#299 - Derrière chaque personne, il y a une histoire

version pdf

Marianne Corneau travaille pour la Direction de la santé publique de la capitale nationale. « Nous allons vous présenter un vidéo qui dure 17 minutes et que nous avons réalisé l’automne dernier. Il y a quatre personnes qui racontent leur histoire et en fait, les deux réalisateurs sont les frères Seaborn qui ont aussi fait le documentaire « Bras de fer ». Nous avons déposé un appel d’offre pour la réalisation d’un documentaire qui parlerait des préjugés à l’encontre des personnes qui vivent des prestations de la sécurité du revenu. Nous avons senti chez les frères Seaborn une sensibilité sociale pour traiter de cette question avec empathie. Ils venaient de réaliser une série intitulé : « Filet social ». Ce sont des vidéos de 20 minutes sur les organismes communautaires à Québec, la santé mentale, etc. C’est super bien fait. Les quatre personnes qui racontent leur histoire dans la vidéo ont participé aux rencontres préparatoires. Elles n’ont pas seulement donné des entrevues, elles étaient des membres actifs au projet. Elles ont aussi contribué au montage dans une approche participative. Je suis très fière que nous ayons procédé comme cela. »

Monique Toutant, militante dans de nombreux organismes de lutte à la pauvreté dans la ville de Québec et témoin dans la vidéo. « Moi aussi, je suis contente que nous ayons travaillé comme cela puisque cela a été réfléchi en gang, en se demandant comment sensibiliser les futurs professionnels à l’aide de cet outil. C’est là que devait être posée la pierre angulaire pour arriver à déconstruire les préjugés auprès des étudiantEs de ces différents programmes tels que : technique policière, soin infirmier, travail social, médecine, etc. En s’adressant d’abord à eux, nous nous sommes dit que cela aiderait à ouvrir d’autres portes pour lutter contre les préjugés que vivent les personnes en situation de pauvreté. »

Éric Lapointe est aussi l’un des témoins de la vidéo. Il milite dans de nombreux organismes en lien avec la lutte à la pauvreté et les droits des personnes handicapées. “Je dirais qu’il s’agit de quatre histoires totalement différentes racontées à partir de vécus différents, d’où le titre qui a été donné à ce documentaire : “Derrière chaque personne, il y a une histoire.””

“Un dernier mot avant la projection, nous avons une activité de sensibilisation que nous présentons dans différents domaines d’enseignement. Nous y allons en co-animation avec une personne intervenante et une personne en situation de pauvreté. La vidéo permet aussi de sensibiliser les gens en présentant différentes histoires plutôt qu’un seul témoignage.” Marianne

 


 

PRÉSENTATION VIDÉO

“ Les gens se disent: “Il est sur l’aide sociale, alors il n’est pas capable.” Ils se débarrassent du sujet de façon négative bien souvent pour ne pas prendre conscience de ce que les gens vivent.” Témoin femme

“Dès que je dis dans quelle situation est-ce que je suis, dès qu’on entend le mot “aide sociale”, on nous colle une étiquette. C’est dommage, parce que Monique c’est Monique, avec ses qualités et ses défauts. Elle a ses connaissances et ses valeurs, ses richesses aussi. Ce n’est pas parce que mon revenu est différent d’un autre, que je suis différente.” Monique

“Moi, je gagnais 50 000$ par année comme camionneur. Je ne me suis jamais levé un matin en me disant : «  Ça va arrêter et je vais aller sur l’aide sociale. Un jour, c’est ça que je veux. » Je ne suis jamais levé un matin avec cette idée. C’est ce qui est pourtant arrivé. Je ne voudrais pas, mais c’est la situation que je vis présentement. C’est sûr que pour bien des gens, ils se disent que j’ai qu’à retourner travailler et à recommencer, mais ce n’est pas tout à fait comme cela que ça se passe.” Témoin homme

“Quand tu demandes de l’aide, cela va au-delà de la finance. C’est aussi une émotion, c’est dans ton être. Demander de l’aide, cela brise la confiance en soi, c’est se dire : « Je suis pas capable de m’organiser toute seule. » Dans la société, on dit toujours qu’on s’organise, que cela va bien, on voit des gens qui travaillent, en santé. C’est quelque chose qui est beaucoup émis et beaucoup parlé. Mais lorsque tu demandes de l’aide, tu dois toujours te dire que tu n’as pas été capable. Pourtant on dit à nos enfants : “Demande de l’aide si tu as besoin.” J’aime ça quand mes enfants s’aident ou qu’ils m’aident, mais quand tu demandes à des organismes ou à des gens, à un moment donné, les gens se tannent. C’est très difficile. C’est tellement fatiguant que parfois je ne demande pas d’aide et que je reste chez-nous.” Témoin femme

“C’est la gêne, c’est beaucoup la gêne que j’ai ressenti moi. Le fait de demander de l’aide et de demander des sous, pour pouvoir subvenir à mes besoins, tu as l’impression que c’est comme si tu demandais la charité ou que tu étais obligée de quêter pour survivre.” Monique

“En étant handicapé, il y a comme un mérite que j’ai que d’autres qui sont à l’aide sociale n’ont pas. C’est d’avoir accès à quelque chose automatiquement parce que tu es handicapé et que tu as une contrainte sévère. C’est comme si je le méritais, sauf que comme être humain, tu veux contribuer à la société, tu veux gagner ta vie, tu veux vivre. C’est ça.” Éric

“Je me dis tout le temps que je n’ai pas de vie, que je ne travaille pas et que je ne possède absolument rien. Mais avant que j’en arrive là, je travaillais en soin, j’étudiais en soin. Je faisais tout cela et j’avais une vie normale avec mes trois enfants à temps plein qui faisaient deux activités par session, du karaté et de la natation. Après cela, il m’est arrivé un événement tragique, je suis tombée à faible revenu. Pendant deux mois, je n’ai pas eu de revenu. J’étais sur les prêts et bourses et c’est arrivé un 17 novembre. Mais quand ça m’est arrivé, je n’ai pas eu de revenu tout de suite parce que l’IVAC et la CSST m’ont obligée à faire une demande d’aide sociale pour le temps qu’ils fassent leur enquête. Parce que tu es une femme qui a été battue, tu ne vaux rien ? Après deux ans, comme je ne parvenais pas à me rétablir, ils ont cessé leur aide. C’est un autre préjugé qui est fort. C’est atroce de vivre ça. Cela me fait de la peine parce que ce sont des politiques qui ont été mises en place pour t’aider mais qui en viennent à t’écraser après un certain temps. On n’est pas mal organisé, mais on a de la misère à s’organiser lorsque la maladie frappe. C’est un peu cela aussi que je vois. On n’est pas lâche et on n’est pas mal organisé, mais on est attaqué par les maladies. Ce n’est pas qu’on ne veut pas s’en sortir. Si on n’est pas capable de faire un paiement quelque part, c’est parce qu’on en a pas assez. Je ne fume pas, je ne bois pas et je ne sors pas. Je suis souvent malade et je vais souvent à l’hôpital ou je suis chez-moi et je ne peux pas bouger. Les gens se disent que nous ne sommes pas capables de payer nos affaires parce que nous ne sommes pas capables de budgéter. Ce sont des gens qui ne sont pas capables et qui n’ont aucune capacité. C’est soit parce que la personne a de la difficulté et qu’il faut l’aider et la soutenir dans certaines affaires, mais c’est juste que la personne est trop serrée dans son budget. Qui est-ce qui vit avec 7 000$ à 9 000$ par année ? Qui est-ce qui se dit : “Wow! Je suis contente, j’ai fait ça” ? J’aimerais ça aller travailler, ce n’est pas vrai que je suis lâche. J’aimerais ça aller travailler et faire mes affaires. Je travaillais en soin et j’aimais ça.” Témoin femme

