Panel d’ouverture duForum social mondial 2021

Quel est le monde que nous voulons aujourd’hui et demain?

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Bienvenue à cette ouverture du Forum social mondial virtuel.

Plusieurs intervenants de différents pays vont prendre la parole. J’invite Melike Yasar du mouvement des femmes du Kurdistan à s’exprimer.

Bonjour, c’est un honneur pour moi de vous parler. Je crois qu’en cette époque où le capitalisme profite de la pandémie pour établir de nouveaux mécanismes de contrôle sur les peuples, réaliser ce Forum social mondial sous une forme virtuelle est très important. Nous disons toujours que nous ne devons pas permettre aux puissances impérialistes et capitalistes de profiter des espaces libres que nous laissons. Pour le Forum social 2021, notre consigne devrait être : « Comblons tous ces espaces, occupons les espaces de recherche, des femmes notamment qui sont au premier chef les victimes de ce système capitaliste. » Nous devons remplir ces espaces avec de nouveaux débats, avec  de nouvelles définitions de nos utopies, pour construire un nouvel internationalisme qui a comme perspective de mettre au centre de tous ses débats, la libération de la femme. Nous croyons à la participation des femmes dans cet espace, parce que nous considérons que la toute première classe opprimée c’est la classe des femmes. Pour nous, la lutte de libération de tous les peuples commence par la libération des femmes. Maintenant, nous devons concrétiser la solidarité au sens de nous sentir partie prenante des différentes luttes de libération à travers le monde. Je vois le Forum social comme une énorme opportunité pour le réaliser et cela doit être l’espoir de tous les peuples. Merci beaucoup.

« Les espaces que nous n’occupons pas sont occupés par les autres. » Paulo Freire C’est pourquoi nous devons rendre visible et audible, la voix des femmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oded Grajew, Comité organisateur du Forum social mondial, Brésil

Le Forum social débuta comme une contre-proposition au Forum économique mondial de Davos, pour contredire les énoncés du grand capitalisme qui faisaient la promotion de l’excellence des bénéfices du néolibéralisme à travers le monde. Quelle est l’essence de cette idéologie ? C’est une vision du monde qui en est une de compétition, d’élimination de l’autre, de la maximisation du profit à n’importe quel prix. Évidemment, la vision du Forum social mondial est différente de celle du monde de Davos qui est celle d’une économie à laquelle aucune restriction n’est imposée afin d’apporter le mieux-être à toute l’humanité. Cela n’a fait qu’accroître les inégalités à travers le monde et au sein des nations, une aggravation des conséquences écologiques du poids de l’économie sur les écosystèmes et la mise en péril de la démocratie. Pour démontrer qu’un autre monde est possible, nous devons faire la démonstration qu’il existe des alternatives qui ne doivent pas se conformer à la situation actuelle. Ce qui se passe actuellement, n’est pas normal et les obstacles auxquels nous sommes confrontés sont davantage culturels que réels. Nous devons réagir parce qu’un autre monde est possible. Pour cela, nos propositions doivent être différentes des consignes néolibérales. Cela signifie que notre lutte pour la vie ne se fera pas sous le leadership d’une personne ou d’une organisation, notre force est la collaboration, notre solidarité entre les organisations et les personnes. Le FSM a été créé pur cela, pour offrir un espace de rencontres et d’articulations afin que tous puissent s’unir pour grandir ensemble et avoir une force politique pour réaliser les changements. Notre différence est celle de la solidarité, de la collaboration et du partenariat, pour affronter ce monde de compétition et d’élimination de l’autre, de celui qui est différent, de l’extermination de la nature et de ceux et celles qui ont une opinion différente. Alors notre force, qui est celle du collectif, dont le FSM fait la promotion, c’est la réalisation même de ce forum de manière collective et autogérée. C’est un exemple d’un autre monde possible que nous désirons créer. Merci beaucoup.

 

Boaventura de Sousa Santos, économiste et sociologue de l’université de Coimbra au Portugal

Bonjour à tous. J’aimerais dire que réellement le FSM est un signe d’espérance dans le monde. La Marche des peuples l’a très bien souligné. Pour maintenir vivante cet espoir et ne pas faillir après, nous devons effectuer certains changements et certaines analyses. Pour moi, il y a deux points très importants si nous ne voulons pas trahir l’espoir que nous suscitons. Nous savons que le FSM possède tout le potentiel, mais qu’il ne va pas le réaliser. Nous devons admettre que le FSM ne possède plus la même force de convocation qu’il avait à ses débuts. Il faut la reconstruire. C’est pourquoi deux choses m’apparaissent très clairement. La première, c’est comme disait Oded, le FSM est une opposition au Forum économique de Davos, mais il n’a pas besoin d’être anti-néolibéral puisque cette idéologie est déjà en crise. Maintenant, la lutte doit être contre le capitalisme. Le FSM doit être anticapitaliste, féministe, antiraciste, antisexiste et être mu par la volonté de prendre soin des gens et de la Terre-Mère. C’est la première condition et la seconde, pour que cet espoir ne se vide pas, il faut rénover le FSM et l’adapter aux conditions du 21ème siècle. Pour cela, nous devrons faire différentes choses. Plusieurs personnes sont présentes ici, mais nous ignorons comment est la base mondiale de nos mouvements. 

Il faut mettre en marche la base globale du mouvement et garantir qu’il y ait une démocratie de base et démocratiser la gouvernance du FSM. C’est seulement ainsi que nous pourrons en faire un acteur politique global et plural, fondé sur des idées qui proviennent de la base plutôt que sur celles des seuls intellectuels. Nous devons délibérer démocratiquement pour savoir quelle est l’opinion du FSM sur les sujets qui nous concernent. C’est pourquoi, je m’attends à ce que le prochain FSM au Mexique en 2022, nous pourrons discuter des propositions pour changer le FSM. Merci beaucoup.

 

Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre du gouvernement du Mali

Je vous remercie d’avoir créé cet espace dont nous avons cruellement besoin par les temps qui courent. Je crois que le FSM de 2001 a été un grand moment de rencontre entre des peuples qui entrevoyaient déjà la plupart des situations catastrophiques qui caractérisent l’ordre actuel du monde. Ensemble, nous avons cru et rêvé à un monde plus juste, un monde pluriel et il est impossible d’y renoncer, compte-tenu de la gravité de la situation liée non seulement à la pandémie. Cette dernière n’est que venu jeter une lumière crue sur des disfonctionnements, des inégalités, et énormément de facteurs de destruction des sociétés et des liens sociaux, de l’environnement et de la biodiversité. Je vous parle à partir d’un continent convoité depuis les premiers balbutiements du capitalisme, un continent blessé. Je vous parle à partir du Sahel qui est plongé aujourd’hui dans une guerre au nom de l’antiterrorisme, mais dont les véritables enjeux ne sont malheureusement pas suffisamment connus, des peuples sahéliens qui n’ont ni droit à l’information, ni à la parole, ni même à la possibilité de contrôler leurs propres dirigeants. Je vous parle plus particulièrement d’un pays qui aujourd’hui est présenté comme le ventre mou, le mouton noir du Sahel, parce que notre pays n’a pas su relever le défi de la lutte au terrorisme. C’est comme si les puissances occidentales avec l’Otan et ses moyens militaires et financiers colossaux, avaient pu relever ce défi en Afghanistan, en Irak et ailleurs. Tout le monde le sait, l’Afrique subsaharienne, comme la plupart des pays de l’Afrique du nord, sont victimes de l’agression de la Lybie par les forces de l’OTAN pour des raisons liées aux richesses de ce pays en pétrole. Car même lorsqu’un pays s’arrête, les affaires autour des ressources fossiles continuent.

