Journée de réflexion sur les migrations à travers l'histoire

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Bienvenue à cette journée de réflexion sur les migrations à travers l’histoire. Cette journée se situe dans le cadre de notre Carrefour de savoir intitulé : Spiritualité et engagement social. Les textes portés à notre attention et la manifestation qui aura lieu le 4 mai, se situe en amont et en aval de cette démarche qui s’inscrit dans un processus d’action et de réflexion partagée. L’animation se déroulera en quatre étapes. Un voir-juger-agir en quatre étapes parce que le voir est en deux parties. La première partie consiste en un partage de texte pour réveiller nos émotions. Nous aurons l’occasion d’échanger entre chaque texte. La première étape consiste à faire monter l’indignation à partir d’un constat sur la situation actuelle dans le monde. Nous présenterons un extrait du rapport d’OXFAM 2019 concernant la concentration extrême de la richesse et l’allocution de Greta Thunberg devant le parlement de l’union européenne (texte reproduit dans Ça roule au CAPMO du mois de mai 2019 p. 9 et 10).

Après une pause, lecture d’un texte sur les migrations forcées et présentation des symboles liés à la campagne de Développement et Paix de solidarité avec les migrants à travers le monde intitulée : « Prenez le chemin! » Concrètement, le CAPMO organise avec d’autres organismes de Québec, une marche de solidarité avec les migrantes et les migrants le samedi 04 mai. (Organisée par Développement et Paix, La ligue des droits et libertés – Section de Québec, le CAPMO, Initiatives et changement, le Cercle citoyen au cœur de Ste-Foy, le Centre culturel islamique de Québec, Unité Québec, le Groupe d’action en écologie intégrale NDF, la Coordination des actions à Québec contre le racisme). Nous organisons cette marche dans un but d’accumuler des énergies positives au lieu d’une manifestation comme nous en avons l’habitude. Nous voulons manifester notre solidarité avec les migrants qui vivent parmi nous, mais aussi avec ceux qui sont forcés de quitter leur foyer pour différents motifs. Une bonne façon de combattre les préjugés, c’est de s’ouvrir sur la réalité internationale de manière critique en essayant de comprendre les raisons qui produisent les migrations forcées que ce soit à cause du néolibéralisme ou des entreprises minières canadiennes qui provoquent des désastres et des conflits à travers le monde.

Yves Carrier

À la troisième étape, pour le juger, comme nous sommes à la veille de Pâques, nous effectuerons un rapide survol des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament qui font référence aux migrations forcées. Nous y verrons le sens de la migration et des réfugiés à travers différents livres de la Bible. Je ferai appel à vos connaissances pour compléter le petit tableau de références que je suis parvenu à retracer de mémoire. C’est sans prétention. De fait, toute la question du thème de l’étranger dans les Écritures apparaît comme quelque chose d’important. Pour les non-croyants, la Bible en soi, est un livre qui appartient à l’histoire de l’humanité. C’est peut-être l’un des premiers peuples qui prend le temps de s’asseoir pour réfléchir sur son histoire, trouver un sens et l’écrire pour ne pas l’oublier. Évidemment, il s’agit d’une histoire écrite sous un certain angle interprétatif. Pour résumer, je dirais que c’est l’histoire des gens ordinaires qui font des choses extraordinaires. C’est ce qui m’avait frappé lors de ma première année de théologie, c’est qu’il ne s’agissait pas uniquement des grands événements glorieux des rois d’Israël, mais aussi de leurs échecs et de leurs erreurs, voire de leurs crimes. De ce fait, j’ai toujours trouvé qu’il y avait une grande honnêteté là-dedans.

Pour la quatrième étape, l’agir, en fin de journée, il s’agira d’écrire sur des affiches, en vue de la manifestation du 04 mai, des slogans affirmant notre désir d’accueil et de solidarité avec les migrants du monde entier.


Première partie : Voir

Extraits du Rapport d’OXFAM 2019 sur les inégalités dans le monde

Voilà 10 ans que la crise financière a frappé notre monde, laissant d’énormes souffrances dans son sillage. Sur cette même période, la fortune des plus riches n’a cessé de croître.

• Depuis la crise financière, le nombre de milliardaires a presque doublé. « Hapa Kenya kunakabilambili, maskini na matajiri (Au Kenya, il n’y a que deux tribus, les pauvres et les riches). » – NyamburaMaruga, activiste, Kenya FightInequality Alliance.

• La fortune des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards de dollars rien que l’an dernier, soit 2,5 milliards de dollars par jour. Dans le même temps, la richesse de la moitié la plus pauvre de la population mondiale (soit 3,8 milliards de personnes) a chuté de 11 %.

• Les milliardaires sont plus riches que jamais. Entre 2017 et 2018, on dénombrait un nouveau milliardaire tous les deux jours.

• Les richesses sont plus concentrées que jamais : l’année dernière, seulement 26 personnes possédaient autant que la moitié la moins bien lotie de la population mondiale (soit 3,8 milliards de personnes), contre 43 personnes l’année précédente.

• Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde et propriétaire d’Amazon, a vu sa fortune atteindre 112 milliards de dollars. 1 % seulement de sa fortune équivaut au budget total de la santé de l’Éthiopie, un pays de 105 millions d’habitants.

Si la totalité du travail de soin non rémunéré effectué par les femmes dans le monde était réalisée par une seule et même entreprise, cette dernière aurait un chiffre d’affaires annuel de 10 000 milliards de dollars, soit 43 fois plus que celui d’Apple. Dans de nombreux pays, les super-riches vivent dans leur propre univers, protégés par des gardiens et des clôtures électriques. Leurs déplacements se font en hélicoptère pour éviter les embouteillages et les routes mal entretenues. Leurs enfants fréquentent les écoles les plus chères qui soient, souvent à l'étranger. Ils et elles ont accès à des services de santé de classe mondiale. Alors que des millions de réfugié-e-s en quête d’un lieu sûr se voient refoulé-e-s, les plus riches peuvent acheter leur citoyenneté dans n’importe lequel des nombreux pays qui pratiquent une fiscalité minimale et n’exercent quasiment aucun contrôle sur leur fortune.

La fiscalité est l’un des moyens à la disposition des États pour lutter contre l’extrême concentration des richesses. Mais au lieu de cela, les particuliers et les entreprises les plus riches sont systématiquement et structurellement sous imposés. Dans certains pays, ils sont soumis à des taux d’imposition parmi les plus bas du siècle écoulé. Comme la majeure partie de leur fortune prend la forme d’actifs financiers, comme des actions, les super-riches sont souvent les principaux bénéficiaires des réductions d’impôts pour les sociétés et les particuliers. Dans le même temps, les super-riches dissimulent au moins 7 600 milliards de dollars aux autorités fiscales, soit un manque à gagner fiscal estimé à 200 milliards de dollars chaque année. Dans l’Union européenne, de récentes fuites révèlent jusqu’où certain-e-s super-riches sont prêt-e-s à aller pour échapper à l’impôt, le New York Times révélant par exemple que la fortune du président Trump pourrait être bâtie sur un système d’évasion fiscale. Beaucoup achètent leur citoyenneté dans des pays qui pratiquent une fiscalité minimale afin de payer moins d’impôts. En Amérique latine, par exemple, le taux d’imposition effectif des 10 % des revenus les plus élevés n’est que de 4,8 %.

L’argument avancé par les élites pour une diminution de la fiscalité est qu’un enrichissement des riches bénéficie à terme à l’ensemble de la société. Or, cette théorie du ruissellement est de plus en plus remise en cause. Face aux inégalités croissantes, même le Fonds monétaire international (FMI) et le magazine The Economist, au Royaume-Uni, affirment qu’il y a une marge confortable pour taxer davantage les riches sans que cela ne nuise au développement économique, et qu’une telle redistribution est nécessaire pour lutter contre les inégalités.

Près de la moitié de la population mondiale, soit 3,4 milliards de personnes, vit avec moins de 5,50 dollars par jour. Et tandis que les élites accumulent toujours plus de revenus et de richesses, les perdants ne sont pas seulement les personnes les plus pauvres, mais également les classes moyennes. Dans les pays riches, celles-ci voient souvent leurs revenus stagner. Les inégalités sont l’une des principales raisons à cela. Le rapport sur les inégalités mondiales 2018 a révélé qu’entre 1980 et 2016, seulement 12 cents par dollar d’augmentation des revenus dans le monde revenaient aux 50 % les plus pauvres, contre 27 cents par dollar pour les 1 % les plus riches. L’éradication de la pauvreté est indissociable de la lutte contre les inégalités.


Échanges:

- À chaque fois que je vois ces statistiques, cela m’indigne.

- Depuis que le communisme a été aboli dans plusieurs pays, le néolibéralisme est devenu un « free for all », un droit de tout faire pour les puissants de ce monde. On s’enrichit sans frontière et sans vergogne.

- Le capitalisme est en train de devenir fou et il y a plein d’exemples qui le démontrent. C’est flagrant et on le sait. Maintenant, on a découvert une nouvelle façon de manifester paisiblement avec des chandelles, mais c’est le nombre de gens qui importe pour que cela soit pris en considération. À mes yeux, le communisme et le capitalisme ont démontré leur incapacité à nous prévenir des crises et des dictatures. Je pense qu’il faut d’abord regarder en soi les causes profondes de ces problèmes.

- Ce que je n’arrive pas à comprendre dans cette situation, c’est pourquoi est-ce que des êtres humains vont aussi loin dans leur soif de pouvoir ? Ils n’en n’ont jamais assez. Comment se fait-il que ces multimilliardaires ne se posent pas de questions ? Cela me dépasse.

- C’est un peu une énigme. Paulo Freire disait que lorsque les opprimés se mobilisent pour obliger les riches à partager ou pour forcer ceux qui discriminent à être inclusifs, les oppresseurs s’améliorent dans leur humanité. Autrement dit, la mobilisation populaire leur rend service au point de vue humain. Aux États-Unis, un de ces milliardaires, Warren Buffet a commencé à dire que les super-riches devraient être imposés davantage que le reste de la population alors qu’ils le sont moins actuellement. Derrière ces chiffres, n’oublions pas qu’il y a des personnes. Les plus riches se défendent en invoquant des principes culturels pour soi-disant protéger leur identité. Sauf que l’identité est quelque chose qui bouge dans la réalité. Il faudrait voir dans l’histoire, s’il y a vraiment eu un partage. N’oublions pas qu’entre le capitalisme et le communisme, il y a eu la social-démocratie. Cette tendance politique existe encore dans de nombreux pays. Elle est née sous la pression des mouvements ouvriers, des partis de gauche. Pourquoi est-ce que vous pensez que les pays scandinaves sont des modèles de social-démocratie ? C’est parce qu’ils avaient peur d’être absorbés par l’URSS située tout près d’eux que les hommes d’affaires de ces pays ont décidé de favoriser le mouvement coopératif et d’assurer des politiques de plein emploi, etc. Pourquoi avons-nous des politiques sociales aujourd’hui ? Parce qu’en 1929, il y a eu la Grande dépression et qu’il y avait des gens partout qui se mobilisaient. Il y avait des camps de chômeurs, il y avait des marches, etc. Alors, un théoricien économiste John Maynard Keynes a dit : « Ce système économique ne peut pas fonctionner si nous ne soutenons pas la demande globale par des investissements de l’État et des subsides aux individus pour les prévenir de l’indigence complète. » C’est pourquoi, après la Seconde Guerre mondiale sont apparues toutes les politiques sociales. Cela a commencé au Canada, plus avancé à cette époque que le Québec qui était une société très fermée. Avec la Révolution tranquille, cela est venu au Québec. Alors, est-ce que les changements vont pouvoir se faire sans qu’il n’y ait des mouvements de masse qui vont déborder à l’occasion comme c’est arrivé en France avec les Gilets jaunes ? Macron a aboli l’impôt sur les grandes fortunes en même temps qu’il augmente le prix du litre d’essence alors que dans les campagnes, les gens ne peuvent pas vivre sans voiture. C’est aussi le cas ici aussi.

- On enlève dans une poche pour le mettre dans une autre. Je trouve cela triste de voir que des gens doivent vivre avec 5.50$ par jour. Ce n’est même pas suffisant pour acheter une pinte de lait et un pain. Comment une personne peut vivre avec si peu ? Cela fait à peine 165$ par mois.

