: En ce temps-là, c’est une tradition qui perdure, quand on vous offrait un cadeau, si vous l’acceptez, vous deviez offrir un cadeau à celui qui vous l’avait donné. Sergueï avait ça en tête. Donc, il dit : « Grand Tsar de toutes les Russies, je suis à genou devant vous et je vous apporte ce modeste présent que ma grand-mère et moi, nous vous offrons, une oie. » « Bien, dit le Tsar, bien, bien, bien. Avant de l’accepter, j’aimerais que tu me dises comment tu vas partager cette oie de façon équitable pour que moi-même, ma femme et mes enfants, nous en tirions vraiment profit ? »

Sergueï ne se laisse pas démonter. Il dit : « Grand Tsar de toutes les Russies, à vous qui êtes à la tête de notre grand empire, je donne la tête. À votre épouse qui s’occupe du kremlin, veille à ce qui rentre, ce qui se met sur votre table et ce qui sort de ce kremlin, je donne le croupion. À vos fils, qui marchent sur vos traces, je donne à chacun une  patte. Et à vos filles, vos chères et belles filles qui bientôt vont s’envoler pour prendre époux, à chacune d’elle je donne une aile. Et moi, votre humble serviteur, je prendrai le reste. » Le Tsar lui dit : « Tu es un moujik intelligent, rusé et avisé. Très bien, j’accepte ton cadeau. » Voilà donc que le pauvre petit moujik, Sergueï, est invité à la table du grand Tsar Yvan le Terrible et partage le repas fabuleux. Mais ce n’est pas tout, puisque le Tsar a honoré la tradition qui venait de commencer probablement, de lui faire un cadeau. Donc, il a fait préparer un traineau, une troïka remplie de victuailles: des oies, des légumes, des grains, enfin tout ce qu’on peut imaginer de bonnes choses. Et c’est comme ça, que le soir de Noël, Sergueï est arrivé chez sa grand-mère et ils ont pu manger pendant tout l’hiver. Et grâce aux graines que le Tsar lui avait données, ils ont pu semer et Grand-père Gel s’est tenu à l’écart, il n’est pas venu les visiter au printemps. C’est la fin de mon conte. » Isabelle Forest

Je le goût de vous lire un extrait du Calepin du Flâneur de Félix Leclerc. Emilie

« Un petit et un grand. Deux hommes qui allaient à pied. D’abord le petit, voilà comme il était : Un gros gilet de laine noire sur ses petites épaules. Un grand sac de toile blanche par-dessus. Sur sa tête grise, une petite casquette de marin. Et ses cheveux dépassaient dessous.

Il suivait le poète avec son sac. Le poète marchait le premier et disait : « Prends », et le petit vieux prenait la pensée ou l’image que lui avait montrée le poète et la fourrait dans le sac.

À la poste, ils entraient tous les deux, à la chaleur, pour faire le compte de ce qu’ils avaient ramassé et remplir leurs commandes.

Le poète fouillait dans le sac avec son grand crayon et disait : « Celle-là, on va l’envoyer à mon oncle qui est dans les affaires et qui l’attend, celle-ci à l’amoureuse qui se meurt à l’hôpital, celle-là au cultivateur qu’on a chassé de sa terre et la plus jolie au fils de X qui est en prison. » Parfois ils faisaient de biens mauvaises journées. Rien. Toutes les images étaient gelées ou mortes ou pourries. Alors, ils rentraient bredouilles. Mais, certains soirs, le sac était plein à crever.

Or, deux hommes forts, vêtus de cuir et d’étoffe, avec des casquettes de chefs, sont venus à eux et ont dit : « Finie la vie que vous menez, il faut faire de l’argent comme tout le monde et rentrer dans l’ordre. Au petit vieux on donna un camion et on lui dit « Roule et travaille. » Et on lui arracha son sac.

Le poète, on le mit dans un bureau du ministère, derrière des fiches et on lui dit : « Rends service, remplis les fiches et gagne ton pain. »

Ce n’était pas un bon calcul.

Ne recevant plus d’idées neuves ou d’images ou de pensées (à part quelques rognures usées, des redites fades et contrôlées), l’amoureuse est morte, le cultivateur chassé est mort, le fils en prison est mort, l’oncle dans les affaires est mort, le petit vieux s’est jeté en bas d’un précipice avec le camion du gouvernement. Le poète remplit des fiches dans le bureau du ministère et les deux brutes sillonnent les routes, revolver au poing, surveillant ceux qui pensent ou qui flânent.

