Femmes, territoires et résistances en Amérique latine

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Dans le cadre du Forum social mondial virtuel 2021, le vendredi 29 janvier, avait lieu la rencontre : "Femmes, territoires et résistances en Amérique latine". Celle-ci avait pour but de mettre en dialogue les stratégies et les luttes des femmes dirigeantes des processus organisationnels au sein des différentes communautés qui défendent leurs territoires. Des femmes du Brésil, de la Colombie, de l'Équateur et du Guatemala, dont les luttes sont liées à la défense de la Terre Mère menacée par des projets extractifs ou agro-industriels, y ont participé. Parmi celles-ci, il y avait : Gloria Calderón, leader de la Marche des femmes paysannes et de l'Association des femmes paysannes et artisanes de Cerrito Santander - ASOMUARCE, en Colombie ; Claudia de Sala Pinho du Réseau des communautés traditionnelles de Pantaneira au Brésil ; Martha Arotingo de l'UNORCAC - FENOCIN, en Équateur ; et Irene Barrientos du Comité d'unité paysanne - CUC, au Guatemala. L’animation était assumée par Jessica Ramos du Comité pour la paix, le territoire et la vie à Montréal. Mario Gil Guzman du CAPMO assurait le volet technique de cette rencontre.

 Pour organiser cette table ronde plusieurs organismes de solidarité se sont mobilisés : Le Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) à Québec, Campesina Digna de Colombie, le Comité pour les Droits de l'Homme en Amérique Latine (CDHAL) à Montréal et le CEAAL, Consejo de Educacion popular de América latina y el Caraïbe.

  

Ce panel a pour objectif de partager les expériences des participantes et à nous enrichir mutuellement dans nos pratiques. L'importance de cette discussion, c’est qu'elle démontre la relation existante entre les processus extractivistes et agro-industriels, versus le pouvoir et le genre; un sujet peu débattu dans les espaces sociaux, politiques et universitaires, malgré les effets dévastateurs qu’ont ces projets sur les femmes et le rôle important qu’elles jouent dans la résistance à ces processus. Chaque lutte développe des connaissances et des stratégies que les femmes exercent comme manière de construire une autre forme de pouvoir dissimulé pendant des siècles, ou réprimé, qui se présente aujourd'hui comme une alternative au pouvoir dominant. La conversation s'articulée autour de cinq questions ou thèmes. La première question cherche à comprendre le contexte des territoires ainsi que les trajectoires de résistance des femmes. La deuxième question traite des projets extractifs et/ou agro-industriels qui affectent les territoires et quel est le rôle des femmes et leur résistance à l’intérieur de ces processus qui déstructurent leurs modes de vie traditionnel. La troisième question porte sur la question du genre, demandant comment le fait d'être une femme a influencé leurs expériences de résistance. La quatrième question s’intéressent aux impacts de la pandémie COVID-19 sur les activités des organisation de femmes. Enfin, la dernière question examine les stratégies proposées pour affronter le système. Jessica Ramos

 

Quels sont les contextes des territoires et vos stratégies de résistance ?

Les territoires des participantes se trouvent dans des pays différents, mais elles connaissent des conditions similaires face à la domination masculine, aux intérêts étrangers et locaux sur la terre, l'eau et les minéraux, et contre l'indifférence totale des médias locaux et étrangers. Ces processus s'inscrivent dans ce que Boaventura de Sousa appelle les Urgences qui, par la remise en cause du contrôle masculin ou la nécessité de mener des luttes de défense territoriale souvent au péril de leur vie, sont des impératifs de survie des communautés. La Unidad campesina du Guatemala, UCG, travaille avec les communautés indigènes et paysannes pour la défense de la vie, de l'eau, de la terre. Depuis plus de 15 ans, Irene Barrientos milite dans différentes organisations, elle s'identifie comme Maya Quiché. Jessica Ramos

Irene Barriento: « Après la signature des accords de paix, la distribution des terres et la restitution des droits des communautés étaient prévues, mais cela ne s'est pas produit. Nous, les femmes, avons défendu la terre et nous avons résisté aux expulsions violentes. Nous sommes aussi celles qui souffrons jour après jour pour nourrir nos familles et travailler la terre. Par exemple, en ce qui concerne l'application de la législation internationale sur le respect des territoires ancestraux, lorsque les rapports sont présentés, nos noms n'apparaissent jamais, même si nous prenons soin de la terre, de la famille, et que nous confrontons ceux qui abusent de notre territoire. Nous ne sommes plus seulement en arrière-garde, mais nous sommes en première ligne, nous luttons pour la vie. »

 