- À ce moment de la journée, il y a deux impressions qui me viennent. La première c’est que dans mon travail, je pourrais écrire une page comme celle-ci pour le Québec. Ce texte rejoint nos luttes, de ce que nous faisons depuis longtemps. Juste pour donner un exemple qui ressemble à ceux que nous venons de lire, pour la couverture des besoins de base, il y a une ligne de démarcation et en haut de cette ligne, le revenu des gens augmente, et ce qui augmente en haut au fil des ans, c’est ce qui manque en bas de l’échelle des revenus. L’IRIS va bientôt sortir le revenu viable et l’on se rend compte que beaucoup de gens se trouvent sous cette ligne qu’on peut associer à la sortie de la pauvreté. Le montant au Québec ne serait pas de 5.50$ par jour, cela serait un autre considérant les coûts de la vie ici. La question de la répartition des revenus se pose compte tenu que la ligne de démarcation de la pauvreté choisie par le gouvernement est très basse et se limite à la couverture des besoins de base, ce qui fait en sorte de cacher la pauvreté qui continue d’exister au-dessus de cette ligne. Dans ce contexte, je lisais hier un rapport que le Comité consultatif sur la pauvreté vient de sortir et il est en ligne, sur la couverture des besoins de base. C’est très intéressant. Il y a dix ans, ils avaient dit : « Écoutez, nous aurions facilement les moyens au Québec de monter tous les prestataires de la sécurité du revenu à au moins 80% de la ligne de la couverture des besoins de base ». Le gouvernement avait demandé une étude pour dire si c’était réalisable. Le rapport d’experts prétendait que cela inciterait les gens à ne pas travailler. Alors le gouvernement a choisi de garder l’aide sociale à la moitié du revenu nécessaire à la couverture des besoins de base. Ce qui est particulier, c’est la détermination du Comité consultatif à ne pas renoncer à cet objectif. Ils ont réalisé une autre étude en cherchant à renforcer leur argumentaire. Ainsi, dix ans plus tard, ils arrivent avec un nouveau rapport qui fait état de la détérioration de la qualité de vie et de la santé des gens qui finit par coûter plus cher au gouvernement. Depuis dix ans, les familles ont été davantage aidées que les individus seuls et ce sont elles également qui sont parvenues à sortir de l’aide sociale. Le Comité est parvenu à démontrer précisément le contraire de ce que les experts avaient dit. Si tu améliores ce qu’ont les gens comme revenu, ils vont s’en sortir plus vite. Cela me faisait beaucoup de bien de lire cela hier parce que je me disais : « Ils ont duré, ils le disent et aujourd’hui cela va être plus difficile de prétendre le contraire. » Ils osent dire autre chose et ils le disent bien.

- Dans une société comme la nôtre on peut faire un bon bout de chemin avec la non-violence, la pression, l’opinion publique, etc., mais dans beaucoup de sociétés aussitôt que tu pointes les droits humains, comme cela vient de se produire en Iran, oublie ça. Et puis, il y a toujours une décision éthique entre le conflit ou une stratégie qui est plus de conciliation et de négociation. Nous sommes Vendredi saint. À un moment donné, Jésus semble ne pas exclure la lutte armée. Parmi ses disciples, il y en avait un qui s’appelait Simon le Zélote. (Les zélotes étaient un mouvement de lutte armée qui voulait libérer la Palestine.) Et aussi Judas Iscariote, probablement qu’Iscariote réfère à sicaire, celui qui porte une épée. À un moment donné, Jésus dit à ses disciples : « Si vous n’avez pas d’épée, vendez vos manteaux et achetez en. » Sauf qu’après, au nom d’une vision mystique de la non-violence, de l’amour du prochain et des ennemis, il choisit une autre voie. Mais il en a payé le prix. Beaucoup de défenseurs des droits humains dans plein de pays répressifs, c’est ce qu’ils vivent. Ils se retrouvent sous la torture, sous des emprisonnements qui ne finissent plus. C’est paradoxal. Quand des mouvements de masse vont frapper aux portes de l’Occident, comment cela va-t-il se vivre ? Il ne faut pas penser que les gens qui se retrouvent démunis font des analyses politiques sophistiquées. Leur rêve, c’est d’avoir quelque chose pour se nourrir et se loger, certains croient devenir aussi riches que ceux contre qui ils se battent. Parfois, certain ont beaucoup d’agressivité personnelle contre les riches en question. Il est parfois complexe de choisir quelle stratégie il faut adopter : consensuelle ou conflictuelle ?, ou encore coopération conflictuelle qui consiste à aller aussi loin que l’on peut avec la non-violence.

- Moi, ce qui m’a frappé et ce qu’on observe, c’est que le capitalisme a plusieurs similitudes avec le jeu du Monopoly. À la fin, il n’y a qu’un seul gagnant. Il y avait 43 super-milliardaires, cette année ils ne sont plus que 26 et l’année prochaine il n’y en aura plus que 12. À la fin, une seule transnationale va tout posséder ce qu’il y a dans le monde. À ce moment, l’économie va s’arrêter puisqu’un seul va tout posséder. Les multinationales également fusionnent. Fiat avec Peugeot, avec Toyota, etc. Bayer achète Monsanto, etc. Le nombre des multinationales se réduit de plus en plus. Boeing achète Embraer, Airbus, Bombardier, etc. C’est un mouvement planétaire de fusion, les bourses aussi fusionnent. Pour ce qui est du monsieur d’Amazon qui est l’homme le plus riche au monde, je pense qu’il y a une pathologie dans l’argent que nous avons découvert avec l’élection de Donald Trump. L’argent ne rend pas intelligent. Auparavant, je croyais que les milliardaires étaient des gens brillants, mais à partir d’un certain niveau de richesse, ce n’est plus vrai. Le propriétaire d’Amazon sous-paie ses employés et il se vante qu’il ne sait plus quoi faire avec son argent. C’est un gros…. C’est étrange que personne ne lui ait dit de commencer par mieux payer ses employés.

Passons au prochain texte, celui de Greta Thunberg au parlement de l’Union européenne le 16 avril dernier. Vous savez tous et toutes, qui est cette jeune activiste militante écologiste. Par exemple, la grève mondiale du mouvement étudiant en faveur de l’environnement a été lancée à sa demande et la plus grande foule à travers le monde se trouvait à Montréal. Il y a d’ailleurs un appel à la grève mondiale pour le climat le 27 septembre prochain. « La maison est en feu et je veux que vous paniquiez. » www.capmo.orgCe texte nous apporte un certain lien avec le thème des réfugiés climatiques appréhendés par les experts. Il y a déjà des iles qui sont en train d’être inondées dans le Pacifique, des millions de personnes vont être affectées par la montée des eaux ou bien par la désertification des terres cultivables.


 Échanges

Il y a aussi l’épuisement des stocks de poissons dans les mers qui nourrissent la moitié de la planète, pour plusieurs raisons, le réchauffement de l’eau, l’acidification, la pollution et la surpêche. YC

- Il y a un passage quand elle parle des Îles en Norvège où le gouvernement a renoncé à l’exploitation pétrolière. Cela se produit souvent pour donner bonne conscience. Les entreprises se vantent d’un bon coup pendant qu’elles empirent leur exploitation dans d’autres pays. Un exemple typique, c’est la Suisse. Au niveau de la protection environnementale sur leur territoire, ce sont des champions, mais si on observe comment les entreprises suisses agissent à l’étranger, ou comment leurs banques qui sont aussi des paradis fiscaux engrangent les bénéfices des entreprises qui polluent à l’étranger, ils se foutent de l’environnement. C’est un phénomène croissant qui provoque des migrations forcées. Nous aussi, pour nous donner bonne conscience, nous avons des lois environnementales au Canada, mais nos transnationales font ce qu’elles veulent à l’étranger. Notamment les sociétés minières canadiennes en Afrique et en Amérique latine où elles contaminent l’environnement et détruisent la vie des gens. Autant pour des raisons sociales ou environnementales qui sont inter-reliées, ceux-ci sont forcés d’abandonner leur village. Oui, il y a à l’étranger, mais plus près de nous, il y a les Inuits et nous sommes en train de leur faire subir cela. Il s’agit d’une dynamique évidente, comme le fait de provoquer des guerres à l’étranger, cela provoque des migrations forcées. Nous provoquons toute la misère du monde et ensuite nous sommes étonnés de voir arriver des vagues de réfugiés.

- Je trouve intéressant que cette jeune étudiante suédoise soit parvenue à se faire entendre à une telle échelle et à mobiliser des millions de jeunes à travers le monde. J’ai suivi le premier sommet sur la terre à Rio de Janeiro en 1992. Depuis ce temps-là, je me suis mis à y travailler et j’ai eu la chance à partir de 1997 de travailler au ministère des Affaires indiennes où j’étais responsable pour le Québec du développement durable. J’ai eu à collaborer avec différents ministères et différentes organisations. En fait, tout ce qui s’en vient aujourd’hui et que Greta résume bien, était écrit dans le ciel. Ce que je trouve le plus triste, c’est l’élection d’hier en Alberta d’un premier ministre qui veut augmenter la production pétrolière dans les sables bitumineux. Tout ce qui se passe actuellement, c’est la droite et l’extrême-droite qui sont aux commandes et la première chose qu’elles font, c’est d’enlever la taxe sur le carbone et d’augmenter la production. Nous sommes dans un courant presque inverse. C’est comme si la population vivaient dans le déni. Avec le mythe de la conquête spatiale, nous sommes dans un monde de fuite en avant. Nous ne sommes pas dans un monde responsable qui dit qu’à chaque jour nous devons changer nos habitudes de vie pour être capables de régler les problèmes. Quand on commence à se demander quand est-ce qu’il va y avoir autant de plastique dans les océans que de poissons? Le plastique augmente et la quantité de poissons diminue, alors cela ne sera pas très long. Ce que je veux dire, c’est que cela n’a aucun sens.

- Actuellement aussi, et ils n’en tiennent pas beaucoup compte, mais nous savons que la température des océans augmente, et à partir d’un certain degré, nous allons avoir de grosses problématiques au niveau du climat qui ne sont pas prévues. Jai mené une étude pour les Affaires indiennes afin de connaître combien cela coûte actuellement au niveau des immobilisations dans le Nord du Québec pour remplacer tout ce qui s’en vient parce que le pergélisol dégèle ? Les scientifiques sont incapables de calculer les impacts de la libération du méthane dans l’atmosphère. Celui-ci va accélérer de manière exponentielle le réchauffement climatique. Il y a une quantité d’informations que nous ne possédons pas. Aux Affaires indiennes, on mettait plus d’argent en adaptation qu’en solution pour les changements climatiques parce que nous savons qu’ils vont se produire. Sous Harper, le gouvernement fédéral a cessé de financer les études portant sur les changements climatiques et a mis ces fonds à l’adaptation. Donc, ils étaient conscients que les problèmes s’en venaient. Ce qui est difficile à saisir, c’est pourquoi des gens, comme nous l’avons vu avant, qu’est-ce qu’ils vont faire de tout cet argent si leurs enfants ne sont même plus capables de vivre sur Terre? La semaine dernière, un événement m’a touché au cœur. J’ai demandé à ma petite-fille si elle souhaitait participer à un concours d’écriture sur l’avenir du quartier dans 20 ans. Elle m’a répondu : « Est-ce que cela vaut la peine d’y penser ? Nous ne serons plus là. » Ça m’a frappé. Ce que je veux dire c’est qu’elle est consciente des problèmes. Elle sait ce qui se passe. Elle m’a dit avec le sourire : « Moi je ne serai peut-être plus là. »

- La question que tu poses c’est : Est-ce qu’il faut sauver nos enfants où nos milliardaires ? À ce moment, ce qui peut sauver nos milliardaires, c’est d’aller leur prendre leur argent par la fiscalité. Pour le peuple, est-ce qu’il faut les sensibiliser ou les culpabiliser ? Nous allons culpabiliser pour le climat? Ô mon Dieu! Il y a une lutte qui se joue présentement. Les riches sont aussi conscients que nous du problème, mais ils veulent s’en tirer seuls. Cela me fait penser à l’opposition entre le Club de Rome et le Club de Dakar. Le Club de Rome prétend qu’il faut réduire la démographie parce qu’il y aurait trop d’humains sur Terre, qu’il faut planifier les naissances. Mais dans l’intérêt de qui ? Dans celui des plus riches évidemment. Le Club de Dakar s’est opposé à cela avec Samir Amin et d’autres tiers-mondistes qui affirmaient que ce n’était pas la démographie qui était en question, mais la justice sociale et l’accumulation de la richesse à l’échelle mondiale. À ce propos, l’apport de Samir Amin, un économiste égyptien, à la pensée économique est très important. « L’accumulation à l’échelle mondiale » est un livre très important, mais oublié malgré le fait que cet apport est fondamental à la pensée planétaire.

- Il vient de décéder en 2018.