“Derrière chaque personne, il y a une histoire. Cette histoire-là, il faut qu’elle soit respectée. J’ai toujours rêvé d’avoir une maison, d’avoir des enfants. Quand on est jeune, on rêve à toutes ces choses-là, puis quand tu arrives à l’âge adulte et que tu ne peux pas occuper un emploi parce que ta capacité physique ne te le permet pas, tu te dis : “Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Comment est-ce que je vais payer mes comptes ?” C’est important juste de pouvoir répondre à cela. Être sur l’aide sociale, cela joue sur l’estime de soi. Se dire que nous n’avons pas de vie, cela a un impact au niveau psychologique parce que nous avons une fierté aussi. Il y a les familles aussi. Moi, je suis né dans une bonne famille, mais une famille où les gens doivent travailler. Il faut produire quelque chose. Mes parents travaillaient dans une institution financière et j’ai entendu tous les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté. Quand tu es jeune et que tu entends tout cela et plus tard, quand tu commences à recevoir de l’aide sociale, tu repenses à tous ces préjugés. Même si je suis handicapé, je n’ai pas envie de me faire vivre par la société sans apporter en retour. C’est pour cela qu’on s’implique et qu’on se bat pour une société plus juste, plus équitable.” Éric

“Les gens pensent que ce sont des alcooliques qui ne veulent pas retourner sur le marché du travail, que ce sont des paresseux, qu’ils ne veulent rien faire, qu’ils ne veulent pas s’en sortir. Je suis peut-être une personne à l’aide sociale parce que je ne suis pas capable d’aller sur le marché du travail, mais j’ai quand même du vécu et des valeurs. Moi aussi je fais partie de la société, ce n’est pas parce que je suis à l’aide sociale que je dois être en-dehors, que je ne dois pas exister. Je suis là. Les préjugés m’ont amenée à perdre confiance en moi, à me dire que la petite Monique est pas capable de faire ceci ou cela, qu’elle ne peut pas. Oui, je le peux, et il faut que je dénonce les préjugés parce que c’est important pour moi de dire: “Non, ce n’est pas vrai que les personnes à l’aide sociale sont des paresseuses et qu’elles dorment toute la journée.” Certains se disent : “Il faudrait que les personnes à l’aide sociale retournent sur le marché du travail.” Oui, mais comment quand tu n’as que 658$ par mois ? Quand tu as payé ton loyer et tes comptes, tes assurances parce que certains propriétaires l’exigent, comment une personne peut faire s’il lui reste 30$ pour manger pendant un mois ? Elle ne peut pas arriver, c’est impossible. Tu ne peux pas t’acheter une passe d’autobus. Cela prend une passe d’autobus si tu veux aller sur le marché du travail. Si tu te cherches un emploi, cela n’est pas toujours à proximité. Il faut que tu prennes le transport en commun, mais c’est dispendieux. Cela joue là-dedans. Cela joue sur son moral aussi parce qu’à force de ne pas avoir assez de sous, cette personne devient déprimée parce qu’elle a beau essayé, il n’y a pas de portes qui s’ouvrent.” Monique

“J’étais quelqu’un avant et je suis encore quelqu’un aujourd’hui. On a vécu des choses, mais nous sommes tous des bonnes personnes qui ont envie de vivre, d’avoir du plaisir et d’être respectées. J’ai lâché mon travail parce que je n’étais plus capable. J’ai dépensé mes économies, j’avais toujours 25 000$ d’économie. Avec plus d’argent, je me suis retrouvé à la Maison Revivre pour recommencer ma vie. Je n’avais pas pris soin de ma santé parce que j’étais trop préoccupé. J’ai pris une job de plongeur et j’ai fait cela pendant un bout de temps, mais ce n’était pas une job pour moi. Je faisais de l’arthrose et j’avais les épaules très endommagées. Même chose pour les poignets et les pieds, c’est l’arthrite. Alors je consommais deux fois plus pour endurer la douleur. J’étais rendu à boire quatre litres de whisky par semaine. On commence à s’éloigner du bonheur. J’ai quand même bien pris soin de ma santé jusqu’à un moment donné où l’alcool a commencé à primer. Là, cela s’est gâté. C’est sûr qu’en travaillant sur les camions, à dormir quatre à six heures par jour pour pouvoir me ramasser de l’argent, j’ai négligé ma santé. J’ai aussi ma part de responsabilité dans ce qui m’arrive, mais je ne me suis jamais dit que j’allais maganer ma santé pour me ramasser à la rue sans un sous pour demander de l’aide sociale. Même si je suis une personne à faible revenu, que j’habite dans un refuge, je suis une bonne personne quand même. Il y a beaucoup plus de bonnes personnes dans le monde que de mauvaises personnes. Quelques années auparavant, je n’aurais peut-être pas considéré cela comme ça, parce que j’étais trop dans l’alcool, mais à partir du moment où j’ai voulu m’en sortir, ça a changé bien des choses. Mais quand je buvais, si j’avais eu des personnes autour de moi pour me parler, probablement que cela aurait été plus facile aussi. J’ai dû attendre de me ramasser en bas. Souvent, on descend de plus en plus bas lorsqu’on est seul que quand on est bien accompagné. Cela part quand même de ton éducation avec ce que tu as reçu de tes parents, à l’école. Tes amis, ton entourage, vont influencer ta vie. Il y a des gens qui ont été dans des familles où ils ne l’ont vraiment pas eu facile. Ils pouvaient avoir un père ou une mère alcoolique ou des choses du genre, ou encore des parents avec une maladie qui n’était pas diagnostiquée. Ces gens ont évolué dans un contexte où ils n’ont pas pu avoir la chance comme les autres d’avoir quelqu’un pour les guider dans leurs choix. Ce n’est pas tout le monde qui a cela dans la vie.” Témoin homme

« À un moment donné, je commençais à avoir mal dans une jambe, je fais de l’arthrite rhumatoïde aiguë dans la jambe gauche et il fallait que j’aille voir un rhumatologue et la première chose qu’il m’a dit dans son bureau c’est : « Amène-moi pas de papier d’aide sociale, je n’en t’en remplirai pas. » » Monique

« Je demande au médecin s’il pouvait me remplir un certificat médical pour l’aide sociale, et il était hésitant. Oui, lui ai-je dit, mais j’ai déjà commencé à le remplir. J’avais marqué mon nom, adresse et numéro de dossier à l’aide sociale pour qu’il soit moins découragé et pour lui montrer que je suis une bonne personne, une bonne mère, que je suis organisée, que mes documents sont prêts. Il n’a qu’à marquer le diagnostic et à signer. Je suis rendue là, je présente mes documents dans un cartable et c’est propre pour essayer de lui montrer que je ne suis pas une grosse lâche assise à la maison qui veut toute avoir. À quelque part, même moi je porte des préjugés envers la pauvreté dans mes façons de faire.» Témoin femme

« Ça m’insécurise par rapport à ma santé, par rapport à moi. Je sais que je vois mon médecin mardi et ça m’angoisse, tu ne sais pas à quel point. » Monique

« C’est important de ne pas faire sentir à la personne ce qu’elle est présentement, mais plutôt qu’elle est un être humain. Parce que nous sommes tous des êtres humains au départ. Je ne connais personne qui ait envie d’aller à quelque part pour être mal soignée, mal traitée ou mal informée. C’est dans ces périodes de nos vies que nous sommes les plus vulnérables. Je pense que c’est quand même important de prendre en considération que c’est un être humain et que le bien que tu vas lui faire va toujours aller en augmentant dans sa vie partout où est-ce qu’il va aller. Lui donner confiance, fait en sorte qu’il aura envie de continuer à s’aider lui-même, cela vient de l’intérieur et il faut commencer par l’intérieur. Je suis entièrement d’accord avec ça, mais cela vient aussi de ce que l’on reçoit des autres. Ça a une très grande importance. »

