#322 - Le Brésil, malade et affamé, jusqu'à quand?

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Ce soir, nous aimerions vous présenter la situation au Brésil. Je sais que plusieurs d’entre vous avez des connaissances sur ce sujet. Nous cherchons à informer et à sensibiliser les gens sur la situation actuelle qui nous semble très préoccupante dans ce pays, mais aussi préoccupante pour la planète entière. C’est ce que dit l’Organisation mondiale de la santé. Cela l’est aussi pour tous ceux et celles qui sont solidaires avec ce pays comme les membres du Collectif Québec-Brésil. On se sent interpeléEs par tout cela. En tant que BrésilienNEs, nous provenons de différentes villes du Brésil et nous aimerions aider notre pays, mais nous ne savons pas très bien comment nous y prendre. Nous avons quelques idées et nous venons vous les présenter et vous demander si vous n’auriez pas des idées à nous présenter. Nous allons commencer par la présentation de notre compagnon Joaquim Caldas qui va nous parler de la crise sanitaire qui sévit actuellement au Brésil. Claudia Fuentes

Vous êtes au courant de la crise qui sévit présentement au Brésil. Vous avez vu cela aux nouvelles télévisées. La situation y est très préoccupante et nous sommes très inquietEs pour les gens là-bas avec la pandémie de la COVID-19. La quantité de décès et de personnes contaminées est faramineuse. On estime déjà qu’il y a plus de 13 millions de cas officiellement recensés (en date du 15 avril 2021). Nous avons franchi le cap des 361 000 décès pour une population de 210 millions d’habitants. C’est plus de monde que la ville de Gatineau au Québec. La moyenne de décès quotidiens est de 3 400 morts. Nous avons déjà battu le très mauvais record de 4 000 décès dans une seule journée. Il y a des choses qui se produisent qui ne se sont jamais produites auparavant dans l’histoire du Brésil. Le 12 avril, dans l’État de Sao Paulo, le plus peuplé de la fédération brésilienne, on a enregistré davantage de morts que de naissances.  Joaquim Caldas

Les experts scientifiques parlent beaucoup du variant brésilien, en fait il existerait plus de 1 000 variants dans le monde entier. La plupart d’entre eux ne sont pas considérés plus dangereux que le virus original. Il existe par contre trois variants qui sont classifiés comme VOC, c’est-à-dire « variants of concern ».Ils ont des différences importantes par rapport à la COVID-19, c’est-à-dire qu’ils sont davantage mortels ou plus facilement transmissibles. Ces trois variants sont celui du Brésil, de l’Angleterre et de l’Afrique du Sud (il y a aussi un petit nouveau qui provient de l’Inde). Pour ce qui est du Brésil, là-bas on l’appelle le variant de Manaus. Par contre, ils ont aussi deux autres variants, le P2 qui vient de Rio de Janeiro et le N9. Il y a une circulation très grande à l’intérieur du pays. Le variant de Manaus provient d’une crise sanitaire majeure qui s’est produite dans cette ville d’Amazonie. Ils ont manqué d’oxygène pour les soins intensifs. Le Venezuela leur a donné des cylindres d’oxygène. Certains patients ont été transférés à São Paulo pour être traités avant que les autorités médicales aient pris connaissance de l’existence du variant de Manaus. C’est ainsi que la plus grande ville du Brésil (20 millions d’habitants) a été atteinte par un variant en provenance d’Amazonie.

Le côté positif de cette histoire, c’est que la vaccination au Brésil va très bien malgré le peu d’entrain du gouvernement de Bolsonaro. 24 millions de personnes auraient déjà été vaccinées d’une première dose et parmi celles-ci 8 millions auraient reçu une deuxième dose. C’est que le Brésil possède toujours deux importants laboratoires pharmaceutiques qui ont des grandes capacités de production. On parle d’environ 11% de la population qui aurait été vaccinée. Il existe deux vaccins: le CoronaVac développé en Chine avec l’Institut Butantan, l’autre est le vaccin Oxford produit en partenariat avec la Fondation Oswaldo Cruz. Il est très important de parler de la recherche scientifique et du développement des vaccins au Brésil. Il existe deux grands instituts de recherche médicale, le Butantan et Oswaldo Cruz. Ce dernier porte le nom du médecin qui a découvert le cycle de la malaria alors que le Butantan est connu pour sa production d’antidote contre les venins de serpent. Ils produisent actuellement plus de 13 types d’antidotes dont quelques-uns n’existent nulle part ailleurs. Cet institut produit aussi des vaccins contre le zica et la dingue. C’est un institut très important pour le développement de vaccins et de médicaments pour des maladies tropicales. Le Butantan est capable de produire 3.3 millions de doses de CoronaVac par jour. Il a déjà livré plus de 20 millions de doses, la moitié de ce que le gouvernement brésilien lui avait commandé et le contrat sera fort probablement renouvelé. JC

Sauf que dans un pays de la taille du Brésil, lorsque le gouvernement central n’agit pas pour encourager la vaccination ou pour essayer de contenir la propagation du virus, ce sont les États qui forment la fédération brésilienne qui gèrent cette crise, chacun à sa façon et avec des délais variables selon l’intelligence de chaque gouverneur. Comme vous l’avez vu aux nouvelles télévisées, le gouvernement du président Bolsonaro se concentrait sur autre chose. Il a entre autres fait la promotion d’un traitement préventif pour la malaria à base de nivaquine. Ce traitement n’a aucune efficacité reconnue. Les gens qui choisissent ce traitement excède la posologie recommandée et certains en sont décédés. D’autres prennent de la chloroquine, sauf que cette utilisation abusive de médicaments a conduit plusieurs personnes dans la file d’attente de transplantation d’organes. Certains ont perdu leur foie et il y a eu quelques décès, en plus des cas d’hépatite et des personnes qui vont avoir des séquelles pour le reste de leurs jours. Cela à cause d’un président qui ne croit pas à la science et qui dit n’importe quoi.