- Je trouve que la qualité de Greta Thunberg, c’est qu’on sent qu’elle parle juste et on l’écoute. Je me dis qu’elle est centrée. On voit bien qu’elle une grande influence. Dans le texte, par rapport à aujourd’hui: « Cela prendra une vision à long terme, cela prendra du courage, cela prendra une détermination féroce pour agir maintenant, pour établir des fondations sans savoir exactement les détails pour la finition du plafond. En d’autres mots, cela prendra l’esprit des bâtisseurs de cathédrales. » Dans le premier bout j’ai retrouvé voir avec vision, cela prendra du courage, ce mot vient du cœur, il faut que le voir passe par la tête et le cœur. Une détermination féroce, je suis d’accord qu’il faut canaliser notre colère. À propos de l’élection en Alberta, on entend : « Il faut que notre monde travaille, donc il faut exploiter le pétrole. » En même temps, quelle est la réponse juste ? Est-ce que c’est de continuer comme avant ce qu’on faisait parce que nous ne voyons pas d’alternatives ? Ou est-ce de trouver le chemin qui provoque une nouvelle façon de voir ? Autrement dit, il ne s’agit pas de sacrifier les Albertains. C’est compliqué comme situation. Quoi faire pour que ces citoyens trouvent un chemin ? Je n’ai pas les réponses, mais le problème est complexe. De plus en plus, je pense que oui l’environnemental et le social, ça se rencontre. Que pouvons-nous faire comme voir-juger-agir qui produise de nouveaux points d’équilibre et de nouvelles façons de fonctionner ensemble ? Je trouve qu’il faut faire ces réflexions. En même temps, on ne sait pas ce qui peut arriver et il se peut que nous ne soyons plus là dans 25 ou 30 ans. Nous ignorons également ce que sera l’avenir de la technologie. Quelles solutions seront trouvées qui vont transformer énormément notre mode de vie. Actuellement, il se passe quelque chose qui ne se pouvait pas au XIXème siècle : Voir la planète éclairée la nuit à partir de l’espace. Il y a 100 ans, cela était impossible. Autrement dit, il y a quelque chose de fondamental qui est changée sur cette boule, depuis un siècle nous émettons des ondes radios et télévisuelles qui signalent la présence d’une intelligence sur Terre. Cela manifeste la présence d’un esprit inventif et technologique. Peut-être qu’un jour nous irons nous promener sur d’autres planètes, mais cela n’enlève pas le problème de ce que nous sommes en train de faire comme espèce. Cela rejoint le Buenvivir dont nous avions parlé au CAPMO, il y a quelques années. C’est quoi le « bien vivre » dans ce contexte ? Je ne pense pas avoir manqué beaucoup de détermination dans ma vie, mais en même temps, je sens les limites de nos actions. On ne sait pas à l’avance les changements de consciences qui peuvent se produire sur cette planète.

- L’espérance est que pour la génération montante, c’est l’enjeu qui la touche le plus profondément tandis que dans ma génération, dans les réseaux dans lesquels j’étais, c’était davantage les inégalités socio-économiques, la pauvreté, etc., mais maintenant il y a un discours idéologique qui fait croire à tout le monde qu’ils sont de classe moyenne. Heureusement qu’il reste encore quelques organismes communautaires qui réaffirment encore la réalité de la pauvreté dans nos sociétés d’abondance. Cette génération qui monte, alors que la génération qui les précède est très axée sur son niveau de vie. Les statistiques de vente de gros véhicules utilitaires, de grosses cylindrées et de pick-up géants démontrent qu’il s’en vend de plus en plus. Pour ce qui est des riches, comment cela se fait qu’ils accumulent les richesses à l’infini ?

- Les riches s’allient à une science qui est complètement folle, la science du transhumanisme ou du post-humanisme, où ils vont s’assurer l’éternité en transférant ce qu’ils ont dans leur cerveau sur un support informatique. Il y a des scientifiques qui sont financés par des milliardaires pour travailler sur ces idées. Il y a eu un excellent numéro de la revue Relations qui portait sur cela. Le transhumanisme, c’est la période de transition vers le post-humanisme. C’est tout un combat social et nous ne savons pas comment il va s’articuler. Le gouvernement libéral qui a toujours été contre les nationalisations, pour des raisons politiques, achète un pipeline que l’entreprise privée jugeait non rentable en raison de la chute des prix du pétrole.

- L’économie de l’Alberta doit être convertie. Le Québec devrait rendre l’argent de la péréquation à l’Alberta pour transformer leur économie.


 

Seconde partie : Migration forcée

Les bouleversements climatiques, les crises économiques, les guerres, les persécutions et les famines, ne cessent de lancer sur les routes des millions de gens en quête d’un monde meilleur. Pendant ce temps, les pays occidentaux imposent leur domination économique, déstabilisent des régimes, exploitent sans fin les ressources naturelles au sud et vendent les armes qui alimentent les conflits. Les pays développés s’enferment derrière des législations et des murailles de plus en plus hautes, illustrant ainsi leur mépris pour les populations ruinées victimes de toutes leurs spéculations. Aujourd’hui, il y a 68 millions de réfugiés, la majorité est accueillie dans des pays du sud.

Avec le néolibéralisme qui fut une entreprise de recolonisation du monde, les principes ont complètement disparu derrière l’impératif du profit à court terme. Peu importe le coût en vie humaine ou environnemental, il fallait s’approprier le monde jusqu’à la moelle. Les ravages ne se sont pas faits attendre : spéculations contre les monnaies des économies émergentes qui ont ruiné les épargnes de toute une vie, programmes d’ajustements structurels afin de privatiser tous les instruments de l’État pouvant servir la cause du profit pour les plus riches, déréglementation des barrières douanières protégeant les marchés internes, remboursement de la dette extérieure au FMI qui dicte les règles de la gouvernance au-dessus des États, perte de souveraineté et paupérisation généralisée, expropriation des habitats traditionnels au bénéfice des multinationales, etc. Ensuite sont arrivés les quatre cavaliers de l’apocalypse : guerres, famines, épidémies et le crime organisé associé aux élites, aux banques et aux gouvernements vassaux de l’empire.

Bien sûr, il y a les organisations terroristes, mais la plupart sont financés par les alliés de l’Occident et organisées par les services secrets américains qui jouent aux pyromanes pendant que les médias ne nous montrent qu’un seul côté de la médaille, celui où l’Occident oublie de se remettre en question. C’est ici que se situe la brèche caractéristique de cette fin d’époque, une civilisation qui refuse de se remettre en cause et qui a perdu tout sens critique.

La hausse du niveau des mers et la désertification produiront 250 millions de réfugiés climatiques au cours des 30 prochaines années. Il faudra bien les accueillir quelque part et cela s’adonne que le Canada est le pays le moins peuplé de la planète. Autant s’habituer à faire de la place aux nouveaux voisins si l’on souhaite que tout se passe de manière civilisée. Ne pas être accueillant quand toute l’humanité est en péril, c’est cesser d’être humain. Alors efforçons-nous de cultiver le vivre-ensemble et la solidarité.

Yves Carrier


 Mystica du Carême de Partage 2019 de Développement et Paix

Pendant que quelqu’un fait la lecture du texte, les symboles suivants sont déposés tout à tour au centre du cercle des participantEs sur une couverture d’Amérique centrale qui nous relie aux migrantEs de cette région du monde.

1er symbole : une paire de vieux souliers. Cette paire de souliers symbolise le chemin que parcourent les migrantes et migrants forcés. En 2017, 68,5 millions de nos sœurs et de nos frères ont été forcés de fuir leur foyer parce qu’ils craignaient pour leur vie et leur sécurité. Ils ont entamé un long et difficile chemin, parfois au péril de leur vie, dans l’espoir de vivre dignement et paisiblement. En Colombie, un peu plus de 7,7 millions de personnes ont été déplacées à cause de conflits, de la violence, de désastres naturels et de projets de développement, faisant de ce pays l’un des endroits sur la planète où l’on compte le plus grand nombre de déplacés internes. La Coordination nationale agraire, un partenaire de Développement et Paix en Colombie, travaille avec des femmes autochtones, dont plusieurs ont été déplacées de force, afin qu’elles deviennent des interlocutrices reconnues auprès des autorités locales, régionales et nationales. En favorisant des démocraties inclusives et participatives, nous nous attaquons à l’une des causes profondes de la migration forcée.

2e symbole : un sac-à-dos. Ce sac-à-dos symbolise la précarité dans laquelle vivent les migrantes et migrants forcés. Lorsqu’ils fuient leur foyer, ils doivent tout laisser derrière eux. C’est dépouillés de leurs biens et de leur dignité qu’ils partent à la recherche d’un endroit sécuritaire où trouver refuge. Le 30    octobre 1990, la force de police du Nigéria a déployé des membres de son unité de combat d’élite au sein de la communauté d’Umuechem qui manifestait de façon pacifique afin de réclamer sa part dans les bénéfices générés par l’exploitation pétrolière que menait la compagnie Shell Nigéria sur leurs terres depuis trois décennies. Plus de 300 personnes de la communauté ont été tuées en deux jours et leurs maisons ont été incendiées. À la suite de ces événements traumatisants, la quasi-totalité des survivantes et survivants s’est enfuie dans les villages avoisinants. En 2014, la communauté d’Umuechem et Social Action, un partenaire de Développement et Paix au Nigéria, ont décidé de demander réparation en assignant Shell Nigéria en justice aux Pays-Bas, afin de montrer qu’il n’est pas possible d’agir en toute impunité.

3e symbole : un gilet de sauvetage. Ce gilet de sauvetage symbolise les nombreux dangers et difficultés auxquels font face les migrantes et migrants forcés au cours de leurs périples : extorsion, barrages, faim, peur, solitude, conditions climatiques difficiles, etc. Plusieurs n’atteindront jamais la sécurité tant espérée. Certains mourront en route, alors que d’autres seront capturés, emprisonnés ou refoulés aux frontières. La famille Hossein a fui la Birmanie afin d’échapper à la violence et à la persécution dont sont victimes les Rohingyas, une minorité musulmane vivant majoritairement sur la côte ouest du pays. Ils ont dû marcher pendant trois jours dans la jungle, sans vivres, afin d’atteindre le camp de Kutupalong au Bangladesh. Caritas Bangladesh, un partenaire de Développement et Paix, y travaille d’arrache-pied afin de protéger et soutenir les réfugiés rohingyas en construisant des abris temporaires, des points d’eau potable, des latrines et des espaces de douche sécuritaires pour les femmes et les filles.

4e symbole : un plat à partager. Ce plat à partager symbolise la solidarité, la culture de la rencontre ainsi que les liens de vie entre les migrantes et migrants forcés et leur communauté d’accueil. Ce symbole fait aussi référence à l’espoir que les migrantes et migrants forcés ont de rencontrer sur leur chemin des personnes qui leur tendent la main. Dans certaines régions du Moyen-Orient, la tradition veut que l’on serve du pain et du sel afin de sceller une alliance entre deux personnes. Une fois ces aliments partagés, elles se souviendront toujours l’une de l’autre. Inspiré par un atelier sur la construction de la paix animé par House of Peace, un partenaire de Développement et Paix au Liban, un groupe de réfugiées syriennes a décidé de redonner vie à cette tradition. Elles se sont levées très tôt le matin pour pétrir du pain et ont ensuite fait du porte-à-porte pour l’offrir à leurs voisins libanais afin de les remercier de les accueillir dans leur communauté.

Conclusion de la présentation des Symboles de solidarité par la personne présentatrice. Le Carême de partage de Développement et Paix nous invite à être des compagnes et des compagnons de route pour nos sœurs et frères qui doivent fuir leur foyer. Soyons la voix qui rallie les cœurs sur le chemin de la solidarité. Nous vous invitons maintenant à donner la main à la personne qui est à côté de vous en signe d’accueil et de solidarité : solidarité entre nous et solidarité avec toutes les personnes forcées de fuir leur foyer. (Matériel de la Campagne du Carême de partage de Développement et Paix, « Prenez le chemin », p.8)


 Échanges:

- Aujourd’hui, le message de Solidarité sans frontière, c’est que le gouvernement canadien travaille très fort actuellement pour modifier la Loi sur les pays sûrs. Cette loi fait en sorte que des demandeurs du statut de réfugiés qui essaient de passer des États-Unis au Canada par un poste frontière, sont refoulés. Par contre, s’ils passent en-dehors d’un poste frontière, ils ne peuvent pas être refoulés. On respecte la loi, donc ils sont accueillis. C’est ce qui s’est passé récemment à Lacolle et c’est pour cela qu’il y avait un camp. Maintenant, le gouvernement canadien veut modifier la loi pour que même en-dehors des postes frontières, les réfugiés ne puissent pas passer. Donc, ils seraient refoulés aux États-Unis. C’est la dernière trouvaille du gouvernement canadien malgré ses belles paroles pour défendre les droits humains au niveau international.