« Eux autres, c’est leur métier, mais ils ne savent pas quelle est l’importance du regard qu’ils portent sur nous. » Éric

Fin du documentaire

 


 

ÉCHANGES ET COMMENTAIRES

« Les cinéastes sont allés chez les gens et ils ont tourné une heure et demie pour chaque témoin. La consigne était assez large, nous voulions que cela parle des conséquences des préjugés sur les gens. C’est pour cela qu’on s’en préoccupe, on sait que cela a des conséquences lourdes et que cela s’accumule avec le temps. C’est aussi quelque chose qui peut sembler invisible. Cela peut passer sous le radar. Nous voulions faire ressortir cela pour sensibiliser que c’est important de s’en occuper en raison de tous les effets que cela a. Je trouve que c’est mission accomplie parce qu’on le sent bien dans la vidéo à quel point cela a des impacts. » Marianne

Moi, je serais curieux de voir la réaction des gens dans un autre milieu.

«Avant qu’on fasse cette vidéo et que l’escouade soit formée, il y avait eu une première rencontre organisée par Centraide qui s’appelait : « Ensemble, pour agir contre les préjugés ». Cela avait eu lieu au Parc Victoria. C’est le début de tout ce processus. À cette rencontre, on s’était demandé : « Comment pourrait-on faire pour sensibiliser les gens envers les préjugés qui sont véhiculés dans la société? » Je pense qu’à partir de là, on a discuté des moyens. Certains disaient qu’il fallait aller dans les médias, d’autres voulaient aller dans les écoles, d’autres disaient autre chose. Il y a eu plusieurs brassages d’idées qui ont eu lieu. À un moment, on s’est dit : Il faut partir un comité qu’on va appeler escouade. » Monique

« Nous avons vu qu’il fallait aussi définir de quoi il s’agissait lorsque nous disions : « Agir sur les préjugés » ? Cela faisait une année que nous travaillions pour présenter cela dans un forum. Dans le fond, nous nous sommes aperçus que c’était vaste les préjugés qui circulent dans la société. On s’est dit : « Il faut qu’on se donne une cible ». Avec les moyens que nous avions, nous ne pouvions pas tout faire si nous voulions avoir un impact mesurable, nous ne pouvions pas partir dans tous les sens. Nous aurions pu décider que c’était les médias, les politiciens, mais nous avons choisi de cibler les professionnels de la santé et les policiers. Nous avons choisi six domaines en procédant avec une méthode éliminatoire au cours de nos rencontres. D’abord, nous avons défini sur quoi nous voulions agir et nous avons fait cette démarche en groupe avec les personnes qui étaient victimes des préjugés. Nous sommes arrivés à choisir six domaines d’intervention: technique policière, les médecins, les pharmaciens, les dentistes, les infirmières et les travailleurs sociaux. Nous sommes en lien avec toutes ces disciplines et nous avons déjà commencé à animer des ateliers où nous utilisons la vidéo. Nous participons également à des comités où nous rencontrons les professeurs pour leur demander qu’est-ce qu’ils ont besoin pour sensibiliser leurs étudiants. Nous avons aussi une évaluation externe à la mobilisation qui observe un peu qu’est-ce qu’on prévoit faire dans le temps et comment pouvons-nous mesurer l’impact de nos interventions. Ce qu’ils nous ont dit, c’est que ce n’était pas suffisant d’aller dans les salles de cours, mais qu’est-ce qui garantit que dans quelques années dans notre région, il va y avoir une différence dans les services. Cela nous a aidés à nous importer des résultats. Alors, présentement, nous voulons entrer dans les milieux de stage. C’est vraiment un ancrage régional. Par exemple, moi je travaille à la Direction de la santé publique, qui fait partie du CIUSSS, un gros employeur de la région pour qui travaillent des médecins, des infirmières, des pharmaciens et des travailleurs sociaux. Alors tranquillement, nous sommes en train d’entrer ans les milieux de stage du CIUSSS. Nous voulons sensibiliser les superviseurs de stage et les stagiaires qui passent par là. Indirectement, cela sensibilise aussi les professionnels en poste. Nous avons déjà fait 12 animations et nous avons un formulaire d’évaluation. Nous avons une animation complète qui dure environ une heure et demie où nous expliquons rapidement c’est quoi les préjugés, nous employons des petites techniques d’impact afin que les gens se sentent impliqués dans le processus. Nous montrons d’abord la vidéo, puis il y a une période de question avec l’un des témoins. Ce qui est le plus apprécié, c’est vraiment la vidéo. Moi je présente la théorie, mais ce n’est pas cela qui suscite le plus d’intérêt. » Marianne

« Ce que je trouve surprenant, c’est de voir la réaction de ces futurs professionnels face aux préjugés. Ils savent que les préjugés existent, mais ils manquent de sensibilisation à ce propos. Le fait qu’ils rencontrent des personnes qui vivent cette problématique, on dirait que cela vient davantage les chercher. Ils nous demandent : « Comment est-ce que nous faisons pour vivre avec si peu d’argent à chaque mois ? » Nous leur faisons faire un budget et je suis étonnée de voir les chiffres qu’ils mettent. Parfois je dois leur dire qu’ils sous-estiment les montants, surtout ceux et celles qui vivent encore chez leurs parents. » Monique

« Ceux et celles que nous avons rencontrés à leur première année de cégep, ils ne connaissent pas les prix du loyer ou de l’électricité. Certains vivent en appartement à quatre ou cinq et ils se partagent les coûts, mais une fois adulte, on aime vivre seul. » Éric

Par rapport aux préjugés que peuvent avoir certains professionnels, il existe une norme sociale dans notre société qui prétend que pour être quelqu’un dans la vie, tu dois occuper un emploi. Cette norme est très ancrée dans les esprits. Souvent les gens se dévalorisent ou se jugent eux-mêmes si ce n’est pas leur situation. Tous les professionnels, comme n’importe qui dans une société, sont endoctrinés dans ce sens. C’est très difficile à déconstruire. Moi, je fais du bénévolat sur l’aide sociale, donc je dois moi-même déconstruire ce préjugé pour réussir à assumer mon choix de vie. Dans mon cas, c’est un choix. Il y a des trucs pas payants dans la vie et qui ne sont pas valorisés par la société. Je fais ce travail à chaque jour pour ne pas me sentir jugé, mais c’est un peu se juger soi-même inconsciemment. J’imagine que la société est comme cela.

