Ça roule au CAPMO, avril 2021

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L'amour et la haine

Par Yves Carrier

L’amour et la haine déclenchent les passions les plus irrationnelles. Des deux, la seconde demande moins d’effort sur soi, elle réfère davantage à la paresse intellectuelle et à l’égoïsme de chacun. Elle conduit au rejet, au mépris, au racisme, au sexisme, à la négation de l’autre, de son originalité et de sa liberté créatrice. Qui plus est, la haine possède la capacité d’unir les gens bien davantage que l’amour.

L’extrême-droite et l’extrême-gauche s’en sont servies allégrement pour atteindre le pouvoir et s’y maintenir à tout prix. De même qu’on n’aimerait pas tant une équipe de sport professionnel qu’on haïrait ses adversaires; et qu’on n’aimerait pas tant sa patrie qu’on haïrait l’ennemi historique ou bien celui qu’on perçoit comme étant trop différent du nous fantasmé. 

En ces temps de fausses nouvelles et de raccourcis simplistes pour tous ceux et celles qui refusent de faire l’effort de se mettre à la place de l’autre, la haine fait son lit dans le cœur de l’homme qui refuse d’aimer. On pourrait dire que les membres du parti nazi s’aimaient tout comme ils aimaient l’Allemagne et leur Führer, mais que ce qui les unissait c’était d’abord la haine de l’autre. Dans une illusoire quête de pureté raciale, mais surtout idéologique, ils ont dépassé toutes les limites morales admissibles, refusant aux autres peuples l’appartenance à l’espèce humaine. Leur ruine fut terrible.

Aujourd’hui, le fascisme est de retour à l’avant-scène. Il carbure au rejet de l’autre et à la condamnation de la dissidence en omettant toute remise en question du système économique. Il défend la richesse et fédère l’ignorance derrière ses attaques envers l’esprit critique. Dans de nombreuses universités, des gouvernements cessent de financer les programmes de sciences humaines pour des motifs de sédition de la morale chrétienne, hindoue, musulmane ou bien communiste si on est en Chine. Son fanatisme refuse le constat scientifique du réchauffement climatique ou s’interroge sur la pertinence de maintenir en vie autant de personnes improductives aux yeux du système. À ce qu’il paraît, le nazisme avait de belles racines dans la culture du management. Il calculait les ressources nécessaires au maintien de la vie et il en excluait systématiquement des millions de gens. Serions-nous en train de commettre le même crime contre l’humanité?

L’amour est patient, il demande de l’entraînement, il exige un regard permanent sur les intentions qui guident notre cœur, il construit des communautés en établissant des liens sincères et altruistes entre les individus, il pardonne l’impossible et rejette la rancœur, il ne compte pas, il se réjouit du bonheur et des succès des autres, il n’est ni jaloux ni envieux. Il se donne sans jamais s’arrêter, il invite à une conquête permanente sur soi-même et à la fin, il rend la vie combien plus belle. 


 

Table des matières :

La religion, à quoi ça sert ?

Solidarité et vaccins

Sur les chapeaux de roues

Colonialisme et racisme

Le CAPMO de 1994 à 2002

L’éducation et la haine

Nouvelles du CAPMO

 


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La religion, ça sert à quoi?

Par Robert Lapointe

La religion n’est pas seulement « l’opium du peuple », comme l’a écrit Karl Marx, pour qui la religion agissait comme soupape, comme évasion eu égard à une existence misérable.

La religion, c’est d’abord une foi, la croyance en une ou plusieurs divinités, ainsi qu’une institution chargée de préserver et de transmettre des croyances fondées sur une doctrine. Elle s’accompagne d’un ensemble de rites et repose sur des dogmes, le dogme étant une « vérité indiscutable à laquelle le croyant doit adhérer pour appartenir à une religion » (source : Nicolas Tenaillon, « Une religion sans dogme est-elle possible? », Philosophie magazine, no 146, février 2021, p. 80).

Or face à la raison et à la science, les dogmes, qui font penser aux mythes des sociétés dites primitives, tiennent difficilement la route et exigent de recourir à des interprétations symboliques. Ce faisant, ils tendent à relativiser le message délivré par les religions.