À partir de 2013, le Mali a subitement été confronté à l’obligation de faire face aux conséquences dramatiques de plusieurs décennies de néolibéralisme mafieux et des programmes d’ajustements structuraux effectués au nom de la croissance. Le fait d’être un pays enclavé, déjà victime de la sécheresse, ajoutait à nos difficultés économiques. Bien avant cette crise sanitaire, la crise économique et la crise politique, nous étions passés par la sécheresse et les pays du Sahel qui sont aujourd’hui obligés de faire face aux coûts humains, des milliers de sahéliens ont péri dans le cadre de cette guerre sans fin contre un ennemi sans visage. Cet ennemi qui nous a été désigné existe belle et bien. À cause de cela, nous sommes contraints de mettre cela en priorité alors que nous avions déjà d’énormes problèmes à résoudre. La neutralisation de l’ennemi est la seule chose qui importe désormais. Nous savons que les difficultés à venir sont considérables et qu’elles sont liées aux conséquences économiques et sociales de la pandémie. Malheureusement, on en parle très peu. On parle surtout de masques et d’oxygène, mais nous ne sommes pas outillés pour faire face aux conséquences catastrophiques des politiques néolibérales qui nous ont été imposées. Alors, les catastrophes à venir ne sont pas envisagées. Nous ne dirons jamais assez combien est précieux l’initiative de créer cet espace unique en son genre, un espace d’interpellation, de fraternité, de solidarité, entre des peuples soumis au même rouleau compresseur.

Le temps nous a donné raison, la situation est d’une gravité sans précédent dans la plupart des pays, mais surtout dans cette région du monde qu’est l’Afrique en général et l’Afrique subsaharienne en particulier. Je considère que mon pays le Mali est emblématique des violences systémiques causées par le système capitaliste. Le drame, c’est qu’il n’est pas nommé. Nous vivons dans des simulacres de démocratie où, du nord au sud de l’Afrique, dans la quasi-totalité de nos pays, on ne dénombre pas moins de 200 partis politiques qui sont sans socle idéologique. On entre dans ces partis uniquement pour faire des affaires. On fait du business, on s’enrichit, mais on est contrait d’organiser des élections pour sauver les apparences de démocratie. L’organisation d’élections qui ne sont souvent que des mascarades, est souvent la condition de l’obtention du financement international. Donc, la prétendue communauté internationale que nous n’avons pas mandatée, décide pour nous et elle veille au grain.  Aujourd’hui, dans un pays comme le Mali, cette communauté exige, après un quatrième coup d’État militaire, que toutes affaires cessantes, nous préparions des élections. Mais quelles élections ? Sur la base de quels principes politiques? À la lumière de quelles exigences en termes de développement économiques au regard de la famine, de la malnutrition et de la dégradation de l’environnement, des flux migratoires, et surtout de l’impasse économique ? De fait, on ne nous parle que de chasser le terrorisme, mais l’immense majorité des jeunes gens qui y participent sont d’abord des victimes des programmes d’ajustements structurels, des victimes du surendettement, des victimes de la confiscation de la parole et de l’infantilisation des Africains qui consiste à nous dire : « Vous en êtes là parce que vous êtes comme vous êtes, incapables de gérer et pas encore mûrs pour la démocratie. »

C’est pour cela que l’année 2020 a été marquée par ces événements majeurs. Cette crise pandémique avec son lot de morts et de souffrances indicibles, met à nu la vacuité et l’arrogance du discours dominant sur l’incapacité de l’Afrique a relevé le défi d’une croissance économique qui n’a jamais été conçue pour profiter aux Africains. Aujourd’hui, quand certains pays ont l’audace de dire que l’Afrique est l’avenir du monde, nous savons ce que cela veut dire. Cela veut dire qu’ils ont tout tenté ailleurs, mais regardez ce continent avec ses trente millions de km carrés, l’immensité de ses ressources et la jeunesse de la population. Comme les tenants du système n’ont pas envie de changer de paradigmes, toutes les stratégies qui ont échoué ailleurs et tout ce qui n’a pas marché, ils vont l’essayer ici. Pour eux, l’Afrique demeure le laboratoire et l’arrière court de l’Europe où l’on va faire feu de tous bois. Cela veut dire sur tous les plans avec des conséquences écologiques, sociales, politiques et culturelles catastrophiques. Nous avons conscience de cela. C’est pour cela que nous nous félicitons d’avoir pu abriter un Forum social en Afrique immédiatement après la première édition du premier Forum social mondial de Porto Alegre.

Je rends hommage à feu Samir Amid qui a voulu que Bamako abrite une édition du Forum qui a permis de mettre en place le Forum social continental africain puis le Forum polycentrique en 2006. Ces exercices font de ce lieu, mais aussi de Dakar, de Tunis et de Nairobi, des lieux où il s’est passé quelque chose. Pour nous, le Forum social mondial a marqué les esprits, il a laissé des empruntes et des traces. Nous pensons qu’aujourd’hui, les défis auxquels nous devons faire face sont considérables et certains d’entre eux sont totalement inédits. Nous ne nous attendions pas a avoir une guerre. Je crois que c’est un fléau de trop. Nous voulons en sortir si l’ancienne puissance coloniale veut bien lâcher du leste parce que je considère que le poids de la France sur le cou de l’Afrique subsaharienne est semblable au poids du policier sur le cou de Georges Floyd. C’est pour cela que le mouvement antiraciste a pris de l’ampleur, même s’il n’a malheureusement pas eu en Afrique la résonnance et l’écho nécessaire, parce que c’est la Mère Afrique qui est ciblée et méprisée, quand au Brésil, aux États-Unis, en France, des Noirs sont assassinés.

C’est l’Afrique qui est visée, c’est l’Afrique qui est assassinée, c’est l’Afrique qui est redoutée. Non pas tant parce que nous serions incapables, mais parce que ce système a cruellement besoin des richesses de ce continent. Les femmes paient un lourd tribut à ce système alors qu’on prétend au contraire qu’il favorise l’émergence des femmes. Il y a tout un narratif mensonger, humiliant, qui nous est servi, mais nous procédons constamment à notre propre niveau et à celui des mouvements sociaux, à la déconstruction du discours dominant sur l’Afrique afin de rééduquer notre regard sur nous-mêmes et le regard du monde sur nous. Si nous devons être l’avenir du monde, nous tenons à ce que cela soit dans le cadre de relations de solidarité et de fraternité entre les peuples du monde, les frères en humanité du monde. C’est en ces termes que je vous salue tous et toutes. Je m’engage à poursuivre la lutte dans le sens de l’après COVID, de l’après carbone, de l’après racisme, et de l’après sexisme. Je vous remercie.