« Il y a plein de liens avec ce que nous disons dans notre animation. Comme tu as dis, la norme c’est le moyen que nous prenons pour expliquer aux gens que l’obligation du travail et de la consommation, de la production, c’est tellement fort dans notre société. Dans l’animation nous demandons : « Quand nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous lui demandons presque systématiquement : « Qu’est que tu fais dans la vie? » » La personne est bien mal prise si elle ne peut pas répondre qu’elle occupe un emploi. L’autre chose que tu viens de nommer, c’est quand on est dans le profil de la population qui va être jugée, on en vient à intérioriser les préjugés. À la fois le préjugé provient de l’extérieur, d’autres personnes qui le pensent ou le disent, mais à un moment donné, ce qui est plus grave, c’est que les gens vont s’empêcher d’aller quelque part ou de dire quelque chose. C’est pratiquement comme une petite voix qui s’installe à l’intérieur de soi et qui va nous juger avant même que cela vienne de l’extérieur. Cela mérite d’être déconstruit et qu’il y ait un travail de fait parce que cela joue sur la valeur que l’on s’attribue par rapport aux autres. Cela joue sur la dignité de la personne et la valorisation des droits de chacun. Cela parle de la place de chacun dans la société et je fais des clins d’œil aux différents témoignages de la vidéo. Quand Monique dit : « J’ai le droit, je le mérite, pourquoi est-ce que je serai à l’extérieur de la société à cause de ceci ou de cela?  J’appartiens à la société moi aussi.» Par ailleurs, nous sommes bien conscients qu’avec une activité d’animation qui dure une heure et demie, peut-être que les gens ne vont pas changer entièrement leur posture s’ils ont des préjugés ? Nous ne les confrontons pas directement, mais nous souhaitons qu’ils y pensent à deux reprises la prochaine fois qu’ils vont entendre quelque chose? » Marianne

« Comme je suis une personne handicapée, je me sens obligé d’expliquer que lorsque j’avais 18-19 ans, la norme d’occuper un emploi salarié était encore plus dure qu’aujourd’hui. Certaines personnes handicapées parviennent à avoir un emploi avec des programmes de l’aide sociale. C’est sûr que chaque personne a son histoire et il y a des raisons pourquoi on arrive là. » Éric  

- Ce qui est choquant parfois, c’est lorsqu’une personne a un handicap qui n’est pas visible, que les gens qui ignorent son histoire peuvent se demander : « Pourquoi est-ce qu’elle ne va pas travailler ? »

« Ce sont des trajectoires de vie qui conduisent à des situations comme celle-là, mais le préjugé agit comme une espèce de raccourci qui fait en sorte que nous mettons des étiquettes sur les gens. Aussitôt que nous savons qu’une personne est à l’aide sociale, nous présumons plein d’affaires sur son compte, sans aller voir plus loin et c’est ça qui fait mal. Un sondage a été fait par la Commission des droits et libertés de la personne où ils ont regardé différents motifs de discrimination dont la condition sociale. C’est celui qui ressortait le plus fort. Il y avait davantage de répondants au sondage qui avaient une opinion défavorable envers les personnes à l’aide sociale. Le préjugé sur la condition sociale est très présent dans la société. Lors des animations, nous leur demandons s’ils entendent rarement ou souvent des préjugés, cela cote très fort. La plupart répondent très souvent. Après cela, nous leur demandons d’écrire les préjugés qu’ils entendent le plus souvent. Ce sont les mêmes préjugés qui reviennent. On ne parle pas de quelque chose de marginal, mais de quelque chose qui est très présent dans notre société.» Marianne

- Nous vivons dans une société industrialisée qui a l’un des meilleurs niveaux de vie au monde. L’idéologie capitaliste favorise la compétition et l’individualisme. Elle utilise les préjugés pour que certains puissent se sentir supérieurs aux autres. Ces préjugés forment une pression sociale au travail et à la réussite. En plus, souvent les personnes en situation de pauvreté ont elles-mêmes des préjugés envers d’autres qui sont dans la même situation qu’elles. Avez-vous approché le Ministère de l’éducation pour aller parler des préjugés dans les écoles et intervenir auprès des plus jeunes ?

« Ce à quoi je rêve, c’est que cela grossisse et devienne un mouvement social. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté travaille avec nous sur la mobilisation. Marc De Koninck a donné des conférences sur les préjugés à certains fonctionnaires du Ministère de l’éducation. Mon rêve serait que cela s’inscrive dans les cours de citoyenneté pour les jeunes. La recherche nous enseigne que les préjugés s’installent très tôt dans l’esprit d’une personne. Dès l’âge de trois ou quatre ans, certaines études perçoivent que les préjugés s’installent là alors que nous agissons sur des populations adultes. Mais si on veut vraiment changer comme société, il faudrait implanter des programmes de prévention. Cela existe, puisqu’il n’y a pas que nous qui travaillons sur les préjugés. Il faut former des citoyens inclusifs dès le jeune âge.» Marianne

- Il n’y a qu’à Cuba où ils ont réussi à construire une société sans classe sociale. Ce qui est incroyable, c’est que les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté qui reçoivent de l’aide de l’État sont partout les mêmes dans la plupart des pays du monde. C’est quelque chose qui m’a beaucoup frappé de constater au cours de mes voyages.

- Quelle est la différence entre deux personnes qui reçoivent de l’aide en raison de leur incapacité, l’une de l’État, l’aide sociale, et l’autre d’un régime d’assurance privée parce qu’elle avait une bonne couverture d’assurance à son dernier emploi. La différence fondamentale, c’est la honte que la société impose à la première et pas à la deuxième qui sont pourtant dans des situations similaires. Quand une personne vit de l’aide sociale, il y a une forte suspicion qui s’exerce contre elle. De plus, elle ne peut même pas vivre en couple sans que ses prestations ne soient coupées.

- J’ai aussi l’impression que les fonctionnaires qui interviennent auprès des personnes en difficulté, des personnes assistées sociales, ont un profond mépris envers les personnes qu’ils sont censés aider. Peut-être que j’ai des préjugés, mais nous n’avons qu’à voir les obstacles, les vexations qu’on impose aux personnes assistées sociales ou aux personnes en difficulté, toutes les contraintes, les directives, les obligations à remplir. C’est hyper infantilisant. Il me semble que le premier mépris provient des bureaucrates et des technocrates, des fonctionnaires, des gens qui sont en position de pouvoir sur les personnes qu’ils sont censés aider, des personnes qui sont dépendantes d’eux. L’idée, c’est qu’il est très clair que si tu vas frapper à la porte du Ministère de l’emploi et de la solidarité sociale, ce n’est pas du tout la même chose que si tu vas frapper à celle de la Caisse de Dépôt pour avoir un prêt, ou encore si tu es l’Aluminerie ALCAN et que tu réclames des tarifs préférentiels d’hydroélectricité et que de tout façon tu vas couper des jobs pareil. Comment est-ce qu’on agit en amont ? D’accord, il est important d’intervenir auprès des stagiaires et des étudiants, mais ceux et celles qui sont là et qui ont le pouvoir entre leurs mains ? Ou bien, le ministre ou le sous-ministre qui décide que si tu ne t’inscris pas dans un programme bidon, on te coupe ton chèque de 200$ par mois ? Comment est-ce qu’on fait pour agir là ?

- “Nous n’avons pas beaucoup de liens avec eux, mais je sais que le Collectif pour un Québec sans pauvreté s’apprête à faire une recherche là-dessus. Je sais que le Ministère de l’emploi et de la Solidarité sociale a entendu parler de notre mobilisation. Je sais qu’il ne s’agit pas d’un bloc monolithique. Il doit y avoir un département qui s’occupe des agents d’aide sociale. Je crois qu’il y a des personnes bien intentionnées au sein de ce ministère. Ce sont les politiques qui sont mises en place qui vont enligner toutes les règles qui n’ont pas d’allure. On connaît toute la lourdeur administrative qui provient des politiques et celles-ci peuvent être changées. Mais à cause qu’une grosse partie de la population a des préjugés, il est difficile de changer les politiques. C’est rendu systémique. Si la population était plus inclusive, j’ai l’impression qu’à moyen terme, on pourrait se voter des lois qui auraient plus d’allure.” Marianne

- Comme tu travailles dans ce milieu, je sais qu’il existe deux articles dans la Loi sur la santé et les services sociaux dont on n’entend jamais parler qui, s’ils étaient appliqués, feraient en sorte que les politiques n’aggravent pas les situations de pauvreté.

- C’est l’article 54 qui oblige le gouvernement à effectuer une évaluation d’impact sur la santé des populations des différents projets. Cela se fait, mais cela demeure une question de volonté politique.