Marta Arotingo, sage-femme traditionnelle leader de sa communauté en Équateur : « J'ai participé à ces processus de leadership, j'ai marché et appris ici dans la communauté. J'ai aussi développé cette profession de sage-femme avec ma mère de manière instinctive selon la tradition et c'est ma forme de leadership et d'action. J'accompagne les femmes dans leurs processus de gestation et lorsque nous parlons de territoire, parce que le corps de la femme est aussi un territoire, nous le comparons à la Terre et à ce qu’elle subit. Nous aussi sommes soumises à ces processus d’extraction. On nous mesure et on essaie de déterminer avec qui, quand et comment, nous devons vivre nos grossesses. Le fait que nous soyons des femmes paysannes et indigènes possède une autre symbolique dans notre relation avec la Terre et avec le temps, différente de cette imposition de vitesse qui provient de l'extérieur. J’appartiens à l'Union des organisations paysannes et indigènes de Cotacachi (UNORCAC) et je suis membre du conseil indigène de la médecine ancestrale. Nous accompagnons les femmes ici dans les territoires de l'UNORCAC, elles ont beaucoup récupéré leurs terres face aux grands propriétaires terriens. Cet exercice de souveraineté implique aussi la récupération de nos terres et de nos corps. »

Claudia de Sala Pinho du Brésil : « Je représente les voix des femmes des communautés traditionnelles des Pantaneiras dans la région centrale du Brésil. Ces derniers temps, cette région a connu de nombreux incendies de forêt. Je pense qu'il est très important de parler de la résistance des femmes et des territoires et de les voir comme des personnes, comme des êtres, qui contribuent directement aux besoins sociaux et environnementaux. L'année dernière, il y a eu de nombreux incendies et c'est nous, les femmes, qui les avons dénoncés et confrontés, parce que nous avons la capacité d'observer et de connaître notre territoire. C'est ainsi que nous avons averti qu'une grande sécheresse s'annonçait et que cela pourrait avoir de graves conséquences pour la région et pour les communautés.

En 2020, nous avons mis en pratique notre propre système d'alerte et nous avons averti les communautés des dangers qu’elles couraient. Ces incendies ont tout détruit, non seulement les animaux et la forêt, mais aussi ce grand lien avec la Terre, parce que pour nous ce lien d'équilibre est vital. Dans la terre nous trouvons tout ce dont nous avons besoin. C'est là que nous avons compris qu'il y avait de grands intérêts agro-industriels et que cette politique entraîne des conséquences. Cette expérience d'observation et de lutte nous a permis de renforcer notre organisation pour la reconstruction des communautés. Désormais, nous sommes confrontés à ce défi. Notre processus d'organisation a aussi permis d'éviter que la catastrophe ne s'aggrave. La voix des femmes a été fondamentale dans le travail effectué dans les marais. Cette sécheresse est très difficile pour les communautés dont certaines vivent isolées.

 Ce territoire du Pantanal est un secteur privilégié en raison de ses zones humides, mais à cause des incendies, il est en train de s'assécher et l'eau devient donc notre principal besoin et la raison de notre lutte contre le gouvernement et les industries. Cela a été notre combat, maintenant nous nous battons de façon minimale pour défendre la sécurité alimentaire des communautés parce que les catastrophes ont été si éprouvantes. Cette lutte m'a permis de m'exprimer en tant que femme et en tant que représentante d’une communauté traditionnelle. Parce qu'il est diversifié en termes de biodiversité, nous avons compris que notre territoire est stratégique pour les capitalistes qui veulent y implanter de nombreuses multinationales. Ils veulent brûler la forêt pour semer du soja. Nous sommes au centre du Brésil, ce qui nous rapproche des marchés internationaux. Nous avons une perspective plus large parce que nous nous battons pour le territoire comme nous protégeons la vie, mais en raison des différentes formes de violence, nous sommes fragilisées et pourtant ce sont les femmes qui affrontent ce capitalisme. »

 Gloria Calderón, leader de la Marche des paysannes, de l'Association des paysannes et artisanes de Cerrito Santander (ASOMUARCE), Colombie : « Je suis une étudiante de Gilma Benítez, une dirigeante sociale assassinée. Grâce à elle, nous avons acquis cette force pour défendre notre territoire. Notre travail consiste à défendre notre vallée parce que sous celle-ci il y a du charbon d'anthracite qui a été découvert par les multinationales. Depuis plus de trente ans, la lutte de notre association consiste à développer des projets productifs tels que l'ail, l'avocat et d'autres produits agricoles. Nous fabriquons aussi des objets avec de la laine pour montrer que nous pouvons garantir la vie et le bien-être de notre communauté et nous opposer à l'exploitation minière. »

 

Comment faites-vous face à l'économie capitaliste et extractiviste dans vos communautés ?