 

Ashish Kothari, Inde Global Tapestry of Alternatives

Je vous remercie pour cette opportunité que vous m’offrez de prendre la parole sur le panel d’ouverture du FSM. Je vous parle de l’Inde dans les bureaux de l’organisation où je travaille : Cample wish et du réseau Global tapestry of alternatives. Nous sommes tous au courant de la crise globale et certains ont déjà parlé des effets multiples auxquels nous sommes confrontés. La pandémie de la COVID a clairement exposé la profonde division entre l’humanité et la nature et au sein même de l’humanité. Pendant que les élites captent tous les bénéfices du développement, le reste du monde se retrouvent à vivre les conséquences de cette crise multiple. Nous voyons que la crise environnementale se poursuit, que ce soit à cause des changements climatiques ou de la perte de biodiversité, de la pollution, des déchets solides ou des plastiques et bien d’autres choses encore qui affectent la vie de centaines de millions de gens, mais aussi des millions d’autres espèces. À traves le monde, nous assistons à l’apparition de différentes formes d’autoritarisme et de fascisme et d’une croissante inégalité sociale et économique. Dans tous cela, ce que nous observons, ce sont les multiples aspects d’une crise globale de la vie elle-même et une immense quantité de réponses alternatives à cette crise globale. Je pense à deux catégories de réponses sur lesquelles nous devrions nous concentrer: la première ce sont les réponses de résistance aux forces d’injustice et de développement destructeur de l’environnement. Par exemple, en Inde actuellement, les fermiers  assiègent la capitale New Delhi pour empêcher qu’une loi injuste soit promulguée. Ils protestent pacifiquement depuis plusieurs mois et ils sont déterminés à y demeurer plusieurs mois encore si cela est nécessaire. Cette loi affecterait très négativement le secteur agricole et ses millions de petits producteurs. Partout à travers le monde, nous avons aussi assisté à des mouvements de résistance à des projets miniers avec des conséquences cruelles pour ceux et celles qui s’y opposent. Par exemple, il y a quelques mois, notre camarade Fikile Ntshangase a été assassinée en Afrique du sud. Elle s’opposait à un projet de mine de charbon. C’est un phénomène qui se répète partout à travers le monde. Nous avons pu voir les jeunes manifester sur l’enjeu de la justice climatique ainsi que de nombreuses autres résistances, incluant le mouvement antiraciste. Or, il y a un autre type de réponses sur lequel nous devons nous concentrer, celui qui se consacre à créer des modes de production alternative et soutenable pour satisfaire les besoins de base de l’humanité. Des alternatives qui font la démonstration qu’il est possible d’avoir non seulement un autre monde, mais  plusieurs autres mondes opposés au genre d’injustice que nous subissons. Il existe des pratiques alternatives telles que l’agriculture soutenable, l’agro-écologie, la production d’énergies renouvelables décentralisées, les mouvements citoyens qui travaillent à la souveraineté alimentaire, la souveraineté énergétique et la souveraineté de l’eau.

À travers le monde, nous avons des mouvements extraordinaires qui luttent pour une démocratie radicale et la gouvernance locale. En Inde comme au Mexique, il existe des modèles qui défendent leur autonomie à partir de très petites communautés jusqu’à des réseaux de communautés et des ensemble de réseaux. Des groupes indigènes réclament leur souveraineté territoriale pour pouvoir produire localement ce dont ils ont besoin. Il existe également des assemblées citoyennes en Europe et ailleurs. Il y a aussi des formes de solidarités économiques qui ramènent l’économie dans la société et à l’intérieur des limites écologiques. Ils créent des modèles économiques de soin et de partage, sans esprit de compétition, qui visent à construire des collectifs, les économies des communes.

Nous assistons également à la résurgence d’anciennes visions du monde portées par les sociétés traditionnelles qui vivaient en harmonie avec la nature et qui représentent aussi des alternatives au développement capitaliste global comme l’Ubuntu en Afrique du sud, le Buen vivir et le Sumak Kasay dans les Andes ou en Inde le Soraja et bien d’autres comme le Kyosay au Japon. Il existe des milliers de visions différentes du monde qui célèbrent la vie et non la gloire, la force ou la richesse. Même du ventre de la Bête, dans les pays industrialisés, émergent des visions alternatives comme l’éco-féminisme ou l’éco-socialisme. Je pense qu’à travers cette énorme diversité de mouvements de résistance et d’alternatives réunis, ils représentent un incroyable défi à cette structure d’inégalité et d’injustice que forme le capitalisme ou le nationalisme de certains États-nations. Parfois nous commettons l’erreur de croire que si nous obtenons le pouvoir politique, tous nos problèmes seront réglés, mais nous savons par expérience que ce n’est pas le cas. Toutes les formes d’inégalités tels que le patriarcat ou le racisme, sont mis au défi par ces mouvements sociaux. Certains mouvements démontrent l’observance d’un profond sens de l’éthique et des valeurs qui nous unissent. Il y a l’éthique de la solidarité, l’éthique du bien commun, celle du collectif, l’éthique de la diversité, de l’interdépendance, du respect, de l’amour.

Ce que le FSM nous offre, c’est une incroyable opportunité non seulement de comprendre, mais aussi d’activer ces communautés en unissant ces différentes expériences de résistances et d’alternatives à travers différentes géographies et cultures, différentes façons de travailler et d’être, différents secteurs de la militance, l’intersectionnalité par exemple, à travers la rencontre de personnes marginalisées et celles qui le sont moins, en s’assurant d’habiliter les plus marginalisés, spécialement les jeunes, pour qu’ils se retrouvent au devant du mouvement, les autres se chargeant de les supporter. Je pense que le FSM est éminemment susceptible d’apporter ce genre de plateforme. Il s’invente lui-même et il n’est pas obligé de répéter ce que nous faisions il y a 20 ans, mais une partie de son essence doit demeurer la même après les changements qui seront proposés. Je pense que le FSM doit réunir le mouvement écologique, le mouvement politique pour une démocratie radicale, le mouvement culturel pour la diversité, le mouvement économique pour prendre soin et partager, et bien sûr les mouvements sociaux pour la justice. Pour célébrer la pluralité des mouvements, des idéologies, des visions du monde, des façons d’être et de faire, nous pouvons nous réunir à travers l’éthique dont j’ai parlé précédemment. C’est vrai que nous allons lutter bien après la pandémie du COVID. Nous n’allons pas émerger de cette crise seulement avec un Green New Deal, mais avec une révolution arc-en-ciel qui réunira ces différentes couleurs. Je suis très heureux de participer à ce panel ouvert.

 

Miriam Miranda, association indigène du Honduras, membre du peuple Garifunai

Merci infiniment de m’accorder cette tribune pour parler de la situation au Honduras. Il y a plusieurs années, j’ai participé au Brésil à l’une des éditions du Forum social. C’est à cette occasion que j’ai réalisé l’importance de créer des réseaux entre les mouvements sociaux, entre les organisations, entre les personnes également qui veulent le changement. Je souhaite commencer en mentionnant le contexte dans lequel nous vivons. Il est aussi important de nous arrêter pour réfléchir et analyser à ce que nous n’avons pas fait parce que ces crises simultanées que nous vivons, sont des crises qui se répètent et s’aggravent à chaque fois. Je parle à partir d’un pays où les institutions démocratiques et judiciaires ont été complètement détruites, un pays qui a subi des coups d’État successifs, planifiés pour détruire les structures démocratiques, pour détruire l’État de droit. Alors, quand je vis dans un pays qui est coopté par les narcotrafiquants et ce, jusqu’à la présidence de l’État avec le soutien de Washington.