« Ce sont des évaluations très courtes. Lorsqu’une politique a des impacts, elle va défiler rapidement dans les différents ministères. Au Ministère de la Santé, elle ne sera évaluée que pendant 24 à 48 heures. Cela a la portée que cela a. Je pense que l’article 54 pourrait être renforcé. Les directeurs de santé publique sortent parfois dans les médias pour se prononcer sur des enjeux liés à la pauvreté. Par ailleurs, le rôle de la Santé publique a été affaibli au cours des dernières années. Elles n’ont pas toujours un très grand poids. Au fond, l’argumentaire de la Santé publique s’appuie sur les risques liés à la santé que l’inaction du gouvernement fait courir à la population. Par exemple, lorsqu’il y a eu des coupures à l’assurance-emploi, les directions de la Santé publique se sont prononcées. Si les politiques ne changent pas du jour au lendemain, il y a tout de même une pression constante qui s’exerce. C’est pour cette raison que je suis impliquée dans la lutte aux préjugés, parce que nous savons que cela a une incidence sur les écarts de santé et les conditions de vie. » Marianne

- Selon moi, vous avez une grande crédibilité. Par exemple, lorsque la Direction de la santé publique de Montréal affirme que 80 personnes en situation de pauvreté sont décédées en raison de la canicule de l’été 2018, ce n’est pas rien.

- J’ai beaucoup aimé la vidéo. Le fait que Monique dise que le transport en commun est trop dispendieux pour les personnes en situation de pauvreté. J’aime aussi le fait que les témoignages sont très concrets, c’est très humain. Cela fait en sorte que toutes personnes puissent s’identifier et réaliser que cela peut leur arriver. S’il y a un drame qui arrive dans ma vie, cela se peut que je ne sois plus capable de subvenir à mes besoins. Le problème, c’est que nous sommes dans une société individualiste où les gens se croient autosuffisants, mais ce n’est pas vrai. Collectivement, on se paie des services de santé. Je dépends des agriculteurs pour ma nourriture, tout ce qui est autour de moi provient du labeur de quelqu’un. Pour moi, cela semble évident, mais cela ne l’est pas pour tous. Ces témoignages remettent les gens dans la réalité. Je trouve normal que la solidarité sociale existe et il faut reconnaître que nous sommes tous et toutes inter-reliés. Si une personne, pour une raison ou une autre, a besoin de support dans sa vie, c’est correct. Aussitôt que tu crois que tu ne seras jamais malade, que tu te crois au-dessus des autres, cela ne fonctionne pas. Une vidéo comme celle-là nous rappelle que cela n’est pas si loin de nous. Moi aussi, cela pourrait m’arriver pour toutes sortes de raisons.

« En même temps, ce que nous voulions dire dans la vidéo, c’était pour sensibiliser les futurs professionnels au fait que lorsqu’un patient est devant lui, ils doivent penser au fait que ses conditions économiques ne sont pas semblables aux siennes et qu’ils ne peuvent pas leur dire d’aller consulter dans le privé si les gens n’ont pas d’assurance. Ils doivent développer leur sensibilité et apprendre à lire la vulnérabilité dans l’expression du visage des gens. On dit souvent que l’approche est importante lorsqu’on veut soigner. C’est ce que nous cherchons à faire sentir dans la vidéo. Moi, je me suis fais dire par ma rhumatologue : « Amènes-moi pas de papiers d’aide sociale, je ne t’en remplirai pas. » Cela fait mal à entendre. C’est ma réalité, qu’est-ce que je peux y faire? Ce n’est pas de ma faute si je suis faite de même. Quand un professionnel de la santé a quelqu’un devant lui, peu importe le statut social de la personne, il serait sensé aller voir le besoin de la personne. « Quel est ton besoin ? » Tu as besoin de physiothérapie, mais cela coûte des sous. Mais si cela est prescrit pas un médecin qui dit que cela est obligatoire pour son patient, il va y avoir droit s’il fait la demande à la Régie de l’assurance maladie du Québec. » Monique

- Pour apporter un son de cloche positif, je ne dis pas qu’il n’y a pas des agents ou des agentes d’aide sociale qui ont des préjugés ou qui passent des commentaires désobligeants, mais cela ne m’est pas arrivé depuis que je suis à l’aide sociale. Je n’ai jamais senti le moindre jugement ou préjugé à mon égard. Ce n’est que mon expérience, mais je trouve intéressant de pouvoir donner un feedback positif. Jusqu’à maintenant, je n’ai eu que de bonnes expériences. Par contre, je trouve qu’il y a des règlements à l’aide sociale qui sont violents et je sais que ce ne sont pas les agents ou les agentes qui les ont conçus. Ils sont obligés de fonctionner avec en essayant de modérer la sévérité d’une application tous azimuts. Par ailleurs, certains agents peuvent faire preuve de zèle. Certains règlements m’apparaissent très discriminatoires et à mon avis ne passeraient pas l’épreuve des tribunaux.

- Moi, j’habite dans une résidence et je trouve que ceux et celles qui travaillent ont des préjugés. Aussitôt que le gouvernement augmente nos prestations d’aide sociale, nous recevons une augmentation de loyer équivalente.

- Cela fait dix ans que j’ai pris ma retraite, mais j’étais un agent d’aide sociale. J’en ai arraché parce qu’on me disait trop indulgent avec la clientèle. Je m’efforçais d’être gentil avec les gens. La plupart de mes collègues étaient corrects avec la clientèle, à part certains qui avaient des préjugés assez évidents. Nous avions surtout des normes à respecter, des normes d’efficacité et de productivité. Cela oblige à procéder rapidement avec les gens. Nous avions une charge de 450 dossiers chacun à traiter chaque mois. C’était très varié et il y avait toutes sortes de cas là-dedans. Heureusement, pour un grand nombre, c’était des dossiers faciles qui n’exigeaient pas une grande somme de travail. Il suffisait de s’assurer que leur carte de demande mensuelle était bien remplie. D’autres étaient plus problématiques et demandaient plus d’attention. Il faut rentrer dans les normes et c’est la loi de l’aide sociale qui primait dans les prises de décision. Ce n’est pas toujours évident de vouloir être gentil à l’intérieur d’un cadre aussi strict.

J’aimerais poursuivre à propos de la carte d’assurance-maladie. Les Québécois et Québécoises, ne réalisent pas à quel point nous avons une grosse carte de crédit dans les poches. Cela signifie que nous avons accès à des soins de santé gratuits au bout d’une carte. Il y a énormément de monde qui ne réalisent pas cela. J’aimerais apporter un autre élément concernant les préjugés qui m’apparaît plus fondamental. 

Le problème c’est que nous sommes faits comme cela et que notre cerveau, aussitôt qu’il perçoit un nouveau visage, cherche à discerner s’il s’agit d’une menace, d’un ami ou d’un ennemi. C’est un processus physiologique qui remonte à la nuit des temps. Le cerveau, avant même de connaître une personne, range chaque individu dans une catégorie. Il discrimine en quelque sorte. Si on ne réalise pas que nous devons vérifier ce que notre cerveau vient de nous dire, nous demeurons victimes de nos préjugés. Ce sont des idées toutes faites qui ne sont fondées sur absolument rien. C’est un processus mental fondamental que nous avons développé au cours de notre évolution. Si nous ne l’avions pas, nous n’aurions pas pu survivre. J’ai déjà participé à un séminaire assez long pour réfléchir sur les préjugés alors ce processus mental était ressorti.