Autre réaction concernant la crise des réfugiés, les vagues que nous avons vues et que nous allons certainement revoir ou concernant l’implication de nos gouvernements dans les différentes crises ?

- J’ai eu l’occasion de rencontrer des femmes réfugiées et elles t’annoncent banalement au fil d’une conversation qu’elles sont veuves ou qu’elles ont perdu plusieurs membres de leur famille. C’est terrible de voir à quel point la population n’est pas consciente de ce par quoi les réfugiés sont passés avant d’arriver ici. Maintenant, on leur casse les oreilles avec des questions vestimentaires.

- À chaque matin, je prends la 4. L’autobus arrive rempli de jeunes étudiants de l’école Louis-Joliette. Il y a une grande diversité, des Noirs, des Latino-américains, des Arabes, ils sont habillés de manière colorée, ils sont positifs et je trouve cela de toute beauté. J’ai amené une jeune Japonaise qui écrit une thèse sur l’immigration à cette école. Nous nous sommes assis dans la cafétéria et en se levant, elle m’a dit que l’esprit qui règne en ces murs était supérieur à celui où elle fait ses études.

- Un point fort du Canada anglais que nous regardons avec méfiance, c’est ce qu’ils appellent le multiculturalisme. Au Québec, nous n’aimons pas cela parce que le Canada Anglais nous considère comme une minorité culturelle comme les Coréens de Toronto. Néanmoins, dans leur propre environnement, pour ce que je connais du Canada Anglais, ils ont une plus grande ouverture qu’au Québec à la diversité et il n’y a pas de braquage sur des signes religieux. Le Québec a besoin de s’apprivoiser là-dedans parce que nous avons une peur commune autour de la protection de l’identité. C’est sûr que par rapport au monde musulman, on comprend qu’il y ait des questions qui se posent parce que les textes fondamentaux de l’Islam sont conquérants et violents. Sauf qu’il y a le normatif dans les textes et il y a l’effectif dans les personnes. D’ailleurs, si on prend les textes bibliques de l’Ancien Testament, le Livre du Deutéronome ou le Lévitique, c’est de là que proviennent les textes les plus violents de Mohamed. La lapidation des femmes adultères, cela vient de là; les massacres d’une population à l’occasion d’une victoire guidée par Dieu, cela vient de là; et on pourrait en ajouter. Nous aurions pu régler facilement des problèmes avec nos adolescents parce qu’il y a une prescription qui dit que s’ils nous insultent, on peut les mettre à mort. Je pourrais vous citer les textes, mais il y a le normatif des textes anciens. Évidemment, chez les chrétiens, on lit les textes de l’Ancien Testament à travers l’enseignement de Jésus qui a opté pour la non-violence, y compris l’amour des ennemis, ce qui n’est pas facile à faire. Ce côté conquérant de l’Islam s’est illustré à travers Al Qu'aida et l’État islamique, alors il se produit une généralisation envers tous ceux et celles qui arrivent ici en provenance de ces pays. On pense régler le problème en interdisant des signes extérieurs. On sait bien que c’est vers les femmes musulmanes que ce projet de loi est dirigé. Nous entendons très peu parler des Juifs qui portent la kippa ou des choses comme cela. Alors, il y a toute la dimension culturelle qui tourne autour de l’idée de protéger son identité.

- Il y aurait tout une étude à faire sur la nécessité qu’ont les être humains d’afficher des symboles pour construire leur identité qui est un bricolage comme disait Victor Ramos. Personnellement, j’ai épousé une fille d’immigrants et je suis très heureux que ses parents aient choisi le Québec comme terre d’immigration. Mon beau-frère a marié une française d’origine indienne née en Afrique, ce qui a produit un heureux métissage. Je me demande parfois quelle est l’identité de mes nièces : Montréalaise, Française, Québécoise, Canadienne, ou tout cela à la fois ? C’est certain que l’identité est quelque chose qui évolue avec le temps. Nous avons eu trois enfants en pensant repeupler le Québec, sauf que deux sont partis vivre à l’étranger en épousant des étrangers. Alors, nous n’avons aucun contrôle sur la vie des enfants que nous avons. En côtoyant des immigrants, ici au CAPMO, j’ai rencontré mes amis Salvadoriens. Quand les membres d’une famille sont partis pour Gatineau parce qu’ils n’avaient pas réussi à trouver d’emploi à Québec malgré tous leurs efforts d’intégration, je leur ai demandé s’ils n’avaient pas peur de perdre les amis qu’ils s’étaient fait ici. Ils m’ont répondu que j’étais le seul Québécois qu’ils connaissaient. On voit donc toute l’importance de l’accueil individuel réalisé par chacun et chacune. Nous avons une responsabilité personnelle de faire amitié avec les étrangers qui viennent vivre parmi nous, de leur ouvrir la porte. Il ne suffit pas de voir qu’ils sont là, mais vraiment oser entrer en relation. Je pense que ces réfugiés politiques qui ont vécu la persécution et qui ont du fuir leur pays: Chiliens, Salvadoriens, Colombiens, Congolais ou Syriens, etc. ont une profondeur d’âme que nous ne connaissons pas ici et qui nous enrichit énormément. Parfois, je nous trouve assez superficiels comme peuple. Si les Québécois étaient laissés à eux-mêmes, je pense que le plus fondamental pour nous ce serait d’avoir une équipe de hockey à Québec. Les réfugiés nous ramènent à des choses beaucoup plus difficiles et réelles où le courage n’est pas un mot vain et où ce n’est pas ton niveau économique qui détermine la qualité de ton humanité. Ils et elles ont traversé tellement d’épreuves incroyables, ils ont surmonté l’impossible. C’était mon témoignage

- En 1969, j’ai étudié la Foresterie à l’Université Laval avec Boufeldja Ben Abdallah. Il y a deux ans, il était venu prononcer une conférence à Démocratie Québec et j’ai eu l’occasion de jaser avec lui. Il a dit : « En 1969, j’arrivais d’Algérie. » Je lui ai demandé s’il se rappelait de ses études ? « Je suis arrivé à Québec en même temps que toi », lui ai-je dit, sauf que moi j’arrivais du royaume du Lac-Saint-Jean. Ce que je me suis aperçu après, c’est que j’étais beaucoup en lien avec lui au cours de mes études. Nous étions ensemble pendant quatre ans avec des camarades du Cameroun, du Rwanda, du Laos et un dont les parents étaient Italiens. Nous étions un groupe d’étudiants qui ne provenaient pas de la région de Québec et les gens de la région ne se mêlaient pas à nous. Quand nous faisions des travaux, nous étions toujours ensemble. Pendant mes études, je ne réalisais pas trop ce qui se passait, c’est par après que j’ai réalisé que c’était comme si j’arrivais d’un autre pays. La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean a été une région fermée pendant plusieurs années. C’est seulement pour montrer que ce sont des notions culturelles, mais aussi qu’on se sent mieux avec d’autres qui ne sont pas comme les autres. (Aptitude à aller vers ceux et celles qui sont différents.)

- J’ai fait un lien avec ce que nous avons dit et je trouvais intéressant de constater qu’alors qu’il y a de plus en plus de migration forcée dans le monde, il y a de plus en plus de murs qui sont construits aux frontières. Soit dit en passant, la géopolitique correspond rarement à des frontières naturelles. Si nous regardons entre le Canada et les États-Unis, ce n’est pas une frontière naturelle. Pour les Mohawks, leur territoire chevauche cette frontière; entre le Québec et l’Ontario, ce n’est pas une frontière naturelle pour le Cris, et c’est le cas pour la plupart des Premières Nations, même chose pour le sud des États-Unis avec le Mexique. Je pense que ce qu’il y a de pire que les murs physiques, ce sont les murs de la haine, de l’incompréhension et des préjugés, tels que le racisme et l’intolérance culturelle ou religieuse. Je pense que cela peut être renforcé par des lois injustes. Je me demande parfois quel est le pire des murs ? Si je pense aux réfugiés syriens qui sont arrivés ici, ils se cognent encore à des murs d’incompréhension une fois rendus ici.

- Il est intéressant de développer une optique selon laquelle la Terre n’appartient à aucun peuple en particulier, qu’elle est pour tous les êtres humains qui l’habitent. Le fait d’être né ici ne devrait pas nous accorder des privilèges ou nous permettre de refouler des réfugiés qui demandent le droit d’asile. Le Québec et le Canada n’ont pas été construits seulement à partir de la descendance des Français, mais de ceux et celles qui sont venus de partout et en raison de toutes sortes de contextes qui ressemblent à celui d’aujourd’hui. Nous ne remettons pas en question le fait qu’il y ait eu beaucoup d’immigrantEs qui sont venus ici après la Deuxième Guerre mondiale. C’est la même chose actuellement parce que la situation ne s’est pas améliorée. Il y a encore de la place au Québec et au Canada, nous n’avons pas la densité de population de New Delhi ou de Pékin. C’est quand même une mentalité à changer.

Je trouve cela intéressant ce que tu amènes. Effectivement au Canada, il faut travailler un peu la question de l’identité, mais sans se borner à cela. Un idéologue du Front National se félicitait d’avoir imposé le débat sur l’identité en France. J’ai aussi assisté à un cours d’histoire du Québec à l’Université Laval qui s’adressait particulièrement aux immigrantEs. Il s’agissait de présenter l’identité québécoise. Le professeur avait séparé cela en deux parties : De colon français à Canadien, puis de Canadien-Français à Québécois. Il résumait 400 ans d’histoire de recherche identitaire au Québec. J’ai trouvé cela extrêmement intéressant parce que cela permettait aux immigrantEs de s’apercevoir qu’ils habitaient dans un contexte particulier et ils comprenaient aussi que nous puissions être à la recherche de notre identité. Pour ce qui est des migrants, je plaide coupable. À cause de moi, quatre personnes sont venus d’Afrique s’installer ici. J’étais en amour avec une Marocaine et j’ai parrainé ses enfants d’un premier mariage pour qu’ils viennent vivre ici avec nous.

- Je pensais à l’affaire des murs, qu’est-ce qui fait une frontière ou pas ? Je me dis qu’il y a des peurs derrière ces murs. Quelles sont-elles ? Au début de la rencontre, nous avons lu des textes concernant les inégalités au niveau planétaire, ensuite il y a celles au niveau du territoire québécois disons, c’est comme deux niveaux de différences. Si des gens viennent ici en étant prêts à occuper le dernier rang, le plus bas niveau de vie qu’on se garantit, c’est parce qu’ils vivent quelque chose de plus difficile encore. Il me semble qu’il y a quelque chose qui se ressemble dans ce qui fait que par exemple: aux raisonnements qui prétendent que de donner plus de revenus aux plus pauvres, ce serait les encourager à devenir paresseux. Il y a comme des frontières pour dire : « Au-dessus de ce revenu, on ne veut pas le partager. Ce que nous avons, nous voulons le garder pour nous-autres. » J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui ressemble à ça par rapport au refus d’accueillir. C’est peut-être la crainte de diluer le niveau de vie que nous avons ou le sentiment que nous autres, on a travaillé « fort » pour avoir ce que nous avons et que nous ne voulons pas le partager. Derrière cela, il y a toujours l’idée du mérite. Les gens pourraient dire : « Nous sommes arrivés sur la terre des autres, mais nous l’avons fait fructifier », si on peut dire. Autrement dit, les exodes il y en a tout le temps, mais il vient un temps où nous sommes réinstallés et on oublie que nous avons été sans patrie pendant un temps et on se ferme aux autres. Dans ce cas-ci, c’est particulier. Je suis pris avec la question de ceux et celles qui migrent et ceux et celles qui sont pris sur la bande de Gaza. J’ai à l’esprit cette image d’un astronome gazaoui aux États-Unis qui a apporté un télescope pour que les jeunes puissent voir les étoiles au-dessus de la bande de Gaza, avec l’idée de leur permettre d’avoir un regard qui va plus loin que ce dans quoi ils sont enfermés. Je suppose qu’on ne peut pas régler ces questions-là sans regarder quelles sont les peurs qui font les murs. Qu’est-ce qui se manifeste à travers ces peurs-là? Souvent, ce ne sont pas des peurs avérées. C’est comme si les gens avaient peur de s’appauvrir de quelque chose en accueillant, c’est une peur du manque au fond. Nous avons des idées bizarres comme parler de l’Occident sur une planète ronde, on dirait un réflexe de Terre plate. À quelque part, nous sommes toujours l’occidental de quelqu’un ou l’oriental de quelqu’un d’autre. C’est curieux. Cela me questionne sur : « Où est notre maison? » Je repensais à l’escargot que nous avons eu longtemps au CAPMO comme symbole.