Au prorata, c’est le pays où l’on assassine le plus de défenseurs des droits humains. C’est pourquoi, peu importe les conditions de voyage, les gens abandonnent le pays. Ils marchent en caravane de plusieurs milliers de personnes. Au Honduras, il existe un plan de l’État pour vider les territoires ruraux de leurs populations et ainsi pouvoir s’approprier les terres pour les livrer aux narcotrafiquants. Je vis dans un pays ayant la plus grande vulnérabilité sociale en Amérique centrale. Vivre dans un pays avec ces caractéristiques me fait penser à ce que nous disions il y a vingt ans à propos de la crise environnementale, de la crise climatique, de ce que représente la violence structurelle pour une population. Je réfléchis à ces thèmes dont nous avions discuté dans les différents ateliers, sauf que je vis dans un pays qui vit toutes ces crises en même temps, où les élites ont converti ces crises en opportunité pour accumuler davantage de richesse et de puissance. Le Honduras est devenu un laboratoire politique d’expulsion des populations. J’ai été très étonné de voir le peu de réactions des mouvements sociaux d’Amérique latine lors du coup d’État contre Manuel Zelaya. Je crois que nous n’avons pas su mesurer toutes ses proportions et ses conséquences pour les autres nations. (Les gouvernements des États-Unis et du Canada ont cautionné ce coup d’État et reconnu le gouvernement élu lors du simulacre d’élection qui a suivi.)

Rappelons-nous qu’après le coup d’État, la même chose s’est produite au Paraguay et au Brésil. C'est-à-dire qu’ils perfectionnent leurs méthodes pour réaliser des coups d’État parlementaires, juridiques ou militaires. C’est un pouvoir de l’État qui fait un coup à l’encontre de la présidence du pays. Nous n’avons pas su prendre la mesure de ce que signifient la destruction et l’instrumentalisation des structures institutionnelles de nos différents pays. Je vis dans un pays où l’on a enlevé à la jeunesse la possibilité de tout changement et même le processus électoral est tordu afin d’interdire l’élection d’un candidat de l’opposition à la présidence. Je pense qu’en tant que mouvements sociaux, nous devons faire une analyse de la signification du laboratoire politique que le Honduras est devenu pour l’Amérique latine et le monde. Pourquoi? Parce qu’en faisant de ce pays un laboratoire politique, ils ont ouvert la porte pour que cela se reproduise ailleurs. Je pense que c’est quelque chose que le FSM doit avoir à l’esprit. À partir de cet espace de discussion internationale pour les mouvements sociaux du monde, effectuons une analyse de la signification de la destruction des structures institutionnelles d’un pays, des coups d’État en blanc parce qu’ils ont lieu sans l’utilisation de l’armée, mais ils finissent par détruire le tissu social en enlevant aux populations toutes formes de protection de la part de l’État. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, le Honduras est devenu le pays le plus inéquitable de la planète, ayant le plus haut taux de violence par habitant, un pays qui est si détérioré que la seule chose que la majorité des Honduriens souhaitent, c’est abandonner leur pays. C’est très inquiétant lorsqu’on vide des territoires et un pays, ce pays disparaît. C’est ce processus que vit le Honduras, nous sommes en train de disparaître en tant que nation et comme pays.

Je termine en disant que nous devrions aussi faire une analyse sur le thème de la santé. Si nous savons que la santé est un savoir, si nous savons également que la santé c’est le territoire, que c’est aussi une culture générale. C’est se nourrir avec des aliments sains, c’est de la littérature, mais c’est aussi des savoirs ancestraux. La santé, c’est aussi de vivre dans un environnement propre et sain. La santé, c’est la reproduction, ce sont les plantes, les rivières, les animaux, c’est la mer, les lacs, l’eau. C’est aussi les arbres. Alors que se passe-t-il? Que sommes-nous en train de faire pour générer de la santé? Je pense à ce que nous disait notre camarade de l’Inde qu’il existe déjà des expériences à petite échelle dans les communautés. Mais celles-ci interpellent et défient le modèle de développement capitaliste, des pharmaceutiques et des productions agricoles industrialisés. Non seulement, nous avons besoin de partager ces expériences, mais de nous les approprier, parce que si nous ne construisons pas des alternatives à partir de la base, en les renforçant de toutes nos énergies, pour interpeller le modèle de vie dominant et polluant, nous ne réalisons rien. Alors je me demande : Que faisons-nous de bien? Ou encore qu’est-ce que nous ne faisons pas? Que nous manque-t-il pour, dans la pratique, changer ce modèle alors que nous assistons à la montée du fascisme et du fondamentalisme religieux qui sont en train de détruire la société. Je vous remercie de m’avoir permis d’être avec vous en cette ouverture de ce Forum qui est si pertinent parce que la pandémie nous invite à faire une analyse du modèle de santé que nous avons et sur la manière que nous produisons la santé. Je vous remercie.

 

Melike Yassar, Mouvement des femmes kurdes

Au milieu de cette pandémie, de cette situation critique qu’est en train de vivre le monde où les puissances capitalistes tentent de profiter de l’occasion pour conformer de nouveaux mécanismes de contrôle sur les peuples. Nous, les Kurdes, c’est ce que nous vivons depuis de nombreuses années et encore plus spécifiquement au cours des dernières années où les puissances impérialistes se sont efforcées de contrôler la révolution kurde au moyen de l’État islamique. Lors de la lutte du peuple kurde contre ces groupes djihadistes, nous avons pu constater comment des gouvernements étrangers s’efforçaient d’utiliser ISIS comme instrument de guerre. Aussi, les nouvelles lois européennes antiterroristes qui prétendent s’attaquer à ce mouvement djihadiste, visent également d’autres groupes qui ne sont pas terroristes, mais qui défendent leur souveraineté territoriale. Ces lois ont pour but d’empêcher les peuples de se soulever contre l’injustice parce qu’ils sont en recherche, à travers l’avant-garde des femmes, de nouveaux modèles économiques, culturels et sociaux à construire. Malheureusement, ce qu’on observe dans le monde, ce sont des gouvernements qui ne cherchent qu’à implanter un système capitaliste plus dur encore en interdisant le développement de voies alternatives. Notre rôle, comme l’ont dit les intervenants précédents, est aussi de deviner les intentions cachées de ces gouvernements. De même, de nombreux États nations mettent en œuvre les projets de la droite et de l’extrême-droite sous prétexte de démocratie. Alors, nous avons besoin de redéfinir nos objectifs et nos utopies.

Ce dont nous avons besoin, ce qui rejoint l’un des objectifs du FSM, c’est de changer ce monde. Nous voulons changer le monde et nous avons un objectif en ce sens. Cela fait 20 ans que nous luttons, mais l’humanité lutte depuis des milliers d’années. Le Forum social mondial a donné un espoir à tous les peuples. Au cours des dernières années, nous avons vu comment les mouvements sociaux ont appris à appuyer les luttes du monde entier. Le FSM devrait prendre une décision dans le sens d’une construction d’un système alternatif à l’hégémonie capitaliste. Toute cette énergie rassemblée doit produire une structure organisationnelle qui permette de lutter contre le capitalisme et le patriarcat. Ce dernier nous attaque également avec ses différentes organisations sous différentes formes: Le sexisme, le militarisme, le fondamentalisme et le scientifisme (idéologie qui se justifie en affirmant que ses présupposés sont scientifiques et pour cela incontestables). Ces quatre formes de domination patriarcales doivent se retrouver au centre de tous nos débats afin de construire des alternatives. Je crois que cela fait plusieurs années que nous discutons de la nécessité de construire quelque chose de nouveau. Les jeunes femmes surtout déposent beaucoup d’espoir dans ces forums. Si nous n’occupons pas ces brèches que nous avons ouvertes, le système capitaliste va les remplir. Les institutions qui cherchent à occuper ces espaces vides, sont des institutions internationales qui ne savent pas comment résoudre les problèmes des différentes sociétés et des femmes plus spécifiquement.