« Nous l’avons retenu dans notre animation et cela s’appelle la catégorisation sociale. C’est le fait que notre cerveau pour survivre à la complexité de l’information qu’il doit sans cesse traitée, classe les objets et les personnes à partir de quelques éléments. C’est comme cela qu’il parvient à être efficace. Cela permet d’économiser du temps et de l’énergie. Cependant, l’effet pervers, c’est que nous classons des personnes beaucoup trop vite. Si nous n’avons pas un recul là-dessus et que nous ne réfléchissons pas à ce que nous faisons, on juge trop rapidement.» Marianne

- C’est une question de survie. J’ai voyagé un peu dans d’autres pays et lorsque tu marches sur un trottoir, tu ne sais pas à quoi t’en tenir de la personne qui s’en vient. C’est un processus mental nécessaire de prévoir si la personne qui s’en vient constitue une menace potentielle. Tu n’as pas le choix de passer par un processus de réflexion comme celui-là.

« Nous sommes tous et toutes porteurs, à différents degrés, de préjugés. » Marianne

- Quelqu’un qui me dit qu’il n’a pas de préjugé, je ne le crois pas.

- Moi, je n’ai pas de préjugés parce que j’en ai tellement souffert étant jeune que j’ai appris à ne pas en avoir.

- Depuis que je suis arrivé au Canada, j’ai eu plusieurs accidents. C’est une année difficile pour moi au point de vue santé. Alors je dois développer ce que j’appelle l’acceptation, il faut accepter ce que tu vis. Moi, je n’ai jamais eu de mauvaises expériences avec les médecins pour remplir des attestations d’invalidité. Je suis sur les contraintes temporaires à l’emploi parce que je me suis fait poser une prothèse à la hanche, mais je dois encore être opéré et le médecin m’a dit que je ne pourrai plus faire le métier que je faisais avant. Malgré l’augmentation de ma prestation de 140$ par mois pour invalidité temporaire, je n’ai pas le droit à de la physiothérapie. Paradoxalement, comme je ne suis plus obligé de travailler, je me sens libéré. J’ai aussi été victime, il y a deux ans, d’une attaque violente de gens racistes à Québec qui m’ont battu. Ils m’ont cassé trois côtes, mais celui qui a déclenché ça, je l’ai envoyé en prison pour 17 mois.

« Moi, malgré mon handicap, j’ai été élevé en me faisant dire l’importance qu’il fallait aller travailler et il faut qu’il y ait un lundi, un mardi, un mercredi, un jeudi, un vendredi. J’ai besoin d’avoir une vie sociale établie. Personnellement, si je n’avais pas mes engagements dans tous ces groupes, ma vie ne serait pas aussi satisfaisante. J’ai besoin de me lever à chaque matin à 8 h pour aller à quelque part. Bien sûr, ce n’est pas tout le monde qui est comme cela ou qui peut le faire. Moi, je l’ai toujours fait, puis si j’avais été capable de faire mieux, j’aurais fait mieux. Il y a des choses qu’on contrôle et il y a des choses qu’on ne contrôle pas. Je sais que je proviens d’un milieu plus aisé que la plupart des gens qui vivent de l’aide sociale. Je le dis dans la vidéo, mais quand tu arrives en appartement, tu as ton chèque et tu as tes affaires. Je n’ai pas parlé beaucoup des intervenants parce que je suis né avec des intervenants. J’ai juste à appeler à l’IRDPQ (Institut de réadaptation en déficience physique de Québec) et j’ai des traitements de physiothérapie en dedans d’un mois. Moi, je peux avoir un physiothérapeute comme ça. » Éric

- J’avais envie d’apporter une réflexion plus globale. L’aide sociale, cela demeure un droit et cela sert à préserver les besoins fondamentaux de la personne dans la dignité. C’est absolument impossible de remettre cela en question. Cela étant dit, je trouve que nous devrions avoir une réflexion dans la société sur la question du travail. Une femme m’a témoigné qu’elle en était venue à travailler à son compte parce que pendant des années dans sa carrière elle avait essayé de travailler dans le domaine de la couture. Malgré le fait qu’elle était très bonne couturière, elle était toujours poussée pour produire davantage. Combien d’histoires comme celles-là ai-je entendues ? C’est une réflexion qui se situe un peu en marge du sujet de ce soir, mais il s’agit aussi de constater quelles sont les conditions sur le marché du travail. Est-ce que c’est normal, dans une société riche comme la nôtre, d’être incapable de travailler? Au point où cela en est dans certains domaines, cela n’est pas sain. Cela n’empêche que même dans un monde utopique où les employés seraient bien traités, l’aide sociale serait tout de même justifiée.

- Au sujet des préjugés à l’encontre des personnes qui vivent à l’aide sociale concernant d’éventuels fraudeurs qui travaillent en même temps qu’ils reçoivent des prestations, d’après moi, il n’y en a pas tant que cela et la tricherie est présente à tous les échelons de l’échelle sociale. En plus, la loi de l’aide sociale est plus sévère qu’envers les travailleurs ou les gens fortunés. Une autre importante source de préjugés, ce sont les grands gueules de la radio qui sont très forts pour les entretenir en grossissant l’importance des fraudes recensées qui, par ailleurs, sont souvent des erreurs commises de bonne foi. Je trouve cela absolument affreux ce qu’ils peuvent trafiquer comme préjugés.

- J’ai un grand rêve. Au fond, l’individualisme nous conduit dans des culs-de-sacs où c’est chacun pour soi. Alors tout le monde se retrouve comme laisser seul à lui-même. Si tu réussis, tu es un gagnant et tout le monde applaudit, si tu échoues, tu te retrouves absolument seul. Dans ce système, en vieillissant, les gens sont de plus en plus seuls. Le fait d’appartenir à un groupe cela renforce le lien social, mais nous aide aussi mentalement à préserver notre équilibre mental en parlant de ce qui nous touche, de ce qui nous habite. Socialement, au niveau du Québec, il nous manque un projet de société où nous donnerions une direction à cette volonté commune de faire les choses ensemble. Dans la société néolibérale, la réussite individuelle n’engendre pas de liens sociaux et, trop souvent, il s’agit de réussites éphémères qui ne mènent à rien. Actuellement, je réfléchis beaucoup sur le vieillissement, sur le but et le sens de la vie. À quoi bon tout cela ? Ce n’est que dans la solidarité intergénérationnelle que nous pouvons trouver une réponse à ce vide de sens qui accompagne le vieillissement. Dans cette solidarité, les adultes reçoivent l’expérience des aînés pour la transmettre à la génération suivante. Mais si les jeunes sont indifférents aux expériences et à la sagesse accumulée par les générations précédentes, cela tourne à vide. L’individualisme conduit à des sociétés en crise. Si nous sommes incapables d’avoir un projet commun et inclusif pour tous et pour toutes, de nous sortir de cet esprit de compétition malsain qui consiste à estimer la valeur des gens en fonction de leur salaire ou de leurs avoirs, nous n’allons nulle part.