Irène Barrientos du Guatemala : « Nous avons déjà parlé de la façon dont les gouvernements dans leur alliance avec les multinationales organisent le pillage de nos territoires. Il existe des entreprises minières et agro-industrielles qui exploitent les matières premières qui ne sont pas consommés sur notre territoire. Aussi, l'exploitation du calcaire et de certaines matières premières ont déplacé nos communautés, engendrant davantage de pauvreté, d'exclusion et de ségrégation. À cause de cela, nous sommes stigmatisés comme membres des communautés indigènes. Les gouvernements nous accusent de ne pas croire au développement, mais en réalité nous croyons à un autre genre de développement. Pendant longtemps, ils ont stigmatisé les femmes comme des putains ou des indigènes qui ne comprennent pas ce que signifient les idées modernes de développement. Ils discréditaient la lutte des femmes et des communautés, cela a conduit à la criminalisation de nos luttes de résistance. Pendant longtemps, la répression était dirigée contre les hommes, mais maintenant elle est aussi dirigée contre les femmes qui se battent pour la Terre-mère. C'est une attaque contre notre lutte de défense de notre territoire et de notre identité. Nous avons travaillé à l'élimination de ces stigmates racistes à l'encontre des femmes et des communautés. »

« Nous sommes actuellement confrontés à la judiciarisation de nos camarades. Je partage ce que dit notre camarade du Brésil, ce sont les femmes qui résistent et qui comprennent le mieux la Terre-mère et cette relation avec la nature et le territoire. Nous comprenons ce que signifie la vie. Dans le cas du Guatemala, ce sont les femmes qui ont résisté aux attaques du capitalisme, qui ont défendu notre identité et nos traditions en affrontant le système de consommation et de dépendance. Nous avons résisté à la pandémie parce que nous ne dépendons pas de produits préparés et emballés qui viennent de l'extérieur et nous avons aussi développé une certaine autonomie alimentaire. Nous reconnaissons la valeur du travail communautaire, de l'échange et de la solidarité, qui existent au sein des communautés. Beaucoup de gens refusent de planter le palmier africain ou la canne à sucre qu'ils veulent nous imposer ; en d'autres termes, nous défendons notre savoir ancestral. En ce sens, nous avons élaboré un projet de loi pour une réforme rurale intégrale en défense de la vie, de l'eau et de la terre. De même, avec d'autres organisations dans le cadre de la Vía Campesina, nous essayons de travailler sur le Buen Vivir, comme proposition politique. Nous les femmes sommes des protagonistes dans ces processus de défense des droits et de revendication, et je crois que nous devons nous voir en tant que tels. »

Martha Arotingo d'Équateur : « Je veux que nous nous demandions ce qu'est le développement ? Qu’est-ce qu'il représente pour nous en tant que peuples indigènes, en tant que paysannes, pour les générations futures? Ce qui nous a été vendu reste lié à la propriété, au patrimoine et à l'ego individuel. Je crois que nos communautés ont construit des alternatives au-delà de cette idée de développement, c'est-à-dire que nos communautés ont soutenu les thèmes de l'alimentation, de la santé, de la connaissance, de l'éducation, de l'organisation, de la politique. Face à cela, la réponse de l'État a été la répression et la persécution en appui aux multinationales qui aspirent à faire disparaître toutes formes de résistance. Face à l'abandon de l'État devant la pandémie et les maladies, nous avons réveillé nos méthodes traditionnelles d'organisation, car nous considérons que la santé vient de là aussi. Nous avons récupéré les plantes qui étaient utilisées par nos communautés, mais discréditées par la grande industrie pharmaceutique. »

FENOCIN—Équateur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je suis constamment questionnée sur les connaissances que je dois avoir pour être sage-femme, sur ma profession, qui n'est pas égale ou inférieure à celle du médecin qui reçoit un bébé, qui assiste une femme en cours de gestation. La sage-femme a une logique de travail plus intégrale, c'est comme l'agriculteur qui sait quand ensemencer la terre, quand les étoiles lui indiquent les moments propices pour fertiliser et soigner. La sage-femme, c'est aussi un peu comme cela que ça fonctionne. C'est un ensemble intégral de connaissances des peuples ancestraux.

Nos communautés ont travaillé sur la souveraineté alimentaire parce que nous avons un marché où nous faisons connaître nos produits, pas seulement ceux qui sont vendus commercialement , mais aussi ceux qui ont cessé d'être produits. Nous y montrons qu'il y a des aliments très nutritifs et nous l'enseignons aux nouvelles générations. Ce sont nos façons de résister et il est important que ces connaissances puissent être partagées. C’est ainsi que nous résistons à ce capitalisme envahissant. Nous croyons aux projets éducatifs, mais nous remettons en cause l'éducation occidentale car les jeunes apprennent à vivre à la manière capitaliste et ensuite, ils refusent nos organisations communautaires. Nous ne sommes pas contre l'éducation et l'apprentissage, mais nous demandons que nos jeunes retournent dans la communauté pour affronter le grand monstre qu'est cette économie qui vient dévaster notre terre. Nous avons besoin de nos propres écoles et de rassembler nos connaissances pour construire cette souveraineté nécessaire pour résister. »