Plus moderne et plus adroit que le christianisme, l’islam n’admet qu’un seul dogme : la Chahada (ou profession de foi), qui affirme qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que Mahomet est son prophète. Comparativement au christianisme, l’islam laisse plus de place à la raison et à la science.

Peut-on se passer des dogmes alors qu’ils permettent aux fidèles de se reconnaître dans une communauté? Mais les dogmes peuvent aussi diviser les croyants. Les dogmes suffisent-ils?

C’est alors que peut intervenir une spiritualité qui transcende les religions.

Les religions sont des phénomènes qui s’inscrivent dans l’histoire et la culture. Elles sont considérées comme des véhicules de la spiritualité, mais plus souvent qu’autrement, elles sont contaminées par des formes de pouvoir (tout comme les idéologies laïques, d’ailleurs). Et contrôler les croyances d’un peuple, c’est contrôler ce même peuple.

La spiritualité, qui est quête de sens, renvoie au contraire à une dimension éminemment personnelle et à un besoin essentiel de l’être humain, et par conséquent n’a rien à voir avec les dogmes.

La quête de (du) sens commence par la perception du monde que nous obtenons par nos cinq sens, puis que nous vérifions et critiquons (c’est le début de la science) pour en trouver la signification.

Au bout du compte, la spiritualité permet un arbitrage entre foi et raison.

Tour de Babel 

 

 

 

 

 

 

 


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Contre la COVID-19, deux têtes de Turcs bien remplies

Par Robert Lapointe

Pfizer a été la première pharmaceutique à annoncer la mise au point d’un vaccin, en novembre dernier, contre le nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, qui sévissait alors depuis moins d’un an. C’est rapide pour un vaccin. Cet exploit a pu être réalisé grâce à un partenariat avec BioNTech, une start-up allemande peu connue.

Cette firme a été créée en 2008 par Uğur Sahin et Özlem Türeci, un couple de scientifiques d’origine turque. Le premier est né en Turquie et a émigré en Allemagne à l’âge de 4 ans, la seconde est née en Allemagne. Ils se sont connus à l’université de la Sarre, à Hombourg, et ont uni leurs destinées en 2002. On raconte que sitôt le mariage expédié à la mairie, ils sont retournés à leur labo.

La technologie de BioNTech, utilisée depuis quelques décennies déjà aux États-Unis, repose sur l’ARN (pour acide ribonucléique) messager. Elle consiste à copier un morceau d’ADN (acide désoxyribonucléique) de l’organisme pour apprendre au système immunitaire à combattre les virus. Les vaccins classiques, eux, consistent à introduire dans l’organisme une forme atténuée ou inactivée de la maladie afin de provoquer la production d’anticorps conférant une certaine immunité. Ce ne serait que justice que pour leurs travaux, Uğur Sahin et Özlem Türeci remportent le prix Nobel de médecine.

Source : Olivier Marbot, « Et les gagnants sont… Uğur Sahin et Özlem Türeci », La Revue, no 91, janvier-février 2021,p. 100-103.


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La solidarité exigerait la distribution des vaccins ou un fédéralisme menaçant pour le monde.

Par Guy Roy

Qu’un Québécois en appelle à son Assemblée Nationale pour étendre la distribution des vaccins à l’échelle de la planète, plutôt que les grands pays ne se les accaparent comme le Canada l’a fait avec des commandes de cinq fois la capacité de vaccination de sa population, vous surprendra peut-être. Mais ce Québécois, que je suis, qui profite de notre tribune et qui partagera cet article avec les partis concernés, est communiste. Ce qui lui fait considérer la solidarité internationale comme un premier devoir des citoyens du monde et des pays le plus nantis.

La solidarité internationale telle que je la connais comme Québécois est née, diraient certains, dans les missions étrangères. Elle n’avait pas la solidarité comme premier but mais la conversion au catholicisme. Elle a été interprétée comme une intervention étrangère par les premiers anticoloniaux. Les Jésuites, de longue date implantés en Chine, ont été expulsés à la libération. Surtout les plus réfractaires à la révolution chinoise. On souligne maintenant, ou je devrais dire “les catholiques chinois soulignent”, leur contribution à la solidarité avec la lutte antifasciste durant l’Occupation japonaise où des Jésuites québécois ont été exécutés pour leur sympathie trop grande au peuple chinois.