Les peuples ont besoin d’une alternative au modèle dominant qui pourrait être une confédération des peuples. Chaque fois que les peuples ont tenté de se soulever et de construire des modèles différents, ils ont été la cible des pays impérialistes. Alors, pour récupérer la libération de la société, il est fondamental que les femmes soient l’axe principal de toutes nos luttes parce que c’est à travers la domination des femmes que débutent toutes les entreprises de colonisation. La domination des femmes signifie la colonisation des terres, des territoires, et des peuples. L’objectif de notre participation à ce forum, c’est d’affronter le système et le produit de ce système qu’est le patriarcat. Nous devons avoir un débat sur toutes les formes d’oppression à partir de celle de la femme. Nous devons voir comment nous pouvons nous opposer au patriarcat à travers les institutions du système capitaliste qui pratiquent cette idéologie. C’est pour cela qu’apparait si importante la nouvelle définition de l’internationalisme qui va sortir du FSM. Nous devons construire un nouvel internationalisme et concrétiser la solidarité internationale dans le sens de se sentir appartenir à d’autres luttes que la sienne propre.

Au Kurdistan occidental, en Syrie, après les attaques de l’État islamique, avec les leadership des femmes kurdes, nous avons élaboré de nouvelles formes de convivialité pour construire un nouveau système avec les femmes. Nous avons vu des femmes du monde entier venir nous rejoindre à Rojava pour défendre ce modèle d’autogestion. Nous avons aussi vu que les attaques de nos ennemis étaient dirigées contre les femmes qui jouaient un rôle prépondérant dans cette expérience. Ce projet consistait à construire un système qui s’appelait Confédéralisme démocratique. Aujourd’hui, dans tout le Moyen-Orient, se produit un soulèvement des peuples. À partir du Printemps arabe, après la révolution du Rojava, nous voyons que les peuples cherchent à construire des alternatives, un système ayant ses propres institutions opposées aux institutions capitalistes qui offrent la libération et qui emploie nos arguments. Un camarade disait que le capitalisme qui est entré en crise profonde, utilise nos arguments pour essayer de se renouveler. Il usurpe nos utopies et les reformule à son avantage en pervertissant le sens des mots.

Il utilise des arguments comme la libération, la démocratie, la diversité sexuelle, l’émancipation de la femme, l’environnement, etc. Nous pensons que cela ne sert qu’à nous faire taire et à paralyser nos actions en pacifiant nos révolutions. Nous voyons cela dans les politiques de colonisation au Moyen-Orient. Par exemple, le président de la Turquie Erdogan propose l’idée d’un nouvel empire Ottoman qui consiste à occuper les territoires, dont ceux libérés par les femmes kurdes. Nous devons définir ce que représente pour nous la colonisation, que signifie la politique du féminicide? Les assassinats de femmes se situent au centre de notre lutte contre le féminicide, mais aussi dans le domaine politique, plusieurs représentantes élues en Turquie se retrouvent en prison parce qu’elles portent cette nouvelle idéologie de construction d’une société nouvelle à partir du regard des femmes. Elles sont l’avant-garde dans cette lutte et nous voyons qu’elles sont visées systématiquement par les autorités.

Pour ce qui est du FSM, il n’est plus suffisant de débattre, nous devons construire une organisation mondiale commune contre le système hégémonique capitaliste et patriarcal. Sinon, nous ne serons pas capables de rompre avec ce système. Au cours des dernières années, avec la lutte des femmes d’Amérique latine, nous avons vu la nécessité d’avoir un mouvement global pour les femmes. Parmi celles qui y ont laissé la vie j’aimerais mentionner Berta Caceres et Marielle Franco. Toutes ces femmes et leurs pratiques de résistance nous ont ouvert les chemins qui nous ont conduits jusqu’ici. Je vous remercie.

 

Yanis Varoufakis, ancien ministre des finances de la Grèce, Progressif international    

C’est bien humblement que je prends la parole après ces femmes courageuses qui m’ont précédé. Je salue l’invitation de la dernière participante d’abattre le capitalisme pour le remplacer par un système qui met au centre de ses préoccupations l’être humain et l’environnement naturel et non le profit. Toutefois, le problème auquel nous faisons face, c’est que nous sommes ceux et celles qui avaient raison depuis 2001 alors que les participants du Forum économique de Davos célébraient leur prétendue modération du système capitaliste et l’immense croissance du capitalisme financier. Lorsque les tenants du Forum économique faisaient les éloges des paradigmes dominants, nous les mettions en garde, avec des évidences et des théories fondées, que le capitalisme financier conduisait l’humanité à un désastre mondial. Cela s’est produit, d’abord en 2008 avec la crise des surprimes. Pour nous, ça a été 1929. Malheureusement, nous n’avons pas bénéficié politiquement du désastre pour accumuler un rapport de force. Ceux qui avaient provoqué les circonstances ayant mené au désastre, ont fait preuve d’une solidarité étonnante. Le genre de solidarité que les banques montrent aux autres en utilisant leur réseaux internationaux pour obliger les gouvernements à les sauver en leur versant des sommes astronomiques que les générations futures devront rembourser à ces mêmes banques, en prenant à ceux qui n’ont pas pour le transférer à cette oligarchie sans frontière. De 2009 à aujourd’hui, le capitalisme s’est totalement transformé, si bien que nous ignorons ce qu’il est réellement devenu maintenant. Nous avons quelque chose qui s’appelle le techno-féodalisme qui n’existait pas avant. Voyez ce que la pandémie a exacerbé. Ce n’est pas la cause de la crise de 2008, mais il a accéléré son avènement. Pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, nous avons une déconnexion complète entre le monde de l’argent et l’économie réelle. Observez les sommes colossales créées par le marché financier, ces biens appartiennent à des gens, ils sont réels et ils possèdent un pouvoir d’attraction énorme pour les investissements.

Si de l’autre côté on regarde le monde des affaires, on n’y fait plus réellement de profits. Ceux-ci n’ont jamais été aussi faibles tandis que les avoirs des capitalistes sont si élevés. Amazon ne fait pas compétition à personne, il existe dans son propre univers, c’est un État à l’intérieur de l’État. Lorsque vous allez sur Facebook ou Amazon.com, vous n’êtes plus dans le monde capitaliste, vous êtes en dehors du marché. Vous entrez dans quelque chose de totalement hiérarchisé qui est une dictature d’un ou de quelques hommes. Il n’y a pas de femmes dans ce monde. Ce n’est plus du capitalisme puisqu’il s’agit de monopole, sans compétition. Ce système est incapable de se sauver, de sauver l’humanité ou la planète et nous sommes conscients de cela.