On dirait que c’est un peu comme l’éducation populaire, cela avance lentement, cela ne recule jamais, cela se développe en spirale, ça a des antennes, c’est baveux, ça laisse des traces, et cela porte sa maison sur son dos. Cela pose la question à savoir : « Où est notre maison? » (Où est-ce que je me situe par rapport à cette question?) Est-ce qu’on a besoin que notre maison ce soit les frontières du pays ? Dans la méditation de pleine conscience, il y a souvent des phrases pour aider à respirer qui disent : « Je prends refuge en moi-même », « Je suis déjà arrivée », « Je suis chez-moi, je suis arrivée », « Il n’y a qu’ici et maintenant », des choses comme ça. C’est l’idée que si nous respirons, si on porte attention, on est déjà chez-nous. C’est intéressant. Si j’étais une réfugiée, je pense que j’aurais besoin de ça pour survivre sur ma couverture. Cela peut aussi être bien pour apprendre à faire de l’espace. Cela me pose ces questions-là. Accueillir la richesse de l’autre aussi. Nous avons eu une autre époque au CAPMO où il y avait un texte d’Isaïe qui disait : « Élargis l’espace de ta tente pour que je m’y installe. » J’aimais tellement cette phrase. C’est comme si Dieu parlait à Isaïe en voulant dire : « Ouvre-toi! Je ne peux pas habiter dans ta demeure trop restreinte.» On ne peut peut-être pas inviter quelqu’un à vivre dans notre coquille d’escargot. Il y a une invitation à sortir de notre coquille ?

- Nous avons l’avantage d’être dans un État de droit. À la suite des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu une Déclaration universelle des droits humains de laquelle sont issues les chartes des droits dans de nombreux pays. Ici, au Canada et au Québec, c’est extrêmement précieux. Comparez ce que nous vivons avec ce que vivent les dissidents en Arabie Saoudite. Arrivent ici des personnes qui portent des signes qui peuvent être perçus comme des symboles de sujétion et d’assujettissement. Mais, il y a des femmes qui ne le vivent pas comme cela. C’est autre chose parce qu’il y a toujours le normatif et l’effectif, ce qui se vit réellement et ce qui est écrit. Certaines sont tellement saisies par la liberté de tout faire qu’il y a ici, qu’elles ressentent le besoin de mettre une distance. On pourrait énumérer un paquet de nos folies que les gens peuvent voir ici. Par exemple, la semaine dernière au télé-journal, la grande nouvelle c’était la pénurie de marijuana dans les succursales à la Régie québécoise du cannabis. Imaginez pour quelqu’un qui vient d’un pays où les gens ont de la difficulté à se nourrir et qui a vécu des épreuves pour arriver ici, qui veut s’intégrer, qui apprend la langue et qui écoute les nouvelles pour améliorer son français. Il entend ça. Tout de suite, il prend peur. Souvent, ils proviennent de cultures qui sont très normées. Sur le plan sexuel, par exemple, ils arrivent ici et ils découvrent qu’ici, à partir de 14 ans, un jeune peut choisir de quel sexe il est. En même temps, ils découvrent qu’il n’y a pas ici de discrimination comme celles qu’ils ont connue dans leur pays. Dans certains pays, les homosexuels s’affirment homophobes pour ne pas être la cible de persécution ou de mort. Donc, les gens vivent d’importants chocs culturels et comme ils sont avec nous, ils nous mettent au défi d’en vivre nous aussi en les accueillant ici. Certains Québécois pensent que cela peut se régler par l’adoption d’une loi liberticide, comme si le changement culturel pouvait se dicter par une loi. Je trouve qu’à travers cela il se passe des choses très dynamiques et parlantes. Il y a trois Maghrébines qui habitent ici depuis longtemps et qui ne portent pas le hidjab et elles dénoncent l’influence des Frères musulmans dans leurs pays d’origine. J’espère que les femmes musulmanes qui sont ici et pour qui cela prend un sens, peuvent se poser des questions au-delà d’une nouvelle sur la pénurie de cannabis.

- Je me questionnais sur le sens du mot hospitalité. J’ai effectué une petite recherche et en grec cela se dit: xénophilie, l’amour de l’étranger. L’amour véritable ne peut exister sans la liberté, en ce sens l’hospitalité authentique n’a rien à voir avec la fusion, une dynamique qui peut devenir difficile à vivre pour la personne qui accueille. Viser l’hospitalité authentique, c’est essayer de vivre une façon d’accueillir qui fait grandir une personne et qui l’aide à devenir sujet de sa propre vie. Je suis consciente que tout cela est plus facile qu’à faire. Parfois, je me demande s’il n’y a pas au niveau de certains individus ou de la société dans son ensemble, une difficulté pour plusieurs d’entrer en relation autrement que par une espèce de fusion. Je me demande si cela n’interfère pas dans la relation avec ceux ou celles qui apparaissent trop différents de soi ? Je me demande si dans l’histoire collective du Québec, il n’y aurait pas parfois cet obstacle qui fait que par insécurité nous recherchons la fusion avec nous-mêmes et que nous refusions d’accepter qu’il y ait des différences. Cela provient peut-être d’un manque de maturité affective ou spirituelle ? Cela semble compliqué à démontrer. Cela demeure une hypothèse. Quand j’ai su ce que signifiait le mot hospitalité et que cela touchait au mot amour, je me suis demandé s’il n’y avait pas quelque chose à sonder ? Évidemment, cela se retrouve partout et dans chaque société, c’est quelque chose qui est proprement humain.

- Ce qui est étranger est toujours insécurisant.

- Pour ceux et celles qui sont issus de sociétés traditionnelles, l’individu n’apparaît pas en premier dans leur culture, c’est le groupe qui importe en premier lieu. Depuis les cinquante dernières années, c’est l’individu qui a pris le pas sur l’appartenance au groupe et au respect de ses codes culturels. Le mode de vie américain, nous conduit à un individualisme exacerbé qui n’a ni histoire, ni racine, ni passé. J’ai des amis Ontariens, ils sont très heureux ces gens-là, mais ils n’ont aucun enracinement historique envers ce pays. Cela me rend perplexe parce que pour nous Québécois, l’histoire a toujours une résonance, ne serait-ce qu’à cause de la responsabilité que nous avons envers notre langue, et lorsque nous l’oublions, elle nous revient en pleine face. Le fait d’être des francophones en Amérique dans une société isolée dans une mer anglophone, fait en sorte que la langue est un enjeu permanent pour les Québécois.


 Démarches exploratoires

À partir de mes souvenirs, de manière intuitive, je suis parvenu à construire une rubrique littéraire sur le thème qui nous intéresse aujourd’hui. Bien sûr, la Bible est un livre d’histoires interprétées par les gens qui l’ont rédigée des siècles après les événements et elle contient aussi sa part de mythes et de légendes. Elle participe énormément à la part d’imaginaire dont toute nation a besoin pour exister. C’est un livre très ancien qui remonte à l’Antiquité. Il raconte la vie de gens ordinaires qui ont vécu des choses extraordinaires. La Bible ne rapporte pas seulement les récits des rois puissants qui ont conquis d’autres nations, mais aussi des individus qui ont fait l’expérience d’événements particuliers qui ont transformé leur vie. Comme aujourd’hui, il y a plusieurs versions possibles à une même histoire. Tout dépend de qui est-ce qui rapporte les faits et selon quel angle d’intérêt. Israël est l’un des premiers peuples qui écrit son histoire afin de pouvoir la transmettre aux générations suivantes. Là aussi, il y a de l’interprétation et de la subjectivité, certaines choses merveilleuses qui y sont racontées ne sont peut-être pas arrivées comme c’est écrit.

Cela nous ramène aux mythes et tous les peuples ont des mythes des origines. Les Américains ont le mythe des Pères fondateurs de la nation américaine indépendante, ils constituent une référence, leur point de repère dans l’histoire. Pour le Canada français, on peut dire qu’il s’agit de Samuel de Champlain. On peut se demander si nous sommes demeurés fidèles à l’idéal qu’il nous a communiqué et est-ce que nous pouvons encore nous rattacher à ses valeurs fondatrices pour poursuivre la construction de notre projet de société?

Au fond, on cherche souvent à nous imposer une objectivité de l’histoire qui demeure par ailleurs une construction subjective d’un groupe de personnes. Par exemple, si nous allions interroger l’histoire récente d’Israël et que nous demandions à des Palestiniens, à des Israéliens et à des Libanais, de nous la raconter, nous aurions droit à trois versions différentes. Dans la Bible aussi, la même chose s’est produite selon la perspective de ceux et celles qui ont vécu les événements. Par ailleurs, dans l’Ancien Testament, il y a le livre de la Genèse, l’histoire d’Adam et Ève entre autre, - même le Pape François a dit que c’était un mythe-, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’enseignement dans ces histoires.

Les mythes font appel à de grands principes, à des valeurs qui inspirent l’humanité à travers les âges, il s’agit souvent aussi de tentatives imagées d’explication des origines de nombreux mystères. C’est aussi le propre de la plupart des civilisations. On peut s’entendre que la Genèse est un livre mythologique jusqu’à Abraham. À partir de là, cela demeure une histoire merveilleuse, mais les événements rapportés sont davantage crédibles. Abraham, c’est le Père des croyants, pas juste des chrétiens, mais aussi des musulmans et des juifs. Mon angle de lecture de la Bible aujourd’hui concerne les réfugiés et les migrants, aussi parfois la persécution dont les étrangers ont été victimes. Vous pouvez m’aider à ajouter des éléments à ces différents exemples.

La première histoire d’humains qui ont été chassés de leur foyer, c’est Adam et Ève. Ils ont été expulsés du Jardin d’Éden et cela fait d’eux le premier couple de migrants forcés. C’est un bannissement ou un exil forcé. Ensuite, on retrouve Caïn dans le livre de la Genèse qui après le meurtre de son frère est condamné à errer de par le monde. Il portera une marque sur le front afin que les gens qu’il croise ne le mettent pas à mort. Il est devenu un migrant qui errait sans but, sans pouvoir s’attacher à la terre pour la cultiver. L’histoire d’Abraham est paradigmatique. Il a un songe pendant son sommeil qui lui enjoint de quitter son père et sa mère et d’aller vers le pays qu’on lui indiquera. Il s’agit d’une époque où le mode de vie nomade est très répandu, avant l’existence d’Israël parce qu’Abraham est l’ancêtre de tous les Juifs. Il est sorti de sa zone de confort pour prendre la route. Il a fait confiance à cette petite voix intérieure et il est allé vers l’inconnu. Il a fait confiance à cette petite voix intérieure et il est allé vers l’inconnu.

 

Plus loin, on retrouve toute la descendance d’Abraham qui va finir par aller trouver refuge en Égypte en raison d’une grande famine qui frappe leur pays. Il s’agit toujours de migrants. D’ailleurs le peuple juif est un peuple de voyageurs, il est très cosmopolite. Une grande partie de leur richesse culturelle est due à un vaste réseau de contacts et de support à travers le monde.

400 ans plus tard, apparaît Moïse dans le livre de l’Exode et la situation du peuple juif s’est grandement détériorée. Ils vivent dans de mauvaises conditions, ils sont exploités et ils sont victimes de discrimination. Il y a même des lois qui contrôlent le nombre des naissances et les enfants mâles doivent être mis à mort. C’est à cause de cela que Moïse naissant va être abandonné dans un panier dans les eaux du Nil. Comme les Juifs forment une minorité, ils ne vont pas faire la révolution pour prendre le pouvoir. Ils doivent partir pour assurer leur survie comme nation. Le récit de l’Exode dit qu’ils ont erré au désert pendant 40 ans avant d’apercevoir la Terre promise. C’est pourquoi il y a une phrase dans le rituel de la pâque juive qui dit : « Souviens-toi Israël que toi aussi tu as été étrangère parmi les autres nations. » Donc, il y a le devoir d’accueil de l’étranger qui est sans cesse rappelé dans leur tradition.

D’ailleurs pâque signifie « passage » en hébreu. L’Exode leur a appris qu’ils étaient un peuple en mouvement et qu’ils se devaient d’être accueillants, mais le devoir d’accueil de l’étranger dans le besoin fait également appel au droit coutumier de la plupart des nations. Dans le Coran, on le retrouve, dans l’Évangile c’est présent, et les membres des Premières Nations, même s’ils n’avaient pas de livre écrit, avaient cette exigence éthique dans leurs us et coutumes.