Mais la solidarité internationale a une origine tout aussi questionnable chez les socialistes qui, à la différence des communistes après Lénine, ne faisaient de la solidarité qu’une question de civilisation des peuples barbares. En effet, il a fallu qu’on expose au grand jour les disparités monumentales entre les métropoles et les peuples coloniaux que Marx avait déjà établies pour l’Inde par rapport à l’Angleterre, par exemple, pour que l’on finisse par admettre que les principes bourgeois et universels d’égalité de tous étaient bafoués par ce qu’on a fini par appeler l’impérialisme.

On en a conclu une nécessaire égalité de but des luttes des ouvriers dans les pays dominants et des colonies, à savoir, détruire les vestiges de la domination bourgeoise sur le monde. Ainsi s’est popularisé le droit à l’autodétermination des peuples pour les peuples des colonies et les pays les plus pauvres. Ce qui a grandement marqué le Québec de la Révolution Tranquille dans ses aspirations à la liberté.

Une solidarité Nord-Sud, qui n’existe plus à la suite de la disparition des pays socialistes, est née dans les années 60, mais elle n’est plus invoquée que pour des considérations géostratégiques. Vous voyez sans doute où je veux en venir.

Une nation comme le Québec qui réclame son droit à l’autodétermination politique ne devrait pas hésiter à se solidariser avec les peuples les plus appauvris par l’impérialisme tels qu’elle l’est elle-même par un Canada dominant qui lui nie son propre droit exactement pour les mêmes raisons que les autres pays dominants le font aux nations subalternes du monde.

Il apparaît, à la suite de la pandémie de COVID-19, que si une partie du monde est exposée plus que d’autres au virus, celui-ci trouvera à se répandre dans des variants qui contourneront nos propres stratégies prophylactiques et continueront de nous attaquer. C’est ce qu’affirment l’ONU et l’OMS. C’est donc à la fois une obligation morale internationaliste, appelée elle-même par la Pape François, et une mesure sanitaire impérative que de rendre accessible le vaccin aux populations moins favorisées telles que le peuple haïtien dont on dit que personne encore n’a été vacciné !

Je demande donc, par cette lettre, à l’Assemblée Nationale du Québec, par une résolution unanime reflétant la volonté des Québécois de se prémunir adéquatement et universellement contre le péril naturel mondial qu’est la COVID-19, de demander expressément au Canada d’offrir à Haïti, et aux autres peuples en ayant besoin, les excédents des vaccins dont nous n’aurons que faire et que nous avons commandés en trop sous la pression des partis fédéralistes n’ayant pas pris la mesure de la précarité de nos nations si les autres n’étaient pas protégées.

Je demande que cette résolution fasse l’objet d’une conférence de presse de tous les partis de cette Assemblée en direction de Justin Trudeau qui s’est avéré être des plus imprudent en monopolisant pour le Canada des vaccins qui nous protègeraient mieux si diffusés à l’échelle de la planète menacée.      

 

 

 

 


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Sur les chapeaux de roues… nouvelles du TRAAQ

Question posée au conseil d’administration du RTC concernant la disparition des billets de correspondance

Bonjour monsieur le président, monsieur le directeur général, mesdames les administratrices et messieurs les administrateurs du Réseau de transport de la Capitale (RTC). Je m'appelle Catherine Rainville et je suis l’animatrice sociale du Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec (TRAAQ).

Lors de votre séance du 4 novembre dernier, notre regroupement vous avait posé une question au sujet de l'impossibilité actuelle de recevoir une correspondance d'autobus lorsqu'un paiement est fait en argent comptant.

Nous comprenons que votre intention était louable et que d’autres moyens de paiement restent disponibles pour la population. En plus d’être plus avantageux économiquement, ces autres moyens de paiement offrent tous encore la possibilité de correspondance.

Malgré tout, plusieurs citoyens et citoyennes continuent de payer leur passage en argent comptant. La réalité du terrain est que - régulièrement ou occasionnellement – des personnes en situation de pauvreté ne sont PAS en mesure de recourir aux autres moyens de paiement (pas de téléphone intelligent, pas de  connexion Internet à la maison, absence de point de vente près de chez soi, etc.). Il arrive aussi que ces  personnes oublient ou perdent au mauvais moment leur carte contenant des passages prépayés et  doivent par conséquent effectuer leur paiement en argent comptant.