Tout à l’heure, j’ai parlé des instituts qui fabriquent des médicaments, par rapport à l’an dernier, le budget fédéral pour les bourses de recherche scientifique a été amputé de 80%. Aujourd’hui, un pays de la taille et de la richesse du Brésil n’investit que 4,9 millions de dollars canadiens en bourses scientifiques. Ce n’est absolument rien. Il y a eu un scandale parce que, uniquement à Brasilia, le gouvernement fédéral dépense plus de 3 millions de dollars canadiens en lait condensé pour mettre dans le café. C’est aussi choquant que cela et c’est malheureusement la vérité. Les jeunes chercheurs qui dépendent de ces bourses vivent dans la misère. Pour ce qui est de l’Institut Butantan, il a subi un incendie en 2010 et il a perdu sa collection d’animaux vivants. Mais malgré tout cela, le Brésil est encore en tête pour ce qui est de la vaccination de sa population. Il y a de l’espoir. La semaine dernière, au Sénat, a été ouverte une investigation pour évaluer avec l’aide de la Cour suprême du Brésil, la négligence dans la lutte au corona virus. C’est une sorte de commission parlementaire pour examiner les actions du gouvernement fédéral pendant la pandémie pour connaître jusqu’où a été cette négligence. Évidemment, il s’agit d’un long processus comme l’impeachment, qui doit passer par plusieurs jugements avec des votes avant de se réaliser. Mais le gouvernement de Bolsonaro peut être puni pour négligence criminelle. C’est ce que j’avais à dire par rapport à la crise sanitaire et politique au Brésil. JC

* Quelle sentence ce gouvernement risque-t-il de recevoir à part un coup de baguette sur les doigts ?

Vous avez raison, les commissions sont tellement longues qu’il ne sera plus président du pays. S’il était destitué, c’est le vice-président qui le remplacerait, mais c’est un ancien militaire qui risque d’être encore pire que Bolsonaro. La présidente Dilma Roussef a été la première à subir un impeachment dans l’histoire du Brésil pendant son second mandat. C’est son vice-président Temer qui l’a remplacée, mais celui-ci n’était pas du Parti des Travailleurs. C’était exceptionnel, mais c’est un autre sujet de discussion. Dans l’esprit de nombreux parlementaires conservateurs, une femme présidente pouvait être chassée comme une sorcière, mais cette fois il s’agit d’un homme. À ma connaissance de l’histoire du Brésil, je ne pense pas que cette investigation va aller plus loin que cela, mais c’est déjà un début. Après plus d’une année, on commence à questionner l’absence de direction du pays par le gouvernement de Jaïr Bolsonaro. JC

J’aimerais ajouter que la crise sanitaire au Brésil est vraiment inquiétante. En janvier, il a manqué d’oxygène à Manaus, mais maintenant on craint de manquer d’oxygène dans 21 capitales du pays. Tout le pays pourrait se retrouver dans la situation qu’a vécue Manaus. Qui plus est, les médicaments nécessaires pour anesthésier un patient avant de le mettre sur respirateur, sont presque épuisés. Il n’y en aurait que pour quelques jours seulement, alors les malades devront se faire entuber sans anesthésie, à froid et attachés sur leur civière. Ils sont éveillés pendant l’opération et c’est complètement douloureux. Si cela continue comme cela, on s’attend à avoir 5 000 décès par jour avant la fin du mois d’avril. Une telle quantité de cadavres pourrait contaminer les sols et cela pourrait avoir des conséquences épidémiologiques encore plus graves. Bolsonaro est en train de subir deux processus d’enquête sur ses agissements à cause des accusations qui ont été déposées contre lui. Il aurait travaillé pour disséminer le virus au Brésil. Une étude menée par une université brésilienne se penche sur cette accusation et une université étrangère est en train d’établir une corrélation entre les rassemblements organisés pour soutenir le président et la propagation du virus dans les différentes métropoles du pays. Des journalistes dénoncent que le système de pension de vieillesse a énormément économisé d’argent suite aux nombreux décès de personnes ainées. Ils dénoncent une intention derrière le manque de mesures de précaution adoptées par ce gouvernement en faisant la promotion de l’immunité naturelle acquise par la propagation du virus au plus grand nombre de gens dans la population. Maria Dionisios

Il aurait poussé cette idée d’une façon criminelle et consciente. Au commencement, d’autres présidents croyaient en cette façon de faire, mais ils se sont ravisés. Sauf que Bolsonaro est négationniste. CF

Les accusations portées contre lui, ce n’est pas parce qu’il est incompétent, mais c’est qu’il aurait agi sciemment avec le virus pour économiser sur les pensions de retraite. MD

Nous n’avons pas encore parlé des autochtones et de la forêt amazonienne. Il a toujours dit ouvertement que dès qu’il le pourrait, il ne reconnaîtrait aucun territoire autochtone. Il a toujours vu la forêt comme une source d’exploitation pour les entreprises multinationales. Pour lui, l’Amazonie doit être exploitée par des industries en provenance de nations civilisées (ce sont ses propres mots). Il a toujours été clair là-dessus. Il s’est servi de la pandémie contre son peuple. CF