Gloria Calderón : « Comme je l'ai dit un peu plus tôt, lorsque nous avons vu les entreprises minières venir saccager nos rivières et que cela a affecté notre capacité de produire notre agriculture, nous avons constaté aussi toute cette invasion culturelle avec l'arrivée de la drogue et de l'alcool qui détruisent notre cohésion communautaire. C'est à ce moment qu’a débuté cette lutte que nous avons menée avec les différentes communautés voisines en constatant que nous pouvions survivre grâce à notre travail et à notre résistance. L’entreprise minière n’a été là que pendant cinq ans, en partant elle a laissé d'importants dégâts écologiques. Heureusement la nature est en train de se restaurer, mais les compagnies minières continuent de vouloir extraire ce charbon et les ressources naturelles de nos régions comme l'or et d'autres minéraux. C'est pourquoi notre organisation communautaire a dû être renforcée pour défendre nos territoires. À partir de nos processus de production, nous construisons nos propres économies. La lutte ne peut pas s'arrêter car si le système extractiviste continue, c'est à nous de lui résister. Depuis l'époque coloniale, depuis la lutte de libération de l'Amérique, ces processus ont été renforcés par de nombreuses femmes qui ont ensuite été oubliées par l'histoire officielle. Nous nous demandons comment cette possibilité d'être une femme nous a amenées à affronter ces luttes. »

Claudia de Sala Pinho du Brésil : « Mon mouvement est un mouvement qui rassemble de nombreuses communautés qui habitent dans les marécages. Quand nous avons commencé à réfléchir à l'auto-reconnaissance, à l'autodétermination, qui était pensée par les femmes, il y avait beaucoup de réunions et nous devions faire face au préjugé que lorsque les femmes se réunissent, c'est une menace pour les hommes, qu'elles n'ont rien à faire. Malgré tout, nous avons continué à nous réunir en pensant que nous avions la solution parce que nous étions confrontées au problème de la reconnaissance de nos territoires par l'État et aussi par les hommes. Alors de plus en plus de femmes ont commencé à arriver, elles se sentaient plus sûres et confiantes pour dialoguer et se réunir avec d'autres femmes.

Nous avons donc dû fait face au besoin de notre auto-reconnaissance. Les femmes possèdent un très grand poids social non seulement à l'intérieur de leur foyer, mais aussi à l'extérieur lorsqu'elles parviennent à s'unir, à revendiquer une chose collectivement, parce qu'elles ont les connaissances et une grande expérience, qu’elles vivent cette relation avec le territoire et qu’elles ont cette compréhension du corps et de l'esprit communautaire. Ainsi le fait d'être femme a eu beaucoup de poids. Souvent, pendant ce processus d'auto-reconnaissance, même quand les femmes parlaient, il y avait des hommes qui essayaient de clarifier ce que nous disions, comme si nous avions besoin d'un interprète pour dire ce que nous pensions. Ce à quoi nous répondions que s'ils ne comprenaient pas, nous pouvions leur faire comprendre. Ensuite, nous avons dû assumer notre propre espace, celui du dialogue entre femmes parce que les hommes disaient que nous ne voulions pas parler. Ce que nous avons compris, c'est qu'il n'y avait pas de place pour les femmes dans les assemblés mixtes.

Aujourd'hui, après avoir beaucoup insisté, parce que cela n'a pas été facile, les hommes comprennent que, dans ce processus de lutte qui est un long, il n'est pas facile d'être une femme. Nous avons un plus grand fardeau, celui qui consiste à se faire une place dans le mouvement social. Nous avons perdu des camarades qui ont abandonné la lutte parce qu'ils ont perdu leur motivation ou qu’ils ont été démotivés de parler dans les médias qui ne nous prennent pas en compte. Aujourd'hui, nous avons beaucoup de force et nous travaillons à générer des politiques publiques sur les marais. Aussi, nous devons parfois tenir des réunions urgentes où nous faisons circuler l'information plus rapidement. C'est ainsi que notre communauté acquiert de plus en plus de force. Dans cette recherche permanente de visibilité, nous devons redoubler d’effort parce que les femmes doivent toujours se battre pour que leur parole soit entendue. »

 

 

 

 

 

 

Pantanal, Mato Groso, Brésil

« Cette expérience du Pantanal est quelque chose qui nous a renforcées en tant que femmes. Nous avons compris le danger que représente la sécheresse, sans que personne ne nous écoute, pas même les institutions. Désormais elles comprennent que nos observations sont importantes. Il n'est pas facile d'être des femmes dans des mouvements dirigés par des hommes. Je suis la présidente d'un réseau national de communautés qui revendiquent le territoire et ils ne me laissent pas parler ou ils me coupent la parole. Parfois je dois crier ou leur demander de respecter ma parole comme lorsque les hommes parlent. C'est un processus d'apprentissage et d'affirmation de soi, c'est la reconnaissance que le rôle des femmes est important dans ces luttes pour que les choses fonctionnent. C'est une tâche difficile, mais nous devons persister à chercher notre place sans relâche. »

 

Comment le fait d'être une femme a influencé vos expériences de résistance?