En devant payer deux fois pour un seul trajet, ces personnes en situation de pauvreté sont pénalisées et se trouvent encore plus précarisées. C’est pourquoi nous considérons que l’absence de remise de correspondance papier est problématique.

Notre question pour vous est donc la suivante: pouvez-vous réinstaurer rapidement la remise de  correspondance papier lors des paiements en argent comptant, en l’accompagnant bien sûr de mesures sanitaires appropriées pour lutter contre la propagation de la COVID-19 ?

Nous constatons que tous les commerces acceptent depuis plusieurs mois l’argent comptant et qu’ils  continuent tous de remettre les factures papier en main propre aux clients. Les préposés aux caisses ont à leur disposition du désinfectant pour se laver les mains entre chacun de ces échanges. Cette façon de  faire correspond aux recommandations de la santé publique et semble plutôt bien fonctionner dans le quotidien de tout le monde!

Il s’agit d’une solution intéressante à nos yeux que nous vous suggérons pour redémarrer rapidement la  remise des correspondances papier lors du paiement en argent comptant. Cependant, il existe peut-être  d’autres solutions encore meilleures que celle-ci qui vous conviendraient mieux.

Nous vous remercions sincèrement du temps et de l’attention que vous porterez à réfléchir avec nous à ce problème et aux solutions à mettre en œuvre pour le régler rapidement.

Catherine Rainville (TRAAQ-Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec)

Lu et répondu lors de la séance du  mois de mars 2021

       

 

 

 

 


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Discours contre le colonialisme, le racisme et l’impérialisme

Par Mario Gil Guzman

Prononcé à la toute fin de la manifestation contre le racisme tenue à Québec le dimanche 21 mars 2021

L’Occident capitaliste dans sa conquête du monde a nié l’égalité entre les peuples. Le racisme et l’impérialisme colonial sont les idéologies qu’il a employées pour dominer les autres, en utilisant la religion, sa supériorité technologique, la ruse et la guerre.

Lors de la conquête des Amériques, les Premiers peuples ont été mis en esclavage. Ils sont devenus des machines à extraire l’or et l’argent pour enrichir l’Europe et renforcer sa domination du monde. Pour eux, les Autochtones n’étaient pas considérés comme des êtres humains.

Après ce furent les Africains, amenés en Amérique pour remplir les poches des Portugais, des Espagnols, des Français et des Anglais. Leurs maîtres dans les plantations n’avaient aucune considération pour eux et les laissaient dormir sous les intempéries. Ils mouraient sans que cela ne gêne personne. Même la science de cette époque justifiait leur mise en esclavage. Il n’était pas question de les appeler humains. Ils ont été reconnus comme des êtres humains, un siècle après les Autochtones, sans que cela ne leur accorde aucun droit. Plus récemment, les médias ont essayé de réduire les Musulmans au terrorisme, justification suffisante pour bombarder des pays. Mais ces bombardements ne cessent de faire des victimes civiles et ils ne font qu’accroître la haine envers l’Occident. Certains se plaignent de voir autant d’immigrés venir s’installer ici, mais depuis toujours le Canada est une terre d’immigration et il a besoin de nous pour continuer à se développer.

Le Canada est un pays respecté dans le monde, mais il n’est pas à la hauteur, se faisant trop souvent le laquais de Washington. Dans sa politique étrangère, il se comporte encore comme une colonie qui n’a pas de colonne vertébrale pour discerner le bien du mal et le vrai du faux. Le Canada vend des blindés à l’Arabie Saoudite pour exterminer les Yéménites, puis on s’étonne qu’il y ait autant de réfugiés qui veulent venir vivre ici.

Le gouvernement du Canada a influencé les législations locales en Afrique et en Amérique latine afin de permettre aux sociétés minières d’exploiter les ressources sans se soucier des droits de la personne et encore moins des effets polluants de leurs actions sur les populations, comme la sècheresse ou la constitution de groupes armés illégaux.

Le Canada accorde son appui à des gouvernements narcotrafiquants et corrompus en Amérique latine : le président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido; celui d’extrême-droite qui souhaite poursuivre la guerre, Ivan Duque en Colombie; le génocidaire environnemental Jaïr Bolsonaro au Brésil; et il a appuyé l’élection controversée du président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, accusé de narcotrafic.