Il y a aussi une corrélation à faire entre la destruction de l’Amazonie et d’autres forêts tropicales dans le monde, et l’émergence de nouveaux virus de plus en plus virulents et pathogènes. Manaus est une ville de 2 millions d’habitants située en plein cœur de l’Amazonie et les niveaux de pauvreté qu’on y observe sont effarants. Son climat n’est pas tropical mais équatorial, ce qui signifie des températures entre 30 et 40 degrés Celsius avec un taux d’humidité constant de 80 %. C’est l’idéal pour le développement de tous les variants que vous pouvez imaginer. De plus, il y a la fracture sociale au Brésil qui fait que 20 % de la population vit dans une pauvreté extrême et que dans les grandes villes comme Rio, il y a bien des millions de gens dans les favelas qui n’ont pas l’eau courante et qui partagent de minuscules habitations à plusieurs. Ils souffrent de la faim et cela les affaiblit pour combattre la pandémie. Ces facteurs aggravants font en sorte qu’ils sont les premières victimes de la pandémie versus les gens qui ont les moyens d’avoir une belle maison confortable avec tout l’espace nécessaire pour s’isoler lorsqu’il le faut. Les riches ont des conditions bien plus faciles pour se prémunir de cette pandémie. Aussi, ils n’ont pas à sortir pour aller travailler. Yves Carrier

Toutefois, au commencement, cette pandémie était exclusive aux populations aisées parce que ce sont elles qui voyagent à l’étranger. Puis, le virus a atteint les classes populaires. À ce qu’il paraît, le virus serait arrivé au Brésil via l’Italie. On s’entend qu’il n’y a pas de vol direct qui vient de Chine. C’est aussi vrai que les conditions tropicales et équatoriales produisent une agglutination urbaine très propice à la propagation du virus. Il y a une étude de l’Université de São Paulo, USP, qui estime que 75 % de la population de São Paulo aurait déjà été en contact avec le virus. On parle donc de personnes qui ont eu le coronavirus deux ou trois fois, c’est ce qui aurait permis l’émergence du variant de Manaus. Essayer de faire cette immunisation de troupeau avec des mesures sanitaires très inefficaces, avec d’importantes carences dans les hôpitaux en raison du manque de médicament, cela a produit une immense quantité de décès. En proportion, l’Amazonie est le second État pour le nombre de décès au Brésil, c’est très inquiétant. On parle beaucoup de la Chine où le virus est apparu, en raison de sa grande population, c’est un endroit où dans l’avenir il pourrait apparaître d’autres virus. JC

J’aimerais rappeler le rôle que Bolsonaro a joué en encourageant les rassemblements et en banalisant la dangerosité du coronavirus. Il prétendit que ce n’était qu’une petite grippe. Pendant un certain temps, il disait que les masques étaient nuisibles à la santé et que cela rendait les enfants malades. À plusieurs reprises, des sociétés étrangères lui ont offert de vendre des stocks de vaccins au Brésil et il a décliné ces offres. CF

Cela aurait pu être mieux. Il a dit que ceux qui recevaient le vaccin pourraient se transformer en crocodile. C’est l’ensemble de l’œuvre qu’il faut juger. JC

* Autrefois, on disait que le Brésil avec l’Amazonie était le poumon de la planète. Aujourd’hui, il y a 211 millions d’habitants, avez-vous pensé aux conséquences pour le monde de l’explosion exponentielle d’un variant brésilien? Ce nouveau virus pourrait alors se répandre dans toute l’Amérique latine jusqu’en Amérique du nord. C’est pour ça qu’il est si inquiétant de voir ces hommes agir. Il faut alerter l’organisation de la santé mondiale parce qu’ils en sont à deux morts par minute. On se dirige directement vers une catastrophe. Lilian Cordero

C’est très dramatique ce qui se passe là-bas, surtout si l’on considère le fait que plusieurs facteurs contribuent à l’aggravation de la situation, au Brésil et ailleurs dans le monde. Tout le monde peut avoir accès à des informations très précises sur le site de Radio-Canada. Cela s’appelle Covid-19, qui inscrit le nombre de cas en temps réel. On peut demander d’avoir des informations comparatives entre deux ou plusieurs pays. Sur mon écran j’ai mis les États-Unis, la Suède, le Brésil, le Québec et le Canada, la Norvège, le Mexique, l’Inde et la Chine. C’est bizarre parce que ça a commencé en Chine et maintenant le nombre de cas recensé est stable, là-bas. L’Inde serait l’un des plus bas également en dépit du fait qu’ils sont 1 milliards 300 millions. Ce qui est frappant sur ce tableau, c’est la place qu’occupe le Brésil, le troisième dans le monde. Les États-Unis occupent toujours le premier rang pour ce qui est du nombre de cas par 100 000 habitants et cela paraît incroyable, mais le second rang est occupé par la Suède. Ces chiffres sont en proportion de la population. C’est ce qui est important de regarder. Les États-Unis auraient 9 500 cas par 100 000 habitants, la Suède 8 500 et le Brésil 6 500, mais à la différence des États-Unis, le Brésil a un président qui a une vision complètement délirante de la réalité.

Le grand défi collectif que nous avons, c’est que si d’ici une année nous ne parvenons pas à vacciner l’ensemble des habitants de la planète, nous pourrions avoir une montée imparable (qui ne peut être arrêté) des cas de Covid. Si nous ne parvenons pas à vacciner entre 60 % et 70% de la population mondiale, les probabilités de grandes mutations seront énormes. Je voulais apporter cela pour démontrer à quel point la situation est grave et dans le cas du Brésil, comment une politique suicidaire d’un président peut entraîner une tragédie globale encore plus grave. Souhaitons que cela ne se produise pas, mais nous devons quand même considérer ces éléments. Il est clair que sans une véritable solidarité internationale, on ne s’en sortira pas. Sauf qu’on ne voit pas cela se produire du côté des États-Unis, du Canada ou des nations riches, ils ne veulent pas partager les vaccins avec les pays en développement. Ils ont commandé suffisamment de vaccins pour vacciner trois ou quatre fois leur population, mais ils ne partagent pas et c’est très inquiétant. Victor Ramos