Malheureusement, ce système a réussi à nous vaincre au sens qu’il maintient toujours une domination absolue. Vous avez vu ce qui est arrivé à Washington, vous avez des portes tournantes où un groupe d’oligarques s’en va pour être aussitôt remplacé par un autre. Donald Trump et ses néofascistes sont partis et l’équipe qui les remplace, ce sont les mêmes gens qui étaient dans l’administration précédente qui ont pris une énorme quantité de biens des classes subalternes pour les donner aux mieux nantis. C’est ce qui a provoqué toute cette rage qui alimente l’extrême-droite dans les villages et les petites villes des États-Unis. C’est ce qui a nourrit le néofascisme de Trump comme en 1930 avec Mussolini et Hitler.

Nous avons échoué, il faut être claire là-dessus. Nous avons prédit ce qui allait arriver, nous avions les bonnes analyses et quand la crise est arrivée nous n’avons pas su manœuvrer pour créer le pouvoir politique qui aurait forcé le changement. Alors le même régime brisé continue de conduire les destinés du monde en utilisant des groupes de dirigeants interchangeables. Comment pouvons-nous faire les choses différemment ? Pourquoi avons-nous échoué? Le FSM est merveilleux et essentiel, c’est une place où nous pouvons nous réunir et discuter des enjeux qui nous concernent, partager nos points de vue et élaborer un plan commun. Actuellement, nous n’avons pas de plan commun, au sens où les gens de Davos ont un plan commun. Ce qui est remarquable à propos du Forum économique, c’est qu’il n’y a pas de discrimination, on y rencontre des gens de toutes origines. Peu importe leur apparence, ils ont une énorme solidarité de point de vue. Vous les interrogez sur les énergies vertes, sur l’extraction des ressources minières, etc., ils ont exactement les mêmes réponses aux mêmes questions. Ils ont un même plan et ils poursuivent ensemble leurs intérêts communs. Avons-nous cela ? Avons-nous un plan pour la planète? Est-ce que nous organisons des actions à l’échelle globale? Non, absolument pas, mais c’est ce que  nous devrions faire. Aussi longtemps que nous ne le ferons pas, nous serons ceux qui ont les bonnes idées, les bons principes, l’art humaniste, la rationalité, et nous continuerons d’être les perdants de l’histoire. J’emploie ces mots très durs parce que je veux vous réveiller. Nous avons besoin d’un plan commun et d’actions communes. Ce constat nous a mené à créer l’organisation que je représente ici aujourd’hui : The Progressif international. Elle a été inaugurée il y a deux ans, mais en vérité nous fonctionnons depuis huit mois. Nous ne sommes pas un forum et nous ne souhaitons pas remplacer le FSM. Nous réunissons une coalition de syndicats, de partis politiques et des organisations de la société civile. Récemment nous avons mené une campagne qui s’appelait : « Faites payer Amazon! » Cette coalition représente 200 millions de travailleurs et d’activistes à travers les chaines des fournisseurs d’Amazon qui font la grève contre l’exploitation des travailleurs et l’extraction des ressources financières des communautés locales comme les petits magasins.

Nous avons 400 membres de différentes assemblées parlementaires à travers le monde, solidaires du mouvement des travailleurs et des activistes à l’échelle internationale. La beauté de cela, c’est que nous produisons des actions globales avec des mobilisations localisées dans des entrepôts au Bengladesh, en Allemagne et au New Jersey. Nous organisons une lutte contre le Fonds monétaire international qui cherche à doubler l’agenda d’austérité des gouvernements qui utilisent la dette de ces pays pour mener une guerre de classe au moyen de l’austérité afin de transférer les maigres ressources publiques restantes vers l’oligarchie internationale.

Nous avons aussi une revue qui s’appelle : The Wire. C’est une tentative de traduire différentes perspectives réparties à travers le monde en les publiant en différentes langues afin de créer une infrastructure pour s’opposer au discours dominant de l’oligarchie dans les médias d’information. Nous avons aussi créé une commission d’observateurs électoraux qui se déplace pour observer les scrutins comme nous l’avons fait récemment en Bolivie. Nous construisons une infrastructure pour contredire le discours officiel lorsque les grands médias internationaux mentent aux populations comme ce fut le cas lors des dernières élections dans ce pays. Nous avons informé à propos de la grève des paysans en Inde qui a mobilisé 250 millions de personnes, mais dont personne ne parlait, nous luttons contre les sanctions américaines et européennes qui affectent les populations davantage que les gouvernements visés.

Ce ne sont là que quelques exemples des actions collectives que nous avons menées jusqu’à présent et que nous tentons d’orchestrer à travers un agenda global pour produire du changement, concentré sur des luttes locales qui se situent dans une perspective globale, afin de tourner le dos à ce techno-féodalisme qui est en train de s’installer. Il s’agit d’un antihumanisme et d’une dystopie capitaliste au niveau international, qu’il faut transformer en un système où les communautés, les êtres humains, individus, familles et amis, puissent avoir davantage de contrôle sur leur vie, choisir leurs partenaires et quels efforts ils sont prêts à consacrer au changement.

 

Sheila Ceccon, Institut Paulo Freire du Brésil et le CELA

Bonjour, mon secteur d’activité est prioritairement l’éducation. Réfléchissant sur les présentations qui ont été faites ici, en plus de toutes les luttes qui ont été mentionnées, de l’avancée de l’extrême-droite, de la pandémie, de l’aggravation des inégalités, du mépris des droits humains, de la destruction de l’environnement, de l’urgence climatique, au-delà de tout ce que nous vivons aujourd’hui, je crois qu’il est important de souligner que nous vivons une guerre de l’information à travers les médias de masse et l’éducation. Il est important de mettre l’emphase sur le fait que nous tous et toutes qui menons les luttes les plus diverses à travers le monde, nous devons renforcer les processus éducatifs pour qu’ils soient critiques, émancipateurs, qu’ils construisent des valeurs et des engagements envers le bien commun. L’éducation que nous reproduisons dans nos pays n’a pas comme centre d’intérêt de contrer la consommation, l’individualisme, l’esprit de compétition et de domination. Nous devons faire en sorte qu’il soit un processus éducatif engagé envers la valorisation de la diversité, la responsabilité sociale et environnementale, la participation sociale pour la défense des droits les plus divers et la lutte pour la démocratie. Nous ne pouvons pas négliger l’éducation dans nos pays. Aminata a parlé de « rééduquer nos peuples et le regard du monde sur nous. » Cela est primordial et doit être mis en pratique.

Ashish a parlé de la crise de la vie sur la planète et de l’importance de la résistance. On ne construit pas de résistance sans engagement, sans information humaine en ce sens. Miriam nous a parlé de l’importance de construire des réseaux de résistance, de nous unir pour produire de la santé dans une perspective large qui inclut la culture, le territoire, la nature. Je pense qu’il est très important de pratiquer une pédagogie émancipatrice en plus des luttes que nous devons mener dans nos différents territoires. Pour terminer, j’aimerais citer Paulo Freire dont nous célébrons le 100ème anniversaire de naissance cette année. Il nous a appris à nous poser cette question: « Au service de quoi et de qui, est l’éducation que nous pratiquons aujourd’hui dans notre pays. » Pour qu’un autre monde soit possible, une autre éducation est nécessaire. Cela doit être discuté et être manifeste. Cela doit être un fait admis par nous tous et toutes, indépendamment de notre lieu d’insertion sociale. 