En ce moment, il y a des milliers des migrants qui fuient leurs terres en raison de la guerre, de la dégradation environnementale, de l’insécurité ou bien parce qu’il n’y pas d’opportunités pour les jeunes. Ici même, les Autochtones se battent pour faire respecter leurs territoires parce qu’ici aussi le capitalisme les a réduits à rien.

Eduardo Galeano dénonçait la manière dont on traite les pauvres en disant qu’aux yeux des puissants : « Ils ne valent même pas la balle qui les tue. » Mais nous sommes ici pour dire qu’on existe. Nous sommes là pour lutter pour que d’autres mondes soient possibles.

Nous sommes là pour renforcer la solidarité entre les peuples et la lutte antiraciste ici et partout dans le monde.

Nous sommes là pour dire :

Ça suffit !

Ils ne passeront pas,

Le peuple uni, jamais ne sera vaincu!

Je vous remercie.


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Le CAPMO de 1994 à 2002

Par Vivian Labrie

D’après ce que nous avons pu démêler toutes les deux, Juliette est arrivée au Carrefour de pastorale en monde ouvrier autour de 1994. Nous sortions de l’aventure de la Charte pour un Québec populaire, animée par Solidarité populaire Québec, où nous avions participé, avec de nombreuses organisations québécoises, à décrire le Québec que nous voulions bâtir. De mon côté, j’assumais la permanence du CAPMO depuis le printemps 1988. Et le CAPMO, qui existait depuis le milieu des années 1970, vivait une nouvelle étape de son histoire : tout en demeurant un lieu de convergence, entre la réflexion et l’action, pour des prêtres, religieux et laïcs engagé·e·s socialement, il s’ouvrait à l’accueil de personnes en situation de marge et de pauvreté, dans l’idée non seulement de parler et d’agir «pour» les plus pauvres, mais aussi «avec» eux et elles. Et il s’ouvrait au dialogue interreligieux et interculturel, à la faveur de divers événements et mobilisations, dont l’événement Romero qui célébrait annuellement l’apport de Monseigneur Oscar Romero, assassiné au Salvador en 1980, à la quête de justice sociale des peuples latino-américains, dans l’esprit de la théologie de la libération.

Le logo du groupe exprimait la mission qu’il s’était donné : être un lieu de rencontre au carrefour de quatre dimensions, soit la vie des milieux populaires et ouvrier et leur actualité, le projet de société, la solidarité internationale et la spiritualité des personnes engagées socialement. Nous explorions ces diverses dimensions ensemble dans une approche ouverte, inspirée de traditions d’animation et d’action centrées sur le voir-juger-agir, la conscientisation, l’analyse de l’actualité et de ses conjonctures, le partage des expériences, les croisements de savoirs, bref sur un appel à l’intelligence collective, permettant de penser librement, de mettre «têtes et cœurs ensemble» dans une visée d’action transformatrice et émancipatrice.

Le pivot de la vie du CAPMO, c’étaient les rencontres mensuelles, qui avaient lieu, de septembre à juin, chaque deuxième jeudi du mois, dans la cuisine/salle de réunion du 435 du Roi où le CAPMO avait et a toujours ses locaux. Ces rencontres mensuelles commençaient vers 17h par un temps d’apéro et de retrouvailles informelles, suivies d’un souper préparé sur place pendant la journée. Après la vaisselle et une fois les tables rangées, vers 19h, nous nous regroupions en cercle pour un temps de nouvelles, après quoi nous abordions le sujet de la soirée. Celui-ci portait d’habitude sur un sujet relié à l’un des quatre axes de la mission du groupe. La méthode, active et participative, variait selon les contextes. Je me rappelle par exemple d’une fois où nous avions invité le vice-président de l’Association des cadres du gouvernement du Québec et une travailleuse en garderie, pour réfléchir ensemble à ce qui pouvait motiver les différences de salaires.

Nous avions examiné plusieurs points, pour en venir à la conclusion que les arguments pouvant être apportés pour justifier le bon salaire d’un cadre pouvaient tout aussi bien s’appliquer à la travailleuse en garderie, dont le salaire était moindre.