Si l’organisation mondiale de la santé dit que le Brésil est devenu une menace globale et un danger pour l’ensemble des habitants de la planète, c’est qu’on le voit comme une pouponnière potentielle de nouveaux variants. À chaque fois qu’apparaît un variant, les chances augmentent qu’il s’agisse d’une mutation résistante au vaccin. Si on ne gagne pas cette course contre les variants avec la vaccination de la population mondiale, nous allons être obligés de tout recommencer encore une fois. Déjà on observe que certains variants sont plus résistants au vaccin. C’est quelque chose qui devrait préoccuper le monde entier. Il faut que quelque chose soit fait pour l’ensemble des pays qui ont des politiques de santé publique déficitaire, sinon c’est la population mondiale qui risque gros. Des mesures doivent être mises de l’avant assez rapidement. C’est aussi pour cela que nous voulions porter à votre attention le cas du Brésil. CF

Sur la pandémie, je voulais dire que la destruction environnementale va continuer à engendrer de telles situations pandémiques. Bolsonaro est l’un des premiers à vouloir détruire l’Amazonie et la plupart des gouvernements ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, ils nient le changement climatique. Ils continuent d’exploiter les forêts vierges. Ces gouvernements condamnent toute la planète à vivre ce genre de situation limite. Mario Gil         

Une pétition des gouverneurs des États du Brésil a été envoyée à l’Union européenne pour leur demander de cesser de négocier avec le Mercosur un accord de libre-échange parce qu’on ne peut pas faire affaire avec un pays qui dévaste autant ses ressources naturelles. Il y a des pressions qui sont faites au niveau international à ce propos. De même, une plainte a été déposé au tribunal international de La Haye contre le gouvernement de Bolsonaro pour génocide, crimes contre l’humanité et contre la planète. CF

Je pense qu’on peut séparer en deux les dirigeants mondiaux, il y a ceux qui sont bien intentionnés envers leur population et ils doivent être complètement paniqués parce que la situation est en train de leur échapper. Ils contrôlent leur territoire, mais à moins que celui-ci soit absolument étanche, il va être difficile d’enrayer la propagation. Ensuite, il y a ceux qui veulent hâter la fin du monde pour pouvoir rencontrer le Christ au plus vite. Il y en a un certain nombre qui sont comme cela. Ils croient qu’ils vont être assez riches pour se mettre à l’abri sur une ile privée ou sous une montagne. Je trouve que cette pandémie démontre les limites de l’intelligence humaine qui croit pouvoir tout contrôler. Je pense que l’espèce humaine s’est tirée dans le pied. Cela fait longtemps que nous sommes avertis. Le Jour de la Terre existe depuis 1970, cela fait 50 ans. Non seulement nous continuons à consommer à outrance, mais nous empirons à chaque année. Nous exagérons de plus en plus et nous venons de frapper le mur. Les sommets sur le climat parlent toujours d’une décennie plus tard, comme si la catastrophe allait arriver à une date précise, mais ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. La catastrophe est un processus et nous sommes entrés dedans. Il va mettre à mal les économies et la population mondiale, c’est certain. YC

* Il est important de s’organiser entre Latino-américains ici pour voir comment nous pouvons travailler ensemble. Raul Gil

Dans le Collectif Brésil-Québec, ce que nous essayons de faire, c’est de mettre les gens en réseau. Je rencontre beaucoup de personnes qui ressentent ce même besoin. Pas seulement des Brésiliens, mais des Québécois aussi et d’autres d’Amérique latine qui disent exactement la même chose. Ce que j’entends des informations là-bas, c’est que le variant brésilien touche beaucoup les jeunes, même les enfants, et très gravement. Personnellement, je commence à peine à découvrir tout un réseau qui est beaucoup plus large que ce que je pensais. Je perçois qu’il y a un intérêt réel de la part de beaucoup de gens pour établir un réseau d’intervention et de sensibilisation sur le Brésil. C’est dans cet esprit que nous avons organisé cette soirée. CF

J’essaie de comprendre ce qui se passe actuellement. Depuis 30 ans, il y a quelques politiques imposées par le gouvernement. Je suis un peu en désaccord avec Yves. À mes yeux, nous n’avons pas tous la même responsabilité par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Bien sûr, nous sommes tous et toutes d’une façon ou d’une autre responsables, mais je ne peux pas prendre la même responsabilité qu’un grand PDG de transnationale ou d’un président qui font le lavage de cerveau de tout le monde grâce aux médias qu’ils ont à leur disposition. Ceci dit, pour moi, l’un des éléments est le manque d’investissement dans les sciences et la recherche, en particulier la recherche fondamentale qui ne produit pas des résultats immédiats, mais c’est ce qui conduit aux recherches appliquées. La recherche fondamentale n’existe pratiquement que dans les pays riches. Au Canada, le gouvernement a démantelé des réseaux entiers de recherche dans les sciences et dans plusieurs domaines.

L’autre élément important que je tiens à souligner, c’est la privatisation des services de santé. Il y a aussi la diminution importante des budgets dans le système de santé et les services sociaux. On constate actuellement l’état dans lequel se trouvent nos services de santé. Comment pouvons-nous imaginer cela dans un pays riche comme le Canada? Quand je parle avec des amis en Amérique latine, ils ne croient pas qu’il n’y ait pas assez de lits pour les gens ici dans nos hôpitaux. « Vous n’avez pas un réseau ? » Oui, mais nous n’avons pas assez investi dedans depuis une trentaine d’années. Et les écoles, comment cela se fait-il qu’il y ait des écoles aussi délabrées? Pourtant on les avait avertis qu’ils devaient investir pour que l’air à l’intérieur soit respirable. Maintenant, avec la situation actuelle, cela devient dramatique. Ce ne sont là que quelques exemples. L’autre aspect du problème, c’est que nos décideurs ne perçoivent la nature qu’en tant qu’objet potentiel d’exploitation, comme une ressource à accaparer. Cette mentalité s’est répandue partout. Qu’est-ce que tous ces éléments nous disent, c’est cela que nous appelons la politique, la vision néolibérale. Quand on parle de néolibéralisme, beaucoup de gens pensent que c’est une affaire de la gauche, des gens qui ne sont jamais contents et que cela n’a pas d’impact sur nos vies. Non, l’idéologie néolibérale a un impact direct sur nos revenus, sur la qualité de nos vies, sur la qualité de l’enseignement et sur les possibilités de pouvoir avoir des moyens pour se défendre en situation de crise comme c’est le cas en ce moment. C’est important à considérer, surtout quand on sait qu’il y a des présidents fanatiques du néolibéralisme, comme Bolsonaro ou Trump. VR