 

Armando de Negri Filho, RBCE, Mouvement : « Le cri des exclus! »

Je remercie tous ceux et celles qui ont participé à ce panel. C’est le moment de poser les enjeux fondamentaux pour la réflexion des prochains jours tant au niveau interne de ce qui concerne le futur du FSM et des avenues possibles pour le renforcer comme acteur collectif global. Je tiens aussi à souligner la profondeur de plusieurs interventions et le besoin que nous avons de produire un processus politique éducatif. L’importance d’un autre type d’éducation pour construire des alternatives globales, mais le Forum est en soi un espace éducatif politique clé qui implique de dialoguer en profondeur avec la complexité qu’implique plusieurs éléments soulignés ici pour faire en sorte de parvenir à intégrer d’autres narrativités alternatives qui nous renforcent. Autre thème clé de discussion, c’est la nécessité de dépasser le capitalisme, mais pour cela nous devons savoir à quel moment de l’histoire nous nous situons. La répression la plus brutale des manifestations populaires pour maintenir le néolibéralisme, soulève l’importance de disputer l’hégémonie du discours dominant par des alternatives qui produisent une réflexion sur les besoins fondamentaux qui ne peuvent être satisfaits dans les limites du capitalisme. Il me semble qu’il y a une avenue politique toute indiquée. Face à cela, le dialogue entre le global et le local, le national et l’international, va être très important. Quel est le plan local ou global pour affronter ces différentes réalités? Les contextes ont beaucoup de poids, mais il faut reconnaître que l’ennemie et ses différentes manifestations, s’organisent globalement. Pour s’opposer à l’agenda de Davos, nous éprouvons de nombreuses difficultés d’articulation. Nous devons reconnaître quels sont les points centraux d’un agenda commun et les formes d’actions. Cela me semble notre plus grand défi et ce n’est pas seulement celui du FSM puisqu’il existe de nombreux autres espaces de mobilisation qui réfléchissent à cela. Le FSM peut dynamiser ce qui s’accumule dans différents espaces et expériences pour les projeter vers une plus grande résonnance globale. Je vous parle depuis le Forum thématique Santé et sécurité sociale, très sensible à la question de la pandémie. Celle-ci a accéléré de nombreux processus très destructeurs du capitalisme. Au niveau global, le néolibéralisme et le capitalisme financier, sont en train de se repositionner avec une grande force. Sans l’ombre d’un doute, ils exigent un autre niveau d’engagement dans nos luttes. Il ne suffit plus de résister et de faire des revendications ponctuelles, nous devons avancer de manière offensive vers une hégémonie alternative, vers un projet alternatif de pouvoir qui nous permette réellement de répondre à toutes les dimensions de cette totalité comme expression de la complexité du monde. Je remercie les panélistes qui ont présenté des éléments fondamentaux auxquels nous devons réfléchir dans leur ensemble et leurs contradictions, et sur cette base, commencer à créer un dialogue politique avec une intention d’actions transformatrices.

 

Miriam Miranda du Mouvement indigéniste du Honduras

En ce moment, il est important de se pencher sur la question de la construction d’un nouveau modèle de gouvernement. Nous devons construire un nouveau contrat de coexistence de l’humanité. Nous devons analyser comment nous souhaitons que les prochaines générations vivent. Si nous partons de la destruction du modèle actuel de démocratie représentative qui ne répond ni aux besoins, ni aux façons de vivre des peuples ancestraux, il est nécessaire d’en construire un nouveau. À partir du Forum, il faut promouvoir le débat sur l’avenir des prochaines générations, comment pourront-elles vivre sur cette planète dans ces différents pays? Nous devons discuter de la signification du pouvoir qu’ils utilisent pour violenter et détruire. Il existe un plan de génocide contre les peuples pauvres et nous devons en tenir compte.

 

Carminda Mac Laurin du Comité organisateur du FSM, à Montréal

J’aimerais réaffirmer que le Nord a besoin du Sud pour apprendre de la créativité, de la force et de l’esprit qui vit avec tant de force dans les pays du Sud. Aujourd’hui, nous célébrons le 20ème anniversaire du Forum social mondial et les dix ans du Printemps arabe. Malheureusement, le monde n’est pas meilleur aujourd’hui, mais ce Forum est la preuve vivante que la société civile se mobilise, que nous avançons et que nous ne nous laissons pas abattre. Je suis de celles qui croient que la pluralité apporte la force. C’est ce qui se voit clairement au FSM. C’est cette pluralité qui veut agir ensemble et qui veut changer les choses non seulement dans un domaine, mais dans tous les domaines d’activité. Les réponses aux crises qui sont globales doivent aussi être globales. Nous devons continuer à avancer dans ce processus d’apprentissage. Nous discutons en différentes langues avec des arrière-plans historiques différents, nous provenons d’horizons politiques divers qui éprouvent le besoin d’agir ensemble. Nous n’avons plus de temps pour nous diviser. Depuis notre pluralité, nous devons nous entendre, nous écouter, nous respecter. Comme le dit Boaventura de Sousa Santo: « Nous avons besoin de nous inspirer des épistémologies du Sud, comme le Buen vivir ou le Sumak Kasay ». Il m’apparait aussi important que nous continuons à cultiver l’humilité. C’est elle qui va nous permettre de nous apercevoir que nous avons tous et toutes quelques choses à apprendre des autres. Nous pouvons nous tromper puisqu’il y a des contradictions sur le chemin, des paradoxes, mais ne permettons pas que cela nuise à notre marche vers un autre monde possible que nous allons atteindre si nous continuons d’être unis. Je vous donne aussi rendez-vous au Forum social 2022 qui aura lieu au Mexique sous une forme plus habituelle.

 

Felix Juan de Dios, du Mexique

J’aimerais souligner les intéressantes interventions des panélistes qui nous font voir comment a augmenter la crise multidimensionnelle que nous subissons. Nous savons que cela n’est pas le résultat des forces naturelles, mais de ceux qui ont les capacités de les orienter et que s’ils ont pu implanter la phase néolibérale du capitalisme, ils sont en train de préparer la phase suivante. Nous avons besoin d’avoir une plus grande conscience et une plus grande force dans nos actions. J’ai deux suggestions et réflexions importantes à vous faire. Premièrement, nous devons mieux articuler nos initiatives et nos capacités. Deuxièmement, nous devons les renforcer. Une pièce clé pour les fortifier, c’est de construire une pensée stratégique. Cela se construit principalement, mais pas exclusivement, à partir de la pratique et la réflexion sur la pratique. Alors, si nous y parvenons, c’est l’une des attentes de ce forum, que nous parvenions à définir certaines actions conjointes qui aurait lieu en même temps à l’échelle mondiale. Cette expérience et la réflexion sur celle-ci, nous permettra d’enrichir cette pensée stratégique. L’autre aspect, c’est que nous devons développer des outils de participation globale. Au-delà des modes d’action particulier, nous demandons de consacrer le samedi 30 janvier à l’élaboration d’un plan d’actions communes qui sera diffusé à l’extérieur, mais qui va aussi nous donner de la force.