 

La marche du pain et des roses

 

 

 

 

 

 

Nous étions aussi en lien avec d’autres groupes. C’est ainsi qu’en 1995, Juliette s’en rappelle bien, plusieurs membres du groupe ont participé à l’extraordinaire aventure qu’a été la Marche du pain et des roses. Cette marche des femmes contre la pauvreté a été pour le groupe une occasion de prise de conscience de plus qui nous a amené·e·s à nous impliquer davantage sur diverses questions relatives à la pauvreté et aux règles du jeu collectif qui la causent.

 

Le jeûne à relais du refus de la misère

C’est ainsi que nous nous sommes intéressé·e·s à la fiscalité et à une réforme qui se préparait sur l’aide sociale. En 1996, alors que le ministère des Finances du Québec consultait en vue d’une loi sur le déficit zéro au Québec, à la lumière de ce nous entendions des situations de pauvreté autour de nous, nous avons répliqué par un mémoire réclamant une clause d’appauvrissement zéro pour le cinquième le plus pauvre de la population. À la rentrée d’automne, un soir de rencontre mensuelle, un membre du groupe a eu l’idée de proposer un jeûne pour marquer le point. Lors de cette rencontre, toutes les personnes présentes ont levé la main pour dire qu’elles étaient prêtes à participer à un tel jeûne, où les gens se relaieraient de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures, ceci à la condition que d’autres groupes de la région embarquent dans le projet. Ça a donné lieu au Jeûne à relais du refus de la misère que nous avons tenu dans une église du quartier avec plusieurs groupes de Québec et du Québec du 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, jusqu’au début d’un Sommet sur l’économie et l’emploi organisé par le gouvernement à la fin d’octobre. C’est ainsi que la clause d’appauvrissement zéro du cinquième le plus pauvre de la population est devenue une revendication clé des groupes présents à ce sommet.

              

 

 

 

 

 

 

 

 

La nuit des taons qui piquent 

L’expérience du Jeûne à relais avait donné le goût à des participant·e·s d’un groupe d’alphabétisation d’en savoir plus long sur l’économie. 

Nous avons préparé ensemble une série d’ateliers sur l’économie qui partaient d’un conte populaire, Crotte mon âne, où un vieux qui se fait voler d’abord un âne qui crotte de l’argent, puis une serviette qui donne à manger, finit par récupérer les objets qui lui ont été volés grâce à un taon qui pique. Pour faire une histoire courte, les ateliers ont eu tellement de succès que les participant·e·s du groupe ont eu l’idée d’inviter d’autres gens à les vivre dans le cadre d’une Nuit des taons qui piquent. Cet événement a réuni 200 personnes dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1997. Cette nuit s’est terminée le matin suivant en allant porter une lettre au premier ministre du Québec.

 

 

Le parlement de la rue

Une analyse de la conjoncture vécue avec plusieurs groupes de Québec à la rentrée de 1997 a donné l’idée de tenir un lieu dit « libre d’oppression et occupé vingt-quatre heures sur vingt-quatre par le peuple ». C’est ainsi qu’est né le Parlement de la rue, tenu, avec l’accord du maire de la ville de Québec, du 15 novembre au 15 décembre dans deux roulottes au Parc de l’Esplanade à proximité de l’Assemblée nationale. C’était pour protester contre une réforme de l’aide sociale appauvrissante qui s’en venait et pour réclamer un programme d’élimination de la pauvreté sur dix ans, ceci dans la foulée de la Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté qui commençait à ce moment-là. Des bannières reprenant les paroles de diverses personnes entouraient le Parlement de la rue. L’avant-dernier jour, Bernard Landry, alors ministre de Finances, est venu au Parlement de la rue. Nous l’avons mis au défi d’entrer en dialogue, lui et ses fonctionnaires, avec des personnes en situation de pauvreté. Il a dit oui. Ça a été le début du Carrefour de savoirs sur les finances publiques.

 

 

 

 

 

 

Le projet de loi sur l’élimination de la pauvreté

Dans le cadre des actions « piquantes » du Parlement de la rue, l’action du CAPMO consistait à animer des rencontres autour d’une première mouture d’une loi sur l’élimination de la pauvreté qui viserait à mettre en action le programme sur dix ans réclamé par le Parlement de la rue. Les résultats de cette consultation étant positifs, il a été décidé de former un Collectif pour une loi sur l’élimination de la pauvreté.