* Selon moi, le Brésil est un bel exemple d’un des pays où on entend parler un peu de ce qui se passe. Mais sait-on ce qui se passe en Afrique, dans les campagnes? On n’en entend pas parler, mais cela doit être terrible. Ou bien, cela va se produire dans les prochaines années. Je pense que nous n’avons pas encore pris la mesure des dégâts que cela va produire. C’est ce que nous savons aujourd’hui, mais le Brésil est loin d’être le pays le plus pauvre de la planète. Je ne crois pas que les prochaines années vont être reluisantes. Si on s’en sort en Occident, cela va revenir tout le temps. Je n’ai pas l’habitude de déprimer, mais plus je suis réaliste et plus j’ai de la misère à être optimiste.

* Je voulais réagir à ce qu’ont dit Yves et Victor, les dirigeants les plus à droite sont tellement acoquinés avec les chefs des grandes entreprises et la haute-finance qu’ils sont obsédés par l’argent et ils oublient que le virus peut provoquer leur propre mort. Je reçois des nouvelles d’Afrique et ils semblent s’en sortir pas trop mal jusqu’à maintenant. Mais cela peut changer très rapidement.

Aujourd’hui, nous sommes rendus plus loin que le néolibéralisme. Je vois des négociants narcotrafiquants qui ne s’intéressent qu’à l’argent. Ils ont installé tout un système mafieux autour du pouvoir. Pour moi, c’est ce qui se passe en Amérique latine. Savoir que l’ex-président Peña Nieto au Mexique était en relation avec les narcotrafiquants, etc. Il me semble que la stratégie néocoloniale des États-Unis s’appuie sur les narcotrafiquants et la corruption des gouvernements. On voit cela dans les tribunaux qui accusent les politiciens incorruptibles de corruption et protègent les corrompus s’ils collaborent avec le naufrage de leur pays. Les lieux de pouvoir sont occupés par des narcotrafiquants ou par des gens qui les servent. La violence de l’État peut ainsi être sous-contractée par des groupes criminels, souvent associés aux militaires. Les banquiers aussi servent de relais en blanchissant cet argent sale. Le pire, c’est qu’ils n’ont même plus d’idéologie, ou bien elle ne sert que de paravent comme au Chili ou au Brésil. Lorsque ce sont les élections, ils n’ont même pas un discours, une vision à proposer. Tout ce qu’ils ont ce sont des accusations mensongères. Ils n’ont pas d’idées et ils gagnent en ne disant rien. Par exemple, en Équateur, un banquier candidat à la présidence n’a fait que répéter le discours de l’ancien président et il a été élu. Il a dit qu’il allait travailler pour la justice sociale tout en réduisant les impôts, que des mensonges, et il a été élu. C’est la même chose au Brésil. C’est triste. MG

Pour compléter ce que vient de dire Mario, en relation avec les narcotrafiquants, c’est le cas dans presque tous les pays d’Amérique latine, en Afrique et ailleurs aussi. Les gouvernements sont accoquinés directement avec les mafias les plus importantes. Si on fait l’histoire des débuts du capitalisme, ils ont procédé avec la même méthode d’accaparement que les mafias actuelles. À la fin du 15ème siècle, en Angleterre, certains investisseurs ont découvert qu’il était plus rentable de mettre des moutons en pâturage sur les terres que d’avoir des paysans. Ils ont expulsé ceux-ci des terres communales et ils ont établi les « enclosures », ils ont clôturé ces terres et ils ont fait disparaître des centaines de villages. Les paysans sans terre se sont retrouvés dans une misère effroyable dans les grandes villes où ils mouraient comme des mouches. C’est ce qu’on appelle l’accumulation primitive du capital, au sens de première. Cela s’est reproduit partout par la suite. C’était leur première expérience de colonialisme sur leur propre peuple. C’est ce qu’ils ont reproduit ailleurs par la suite. La mafia et le capitalisme sont intrinsèquement en relation, cela fait partie de leur façon de fonctionner. Si jamais vous avez des doutes, lisez le sociologue suisse Jean Ziegler, l’ancien reporteur sur la faim des Nations Unies. Il a écrit plusieurs livres, dont « La Suisse lave plus blanc. » Ce qu’il dit, c’est que les banques suisses sont complètement intégrées aux réseaux de blanchiment d’argent. Aujourd’hui, même les grandes industries multinationales sont investies par ces tonnes d’argent sale qui proviennent des réseaux mafieux. VR

L’argent est réinvesti légalement dans ces entreprises. Entre la mafia et les processus normaux et légaux, il ne semble plus y avoir de séparation. Aujourd’hui, les gens honnêtes sont de moins en moins nombreux parce que le système financier international a besoin d’utiliser tous les moyens pour assurer sa survie. VR

Effectivement, le triomphe du capitalisme commence avec les « enclosures ». Avant cela, il était entravé dans les villes, notamment à cause du clergé et de la monarchie. Le capitalisme a commencé à triompher dans les campagnes. La crise que nous connaissons est aggravée par le fait que le néolibéralisme a gagné. Cette crise sanitaire est due à la privatisation des services publics, que l’OCDE avait conseillé de faire dans les décennies 1970 et 1980. Avec la fin du bloc socialiste, ça a été le triomphe du néolibéralisme. Ils ont décidé qu’il fallait faire de l’argent avec la santé, l’éducation et les services publics. Tout provient de là. À propos de l’Afrique, il est remarquable que le premier pays à avoir vacciné l’ensemble de sa population, ce sont les Seychelles, un petit pays de 95 000 habitants. Il n’y a eu qu’un mort depuis le début de la pandémie. Chaque pays a réagi de façon différente.