Plusieurs siècles plus tard, se produit l’Exil à Babylone suite à la conquête des royaumes d’Israël par les Assyriens. Après avoir conquis un territoire, les hébreux se sont d’abord gouvernés eux-mêmes par des conseils d’anciens appelés les Juges. Ensuite, ils ont eu un premier roi Saul, puis la dynastie du roi David. Finalement, après de nombreuses querelles de succession et la fracture du pays en deux royaumes au nord et au sud, Israël est conquis. Au 6ème siècle avant Jésus-Christ, les habitants ayant survécu à la guerre sont déportés en deux vagues successives vers Babylone. Ils sont désormais des esclaves. On imagine que les montagnards n’ont pas tous été déportés et qu’il s’agissait davantage des artisans et des notables des villes. YV

- Au nord, les Assyriens ont envoyé des gens de leur pays pour prendre possession des terres et il y a eu un métissage. À l’époque de Jésus, les Samaritains étaient le résultat de ce métissage entre des Juifs et des Assyriens. C’est pour cela que les Judéens, du royaume du sud, avaient du mépris pour les Samaritains parce qu’ils les voyaient comme des bâtards. De plus, ils étaient hérétiques sur le plan religieux. Dans le royaume du sud, lorsque Esdras a rétablit le culte, il a rétabli les exigences de pureté ethnique pour contrer les effets délétères du métissage. Il refusait que les Juifs marient des femmes des pays environnants. C’est là que va commencer à se définir l’identité juive à partir de la mère parce que la maternité est plus facile à établir que la paternité. Cela existe encore dans le judaïsme orthodoxe et conservateur. À ce moment là, ils n’étaient pas très accueillants pour les étrangers, contrairement à une autre époque.

On voit qu’on peut aussi trouver dans les livres de la Bible des contre-exemples concernant l’accueil de l’étranger et qu’il ne s’agit pas toujours d’exemples positifs. À Babylone aussi, ils vont être confrontés et il va falloir qu’ils préservent leur identité noyée dans une majorité et une multitude de peuples. Ils vont devoir vivre cette position inversée d’être passés d’une société homogène majoritaire à une minorité ethnique dans un pays étranger. Puis, j’ai trouvé le livre d’Esther qui est l’une des épouses du roi de Perse qui va entendre un complot visant à exterminer les membres de son peuple. Il s’agit d’une grave persécution. Esther va parvenir à éviter cela en gagnant la faveur de son époux. Bien sûr, il y a sans doute d’autres exemples, mais je ne les ai pas tous recensés.

Si on passe au Nouveau Testament qui est plus près de nous, il y a le recensement auquel Joseph et Marie doivent se plier. Ils se rendent à Bethléem au moment où la grossesse est presque à terme pour s’enregistrer parce qu’Auguste César a décidé qu’il voulait connaître le nombre d’habitants de son empire pour leur faire payer l’impôt. Ils sont comme des déplacés internes dans leur propre pays. Ils sont sur la route et ils vivent des conditions précaires. Il y a toute cette précarité qui nous est révélée dans ce passage qui est très humain. Ensuite, il y a l’épisode des Rois mages qui s’arrêtent chez le roi Hérode pour demander leur chemin. (Ils étaient davantage des touristes de luxe dirions-nous aujourd’hui.) Ceci va conduire au massacre des innocents où tous les enfants mâles de Bethléem vont être exécutés sur ordre d’Hérode. On ne sait pas si cet événement s’est réellement produit, mais ce récit représente la plus grande abomination qui soit et il a fortement contribué à structurer une norme morale concernant le respect de la vie des enfants.

Heureusement, auparavant, Joseph est averti en songe qu’il doit quitter rapidement Israël pour se rendre en Égypte afin de préserver la vie de l’enfant. Cela fait donc de la Sainte famille, une famille de réfugiés politique au sens stricte du terme. Heureusement, il n’y avait pas encore de mur entre l’Égypte et la bande de Gaza, sinon ils n’auraient pas pu passer et cela aurait changé l’histoire de l’humanité. À une époque, un réfugié salvadorien m’avait envoyé une carte de Noël avec l’image de la « Fuite en Égypte ». Pour les réfugiés chrétiens dans le monde, ce récit a une forte résonance.

Un dernier exemple que j’ai trouvé dans la Bible, ce sont les voyages que Paul et Pierre vont effectuer jusqu’à Rome en bénéficiant de la Pax Romana qui permet la libre circulation des hommes libres à l’intérieur des frontières de l’empire. Si celui-ci représentait une grande oppression pour les nations qui subissaient sa domination, il permettait également une grande facilité de déplacement. Paul qui va écrire les épîtres, va voyager énormément à pied, à cheval, en bateau. Parfois il demeurait plusieurs mois, voire plus d’une année, dans une ville pour y établir une communauté chrétienne. Il finit par arriver à Rome, y être déporté en fait, pour subir un procès en qualité de citoyen romain. Des histoires racontent que l’apôtre Jacques serait allé jusqu’en Espagne et que Thomas aurait été jusqu’aux Indes. Pierre et Paul vont être exécutés à Rome, mais Pierre, qui n’est pas citoyen romain, n’aura pas droit aux mêmes égards. Vous voyez la question de la citoyenneté qui apparait ici, il y a deux mille ans.

Il y a eu une diaspora juive bien avant la destruction de Jérusalem en l’an 70 de l’ère chrétienne. Les Juifs qui ont survécu à la grande destruction habitaient déjà ailleurs, en Égypte, à Rome, en Grèce, jusqu’en Perse. C’est d’ailleurs par les synagogues présentes en Asie mineure jusqu’à Rome que Paul et Pierre vont circuler. C’est un peuple de marchands (marcheurs?) qui transportaient et additionnaient les savoirs et les cultures pour en tirer des synthèses nouvelles. Si vous avez d’autres exemples, je vous laisse la parole. YC

- Ce que je trouve important, c’est que dans l’histoire de ce peuple, d’abord les livres de la Bible ont été écrits par de multiples auteurs dont certains sont attribués à des gens qui ne les ont pas écrits. Les ambiguïtés et les ambivalences que nous vivons, on les retrouve dans la Bible. Il y a des passages qui affirment l’obligation d’accueillir le migrant, l’étranger, et de lui accorder les mêmes droits que les gens de ton peuple. Par contre, d’autres passages présentent la prédominance de la méfiance. Après le retour d’Exil, une élite veut recréer l’identité et interdit les mariages mixtes, elle replie Israël sur sa tradition et reconstruit le temple à Jérusalem. Il y a des récits qui sont très différents. Entre autre le très beau livre de Ruth, une Moabite qui n’est pas juive. Il y a eu une famine en Israël et une famille juive déménage au pays de Moab. Là-bas, les fils ont épousé des filles de ce pays, ensuite les fils meurent sans avoir engendré de descendance. À la fin, il ne reste que Noémie la mère des fils et Ruth qui décident de rentrer en Israël. Pendant leur absence, la famille a perdu sa terre et pour la reconquérir, il existe une possibilité. C’est la notion de rédempteur qui est devenu une notion religieuse pour les chrétiens. Il s’agit d’une tierce personne qui intervient pour restituer les biens. Alors Ruth séduit un homme juif plus âgé qu’elle, Boaz. Il l’épouse et rachète la terre qui était perdue. Ensemble, ils eurent un fils Obed qui est l’ancêtre de David. Cela correspond à une période d’ouverture. Jésus, lorsqu’il commence son ministère fait exprès pour provoquer les gens de Nazareth parce que ceux-ci veulent se réserver le guérisseur. Jésus prend des exemples qui affirment qu’un prophète n’est pas bien reçu dans son pays. Il cite le voyage d’Élie au pays de Sidon, le Liban actuel. Une autre histoire, c’est celle de Naaman le Syrien qui est guéri par le prophète. Il donne cela comme exemple au chapitre 4 de Luc, le merveilleux passage où il dit qu’il est venu pour libérer de toutes les oppressions. Il y a aussi tous les passages où Jésus met les Samaritains en valeur. La parabole qui est au centre de son message c’est : Tu deviens le prochain de quelqu’un quand tu l’aides et l’exemple qu’il choisit, contre un prêtre et un lévite, est un Samaritain, un étranger méprisé des Juifs. Le prêtre et le lévite avaient de bonnes raisons pour ne pas être en contact avec ce dernier, ils encouraient une impureté religieuse et en ce cas, ils devaient réaliser une cérémonie pour se purifier. C’est une parabole et Jésus fait exprès de les provoquer. C’est un Samaritain qui est devenu le prochain de l’autre et qui illustre ce qui est au centre de son enseignement, la loi de l’amour du prochain. Dans l’Évangile de Jean, Jésus arrive à un puits et il engage la conversation avec une femme, une Samaritaine, qui ne correspondait pas aux mœurs maritales de l’époque. Jésus a cette provocation et dans sa grande parabole du jugement final, où ceux qui étaient justes l’ignoraient et ils se découvrent justes, il dit : « J’étais un étranger et tu m’as accueilli. »

- Il y a aussi l’histoire de l’unique fille de Jacob - souvent on passe à côté des histoires féminines - qui s’appelle Dina. C’est une histoire qui demeure d’actualité malheureusement dans certains pays. Issue d’une famille juive, elle aurait été violée par un prince étranger. Cela avait déshonoré la famille et Dina avait été bannie en Égypte. C’est en fait la sœur de Joseph, celui qui avait été vendu comme esclave. J’ai vu un film qui traite des histoires de migration des femmes dans le monde. Ils parlent de migration interne et ils suivent la migration d’une jeune femme du Bengladesh qui migre de la campagne à la ville. C’est aussi l’histoire d’une jeune femme éthiopienne qui fait la même chose. Finalement, ces femmes, comme bien des femmes autochtones ici, fuient des violences ou des problèmes familiaux. C’est un phénomène de migration forcée que subissent les femmes. Celle du Bengladesh se retrouve dans l’industrie du textile où elle n’est presque pas payée, mais elle se dit fière de gagner sa vie. En Éthiopie, la seule issue pour les femmes qui arrivent en ville, c’est la prostitution. C’est touchant parce qu’on voit que cette jeune femme a la foi et qu’elle fréquente l’église dès qu’elle le peut. Ce sont des passages que nous oublions parfois dans la Bible, mais qui sont là. Elles sont laissées pour compte ou laissées de côté pour éviter le déshonneur. Dina est dans le livre de la Genèse où l’on parle de la vie de Jacob. Cela se situe autour de 1 800 ans avant Jésus-Christ.

- Je suis tombé un jour sur un livre d’Armand Abécassis un juriste juif qui a écrit : « La pensée juive ». Dans ce livre, il y a une critique du phénomène urbain, mais il y avait aussi une critique du nationalisme qu’on peut retrouver dans la Bible. Le rapport à la patrie, ce n’est pas la mère-patrie, mais c’est la femme-patrie parce que c’est la femme que tu épouses et de qui tu peux te séparer. Ce concept aide à exprimer l’idée étroite du nationalisme dont la culture juive s’est détachée à un moment donné. Avec Esdras, tu coupes le lien qu’il doit y avoir entre le roi, la religion, le territoire et le peuple. Tout cela est un gain puisqu’à l’époque, quand tu changeais de pays, tu changeais de religion aussi, tu devais adopter les dieux de ce pays-là. Tandis que les juifs ont tenu à rendre personnel le choix de la religion et de la spiritualité. Cette réponse spirituelle s’est développée dans l’Ancien Testament, au Livre de Job en particulier et dans les Psaumes également, alors que dans le Nouveau Testament, ce rapport individuel à la divinité devient patent. Les protestants l’ont encore accentué. C’est ce qui est important, parce que le rapport ancien en est un de peuple-roi-territoire-religion, tout doit être identique. Cela est revenu pendant la Guerre de Trente ans entre les catholiques et les protestants. Une manière de résoudre le problème des guerres de religions fut de dire que le peuple aurait la même religion que son souverain. Il existe toujours une lutte qui traverse l’histoire entre l’aspect individuel de la spiritualité et l’aspect collectif de la religion.

- Quelqu’un à une époque donnée se pose la question des origines de l’humanité et en particulier des origines du mal et il imagine ce mythe qu’est l’histoire de la Création qu’on retrouve dans le livre de la Genèse. Pour s’expliquer d’où vient le mal, il raconte qu’à l’origine de l’humanité, le mal n’était pas présent. C’est une histoire symbolique qui rapporte qu’il y avait un arbre de la connaissance du bien et du mal, et il était interdit de manger le fruit de cet arbre. Il y a un personnage difficile à expliquer qui apparaît sous la forme d’un serpent qui convainc la femme de convaincre l’homme d’aller manger le fruit. Alors ils connaissent la différence entre le bien et le mal, mais ils ont aussi désobéi à Dieu qui les place dans la condition humaine, celle que vit l’auteur. Il s’agit d’une réflexion inspirée sur l’origine de la liberté. Toute spiritualité se vit à travers une expérience humaine. Pour les fondamentalistes qui lisent la Bible littéralement, ils croient que le monde a été créé en sept jours. Pour un croyant qui intègre les dimensions de la rationalité et de la science, c’est évident qu’il s’agit d’un récit symbolique et la Théorie de l’évolution de Darwin ne vient pas anéantir la foi parce que ce ne sont pas des choses incompatibles. Ce qui est important, c’est de saisir le sens de l’histoire. Pourquoi est-ce qu’on parle de la création du monde en six jours ? Parce que cela a été imaginé par des gens qui avaient établi le sabbat.