C’est un pays muet, aux villes tristes, où le monde claque des dents de froid et de peur et fait semblant d’être heureux. » Le Calepin d’un flâneur, Félix Leclerc, 1961

* J’ai vu un fil conducteur dans toutes ces histoires. C’est toujours la petitesse, c’est toujours les petits qui sont les vainqueurs à la fin, sauf dans le dernier récit.

* C’est vrai que les puissants veulent nous faire entrer dans des cases et tuer l’imaginaire, et les récits sont contrôlés. Ils contrôlent les récits et ils nous obligent ainsi à adhérer à leur système de valeurs et à leur idéologie. Il y a un côté subversif de l’ordre établi dans les contes.

Le chant la Marche des Roi Mages par la chorale d’Espace Art Nature:

De bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands Rois qui allaient en voyage,

De bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands Rois dessus le grand chemin.

Venaient d’abord les gardes du corps, des gens armés avec trente petits pages,

Venaient d’abord les gardes du corps, des gens armés dessus leurs just’au corps.

Puis sur un char, doré de toute part, on voit trois rois modestes comme d’anges

Puis sur un char, doré de toute part trois rois debout parmi les étendards.

L’étoile luit et les Rois conduit, par longs chemins, devant une pauvre étable,

L’étoile luit et les Rois conduit, par longs chemins devant l’humble réduit.

Au fils de Dieu qui naquit en ce lieu, ils viennent tous présenter leurs hommages,

Au fils de Dieu qui naquit en ce lieu, ils viennent tous présenter leurs doux vœux.

De beaux présents: or, myrrhe et encens, ils vont offrir au maître tant admirable.

De beaux présents: or, myrrhe et encens, ils vont offrir au bienheureux enfant.

De bon matin…

Chant provençal

Mon beau sapin, roi des forêts
Que j´aime ta verdure!
Quand par l´hiver, bois et guérets
Sont dépouillés de leurs attraits
Mon beau sapin, roi des forêts
Tu gardes ta parure

Toi que Noël planta chez nous
Au saint anniversaire
Mon beau sapin, comme il est doux
De te voir briller par nous
Toi que Noël planta chez nous
Scintillant de lumière

Mon beau sapin tes verts sommets
Et leur fidèle ombrage
De la foi qui ne ment jamais
De la constance et de la paix
Mon beau sapin tes verts sommets
M´offrent la douce image

Je veux vous lire un texte d’Eduardo Galeano, Mario Gil

« Chaque personne brille de sa propre lumière, au milieu de tous les autres, il n’y a pas deux flammes identiques. Il y a des grandes flammes et de toutes petites flammes. Il y a des flammes de toutes les couleurs. Il y a des gens à la flamme sereine qui ne se préoccupent pas du vent et des gens à la flamme folle qui emplissent l’air d’étincelles. Quelques flammes, balourdes, ni n’éclairent ni ne brûlent; mais d’autres embrasent la vie d’un désir si intense qu’on ne peut les regarder sans cligner des yeux, et, si on s’en approche, on s’enflamme. »

Le chant des Bergers par Vivian Labrie

Bergers qui êtes ici bas, venez avancez le pas (bis)

Laissez vos brebiettes, venez bergères et bergers (bis)

Venez voir un berger nouveau, le plus gentil et le plus beau (bis)

Qui soit né dans ce monde, bergers, bergères et bergers (bis)

Qui soit né dans le monde, parmi tant de bergers

Il est ce soir à minuit, c’est pauvrement qu’il est réduit, (bis)

Dans une pauvre étable, – Venez bergères et bergers—

Dans une pauvre étable, ouverte au vent léger (bis)

Son père, le premier berger n’a pas voulu le mieux loger, (bis)

C’est pour montrer sa gloire, venez bergères et bergers

C’est pour montrer sa gloire aux peuples étrangers

Sa mère le tient dans ses bras, son père lui chauffe ses draps,

Sa mère le maillote, venez bergères et bergers,

Sa mère le maillote, avec mille baisers.

Trois rois viennent de l’Orient, adorer ce petit enfant,

Conduits par une étoile, venez bergères et bergers,

Conduit par une étoile, guide des messagers

Ils lui ont offert des présent, de l’or, de la myrrhe et l’encens,

Publiant sa naissance, venez bergères et bergers

Publiant sa naissance, pour le monde entier

Oh doux bergers quittez ces bois, à l’exemple de ces trois rois. (bis)

Allez rendez hommage, bergers, bergères et bergers

Allez, rendez hommage au prince des bergers. »

Chant recueilli en Haute-Bretagne

 

Propos recueillis par Yves Carrier

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