Irene Barrientos du Guatemala : « Je voudrais commencer par ce que Claudia a dit : Dans un pays patriarcal dirigé par des hommes, c'est un défi d'être une femme organisée et de maintenir le leadership des femmes. Même si nous avons lutté pour rendre visibles les droits et les luttes des femmes ainsi que leurs contributions à la vie quotidienne et leurs demandes sociales, cela demeure tout un défi. Cependant, je tiens à mentionner l'importance d'être organisé. Cela nous permet non seulement de soutenir le leadership des femmes, mais aussi l'engagement des organisations dans la promotion et la recherche d'un équilibre de participation entre les femmes et les hommes. Au sein de la CUC, nous avons établi un diagnostic de cette situation qui nous a permis d'élaborer une conception et une mise en œuvre d'une politique publique d'équité entre les genres. Comme je le disais, nous sommes présentes dans le mouvement social, dans les organisations, dans les luttes, mais cela n'est pas visible. C'est pourquoi nous avons proposé une politique à cet égard. »

Berta Caceres, militante autochtone assassinée au Honduras en mars 2016

Après dix ans de mise en œuvre de cette politique, il demeure toujours un grand écart entre la participation des hommes et des femmes. Lorsque nous sommes dans des espaces mixtes, nous éprouvons de grandes difficultés à nous exprimer tandis que lorsque nous sommes seules, nous parlons et réfléchissons, même si nous nous obstinons parfois; mais lorsque nous sommes dans des espaces mixtes, cela se complique parce que nous devons désapprendre ce que nous avons appris. Nous observons la politique à partir de l'expérience d'autres organisations paysannes et indigènes, et d'autres organisations féministes, mais c’est autre chose d'aller dans les communautés pour essayer de la reprendre. Quand bien même dans la cosmovision maya il y a la complémentarité et la dualité, nous devons traduire cela au milieu d’un contexte patriarcal et colonialiste. Comment cela se traduit-il dans la vie quotidienne ? Nous disons qu'être une femme dans une organisation et lutter pour nos droits est parfois considéré comme un comportement agressif et cela met en danger la vie des femmes et des personnes LGBTI.

Cette année seulement au Guatemala, nous comptons 32 féminicides, c'est-à-dire qu'il y a une dépréciation de la vie des femmes. Ce système méprise les femmes qui s'organisent et il cherche à faire taire notre voix. Nous devons également changer ces relations à la maison, car si nous luttons pour l'espace public, nous devons aussi transformer cela dans les foyers. Au sein des familles du CUC qui participent, nous avons réalisé que les femmes devaient demander la permission d'intervenir et de participer aux réunions. Nous avons appris et trouvé de nouveaux défis, auxquels nous devons faire face afin de surmonter ces difficultés.

Une autre chose que nous réalisons c’est que dans les organisations mixtes, il est difficile de maintenir des leaderships féminins. Nous faisons l'effort d'accompagner ces femmes parce qu’elles s’épuisent, et qu’elles ne durent pas aussi longtemps que les hommes. La pression est difficile à supporter. Pour nous, le changement dans les relations de genre, dans la vie quotidienne et dans l'espace communautaire est primordial et il s’avère important de le soutenir. Aujourd'hui, même avec des femmes au pouvoir, nous ne sommes pas seulement confrontées à la suppression du patriarcat, mais aussi aux lois qui vont à l'encontre de nos revendications et qui maintiennent ce système machiste. »

Martha Arotingo d'Équateur : « Pour nous, cette expérience d’être femme est forte, car elle implique la mémoire. Nous avons vu ces processus de représentation et de prise de décision qui ont impliqué les femmes comme des moyens pour certains hommes d'accéder au pouvoir, indépendamment du fait qu’ils aient ou non une formation universitaire. Les femmes ont toujours été placées dans des conditions inférieures : "Elles n'ont pas assez de formation universitaire." "Elles n'ont pas assez d'expérience." Si c'est un homme, cela n'a pas d'importance. S'il a a eu plusieurs femmes, s'il a étudié, s'il n'a pas d'expérience, s'il n'a pas d’éthique ou si son engagement n'a pas été si important, peu importe. Nombre de nos droits ont été violés, au sens où nous pouvons diriger des organisations lorsqu'elles sont mixtes, mais de toute mon expérience depuis mon enfance, en participant à des réseaux et des organisations depuis le comité central des femmes, nous avons mené plusieurs luttes qui ont été invisibilisées par les dirigeants des réseaux de l'UNORCAC.

En tant que femmes, il est important d'être honnêtes et de dire ce que nous avons à dire. C'est pourquoi il est important de désapprendre, parce que nous devons progresser dans cet effort de communiquer nos demandes à la communauté, parce qu'une femme ne cesse pas d'être une mère, ni d'être une femme. Comme l'a dit la camarade Irene, il a été difficile de mener les luttes, mais nous l'avons fait à partir du processus même de la résistance. Nous avons vu beaucoup de camarades tomber, mais cela nous a appris que l'organisation est la seule façon de poursuivre la résistance. Lorsque nous parlons de l'organisation des femmes, il y a beaucoup de femmes qui sont abandonnées, et bien, nous avons dû cuisiner et faire des choses, mais nous avons aussi appris à diriger. Depuis que nous sommes petites, nous avons appris beaucoup de choses au sein de nos organisations pour pouvoir exprimer ce que nous ressentons et dénoncer avec force ce qui est nuisible. Cela m'a donné la force de devenir sage-femme et je n'ai plus peur. Même avec la répression, nous avons dit que nous devrions pouvoir décider avec qui, quand et comment, nous aurions des enfants. Cela me donne une grande joie de me reconnaître dans les camarades sur ce panel et que de leurs différentes luttes nous fassions une cause commune qui nous unit. »

Jessica Ramos : « Les corps ont des marques qui sont chargées de la violence des abus, de l'école. Ton invitation est de transcender cela, de s’organiser et de persévérer dans l'organisation.

