Ça roule au CAPMO - Mai 2020, Année 21, Numéro 09

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Prospectives économiques

Une victime qui ne se relèvera pas de si tôt de cette pandémie, c’est le tourisme de masse. Cela inclut les compagnies aériennes, les chaînes hôtelières et les flottes de paquebots. Cela affectera surtout les économies des pays de la mer des Caraïbes et du Sud-est asiatique. L’industrie aéronautique a aussi le couteau sur la gorge, plus personne ne prend l’avion.

Avec la mise sur pause de l’économie, l’industrie du pétrole de schiste et des sables bitumineux s’effondrent ainsi que la valeur du dollar qui est associé. Les banques et les fonds de placements perdent des fortunes. L’impression de billets verts par nos gouvernements correspond à une dévaluation de la monnaie. Ceci nous rend vulnérables à des prises de possessions étrangères, mais comme tous les pays sont dans le même cas, ce ne sera pas le premier problème que nous aurons à affronter.

L’industrie agricole doit se réinventer pour nourrir la planète de façon durable. Les élevages intensifs sont appelés à disparaître car ce sont des foyers d’infection pour les futurs virus. L’industrie du maïs et du soya transgéniques qui nourrit ces bêtes s’arrêtera brutalement faute de débouchés.   L’alimentation végétarienne est appelée à devenir la norme et la viande un produit de consommation occasionnel. Cela permettra de nous recentrer sur une agriculture locale avec de petites fermes tournées vers les marchés nationaux. 

Tous ces facteurs et de nombreux autres sonnent la fin d’une époque de course à la destruction globale. Le maire de Québec dit que les couples n’auront bientôt plus besoin d’une deuxième voiture alors que le ministre Fitzgibbon explique que rien ne sera plus comme avant et que le télétravail est là pour rester. Cette nouvelle réalité impose le changement de paradigme de notre modèle de production et de consommation. Tant mieux pour ceux et celles qui s’y étaient préparés, ils seront plus heureux.

Le néolibéralisme et la privatisation des services publics ont du plomb dans l’aile. Il faudrait que les tenants de cette vieille idéologie du « chacun pour soi » changent leur logiciel d’interprétation de la réalité et que les facultés d’administrations fassent du ménage dans leurs bibliothèques. La nationalisation redevient un mot à la mode.

Le télétravail permettra de réduire les embouteillages, d’économiser des frais aux familles qui auront plus de temps à consacrer à leurs proches et à leurs projets personnels. Les phantasmes d’agrandissement d’autoroutes sont mis sur pause, on devrait faire de même avec la 5G qui est une immense menace pour l’environnement.

Les RB&B qui accaparaient le marché locatif à Montréal, Québec et Ottawa, vont faire faillite. Il y aura donc de nombreux logements disponibles dans les prochains mois. Les constructions de tours de logement par contre risquent de souffrir des mesures de distanciation sociale, de même que les résidences pour personnes âgées. Les aînés vont chercher à demeurer chez eux le plus longtemps possible ou à s’associer à leur progéniture dans des maisons bi-générationnelles.

Yves Carrier

 


 

Table des Matières :

Spiritualité et citoyenneté

La fin d'un monde

Un message de White Eagle

L’auto-défense de la Terre

Dialogue avec l’Univers...

Cardinal Charles Bo

Le 21ème siècle est commencé

Défense du président Maduro

Calendrier


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Spiritualité et citoyenneté

UNE AUTRE FIN DU MONDE EST POSSIBLE.

Au temps du coronavirus, ce livre de Pablo Servigne, écrit en 2018 avec Raphael Stevens et Gauthier Chapelle, semble d’actualité. Il serait, cet auteur, co-fondateur de la collapsologie, de la collapsosophie et d’une collapsopraxis encore à venir, qu’il projette dans cette dernière livraison d’une trilogie dont chaque terme néologique cité plus haut, dans l’ordre, est le sujet. Collapse, en anglais, signifie effondrement; donc, science de l’effondrement, philosophie de celui-ci, et pratique de l’effondrement, dans le sens, peut-être marxiste, je l’ignore, où une pratique alimente une théorie qui guide la pratique dans un mouvement dialectique à la mode hégélienne ou scientiste : cela renvoie à ce qu’il faut faire à petite ou grande échelle, la géo-ingénierie ou la manipulation du climat, pour contrer l’effondrement.

Cette pensée s’inspire de Jared Diamond, auteur lui aussi d’une trilogie dont le premier tome s’intitule justement collapse. Cette œuvre a été pour G.W. Bush un livre de chevet. Il raconte comment un mépris des conditions écologiques peut entraîner l’effondrement d’une civilisation. Mais faut-il en faire une science? Il y a encore une réflexion à faire, des leçons à tirer. Oui, des civilisations s’effondrent. C’est souvent lié à des facteurs humains, des conditions climatiques, des causes internes ou externes. Il y a des conflits qui surviennent et des adaptations à faire. Le climat joue un rôle important, et la maladie aussi; et, parfois, il y a corrélation, causalité ou coïncidence; et il y a aussi des guerres, des invasions, des conquêtes, des génocides.