« Réfléchir sur les préjugés, c’est tellement complexe que cela nous fait diverger sur l’analyse de l’ensemble de la société. Cela permet de faire le tour de plein de questions. Cela me fait penser au philosophe Frankl qui a survécu aux camps de concentration nazis. C’est un psychiatre existentialiste. (Ça roule au CAPMO, juin 2019, p. 4-12.) Selon lui, le besoin de sens est un besoin fondamental à la vie humaine. Ce que tu viens de dire, c’est comme si nous perdions le sens de la vie en société et où est-ce que nous voulons aller collectivement. Parfois nous voyons des réflexions sur Facebook : « Qu’est-ce que tu vas te dire à la fin de ta vie sur les grandes réalisations ? » Cela n’aura rien à voir avec la réussite des projets qu’il aura accomplis. Cela sera tout simple et il s’agira bien souvent des liens qu’il est parvenu à établir avec des personnes chères atour de lui. Des choses qu’on perd complètement de vue dans notre carrière et collectivement, on les perd aussi de vue. Les préjugés font partie de cela à quelque part. Je ne veux pas être prétentieuse avec nos activités d’animation sur les préjugés, mais j’ai parfois l’impression que nous brassons les gens. J’observe le non-verbal des étudiants et je vois qu’ils semblent s’interroger. À un moment donné dans la vidéo, on se demande : « Qu’est-ce que nous voulons avoir comme société ? » Est-ce que nous voulons nous voir comme un tout ? C’est cela aussi la catégorisation, c’est que nous mettons les gens dans des groupes séparés. Mais non, nous sommes tous et toutes inter-reliés. Cela a même été étudié au niveau épidémiologique lorsque les groupes sont plus séparés, ce n’est pas bon pour la santé. » Marianne

- Les préjugés peuvent aussi se retourner contre soi-même lorsque que quelqu’un subit l’échec. Ainsi, il y aurait davantage de suicides dans les couches aisées de la société.

- « Il existe plusieurs catégories de préjugés portant sur différents aspects de la vie. Si on regarde la Charte des droits de la personne, il y aurait entre 14 et 16 motifs de discrimination. Nous sommes en lien avec le représentant régional de la Commission des droits et libertés. La Commission a le pouvoir de mener des enquêtes en cas de discrimination systémique. Cela veut dire qu’ils vont chercher à documenter une situation et après, ils publient un rapport avec des recommandations. » Marianne

J’aime beaucoup l’exemple qu’Emilie a donné parce qu’il s’agit d’une personne travaillante qui contribue à la société, mais qui ne va pas avoir un niveau de productivité suffisant pour les employeurs. Il y a beaucoup d’aidants et d’aidantes naturels qui vivent avec l’aide sociale. Ce sont des activités importantes qui devraient être valorisées. J’ai l’impression que cela demeure tapi dans l’ombre. Je n’ai pas l’impression que cela soit très valorisé. J’ai connu des gens qui démarraient des entreprises et qui passaient parfois un certain temps à l’aide sociale. Il y a de nombreux artistes aussi qui choisissent de prendre le temps de développer leur matériel de cette façon. J’ai même connu des professionnels qui au début de leur carrière fonctionnaient par contrat et qui avaient des périodes sans entrée d’argent. Ce sont là des exemples qui démontrent que l’aide sociale, c’est vraiment utile et pratique pour tout le monde. J’ai beaucoup aimé Viktor Frankl lorsque j’étudiais en counseling. Le souhait, c’est que les gens parviennent à occuper un emploi qui fasse sens pour eux. En orientation, le rêve c’est que les gens ne travaillent pas par obligation, mais qu’ils trouvent un emploi où ils se sentent valorisés.

- Le Revenu minimum garanti ne serait-il pas la solution alors pour combattre les préjugés ?

« La première fois que j’ai visionné cette vidéo, je me suis mise à pleurer parce que je me disais : « J’ai été capable de faire ça. » Ça a été pour moi comme une certaine révélation à quelque part parce que je me suis dis : « Quand j’étais jeune, mes parents se faisait dire : « Monique ne sera jamais capable de ne rien faire dans la vie parce qu’elle n’est pas assez bonne à l’école, parce qu’elle n’est pas capable d’apprendre, parce que, parce que, parce que. Mais au fil du temps, j’ai réalisé qu’avec le militantisme que je fais, - j’ai essayé d’aller sur le marché du travail et de frapper aux portes, mais cela n’a pas fonctionné alors je me suis dit : « Comment vais-je faire en tant qu’être humain, pour sentir que j’appartiens à la société ? » - C’est mon implication militante qui a été ma réponse. C’est ce qui m’a éveillé. Il y a beaucoup de personnes qui à force de se faire fermer des portes, deviennent déprimées et découragées. Elles ne savent plus où s’en aller pour ouvrir leur potentiel. On a tous et toutes un potentiel à quelque part. Quand tu as un besoin spécifique et que tu ne peux pas l’avoir en raison d’une mesure administrative, ou de ton faible revenu ou parce que tu es une personne en situation de pauvreté, tu n’y as pas droit. Comment faire pour dire à la société d’aujourd’hui de dire que nous sommes tous et toutes là et que nous faisons tous partie de la société et que nous serions sensés être ensembles, pas séparés, pas d’un bord pis de l’autre. C’est ce dont cette vidéo m’a fait prendre conscience. » Monique

- Cela montre qu’il y a différentes façons de se réaliser comme personne.

- « Oui et cela m’a pris du temps à le comprendre et quand je l’ai compris, je me suis dit : « Oui, je fait partie de la société parce que je milite dans différents organismes pour la défense collective des droits, parce que je parle au nom des personnes qui vivent la même problématique que moi, que je n’ai pas peur d’en parler et que je veux en parler, je veux amener les changements. Quand je vais à quelque part et que j’entends des personnes avec des préjugés, je leur demande pourquoi ils disent cela? Ce sont des choses que cette personne avait entendues ailleurs. » Monique

- Même si une personne est à l’aide sociale, nous ne sommes pas dans ses souliers pour sentir ce qu’elle vit.

- « Moi, ce que j’aimerais, c’est que les étudiants en médecine puissent faire un stage dans les organismes communautaires, pour qu’ils puissent aller voir et sentir ce qui s’y passe. » Monique

- Moi, je fais du bénévolat dans l’aide aux devoirs à Vanier et il y a un petit groupe d’étudiantes en médecine qui viennent faire du bénévolat.


 

ÉVALUATION

Ce soir, ça a été pour moi une soirée d’écoute et d’apprentissage. Je pourrais dire que je vis sur le bien-être social. Si je ne vivais pas en communauté parce que je suis religieuse, je ne gagnerais pas ma vie. Mon travail, c’est essentiellement du bénévolat, alors c’est ma communauté qui me fait vivre. Je ne me sentais pas la compétence ni l’expertise pour parler de situation comme celles-là, mais j’ai trouvé cela très intéressant. J’ai aussi assisté au lancement du livre écrit par des membres de l’ADDSQM au domaine de Maizeret. C’est pour cela que je suis présente dans les groupes populaires pour entendre parler du vrai monde. Merci beaucoup pour tout vos partages.

- J’ai déjà connu la pauvreté quand j’étais étudiant, mais j’avais toujours des amis qui m’aidaient. Ce qui est regrettable, c’est que nous avons changé d’époque. Dans les années 1950, il y avait une famille de pauvres dans le village. Alors, comme notre famille était un peu plus aisée, le curé avait demandé à mon père d’aider ces gens-là. Cette solidarité horizontale n’existe plus, elle a disparus. Nous avons remplacé cela par une solidarité verticale, c’est-à-dire que c’est l’État providence qui nous aide. Pendant les trente glorieuses, la pauvreté était moins perceptible. Certains étaient plus ou moins riches, mais il y avait du travail pour tout le monde. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression que le gouvernement abuse de cette situation, mais les préjugés l’aident. Les préjugés jouent un rôle très important à cause de cette culture qui existe autour du travail. Selon une philosophe, il existe trois types de travail. Le labeur qui consiste à gagner sa vie, la militance est une forme de travail qui est valorisant aussi. Une autre forme de travail qui existe est celle qui consiste à réaliser une œuvre dans sa vie, à essayer de s’accomplir dans un domaine artistique ou autre. Il y a aussi épousé Jésus, comme vocation, il y a beaucoup de travail à faire là aussi. Ces trois types de travail : le labeur, la militance et l’œuvre, sont valorisants tous les trois. Sauf que si on se repose uniquement sur le fait de travailler pour gagner des sous, la vie perd son sens. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé la soirée. Une autre question que j’ai retenue, c’est celle de l’utopie et du projet de société. C’est que le système a un projet de société pour nous qui s’appelle le néolibéralisme. C’est partout dans le monde et c’est de plus en plus effrayant parce qu’ils sont prêts à tout manipuler. Je lisais un article de journal sur la société civile, comment le concept de société civile était manipulé et manipulable. D’où l’importance que nous ayons notre propre pensée, une pensée rassembleuse et qui nous aide. Il y a longtemps, il y a quelqu’un qui a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie, » que j’interprète de la manière suivante : Je suis la voie, c’est-à-dire que chacun a un cheminement spirituel et intellectuel à faire pour comprendre les choses et se comprendre soi-même; la « vérité », c’est la recherche de la théorie, des idées qui peuvent nous faire avancer; puis la « vie », c’est la pratique qui consiste à mettre cela en œuvre. C’est l’être que nous sommes qui peut se servir correctement d’une théorie et la mettre en pratique. C’est pourquoi, il faut commencer par se questionner soi-même. Depuis longtemps je suis communiste, mais si cela n’est que de remplacer les riches par des pauvres qui vont devenir riches à leur tour, cela ne mène à rien. Il faut penser autrement. Le changement de la société ne peut pas intervenir sans un changement personnel et individuel parce que les deux vont de pair et ils s’enrichissent mutuellement. Il faut avoir une honnêteté intellectuelle.