Les pays les plus affectés en Afrique, sont ceux qui sont le plus en rapport avec l’Europe. Notamment l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud. Les pays entre les deux semblent moins touchés, mais cela commence. Le président de la Tanzanie a décrété trois journées de prières dans son pays en disant que cela éloignerait la pandémie. Je pense qu’il en est mort un mois ou deux après. Cela va peut-être éclater en Afrique, sauf que les Africains sont habitués aux épidémies. Malgré des difficultés énormes, ils ont réussi à contrôler les trois dernières épidémies d’Ébola. Même dans l’Est du Congo, là où il y a la guerre, ils y sont parvenus. En Guinée, ils auraient développé un vaccin qui n’est pas encore homologué, mais qui est tout de même efficace. Au Nigeria, un pays de 150 millions d’habitants, ils ont contrôlé le virus Ébola. Ils sont capables de se tourner de bord assez vite. Ils ont d’excellents Instituts Pasteur qui travaillent sur les épidémies qui sont fréquentes. Dans l’épidémie de Zica, on a vu le Sénégal aider le Brésil. Ils connaissaient la maladie et ils avaient un outil portatif pour traiter les gens. Même chose pour Madagascar qui a aidé l’Ile de la Réunion pour le Chikungunya. Robert Lapointe

Je voulais ajouter que le Brésil ne vit pas qu’une crise sanitaire, il vit une crise financière qui dure depuis quelques années déjà. Les gens souffrent de la faim, plus de 19 millions de personnes vivent dans l’insécurité alimentaire. L’aide que le gouvernement fédéral versait aux gens sans emploi a été réduite de 600 reais par personne par mois à 150 reais. Quatre reais valent 1 dollar américain. Les gens utilisent des bombonnes de gaz propane pour cuisiner, avec 100 reais tu achètes une seule bombonne de propane. Avec le reste tu peux t’acheter un kilo de riz à 45 reais. C’est impossible de vivre avec si peu. La population est complètement abandonnée par le gouvernement qui les laisse mourir de faim. MD

Nous n’avons pas parlé du loyer, de l’électricité, du téléphone ou du transport. C’est condamner les gens à la misère. C’est criminel, soit ils meurent de la COVID, soit ils meurent de faim. Certains politiciens de droite attisent la colère des gens sans emploi parce que les mesures sanitaires les privent de travail informel. Ils vont prétendre que ce n’est pas si grave que cela la pandémie et que les gens doivent travailler pour vivre. La crise économique actuelle a commencé en 2014, c’était la crise causée par la chute des prix des matières premières. Quand Lula était au pouvoir, de 2003 à 2010, le Brésil n’était plus un pays où la faim sévissait. Nous sommes revenus dans la catégorie des pays qui ne nourrissent pas correctement l’ensemble de leur population. CF

En ce qui concerne la faim au Brésil, il faut savoir que c’est l’un des principaux exportateurs de nourriture dans le monde. Ce pays nourrit la Chine, l’Europe, en soya, en sucre, en café, en viande, en fruits, etc. Mais c’est un pays où pendant longtemps, surtout dans le Nordeste, les gens mouraient de faim. Au début des années 1970, dom Helder Camara a voulu poursuivre devant les instances internationales la dictature militaire pour crime contre l’humanité en raison des millions de morts de la faim dans le Nordeste. Le Vatican lui a interdit de le faire. Il est inadmissible qu’un pays aussi riche et opulent, laisse mourir de faim une partie de sa population, cela dépasse l’entendement. Ce n’est pas un petit pays où sévit la misère parce que la nature est moins généreuse, mais un grand pays riche en terres, en capital, en science, c’est criminel. Lula avait lancé le programme « Faim zéro » et l’un des principaux arguments électoraux c’était que tous les Brésiliens mangent trois repas par jour. La faim pour lui était le premier problème que le Brésil devait régler s’il voulait devenir une grande nation. C’est ce qui m’a toujours touché chez lui, c’est qu’il s’intéressait vraiment au sort des plus humbles. YC

Maintenant nous allons parler de la crise politique au Brésil et des résistances locales. CF

J’aimerais faire un court rappel historique. D’abord Lula a été élu en 2003 et il a fait deux mandats consécutifs de quatre ans, il a quitté la présidence avec un taux de satisfaction de 80 %. Puis sa dauphine, Dilma Roussef, a fait un mandat complet et elle a été réélue pour un deuxième terme, mais elle a été destituée pour des motifs forts questionnables. Dilma est une ancienne résistante à la dictature militaire qui a été emprisonnée dans sa jeunesse pendant trois ans. Soumise à la torture, elle n’a jamais donné les noms de ses camarades. Alors, imaginez quelqu’un qui oserait lui offrir de l’argent, c’est une incorruptible. Quant à Lula, il vivait dans la même maison après avoir été président qu’avant d’occuper ce poste. Le Parti des Travailleurs a occupé la présidence pendant 13 années consécutives, mais ils n’ont jamais eu la majorité des députés à la chambre des représentants. Ce sont toujours des coalitions et le gouvernement doit toujours négocier pour faire adopter un projet de loi. Pour les votes, il doit accorder du financement pour différents projets locaux. C’est ce qui a permis le processus de destitution de Dilma Roussef qui n’était pas comme Lula, une femme de négociation. Elle était accusée d’avoir entamé le budget de l’année suivante deux mois plus tôt que prévu. C’était pour verser les pensions de vieillesse et les allocations familiales.