- Actuellement, ce qui est important, quand on regarde le récit de la création de la religion juive, mais il existe un récit de la création imaginé par les Algonquins. Einstein a interprété le récit juif de la création. Par ailleurs, le récit algonquin et le récit juif sont assez semblables en termes d’éléments. L’explication d’Einstein pourrait s’appliquer aux deux. En fait, si le Big Bang remonte à 14 milliards d’années, la Terre aurait 4.6 milliards d’années. Chacune des étapes racontées dans le récit de la création peut être associée à la façon dont la Terre a réagi. Par contre, dans le récit algonquin, il n’y a pas l’enseignement par rapport à la connaissance du bien et du mal rapporté dans la Bible. Les dernières recherches scientifiques qui tentent d’expliquer les origines de la vie, cherchent sur d’autres planètes les traces de micro-organismes qui seraient les premières chaînes d’ADN. Dans les récits comme cela, il est important d’établir les liens avec les dernières découvertes.

- Ils représentent les connaissances et les croyances à ce moment-là.

- Ce sont des œuvres d’imagination quand tu ne disposes pas de données empiriques, la méthode scientifique telle qu’on l’a connaît n’existait même pas. Même dans les sciences d’aujourd’hui, en particulier quand tu es dans l’astrophysique, c’est un mélange de connaissances empiriques et de théories qui sont beaucoup imaginatives.

- Comme ici nous sommes issus d’une tradition judéo-chrétienne, nous regardons comment l’expérience des migrants se retrouve dans cette tradition. Dans les contes merveilleux, on parlait de contes de traverse et de contes de misère. C’est intéressant de voir que ce sont essentiellement des récits de migration. Tu pars de quelque part et tu t’en vas à quelque part. Tu traverses et à travers cela tu vis de la misère et tu es heureux seulement cinq minutes à la fin. Tout cela pour dire qu’il me semble que lorsque nous regardons notre histoire humaine, on ne peut pas faire autrement que de comprendre que nous avons toujours été en migration. Tantôt je pensais aux gens qui font des tests d’ADN qui découvrent leurs origines. On sait maintenant aussi qu’il y a eu plusieurs espèces humaines. Ils ont retrouvé récemment des ossements d’une autre espèce aux Philippines et, quelque part, si l’homo sapiens a une lignée, il y a le Neandertal qui aurait donné, si c’était lui qui avait dominé, tout une autre espèce, mais nous avons quand même des gènes parce qu’ils se sont mélangés. Si on remonte comme ça, nous avons des gènes communs avec des espèces animales et cela nous conduit à se dire que nous sommes clairement interdépendants et que nous sommes partie prenante d’un même système. Si on le voit comme cela, on ne peut faire autrement que de se dire que nous sommes tous connectés. Dans l’autre sens, à partir du moment où l’on s’accapare d’un territoire, on veut le défendre et on tombe dans d’autre chose. Pour ce qui est du Nouveau Testament, il y a toute une série d’histoires de persécution et de conversion, d’envoi en mission et de missionnaires. Il y a deux ou trois qui migrent avec le glaive et l’épée qui vont venir changer l’histoire des peuples présents dans les Amériques. Nous avons ça dans notre histoire des gens qui envahissent et viennent changer la culture des gens qui étaient là. Je réalise que c’est immensément complexe et que c’est cela la grande soupe humaine. Ensuite, il va y avoir les chrétiens qui vont aller en croisade en Terre sainte, etc. Quand je suis allée en Géorgie l’automne dernier, c’était fascinant parce qu’il paraît que les premiers chrétiens sont allés jusque-là, mais en réalité, ils sont arrivés dans un endroit où il y avait aussi des rituels qui provenaient de l’Ancienne Babylone qui ont créé un syncrétisme. Par l’histoire, nous sommes tous et toutes connectées. Alors, si on revient à notre sujet que peut-on en déduire ? Qu’est-ce que cela nous dit à propos de ce que nous vivons en ce moment ? Je me dis que je vais continuer de réfléchir à cela, comment est-ce qu’on s’accueille là-dedans ? Les religions aussi sont bâties les unes sur les autres. À bien des places, le culte marial remplace d’anciens cultes à une déesse mère où à la Terre-Mère. Une fois qu’on sait tout cela, qu’est-ce qu’on fait avec Israël et la Palestine ? Avec les gens à nos frontières ? Comment est-ce que cela nous enseigne pour vivre en 2019?

- Les diocèses étaient d’anciennes divisions juridiques romaines.

- Si nous resserrons sur notre sujet, tu as introduit une espèce de panorama biblique que moi je résume en disant : Dans ces multiples livres écrits par une cinquantaine d’auteurs, il y a les positions ambivalentes qu’on retrouve aujourd’hui: l’accueil de l’étranger ou bien la fermeture sur son identité pour se protéger de l’étranger. Jésus est un prophète qui définit une ligne éthique. Il coupe à travers ce qui s’est dit et ce qui compte pour lui c’est l’accueil. « J’étais un étranger et tu m’as accueilli. » Si tu fais preuve de cette solidarité et cette bienveillance, tu es dans le royaume de Dieu, dans la ligne de ce que Dieu souhaite pour l’humanité. Interprétez-le comme vous le voulez. Dans la tradition chrétienne authentique, cela devient le normatif, la règle. Sauf qu’il y a aussi ce qui se passe dans la réalité, l’effectif. Là, il y a une contradiction flagrante : les croisades, l’Inquisition, le déracinement des autochtones, les pensionnats autochtones, la négation de leur culture, de leur langue, et ainsi de suite. Pour ceux et celles qui se situent comme chrétien, l’injonction morale de Jésus demeure une référence. C’est un défi à réaliser dans le concret et si on est un humaniste, nous avons aussi un repère: La Déclaration universelle des droits humains et la Charte des droits et liberté. René Cassin, un Juif qui a vécu la Shoah et l’un des deux rédacteurs de la Déclaration universelle, dit en terme sécularisé : « J’étais un étranger et tu m’as accueilli,» dans le sens de l’abolition de toute formes de discrimination. Je pense que les humanistes vont se référer aux chartes de droits et libertés. C’est le paradoxe actuel d’une frange de laïcistes enragés, que certains appellent des laïcars, qui vont à l’encontre de la Charte. D’ailleurs, c’est typique que pour faire le Projet de loi 21, il faille utiliser la clause nonobstant, la clause dérogatoire par rapport à la Charte du Québec et celle du Canada.

- J’étais étranger. Depuis que je suis arrivé où presque, je pense à l’Étranger de Marcel Camus. En quelle mesure ne sommes-nous pas étranger à nous-mêmes ? Je ne sais pas si je suis dans le champ ou pas avec ça, mais je pense qu’il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans ce roman. D’une manière ou d’une autre, nous sommes tous étrangers et nous le sommes particulièrement envers nous-mêmes. Je pense aussi aux niveaux de conscience à travers lesquels on doit s’élever pour cesser d’être un étranger. D’abord, de celui qui part de l’ego, d’un moi très restreint en passant par le collectif, en allant à l’universel, le dernier niveau étant une conscience spirituelle. Un niveau de conscience qui dépasse et englobe tous les autres niveaux sans jamais les nier. Il ne faut jamais nier, comme je l’ai fait quand je suis revenu d’Afrique, le fait que j’étais Québécois. Je trouvais que mon peuple faisait pitié, puis j’ai compris, parce qu’il faut connaître l’histoire. C’est la même chose avec les Américains. Après avoir lu l’histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn, j’ai compris quelles luttes ils avaient menées. Le fait aussi d’avoir connu un Américain quand j’étais en Afrique. Pour revenir à Camus, nous sommes étrangers à nous-mêmes.

- Je me pose beaucoup de questions depuis le tout début. Comment cela se fait-il que dans le monde d’aujourd’hui, les gens viennent vivre ici parce que dans leur pays il y a des lois, des traditions, des coutumes, des rites, au-delà de ce que les gens veulent vivre puis ils s’en vont de chez-eux parce qu’ils ne supportent plus de vivre comme cela. Il y a la haine, les guerres, l’intolérance, l’injustice qui se vit dans leur pays, ils veulent vivre ailleurs. Nous aussi nous avons des problèmes tels que la pauvreté, l’exclusion sociale, etc. Je ne sais pas si c’est moi qui ne fait pas le bon lien, mais comment cela se fait-il qu’aujourd’hui les gens se sentent obliger de partir de leur pays en pensant qu’en allant ailleurs cela va être mieux ? Ce n’est pas toujours les cas.

- Des idées en vrac: Église catholique, cela veut dire Église universelle. On aperçoit que l’Église du Québec est en train de mourir si ce n’est des migrants africains et latino-américains qui fréquentent l’office. À Montréal, c’est impressionnant à quel point ils remplissent certaines églises. J’y vois une chance et une opportunité pour cette structure d’accueillir, de s’ouvrir et de se renouveler. Il y a eu aussi des périodes de notre histoire où l’Église québécoise s’est montrée raciste envers d’autres catholiques venus ici faire leur vie. Cela demeure incompréhensible dans mon esprit. Si on prend l’exemple des Italiens, des Espagnols et des Portugais qui sont venus à Montréal et qui ont été rejetés par le haut-clergé. Cela demeure un mystère. Alors ils sont allés grossir les rangs des anglophones. Nous ne sommes pas parvenus à les assimiler ou à les intégrer comme nous aurions pu le faire. D’après moi, l’Église ne devrait pas s’enfermer dans un coin, gardienne de l’identité des vieilles reliques. Cela devrait être une structure qui rassemble le plus largement possible en parvenant à établir de nouvelles synthèses culturelles. Nous avons tous et toutes une parenté cosmique. La France elle-même est un creuset de différents peuples qui y ont convergé depuis 2000 ans.

À ce moment de la journée, comme phrase il me vient : Humains sans frontière. Qu’est-ce que donne de se placer dans la position d’humains sans frontière ? L’autre endroit où cela me conduit, c’est qu’est-ce qui peut nous aider à vouloir pour l’autre, ce qu’on voudrait pour nous-mêmes ? Au sens qu’il n’y a pas de raisons de traiter un autre humain moindrement que comment on voudrait être traité. Cela m’est venu récemment sur l’idée du revenu viable. Ce serait quoi un revenu pour vivre dignement au Québec? Cela ne veut pas dire que ce revenu serait parfait, mais on voit qu’il serait plus élevé que le seuil qui parle juste des couvertures des besoins de base. En écrivant l’autre fois, je me disais qu’il s’agit probablement d’un niveau de revenu où si on ne sait pas si cela devait être ou pas notre revenu, on voudrait peut-être avoir ce revenu-là? Si demain matin, on se réveillait et qu’on devait se retrouver en bas de l’échelle, en bas cela pourrait être quoi ? Cela ressemble à 27 000$ pour quelqu’un vivant seul à Montréal si on regarde ce que cela prend pour vivre dignement. Avec 18 000$, on est loin de ça avec la MPC. Cela m’amène à : « Qu’est-ce qui change à partir du moment où on se dit, je pense que l’autre personne devrait avoir le même niveau de vie que je voudrais avoir pour moi ? » Cela ressemble beaucoup à : « Aime ton prochain comme toi-même. » À quelque part, cela revient à cela, mais avec un chemin un peu différent. Au-delà de cela, il y a comme des choses à regarder et tout cela m’apparaît plus grand que moi, mais je ne peux pas trouver de raisons qui feraient en sorte que le Nord se protégerait du Sud. Dans l’histoire humaine, ou dans notre société, cela revient à ça. Les gens qui ont quatre fois la ligne décident que les autres sont paresseux pour pouvoir garder leur quatre fois. Comment est-ce qu’on fait pour pouvoir agir en ce sens, en se disant que si on en veut trop pour soi, on ne parviendra pas à survivre sur la Terre que nous avons? Je retiens aussi la phrase de ce matin et celle qui disait qu’il faut vouloir pour les Albertains une sécurité d’emploi et une dignité au travail dans une économie redirigée. On comprend qu’on ne peut plus aller dans cette direction de la production de pétrole sale, mais on comprend aussi que le droit à la dignité est pour tout le monde. À ce moment-là, nous avons des concessions à faire les uns aux autres pour se retrouver dans de beaux milieux. Je comprends que cela soulève des problèmes de conscience et de discernement. Si tu es un douanier à la frontière, tu fais quoi? Si tu es un résidant de la ville à côté, tu fais quoi ? Je pense qu’il faut qu’on repense notre façon de voir la richesse. Il faut qu’on se calme aussi le pompon sur ce que c’est que la sécurité pour pouvoir s’ouvrir à l’autre. On a les moyens de vivre ensemble.