 

Norma Soely Guimaraes du Brésil

Je suis une féministe militante au sein de ce mouvement. J’ai participé à un groupe qui se nomme : Front populaire contre le féminicide. Je travaille en ligne pendant la pandémie en recevant des appels de détresse de nombreuses femmes. Ce groupe se nomme S.O.S. Quand une femme sent sa vie en danger à cause de son conjoint, nous mettons immédiatement en action un mécanisme de protection pour la placer en lieu sûr. Malheureusement, avec la pandémie, les assassinats de femmes sont en augmentation. Pendant le FSM, avec le Théâtre des opprimés, je vais monter une pièce intitulée « Être femme ». Ce théâtre permet aux femmes d’avoir confiance en elle, de reprendre du pouvoir sur leur vie, et elles commencent à croire qu’elles peuvent être les protagonistes de leur vie. Elles commencent à travailler en groupe et à agir pour transformer le patriarcat. Les gens savent que les hommes machistes sont violents. C’est une masculinité toxique qui est construite dans la petite enfance. Comme nous n’avons pas encore une grande force dans le processus éducatif des enfants pour une éducation non sexiste, nous sensibilisons d’abord les mères au rôle qu’elles jouent dans la transmission de ces comportements. Au cours de ma formation en service sociale, je suis parvenu à ce que les étudiantes utilisent cette méthode du Théâtre des opprimés pour développer leur capacité à s’exprimer. Elles ont appris qu’elles pouvaient transformer le monde en changeant leur regard sur elles-mêmes et sur le monde.

 

Sergio Bassoli

Ce FSM a lieu à un moment très important. La pandémie n’est pas la cause, mais la pointe de l’Iceberg qui se désagrège. Il est assez facile d’identifier les problèmes et leurs causes. Le point que nous devons travailler, ce sont les solutions soutenables pouvant être des réponses aux besoins globaux de l’humanité. Le défi que nous avons devant nous, c’est de parvenir à unir les luttes des différents mouvements, peuples et secteurs sociaux. Ce n’est pas un secret de dire que le mouvement syndical s’est éloigné du processus du FSM. Je crois qu’il y a des responsabilités partagées, mais nous faisons tout notre possible afin que le secteur syndical soit à nouveau un acteur dans le mouvement social global. Nous participons à ce forum et nous voulons y partager des actions concrètes. Il est important de discuter des aspects politiques et théoriques, mais comme travailleurs, si nous parvenons à définir quelque chose en commun, ce serait déjà un grand résultat pour reconstruire un mouvement qui ait un sens politique à l’échelle globale. Il pourrait être l’un des pouvoirs démocratiques, populaires et progressistes, sur la scène globale. Concrètement, nous proposons d’organiser une action le 13 et le 16 mai prochain, comme un moment de proposition alternative au Forum économique qui aura lieu à ce moment à Singapour. C’est notre proposition pour voir si nous pouvons reconstruire une grande alliance. Merci beaucoup.

 

Maria Liege Rocha, comité organisateur, Brésil

Le panel d’ouverture fut une démonstration de l’importance du FSM et il nous exige une action conjointe et consistante. Je trouve que la participation des femmes a été très significative. Avec l’élection d’Hugo Chavez, nous avons débuté un cycle de gouvernements progressistes en Amérique latine. Nous vivons un recul depuis ces dernières années. L’exemple du Brésil est une tragédie, un président qui devant 200 000 morts dit : « Et puis après... » C’est un manque de respect envers la vie humaine et la population brésilienne. Souhaitons que dans les derniers jours du forum, nous puissions dresser un agenda commun pour unir tous les peuples. Je pense qu’ensemble, nous serons toujours plus forts pour lutter contre l’injustice, le capitalisme, l’impérialisme, le sexisme, la guerre et la discrimination. Nous devons apprendre à respecter nos différences et notre diversité pour construire un mouvement de résistance unitaire et vibrant pour que les gens puissent continuer à rêver qu’au autre monde est possible. Je vous embrasse.

 

Gustav Emassiah

Nous vivons une période où nous avons connu deux chocs successifs. D’abord le choc de la crise financière et économique de 2008 qui avait interpelé le FSM et le choc de la pandémie, maintenant, nous voyons se dessiner le nouveau paysage. Dans celui-ci nous retrouvons une partie du capital financier international avec ses nouvelles formes, avec les GAFAM, nous voyons que c’est l’ensemble de la question des communications et de l’idéologie qui est mise de l’avant. Avec les Big pharmas, nous comprenons que sur la question des vaccins, il y a un contrôle mondial des entreprises où les États n’ont pas la capacité d’intervenir. D’un autre côté, les États ont démontré leur capacité à développer leurs politiques « austéritaires », des politiques d’autoritarisme. Dans la manière qu’ils ont géré la pandémie, ils ont démontré comment ils sont capables d’utiliser l’autoritarisme et de remettre en cause les libertés collectives et individuelles. Quelles sont les alternatives ? Elles ont commencé à apparaître dans la réponse à la pandémie où quelque chose s’est affirmé. La seule réponse possible, c’est l’égalité d’accès aux droits pour tous et la mise en avant de nouveaux droits.

Le droit à la santé est quelque chose qui est devenu évident; le droit au revenu, qu’on ne pouvait pas vraiment mettre de l’avant, est devenu quelque chose d’important; le droit au travail; le droit au logement avec le confinement. On voit bien que le programme altermondialiste rejoint le programme de l’égal accès aux droits pour tous. Nous voulons une action publique qui ne se réduit pas à l’étatisme et c’est quelque chose auquel nous devons travailler. Ce FSM est très important puisqu’il montre quel est le 3ème acteur par rapport aux grandes multinationales et aux États que sont les mouvements sociaux.

Nous voyons apparaître et nous mettons en scène l’importance des mouvements. En tant que tel, nous devons approfondir pour mieux comprendre la réalité et c’est le rôle des Forum sociaux thématiques et de toutes les activités inscrites au programme d’aller au fond des choses pour montrer les résistances, à quoi on s’oppose, et les alternatives, ce qu’on veut. Mais il faut aussi élargir la résistance et démontrer la possibilité d’intervenir de façon offensive. Il y a un certains nombre de mouvements qui sont porteurs de nouveaux paradigmes, notamment celui des femmes qui démontre que ce sont des rapports sociaux millénaires qui sont remis en cause et qui pose la question de la violence sociale; le mouvement pour le climat qui démontre qu’on ne peut pas continuer avec la croissance productiviste; le mouvement contre le racisme et contre les discriminations qui indique que la décolonisation n’est pas terminée et qui repose la question de la nature des sociétés actuelles. Il faut aussi mettre de l’avant la question des peuples autochtones qui démontre leur rapport à la nature. Le mouvement syndical est aussi présent, et le mouvement paysan qui avec Via Campesina démontre que d’autres modes de productions agricoles sont possibles. L’agriculture paysanne a déjà gagné contre l’agro-industrie et c’est ce modèle qu’il nous faut généraliser. Elle a montré le refus des OGM et la souveraineté alimentaire. Nous allons démontrer tout ce que ces mouvements ont à dire comme propositions d’offensives. Nous voyons arriver de nouvelles alliances entre différents mouvements. Comment pouvons-nous à partir de tout cela commencer à construire un nouveau projet d’émancipation? Je vous remercie.   

Propos traduits et rapportés par Yves Carrier