C’est le vice-président Temer, d’un grand parti politique, le PMDB, qui l’a trahie et remplacée. Aussitôt en place, il a nommé une nouvelle équipe et changé les destinées politiques du pays : coupure dans les programmes sociaux, privatisation des trésors nationaux comme Petrobras, adoption de politiques néolibérales et poursuite du lowfare contre l’ex-président Lula qui s’est alors porté candidat aux élections présidentielles suivantes. Le juge Sergio Moro a accusé l’ex-président d’avoir accepté un pot de vin, un condominium quelconque qu’il n’a jamais possédé ni habité et pour lequel il a été condamné à huit ans de prison. Les charges viennent d’être abandonnées contre Lula, mais son éviction de la campagne électorale alors qu’il menait dans les intentions de vote a permis l’élection de Jaïr Bolsonaro. YC

Bien sûr les médias de masse comme la Globo et la Rede Bandeirantes ont préparé l’opinion publique en diffamant Lula et Dilma, en les accusant d’être des politicienEs corrompuEs à la tête d’une mafia, le Parti des Travailleurs. Le lowfare est une méthode développée par des juristes américains qui consiste à faire des procès d’intention en accusant les gens de connivence parce qu’ils auraient dû être au courant de certaines choses. Un peu comme si on accusait le premier ministre du Québec de savoir que des employés volent du matériel à Hydro-Québec, qu’il devrait le savoir et que c’est de sa responsabilité et son ignorance de la situation ferait de lui un complice. C’est assez tiré par les cheveux et les Américains présentent cela comme des principes de bonne gouvernance. C’est bizarre, cela ne se produit qu’avec les gouvernements progressistes en Amérique latine.

Bref, Bolsonaro a profité d’une accusation juridique montée de toutes pièces en collaboration avec le Département d’État américain. Ils ont fait la même chose contre Rafael Correa en Équateur où son ancien vice-président purge une peine de prison pour des accusations obscures et contre Cristina Kirchner de Fernandes en Argentine, de même pour le président Lugo au Paraguay. Il y a eu plusieurs accusations portées contre les ex-présidents progressistes pour détruire la gauche latino-américaine et favoriser les intérêts américains dans la région. Une nouvelle façon de procéder consiste à faire en sorte que le pays soit mis en faillite technique avant que la droite remette le pouvoir à la gauche. C’est le cas de Macri en Argentine qui a contracté une dette immense quelques mois avant sa défaite électorale. L’argent versé par le FMI n’a fait que transiter par les comptes de l’État pour aussitôt disparaître. Ils agissent ainsi pour interdire aux gouvernements suivants de rétablir une quelconque justice sociale en ayant un minimum de souveraineté nationale. Au Brésil, ils ont commencé à privatiser les fleurons de l’État pour des sommes ridicules faisant de cette grande nation un vassal des puissances étrangères. Par exemple, depuis la destitution de Dilma Roussef, le pétrole extrait au Brésil est raffiné aux États-Unis puis revendu au Brésil alors que Petrobras avait toutes les capacités de raffinage. Lula avait inscrit dans une loi que la rente pétrolière devait financer les programmes sociaux à pérennité. Cela a été annulé. YC

Le mode de scrutin au Brésil est proportionnel. Les candidats ne sont pas élus par circonscription, mais comme représentants d’un parti dans un État. Au Congrès national à Brasilia, siègent 513 députés et 81 sénateurs. Chaque État a un nombre de députés correspondant à son poids démographique dans la fédération. Lors des élections, les électeurs ont le choix de voter pour un candidat ou pour un parti politique, alors quand un candidat recueille davantage de votes que le nombre requis, les votes excédentaires sont attribués aux autres candidats du même parti dans le même État. C’est la quantité de votes recueillis par chaque parti qui détermine son nombre de sièges au Congrès. C’est la raison pour laquelle les partis essaient de recruter des candidats connus comme des acteurs, des chanteurs ou des joueurs de football qui grâce à leur célébrité peuvent obtenir de nombreux votes. Il y a même un acteur porno qui a été élu comme député. Malheureusement on ne vote pas pour des partis, on vote pour des personnes. Il est fréquent que des députés élus changent de parti politique. Bolsonaro n’a jamais occupé aucun poste de ministre malgré le fait qu’il siège au parlement de Rio depuis une vingtaine d’années. Il a connu une longue carrière politique mais uniquement comme député de son État. Il s’est fait connaître comme un militaire d’extrême-droite qui glorifie l’ancienne dictature militaire malgré le fait qu’il ait été expulsé de ses rangs pour indiscipline et actes de violence. Ila bénéficié de la croissance de la droite radicale qui se nourrit de la haine et des préjugés. C’est comme cela qu’il est parvenu à devenir président. JC

* Un commentateur le comparait à Georges W. Bush parce que sa famille ne le trouvait pas assez futé pour être à la conduite des affaires, alors ils l’ont envoyé faire de la politique.