- À l’échelle du monde, il y a des populations qui vivent des conditions extrêmement compliquées et difficiles, voire dramatiques, qui sont souvent sous la coupe de gouvernements dictatoriaux et ou de bandes armées; soit elles risquent la prison pour leurs opinions politiques ou d’être assassinées. Certaines populations sont dans des conditions économiques indescriptibles. Nous avons aussi parlé des migrants climatiques parce qu’il y a des régions dans le monde qui sur le plan environnemental sont complètement dévastées. Par ailleurs, dans de nombreux cas, les trois viennent ensemble. Si ta région est dévastée sur la plan environnemental, c’est sûr que sur le plan économique, cela n’ira pas bien. Généralement, cela s’accompagne de situations politiques pour le moins conflictuelles. Avec tout cela, nous vivons un phénomène depuis un certains nombre de décennies qui est celui des migrants forcés parce qu’il y a ceux et celles qui s’exilent de façon volontaire et qui deviennent des immigrants reçus dans un pays d’accueil. Tandis que la plupart des migrants forcés prennent la route ou la mer dans des conditions effroyables et illégales au risque de perdre leur vie. D’ailleurs, des milliers sont morts en tentant de traverser la Méditerranée au cours des dernières années. Alors ces gens qui sont chez-eux dans des conditions plus que précaires quittent leur pays au péril de leur vie en espérant qu’ailleurs ils pourront au moins continuer à vivre décemment, ce qui n’est pas toujours le cas. Je pense que si les fortunés de ce monde avaient le moindre bon sens, ils comprendraient qu’on ne quitte pas sa famille, sa maison, son pays, sa culture, pour le plaisir de partir ailleurs.

- Il y a de nombreuses situations où les gens sont en mode survie. Par exemple, les gens qui quittent la Syrie, c’est assez évident. Si tu parles avec ces réfugiés, ils ont perdus des membres de leur famille au cours de ce conflit armé. Ils partent sans même avoir le temps de prendre leurs effets personnels. C’est assez dramatique et ce n’est pas une question de choix. Pour d’autres, les migrants économiques, ils viennent de pays où l’éducation est moins accessible. Ce que je les entends dire, c’est qu’ils espèrent qu’ici leurs enfants auront un meilleur avenir. Souvent ces immigrants ne viennent pas nécessairement de pays en guerre, mais où le contexte politique et social est assez difficile. Sinon, ce que plusieurs m’ont dit, et cela peut sembler surprenant pour nous ici où nous avons quand même une pauvreté qui est réelle, c’est qu’ici c’est pratiquement impossible de mourir de faim. Il y a des banques alimentaires, il y a des jardins communautaires, il y a des soupes populaires. Plusieurs avaient peur de vivre cela dans leur pays. Pour eux, c’est une grande amélioration. Pour certains, c’est un choix l’immigration, pour d’autres, non. De plus, les réfugiés ne choisissent pas le pays où ils vont s’établir. Ce qui compte pour eux c’est de partir ailleurs dans un endroit sûr.

- Les États-Unis veulent restreindre l’immigration, mais ils continuent à projeter dans le monde l’image qu’ils sont les plus riches. Donc, il y a un rêve. Si en plus les gens vivent toutes les contraintes qui ont été dites, c’est une issue, ou l’autre possibilité, c’est qu’ils n’ont pas ces contraintes, mais ils voudraient améliorer leur vie pour leurs enfants. Donc, ils sont prêts à faire des sacrifices de leurs coutumes, de leurs traditions, en espérant en garder le plus possible. Mais inévitablement, ils vivent de grandes déceptions. J’ai vécu deux expériences d’accueil de réfugiés. L’un deux avait rédigé un rapport sur les droits humains au Zaïre de Mobutu, les milices avaient mis le feu chez-lui et il avait perdu des enfants. Ils se sont sauvés dans un pays voisin, où il a été agressé au couteau, sans mourir. Finalement, ils se sont retrouvés dans un camp de réfugiés du Haut Commissariat qui les a envoyés au Canada. Sa vie et celle de sa famille étaient menacées. L’autre cas, c’est un Algérien qui est venu ici à l’époque de la guerre civile parce qu’il ne voulait pas prendre les armes contre ses compatriotes, un objecteur de conscience. Ici, il a défendu un millier d’Algériens que le Canada voulait renvoyer là-bas, et ils voulaient le déporter parce qu’il a été un porte-parole. Il s’est retrouvé chez-nous dans l’Église. Il a été emprisonné aux États-Unis parce que le Canada l’a déporté parce qu’il était entré par un poste frontière terrestre. En raison de la loi sur un tiers pays sûr, il a fait de la prison aux États-Unis. Il y a été reconnu comme un réfugié au sens de la Convention de Genève et il y a été reçu à l’époque de Georges Bush fils, parce qu’ils ont un vrai tribunal d’appel aux États-Unis. Après quelques années, il a réussi à rentrer ici, mais il est déçu ici aussi parce qu’en Algérie, il avait une formation universitaire comme enseignant du français. Il ne trouve pas de travail parce qu’il doit se requalifier dans ses diplômes et il se retrouve chauffeur de taxi à Montréal. Présentement, il ne doit pas être bien heureux avec ce qui se passe avec l’histoire des permis de taxis. Ce sont parfois des drames qui se vivent à travers les récits d’immigration. Pour d’autres, cela va très bien.


 Évaluation

Concernant l’immigration, c’est d’abord ici de l’immigration économique de travailleurs et travailleuses. Je viens du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pour nous l’immigration est un phénomène assez tardif. Au début du 20ème siècle, les gens se promenaient beaucoup pour trouver du travail en Abitibi, dans le Nord de l’Ontario. Après la Guerre, cela s’est refermé. En fait, les pays et les civilisations bougent beaucoup quand on regarde tous les éléments. Je suis à l’origine d’une région où il y a eu passablement de mélanges avec les Premières Nations. Dans ma famille ce fut avec les Innus et les Abénakis, un peu avec les Cris aussi. Pour avoir beaucoup sur le sujet, on se rend compte que la notion de migrants nous révèle que nous sommes un peuple d’immigrants, sauf pour ce qui est des autochtones. Ceux-ci étaient de plus des peuples nomades. Tout cela pour dire que les migrations sont présentes depuis l’aube de l’humanité et cela continue. J’ai aimé les discussions que nous avons eues.

- J’ai trouvé cela enrichissant, même si je suis encore un peu mêlée. J’ai aimé les discussions que nous avons eues. J’ai hâte de voir quelles seront les suites. Il y a des choses qui vont peut-être s’éclaircir en allant à la Marche de solidarité avec les migrantes et les migrants?

- Nous avons sorti de beaux slogans: « Humains sans frontière », « Vouloir pour l’autre ce qu’on voudrait pour soit. » «Aime ton prochain comme toi-même. » Cela va dans le sens d’émission de messages positifs et d’harmonie. On fait quelque chose ensemble en solidarité plutôt que d’aller contre quelque chose. Je trouve que cela va bien avec l’esprit que nous voulons pour le rassemblement. C’était bien.

 

Marche de solidarité avec les migrantes et les migrants le samedi 4 mai à Québec. Il y avait une centaine de participantEs.

- J’ai aimé la journée et je suis contente d’être venue. Cela tombait bien. C’est une année où pour différentes raisons, le mot passage revenait beaucoup dans mes pensées des derniers jours. J’ai apprécié la présence de la couverture amérindienne avec les symboles. Cela parle autrement à notre corps. Je me suis dit : C’est quelque chose que je pourrais faire avec d’autres. L’animation vient d’une proposition de Développement et Paix. Cette journée vient me rappeler, d’une autre manière, quand on parle de mobilité sociale, les gens pensent à ascenseur social. Donc, l’idée est de monter. Mais tout ce qu’on raconte aujourd’hui, ce n’est pas cela. C’est comment on se brasse sur une planète ronde ? Comment on brasse nos lieux de vie, nos générations, et le temps qui nous donner sur Terre? Ce n’est pas dans une échelle, c’est sur une planète. Comment est-ce qu’on peut se ramener-là ? Comment faire pour qu’on débarque de l’approche d’échelle avec l’idée que tu es supposé monter, mais on te met partout des plafonds de verre ? Comment aussi est-ce qu’on sort de la croissance sans limite pour s’en aller vers quelque chose où on peut espérer bouger sur une Terre dont on reste l’ami et qui reste notre amie ? C’est cela que je vais apporter avec moi.    

- Jorge Sarramago, prix Nobel de littérature, décédé il y a quelques années, un Portugais des Açores, a écrit : « La croissance matérielle est terminée, mais cela n’empêche pas toutes les autres formes de croissances : la littérature, la danse, le théâtre, l’amitié, l’enseignement, les arts, la culture, la musique, le temps passé ensemble, etc. Les relations humaines peuvent croître à l’infini, mais la croissance matérielle doit s’arrêter et cela ne signifie pas la fin de notre évolution. »

- Comment peut-on rester dans un coin sur une planète ronde ? Comme slogan : « La Terre est ronde, ne restons pas dans notre coin! »

- La base de la spiritualité autochtone, c’est le cercle.

- C’est bon de faire appel à l’humour. J’aime ça rire dans une manifestation.

- Tout cela se passe pendant qu’un Québécois de Québec tourne en orbite autour de la Terre.

- « À 250 km d’altitude, on fait le tour de la Terre en 56 minutes. » Une chose dont on peut faire le tour en 56 minutes signifie que nous sommes dans un monde commun.

- Les premiers textes nous ont bien amenés sur notre sujet. Pour la Bible, nous aurions pu choisir un texte xénophobe et un texte ouvert aux migrants. Pour la dernière partie, nous n’avons pas fait de pancartes, mais nous avons des thèmes intéressants. Nous avons échangé à différents niveaux par rapport à la question de la migration forcée.

Notes transcrites par Yves Carrier


Communiqué de presse

MARCHONS ENSEMBLE

Solidarité avec les personnes migrantes

Québec, le 2 mai 2019. – Alors que de multiples bouleversements forcent des millions de personnes à travers le monde à quitter leur domicile, les Québécoises et Québécois ont l’occasion de leur manifester leur solidarité dans une grande marche qui aura lieu le samedi 4 mai.

Des millions de réfugiés climatiques – plus de 250 millions d’ici 30 ans selon l’ONU – viendront gonfler les cohortes de personnes migrantes poussées sur les routes par les guerres, la pauvreté ou la famine et habitées par l’espoir d’un monde meilleur.

Des millions d’autres partent de leur propre gré, motivées par le désir d’une vie meilleure. Le monde est le théâtre de vastes mouvements de population. Y a-t-il une crise des migrations? Il y a certainement trop de migrations forcées. Nous pouvons agir.

Agir

En marchant dans la solidarité, nous voulons faire savoir que nous sommes solidaires des personnes en déplacement. Nous voulons développer parmi nous, résidents de toutes origines, une culture de la solidarité et du partage. Nous voulons offrir à toutes les Québécoises et les Québécois l’occasion de poser un geste d’accueil et d’ouverture.

Nous voulons aussi dire à nos gouvernements qu’ils doivent agir sur les causes des migrations forcées, par des lois orientées vers la justice économique, par des accords internationaux plus équitables, et en posant les actions nécessaires face aux changements climatiques.

Nous voulons dire à nos gouvernements qu’ils doivent respecter leurs engagements par rapport aux droits humains en facilitant l’accueil des personnes migrantes. L’apport de la diversité est important non seulement pour notre avantage économique, mais plus encore pour notre enrichissement culturel et humain. Il faut célébrer la beauté du monde!

Marcher

Quand: le samedi 4 mai à 14:00.

Où : à la Place d’Youville. La marche empruntera plusieurs rues du Vieux-Québec; elle sera ponctuée de quelques prises de parole dont un arrêt à l’Assemblée Nationale.

Qui : événement familial, toute la population est invitée.

Organisé par Développement et Paix, La ligue des droits et libertés – Section de Québec, le CAPMO, Initiatives et changement, le Cercle citoyen au cœur de Ste-Foy, le Centre culturel islamique de Québec, Unité Québec, le Groupe d’action en écologie intégrale NDF, la Coordination des actions à Québec contre le racisme.