Soledad: « Cette réflexion est importante car nous devons nous organiser pour lutter contre les agressions quotidiennes des hommes également. »

 

 

 

 

 

 

Gloria Calderón: « Ce que dit Irene, c'est ce que vivent toutes les femmes de notre pays. Il est très difficile pour nous d'être reconnues comme des leaders. Il n'est pas facile d'être un leader dans une culture machiste, ici à Santander nous avons toujours été considérées comme des idiotes. Dans les mouvements, les hommes se sont toujours sentis diminués lorsqu'une femme assumait le leadership. C'est une lutte que nous essayons de rendre visible. Dans cette communauté, les familles vivent de ce qu'elles produisent et de leurs cultures, mais maintenant les autorités veulent imposer une loi pour limiter l’espace des réserves écologiques, sans consulter les femmes et les enfants de ces territoires. Nous savons comment vivre ici, et nous avons pris soin de l'environnement, mais les autorités n’ont pas tenu compte de notre opinion. »

Mario Gil Guzman : « Ce modèle économique et patriarcal traverse nos luttes. Selon le CLACSO, l'Amérique latine compte plus de 800 peuples indigènes, soit plus de 45 millions de personnes, même si les luttes ont conduit à la reconnaissance de droits collectifs, ces communautés continuent à vivre dans des conditions d'inégalité et à faire face à des situations de violence, de racisme et d'ignorance de leurs droits collectifs. Ces communautés représentent 30 % de la population la plus pauvre, sans eau, sans électricité et sans autres services. »

 

Quels ont été les impacts de la pandémie sur vos activités, sur vos manières de résister?

Martha Arotingo d'Équateur : « La mémoire est importante pour nous, nous devons dire que nous n'avons jamais vécu une pandémie auparavant. Donc, pour nous, cette situation était très inquiétante parce qu’une partie de nos communautés habitent en ville. Nous étions fort préoccupés, nous avons fermé l’accès à nos communautés. Selon nos traditions, ce que nous avons fait était de renforcer la solidarité. Nous avons donc envoyé un peu de notre production à nos sœurs et à nos frères des villes, mais cela avait ses limites. Alors, les gens ont commencé à revenir et nous avons dû collaborer à l'installation de nombreuses personnes. Ce fut une opportunité pour les gens de récupérer la valeur de la terre et de la rendre à nouveau productive. Nous avons beaucoup appris, nous avons récupéré de nombreuses plantes médicinales et nos connaissances traditionnelles en matière de santé.

Cette pandémie nous a fait réaliser l'importance de la Terre-mère, de l'eau et de la vie. Cela a démasqué les mensonges du système, c'est pourquoi nous devons ouvrir les yeux de nos communautés. Nous nous sommes aperçus que tout ce que nous faisions était de la résistance, qu’il nous fallait être reconnaissant pour l'air et le feu qui nous réchauffe si nous voulions demeurer forts dans cette lutte. D’où l’importance des croyances que nous avons à propos de l'eau, de la terre, de l'air et du feu, comme base de la construction de nos communautés. J'y ai appris l'importance de nous rappeler nos propres formes d'organisation et que le système qui nous est imposé n'est pas celui que nous avons construit et que ce n'est pas celui qui va nous donner les réponses que nous cherchons pour que l'espoir ne meurt pas. »

Claudia de Sala Pinho du Brésil : « Je reconnais que la pandémie a montré les vulnérabilités du système. Je tiens à dire que nos communautés ancestrales ne sont pas vulnérables, elles sont mises dans des conditions vulnérables. En Amérique latine, où nous sommes des descendants de peuples indigènes et afro-descendants, nous possédons beaucoup de connaissances sur notre territoire. C'est l'État qui nous met dans une situation de vulnérabilité, ce gouvernement de Bolsonaro, par exemple, a annulé un projet d'aide aux communautés culturelles du Brésil, mettant pratiquement fin à l'aide que l'État apportait aux communautés. C'est ainsi que nous avons appris à échanger avec d'autres communautés, à la fois des aliments qui ne sont pas disponibles partout et d'autres expériences de marché où l'argent n'est pas aussi important que la solidarité. La pandémie a placé les gens dans des conditions de vulnérabilité et elle a accentué les inégalités, par exemple en termes de communication. Les espaces dont nous disposions pour échanger n'existent plus et nous avons réalisé que les communautés n'ont pas de bonnes connexions Internet et que cela limite l'accès à l'information. Dans nos communautés, la culture orale a prévalu, la parole nous a toujours aidés à survivre en tant que communauté et cela a été renforcé pendant la pandémie. Nous avons compris que nous vivions isolés des médias et non seulement en raison des difficultés à se déplacer. Nous sommes aussi isolés par le manque de reconnaissance de notre dignité humaine qui doit être exprimée et communiquée à ce moment de la pandémie. Face à cela, pour les communautés, ça a été l'occasion de construire de nouveaux accords basés sur l'empathie et la solidarité, ce qui fait une différence dans la permanence des communautés traditionnelles qui continuent à chercher leurs formes d'organisation. Comme l'ont dit les camarades, elles cherchent comment produire de la nourriture pour passer à travers.