Bolsonaro est le premier président qui n’avait aucune expérience politique avant d’occuper cette fonction. Il a été député d’arrière banc dans un parlement d’État, c’est tout. Il n’a jamais fait sa marque nulle part, contrairement aux présidents précédents. Il est complètement nul et il ne semble pas savoir ce qu’il fait. Un peu comme la candidature de Donald Trump, au début les gens riaient et ils ne croyaient pas qu’il puisse devenir président. Bolsonaro a gagné beaucoup de popularité grâce à ce mouvement néofasciste mondial promu par les fausses nouvelles sur Internet. Steve Banon a collaboré à l’élection de Bolsonaro comme à celle de Trump. Ils ont utilisé les logarithmes de Facebook pour influencer l’électorat en ciblant les clientèles susceptibles de croire ces fausses nouvelles et de les rediffuser. Des chercheurs ont découvert qu’il y avait un schéma organisé pour créer et diffuser de fausses nouvelles à partir de faux comptes Facebook qui dénigrait le Parti des Travailleurs et la gauche brésilienne dans son ensemble. Ces fausses informations étaient très efficaces puisqu’elles s’adressaient directement à des segments prédéterminés de l’électorat, ceux et celles qui ne savaient pas pour qui ils allaient voter (par exemple, ils ont dit que les cours d’éducation sexuelle promus par l’ancien ministre de l’Éducation et candidat substitut de Lula, Fernando Haddad, cherchaient à promouvoir l’homosexualité chez les enfants et l’hyper sexualisation des petites filles.) Ensuite, ces fausses informations étaient reprises par les grandes chaines de télévision et les pasteurs dans leurs prédications, même Radio-Canada a répété ces fausses nouvelles en insinuant que Lula était probablement corrompu puisque les tribunaux et les nouvelles le disaient. JC

Il manque de véritable formation politique et les gens se font manipuler facilement, on joue sur les émotions. Quand il y a eu un coup d’État en Bolivie contre Evo Morales, Lula a reconnu pourquoi Chavez avait mis sur pied des milices populaires pour défendre la révolution. Une fois qu’on atteint le pouvoir, si on ne le défend pas, on peut toujours se le faire enlever. En Amérique latine, l’extrême-droite ne recule devant rien. Elle va en élection si elle peut gagner en utilisant une propagande massive, mais si elle ne peut pas gagner par les urnes, elle va employer les armes et les tribunaux pour disqualifier les gouvernements élus. Le Brésil est un pays très industrialisé, il produit des armes, des voitures, des avions à réaction, mais c’est l’un de pays les plus inégaux de la planète. À la place de Lula, j’aurais développé des milices populaires, des formations politiques dans les quartiers, etc. Avec la force qu’avaient les gouvernements progressistes d’Amérique latine à l’époque de Chavez, de Fernandes, de Lula, de Morales, de Correa, de Mujica et de Lugo, il y avait beaucoup de capacités réunies. MG

Au Brésil, pendant le premier gouvernement de Lula, beaucoup de choses ont été rattrapées: tout d’abord la faim, puis l’éducation avec de nouvelles universités et des quotas obligeant l’admission d’un pourcentage de personnes noires, etc. Cela fait tellement d’années que le peuple est laissé de côté et il y a tellement de retard en termes d’infrastructures et d’inégalités sociales et entre les différentes régions, il existe des disparités incroyables, parfois même au sein d’une même ville. Il y a beaucoup à rattraper et c’est aussi vrai au niveau de l’éducation. Présentement le Brésil est complètement déchiré. Je n’ai jamais vu une polarisation aussi intense que ce que j’observe maintenant. Cela fait comme avec Trump qui diabolise l’adversaire idéologique en le décrivant comme un ennemi mortel. De plus, avec la pandémie, il y a les négationnistes, avec toutes les conséquences que cela produit. Cela devient très intense. Bolsonaro est quelqu’un qui est rempli de préjugés, il est homophobe, misogyne, raciste, fasciste. Lui est ses fils qui sont aussi sénateur et député, ont fait des choses épouvantables. Tout ce qui compte à leurs yeux, c’est leur petite personne.  CF

Maintenant, cela concerne aussi les militaires. Bolsonaro veut se maintenir au pouvoir en réalisant un coup d’État pour s’attribuer davantage de pouvoir. Il a nommé de nombreux militaires à des postes stratégiques, mais même eux ne le suivent pas. Il a tellement dit et fait des choses qui n’ont pas d’allure à propos de la pandémie que le ministre de la défense n’a pas aimé que Bolsonaro parle en son nom et qu’il instrumentalise l’armée à ses propres fins. Le ministre a été démis de ses fonctions par le président et les chefs des armées de terre, de la marine et des forces aériennes, ont démissionné en bloc pour montrer leur désaccord. J’aimerais vous laisser avec une question ouverte. Je voulais solliciter votre opinion si vous avez des suggestions à nous faire pour être plus efficace pour aider les Brésiliens. La situation de la faim est vraiment dramatique, les gens sont sans emploi et l’aide du gouvernement est famélique. Nous préparons actuellement une pétition qui sera adressée au gouvernement de Justin Trudeau afin qu’il fasse pression sur Bolsonaro. Si vous êtes d’accord, nous pourrions la diffuser sur le site du CAPMO. Je m’adresse aussi à chaque personne qui lira ce compte-rendu. Je vous laisse mon courriel si vous voulez me rejoindre à propos du Brésil : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Je crois aussi qu’il est important d’ouvrir les liens de solidarité avec les autres pays d’Amérique latine. Le Collectivo Brasil-Québec est très ouvert à vos suggestions. J’aimerais aussi que nous puissions ramasser un peu d’argent pour venir en aide à des ONG là-bas qui nourrissent des gens. Nous voulons informer pour susciter une solidarité internationale qui soit consistante. Je vous remercie infiniment pour votre ouverture, votre écoute et votre participation. Merci à Joaquim et à Maria du Collectif Québec-Brésil. Merci à Yves aussi qui a bien su compléter la présentation politique. CF

Je pense que nous devons rejoindre des forums plus grands pour avoir une masse critique suffisante pour mettre en marche un mouvement de solidarité avec le Brésil. YC

Propos rapportés par Yves Carrier