- Dans ma vie, je fais face à des préjugés. Il est bon de se le dire que les préjugés, c’est néfaste. Il faut être capable de changer son fusil d’épaule, se remettre en question parfois. Faire face aux préjugés, ce n’est pas toujours évident. Il faut s’efforcer d’être honnête et se demander si nous émettons un préjugé lorsque nous parlons (autocritique). Un préjugé, c’est dans la tête de tout le monde, mais il faut s’interroger davantage et se demander qu’est-ce qui est arrivé à telle ou telle personne plutôt que de la juger sans la connaître. Cela peut être gagnant pour tout le monde de se libérer des préjugés. Si le préjugé passe pour une idée, ce n’est pas nécessairement une bonne idée. Tout le monde serait plus libre d’être soi-même si nous vivions sans préjugé. Cela pourrait être un moyen pour réussir à changer le monde pour que nous soyons plus égaux.

- Tu viens de dire quelque chose d’important : « Libérez-vous de vos préjugés. »

- J’ai beaucoup apprécié la rencontre.

- Je n’ai d’autre chose à ajouter, mais j’ai beaucoup apprécié moi-aussi.

- C’est une belle soirée, c’est vrai qu’il y aura toujours des préjugés, c’est pourquoi nous devons les combattre.

« J’ai trouvé la rencontre super enrichissante. Je ne pensais pas que nous allions jaser autant que ça. À la Santé publique, on s’implique sur les préjugés depuis 2014, nous étions au départ de cette mobilisation avec Centraide, cela a débuté parce que nous avons réfléchi sur les inégalités sociales de santé. Nous avons ensuite fait des entrevues avec des gens de l’ADDSQM, et nous avons vu à quel point l’exclusion sociale était vécue dans différents milieux. Les gens qui nous disaient qu’ils vivaient de l’exclusion dans leur propre famille. C’était vraiment pénible parce qu’ils se sentaient jugés. Une idée que je laisse comme ça: Agir sur les préjugés, c’est agir sur les conditionnements sociaux qui nous divisent. J’ai été impressionné par la profondeur et le niveau de réflexions que j’ai entendu ce soir, entre autres, les réflexions sur le sens de la vie qui me touchent énormément. Vos réflexions m’animent à poursuivre un autre cycle d’animation auprès des futurs professionnels de la santé.» Marianne

« Moi aussi, je voudrais vous remercier d’avoir pris le temps d’écouter notre vidéo. Je le trouve beau et stimulant pour montrer la réalité de personnes qui subissent des préjugés et qui s’efforcent de s’en sortir et de passer au travers. J’ai comme un grand rêve que j’avais exprimé au tout début de la mobilisation : Ensemble, agir sur les préjugés, je nous vois toute la gagne de l’escouade faire une journée de sensibilisation aux préjugés avec plein d’ateliers et plein de monde qui se promène sur les Plaines d’Abraham et qui entre dans des tentes pour discuter des préjugés. Dans cette animation, il y a un gros plaster qui se promène, un bonhomme déguisé en plaster, et dès qu’il entend un préjugé, il se colle à la personne et il lui dit : « Viens avec moi, il faut que tu déconstruises ton préjugé. C’est mon rêve. Cette animation n’est peut-être pas grand-chose, mais chaque petit pas compte. Pouvoir le montrer ce soir, cela fait différent que d’aller le montrer dans un groupe d’étudiants en médecine parce que nous avons échangé à partir de notre vécu. Cela me donne l’énergie de continuer encore avec l’escouade.» Monique

- Quand j’étais jeune, je voulais changer le monde et la société, aujourd’hui, en ce moment de mon existence, je comprends que la seule chose que je peux changer, c’est moi-même. C’est par l’attrait et non par la réclamation que je vais pouvoir avoir un rapport existentiel direct avec les autres. L’importance c’est d’être heureux dans son travail, pas la quantité d’argent qu’on gagne.

- J’ai bien apprécié la vidéo et les interventions.

- Moi, j’ai beaucoup aimé la rencontre de ce soir. J’ai bien aimé l’animation et tout le monde a eu l’occasion de parler.

- Merci d’être venu nous voir au CAPMO avec cette vidéo et cette belle animation. C’est du beau matériel qui mérite d’être diffusé à la grandeur de la province. Je trouve qu’il y a une grande qualité dans ce que vous avez produit. C’est utile pour déconstruire les préjugés. Cela nous apprend aussi que la pauvreté cela peut arriver à tout le monde. Je trouve aussi bizarre le phénomène que cela crée. Le Monique et l’Éric que je connais, ne sont pas pareils à l’écran. Vous êtes comme transformés par la caméra.

« C’est la magie des frères Seaborn. C’est leur façon de nous mettre à l’aise et de nous écouter avec beaucoup d’empathie. Ils sont parvenus à faire tomber mon stress et à me faire oublier la caméra et je me sentais bien de témoigner devant eux. Cela m’a surpris, je ne sais pas comment ils font ça, mais leur façon de procéder met les gens à l’aise. Tu parles et cela coule comme de l’eau. » Monique

- J’ai trouvé intéressant le sujet de la rencontre avec Éric et Monique. Bien sûr, nous sommes un auditoire vendu d’avance. Il resterait à présenter ce genre de vidéo aux vrais méchants, mais c’est une bonne idée aussi de commencer par les professionnels de la santé. En espérant que cela va faire son chemin et que votre initiative prenne de l’ampleur. J’ai été positivement marquée par ce que j’ai vu et je suis très heureuse de l’avoir vu.

- Merci beaucoup pour cette vidéo et vos différents témoignages. Cela me donne le goût de le partager sur youtube. Une diffusion grand public serait souhaitable également. Le seul problème, c’est que la célébrité vous guette.

« Oui, mais il faudrait que nous soyons là pour l’animer après. » Éric

- Cela a été une belle soirée avec une belle participation. Dès mon enfance, j’ai vécu avec des préjugés parce que nous habitions au petit village. Nous étions victimes de préjugés à l’école de Giffard. Et même dans la communauté religieuse où je vis, les préjugés existent et j’en ai souffert. « Les préjugés, c’est criminel! » C’est un très beau slogan.

- Les préjugés se situent à la base du racisme entre autre.

- En tous cas, les préjugés, ça fait jaser.

Propos transcrits par Yves Carrier