J’ai été envoyée par le CAPMO à ce nouveau collectif. De 1998 à 2002, celui-ci a animé une grande mobilisation au Québec qui a conduit en 2002 à l’adoption par l’Assemblée nationale d’une Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Ce collectif est ensuite devenu le Collectif pour un Québec sans pauvreté.

De son côté, Juliette a été de toutes ces actions et de bien d’autres, dont l’Oasis, un temps de ressourcement et de célébration que nous nous donnions un dimanche par mois, si je me rappelle bien. Elle nous a inspiré·e·s toutes ces années par sa foi, son audace et son amour sans frontières.

 

 

 

 

 

 

 

De tout cœur, Vivian Labrie,

le 9 mars 2021


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Le futur de l’éducation sous l’égide de la haine

Par : José Neivaldo de Souza

(L’auteur est brésilien et il parle de la situation au Brésil).

Traduction du portugais : Yves Carrier

Nous vivons des temps difficiles! Hans Küng, théologien allemand, disait que la crise favorise les rencontres, de nouvelles opportunités et la réinvention de la vie. Ainsi soit-il! Au Brésil, nous sommes aux prises avec une crise des narrativités. Dans celle-ci, avec l’aide des médias de masse, les valeurs fondamentales de la vie sont adaptées au langage des Fake News. Jamais la vérité n’aura été si galvaudée. Il suffit de citer la fameuse phrase du cinéaste allemand Bertolt Brech: « Quels sont ces temps où nous devons défendre ce qui est évident? » La réalité en crise est un endroit propice pour la culture de la haine ainsi que l’aveuglement politique et religieux. Quel est l’avenir de l’éducation? Quel genre d’éducation est favorable à ceux qui implantent une culture de la mort?

Il est connu qu’au palais présidentiel, dans une salle voisine à celle du président de la république, Jaïr Bolsonaro, a été installé le « cabinet de la haine ». Je ne vais pas m’attarder aux explications. Davantage de détails sur cela peuvent être trouvés dans les meilleurs journaux du pays.

Ce « cabinet » accueille certains serviteurs, associés au député Carlos Bolsonaro. Ils sont responsables des communications de la présidence. Ils produisent quotidiennement des fausses nouvelles sur le Brésil qui, généralement, sont remplies d’incitations à la haine populaire et à l’aveuglement politique.

L’éducation à la haine se distingue par la non considération de l’autre. Ainsi, la liberté et le bonheur de l’autre doivent être interprétés selon les intérêts d’une élite préoccupée de maintenir le statu quo.

La haine, tout come l’amour, est une passion, mais qui, au contraire de l’amour, se nourrit de ce qui empêche la solidarité et la justice. L’écrivain russe, Anton Tchekhov, observait que parmi toutes les passions, la haine est celle qui possède la plus grande capacité d’unir. Ainsi, me vient à la mémoire, le jugement et la mort de Jésus Christ. La haine est ce qui a uni Pilate et Hérode. Eux qui auparavant étaient ennemis, s’unirent (Luc 23,12). Rubem Alves (théologien protestant et psychopédagogue brésilien) écrivait à propos de la force de la haine. Il observait qu’elle « produisait des mariages durables. La haine ne supporte pas l’idée de voir l’autre agir librement très longtemps...La haine retient afin que l’autre ne soit pas heureux. La haine tient plus que l’amour. » Ceux qui se retrouvent dans un même esprit, forment une puissance et ils ne voient qu’eux-mêmes.  

Le rôle de la haine est d’envenimer le regard pour que l’autre ne voit plus. Citant le poète anglais William Blake, Rubem Alves observe que la haine conduit l’idiot à ne plus voir la beauté: « une femme qui vivait près de chez-moi décréta la mort d’un rosier qui fleurissait devant sa maison parce qu’il salissait le sol avec ses pétales, il donnait beaucoup de travail à son râteau. Ses yeux ne voyaient plus la beauté. Seulement les déchets. »  

          Rubem Alves Mahatma Gandhi disait que le « monde en avait assez de la haine », mais, ni même pour cela nous devons la combattre en employant les mêmes armes. Il faut s’en indigner et renforcer les relations basées sur l’amour et la non-violence active.