Au Brésil, nous traversons une période difficile avec le gouvernement Bolsonaro, cela nous a placés dans une situation de vulnérabilité. Au sein des groupes prioritaires, ils n'ont réussi à intégrer que les groupes indigènes qui sont nombreux, mais il y a aussi beaucoup d'autres communautés traditionnelles qui sont également dans des conditions très vulnérables. C'est l'un de nos combats pour que l'État reconnaisse la diversité des peuples traditionnels que possède le Brésil. Nous occupons un quart du territoire du pays, nous, les peuples traditionnels, sommes ceux qui ont le plus contribué à la protection des écosystèmes, mais nous avons besoin de politiques différenciées pour servir ces groupes. L'État agit contre les communautés, mais les communautés renforcent leur organisation. »

 

 

                             

 

 

 

Irene Barrientos : « Dans le cas de nos peuples indigènes, c'est quelque chose de similaire à ce que nos collègues ici présents ont souligné. La pire pandémie n'a pas été le COVID, mais l'exclusion, l'appauvrissement et la vulnérabilité. Mais pire encore, c’est la corruption. Peu après le début de la pandémie, le gouvernement a annoncé des emprunts de 200 millions de dollars au Fonds monétaire international et de 250 millions à la Banque interaméricaine de développement. Ces fonds étaient censés aider les personnes en quarantaine, mais nous n’en avons jamais vue la couleur. Le gouvernement a ensuite décrété la quarantaine et les gens ont été frappés économiquement car elle impose des restrictions pour les marchés publics et traditionnels, mais pas pour les grands supermarchés et les grandes surfaces. Cela a toujours été le traitement que l'État accorde aux problèmes, au profit de certaines classes. Sur la question de la santé, comme Claudia l'a mentionné, il n'y a pas eu et il n'y a pas de soins de santé. Nous vivons une sous-déclaration de cas. Peut-être cela fait-il partie de la politique du gouvernement de ne pas enregistrer tous les cas? Mais si le gouvernement a besoin d’un autre prêt, il annonce alors un autre nombre de cas, donc le COVID est devenu l'affaire du gouvernement.

Il y avait encore quelques espaces de marché qui étaient ouverts, comme toujours ces gouvernements clientélistes donnent un peu pour ne pas avoir l'air si mal, mais la plupart ont été fermés. Au niveau de la santé, il n'y a jamais eu de matériel médical, et même avec autant d’emprunts dus à la pandémie les salaires des médecins n'ont pas été payés. Les prochaines générations vont devoir payer pour un service que nous n'avons pas reçu, car avant la pandémie, le système de santé était déjà inaccessible. En ce qui concerne l'éducation, des classes virtuelles ont été créées, mais pour nous qui sommes des gens pauvres, sans accès aux services de base essentiels, sans électricité et ainsi de suite, comment pouvons-nous penser que les enfants des villages traditionnels pourraient participer à l'éducation ? »

« Les écoles privées ont tout, alors que dans les villages traditionnels elles ne reçoivent pas de soutien du gouvernement. Tout comme en Équateur, nos communautés cultivent de nombreux produits agricoles, alors nous avons commencé à faire du troc, mais surtout de la solidarité. En plus de cela, nous subissons les effets des changements climatiques, c'est-à-dire que lors des ouragans Éta et Iota, le gouvernement n'est pas venu en aide aux populations rurales. Certaines ont été très touchées, mais il y a eu de la solidarité. Les communautés ont été très solidaires des personnes touchées, il y a eu des collectes de nourriture et d'autres choses pour aider.

Le manque de nourriture a sans doute été ce qui a été le plus ressenti pendant la pandémie. Le système s'est attaqué à l'existence des paysans, mais maintenant beaucoup sont retournés dans les jardins urbains et les jardins familiaux. C'est ce que défendent les organisations paysannes, que nous devons chercher des intrants, des outils, un accompagnement et un soutien pour les petits paysans et pas tellement pour les grands propriétaires terriens et les agriculteurs qui existent encore au Guatemala. En ce sens, si nous pouvons échanger et collaborer, nous pouvons surmonter la pandémie. Une fois les tragédies naturelles et les pics de la pandémie passés, les scientifiques nous disent qu'une nouvelle souche arrive. Sauf qu’ici, personne n'a été diagnostiqué avec la COVID, parce qu'ils ne font pas assez de tests, il n'y a pas assez de suivis. Ceci fait en sorte que les communautés prennent cela sur leurs épaules et qu’elles se ferment pour se protéger. Malgré tout, même s'ils disent qu'il y a eu beaucoup de décès dus au COVID, nous n’avons pas pu les identifier. C’est peut-être vrai? Il pourrait aussi y avoir un sous-signalement, mais les autorités augmentent ou réduisent les cas à leur guise.