L’éducation a le rôle d’enseigner à voir, observe Nietzsche. Comment serait l’éducation sous l’égide de la haine et de l’aveuglement?

Rubem Alves nous aide à donner une réponse en se référant à l’éducation dispensée dans nos écoles : « Les écoles qui sont des cages existent pour que les oiseaux désapprennent l’art du vol. Les oiseaux encagés sont des oiseaux sous contrôle. Encagés, leur propriétaire peut les amener où il veut. Ils ont cessé d’être des oiseaux parce que l’essence de l’oiseau, c’est le vol. »

Mais… il existe des écoles qui enseignent à voler.

Cecilia Meireles, comme éducatrice, disait : « Celui qui parvient à voir s’aperçoit que, même si cela n’est pas humain, tout autour de lui est vivant. » Voler, c’est le pouvoir de voir, entendre et apprendre le langage de la nature, qui tient du mystère. Il y a des regards qui enchantent et qui sont de véritables invitations au vol. Sous ces regards, l’éducation créé des opportunités pour l’amour. Sous ces regards, éduquer c’est encourager, sauter « parce que le vol se trouve déjà à l’intérieur des oiseaux. Le vol ne peut pas être enseigné, il ne peut qu’être qu’encouragé », disait Rubem Alves.

Pour conclure, l’éducation qui conduit à une cage, qui ne libère pas, ne connait pas la vérité, ni la justice. Cecilia Meireles et Mario Quintana réagirent poétiquement à ceux qui font de l’éducation et de l’école un instrument de domination et aujourd’hui, plus que jamais, nous devons réinvestir le champ de l’éducation comme une critique à ce gouvernement qui insiste à cultiver ou à éduquer au moyen de la haine et de l’aveuglement. Cecilia dénonçait: « À chaque fois qu’un juste crie, un bourreau le fait taire. Qui n’est pas fiable demeure vivant, celui qui est bon, est condamné à mort. » Quintana ironisa en réagissant à ce genre d’idéologie scolaire: « Nous devons porter la vie, comme si nous soignions la classe. » L’école, sous ce régime, devient une cage, un lieu où l’élève apprend à obéir à son maître et à haïr ses semblables.

https://amerindiaenlared.org/contenido/19440/o-futuro-da-educacao-sob-a-egide-do-odio/

 

 

 

 

 

 

 

 

Cecilia Meireles


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Des nouvelles du CAPMO

 

Collectif TRAAQ

Une deuxième rencontre nationale incluant des intervenant.e.s de Montréal, de la Montérégie, de la Capitale-Nationale, du Bas Saint-Laurent et de Lanaudière, a eu lieu le 13 avril pour échanger sur les différentes expériences de tarification sociale en vigueur ou à l’essai au Québec et au Canada et sur les principales objections émises à l’encontre de cette mesure.

 

Soirées mensuelles du CAPMO

La prochaine soirée mensuelle aura lieu le 20 mai et elle sera animée par Catherine Rainville du Collectif TRAAQ. Le sujet de la rencontre sera : « Les défis de la mobilité des femmes en situation de pauvreté. »

La soirée mensuelle du 17 juin 2021 portera sur « L’héritage de Paulo Freire et l’éducation populaire au Québec. » Elle sera animée par Gérald Doré et Mario Gil.

 

Voix et images des communautés culturelles

Nous avons reçu un appel du bureau de comté du ministre Jean-Yves Duclos nous informant que nous avons obtenu un Emploi Été étudiant pour prêter main forte à Mario Gil cet été.

418-525-6187 poste 223 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Collectif TRAAQ

La prochaine assemblée générale du Collectif TRAAQ aura lieu sur la plateforme zoom jeudi 29 avril de 13 h 30 à 16 h.

Pour s’y inscrire écrire à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Carrefour CARDIJN

Il y a toujours deux bureaux à louer au 435 rue du roi, Québec.

Renseignement : Yves Carrier, 418-525-6187 poste 221

 

Sommet des Amériques, 20 ans plus tard

Webinaire, 22 avril à 19 h,  sur zoom :  us02web.zoom.us

 

Marche du 01 mai 2021

Il y aura une marche du 01 mai pour la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses.

Gare du Palais à 13 h.

Contre la réforme de la loi sur

La santé et la sécurité au travail.

Pour une réforme de l’aide sociale et de l’assurance-chômage.