Pour les femmes, la question de l'enfermement a été très compliquée parce qu'elles avaient la charge de toute la famille à la maison, en plus de la violence domestique qui a augmentée. Il est nécessaire de se préoccuper de la santé mentale des femmes et des enfants qui ont subi cet enfermement. De nombreuses personnes ont perdu leur emploi, elles ne reçoivent toujours pas d’aide et elles n'ont aucune perspective d'emploi. Ce sont là quelques-unes des conséquences de la pandémie. »

Gloria Calderón de Colombie : « Je pense que nos situations sont fort semblables. Je veux être la voix des mères qui ont des enfants dans les écoles rurales. Le manque de connexion internet a rendu leur vie très difficile. En tant que mères, nous avons vu comment elles avaient des difficultés à accéder à l'apprentissage virtuel, comment les enseignants devaient donner des instructions sur papier et tout cela dépendait de l'engagement des enfants. À part de cela, les familles devaient suivre et expliquer les matières aux enfants alors qu’elles n'avaient pas d'éducation. Comment peuvent-elles expliquer la chimie ou les sciences? Cela génère évidemment des inégalités.

Dans la zone rurale, c'est très difficile parce que les gens qui ont de l'argent inscrivent leurs enfants dans des écoles privées, mais lorsque les examens d'État arrivent, les enfants sont tous évalués selon les mêmes critères. Sauf que les enfants des familles pauvres n'ont pas eu la possibilité d'avoir un résultat élevé, c'est-à-dire qu'ils ne pourront pas entrer à l'université et étudier ce qu'ils voudraient. Ici, sur notre colline, nous avons commencé à produire pour survivre, à cultiver notre nourriture, mais nous sommes confrontés à des accords de libre-échange qui nous apportent de la nourriture moins chère que ce que nous produisons sur nos terres. Cela nous a fait perdre de nombreuses récoltes et a rendu la pandémie plus difficile. Cependant, nous continuons à travailler et à produire parce que c'est notre manière de résister. Les femmes, nous devons nous battre pour nos enfants et pour nos communautés. »

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion:

Jessica Ramos : « Sans aucun doute, cette pandémie a démontré comment l'État fait partie des dépossédés, et surtout de nos communautés paysannes, indigènes et noires traditionnelles, en faveur du grand capital transnational. Cela a entraîné de nombreuses inégalités, mais nous voyons que les gens engagés envers leur communauté peuvent apporter des solutions. Nous pouvons également dire que dans les zones rurales, en raison de leur éloignement des villes et des services, la lutte contre la pandémie a été plus difficile. Nous voyons aussi que l'élément clé de la résistance est la solidarité, la collaboration, le troc entre communautés, mais aussi la souveraineté, la possibilité d'autodétermination en matière d'alimentation et de protection. Autrement dit, si nous valorisons de plus en plus notre propre production, elle sera plus facile à exploiter. La pandémie révèle le véritable visage de l'inégalité qui opprime nos communautés. Ce système ne fonctionne pas, ni pour la santé, ni pour l'éducation, alors que le secteur privé travaille pour ceux qui peuvent payer. Lorsque les communautés prennent position et adoptent d'autres formes de consommation et de travail, nous faisons alors contrepoids aux multinationales.

Un autre thème est celui des femmes qui sont confrontées à des problèmes individuels dès leur plus jeune âge. Mais lorsqu'elles se rencontrent dans des organisations, elles parviennent à renforcer leur capacité d'agir, et l'espoir, clé de voûte des réflexions de ce panel. Car ici nous ne nous contentons pas de dialoguer, nous construisons aussi des ponts entre les communautés et les expériences. La grande conclusion, c’est que nous devons nous organiser pour protéger la vie. C’est une invitation à ne pas nous taire en tant que femmes et en tant qu'autochtones, parce que nous croyons en l'utopie d'un monde meilleur pour tous et pour toutes. »

Irene Barrientos : « La terre mère ne peut être ni achetée ni vendue, nous devons nous organiser pour protéger la vie. »

Claudia de Sala Pinho : « J'aime toujours le mot espoir. Nous avons l'espoir que des jours meilleurs viendront parce que nous continuerons à résister, à nous battre et à croire. »

Gloria Calderón : « L'union fait la force, merci beaucoup. Continuons ce combat pour rendre visible la voix des femmes. Luttons pour la justice ! »

Jessica Ramon : « Merci, c'est historique. Nous devons poursuivre ce processus de construction collective et réfléchir à la manière dont nous pouvons penser à cela en termes de coalition d'action. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les femmes pour la défense de la Terre et la vie, affiche CDHAL, Montréal, 2021

 

Propos traduits et transcrits par Mario Gil Guzman, révisés par Yves Carrier