Je ne sais quel auteur, peut-être Diamond, a soutenu que des élites, défendant leurs privilèges alors que les conditions changent, sont responsables des effondrements. L’environnement aurait tendance, selon l’anarchiste Kropotkine, à souder les communautés et à leur faire trouver ensemble des solutions. Cela rejoint l’idée de Marsile de Padoue selon laquelle la sagesse du peuple est plus à même que celle des élites pour corriger les situations qui le préoccupent.

Servigne, convoque en outre Carl Gustav Jung et Gilles Deleuze pour le soutenir. On s’approche de la spiritualité avec le premier qui interpelle un « guerrier de lumière » « combattant ses propres ombres ». Je pense à Mombourquette et à la part d’ombre qui est en nous. Servigne cite également Gilles Deleuze et son trio de joyeux compères : « concepts, affects, percepts ». Ils correspondent à l’union de plusieurs dimensions : « une théorie, un imaginaire et un nouveau rapport au monde qui s’expérimente dans l’action politique ». Cela ne vous rappelle rien! Ben voyons. Voir, juger, agir, de l’action catholique; savoir, être et vouloir, de Maurice Blondel; «  Je suis la voie, la vérité, la vie » d’un célèbre prophète; ou même Kant, Critique de la raison pure, Critique de la raison pratique, Critique de la faculté de juger.

Quelques dernières remarques au sujet de Servigne. Selon lui, Marx néglige la question de l’environnement et de la terre. Pour Marx, la richesse est essentiellement liée au rapport entre capital et travail. Ce n’est pas tout-à-fait vrai. Le problème provient surtout des épigones de Marx qui l’ont pourtant lu, alors qu’il a écrit au sujet de la rente différentielle 1 (RD1), liée à la productivité de la terre. Quant à la scientificité de cette nouvelle science qui tend à aller chercher des faits qui confirment sa théorie, eh bien, il ne sait pas. La science est peut-être à construire. Sinon, elle ne sera pas, ou ne sera qu’une approche méthodologique.

Source : Philosophie magazine, février 2020.Robert Lapointe.

 


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La fin d'un monde

Francine Bordeleau, 30 avril 2020

 

Ce mercredi 15 avril, vers l’heure du couchant, le ciel était bas et alourdi par des nuages chargés d’une neige floconneuse et mouillante, de cette neige plus habituelle au Mercredi des Cendres ou durant l’Avent qu’après Pâques. Au même moment s’entendait, lugubre, ironique, voire un brin menaçant, le croassement de corvidés qui volaient effrontément autour des rares passants.

Le lendemain, lors de son point de presse quotidien, Justin Trudeau remarquait les flocons qui vire voltaient dans le ciel d’Ottawa.

Et c’est ainsi que pendant une bonne semaine, l’hiver semblerait renaître. Comme si, alors que le pays avait été mis en hibernation, le printemps ne s’était pas senti bienvenu. Ou avait décidé de rester discret, afin que le dehors ne soit pas trop invitant pour les confinés.

Mais les saisons finissent toujours par reprendre leurs droits. Il en est de même pour le temps – ce temps devenu immobile qui passe néanmoins si vite. Et après avoir été « mis sur pause » très exactement le 16 mars, le Québec pourrait ressusciter à un rythme lent, « graduellement ».

 

Une plongée dans l’inédit

À la veille de l’arrivée de vingt-vingt se propageaient en Occident les rumeurs de l’apparition d’un nouveau virus venu de Chine. Le danger se précisa avec les millions de déplacements et de voyages qui caractérisent les célébrations du Nouvel An chinois : l’année du rat, en l’occurrence, et qu’est-ce qu’un rat dites-moi, sinon une chauve-souris sans ailes?

Le 24 février, soit un mois plus tard, et alors que le Québec n’avait toujours pas de cas confirmé (le Canada avait enregistré son premier cas le 25 janvier), le caricaturiste André-Philippe Côté dessinait dans Le Soleil un Petit Prince qui, juché sur sa minuscule planète en forme de coronavirus, implorait un scientifique en sarrau : « Dessine-moi un vaccin! »

Le Courrier international a ensuite repris dans ses pages ce dessin incroyablement prémonitoire publié une quinzaine de jours avant quel’Organisation mondiale de la Santé donne à la COVID-19 le statut de pandémie.

Le 23 janvier, la ville de Wuhan, épicentre de l’épidémie, était mise en quarantaine. Wuhan, ce n’est pas un village de campagne, mais bien une métropole de 8,5 millions d’habitants!

L’Occident a pu assister, médusé, à une première expérience contemporaine de confinement à grande échelle. L’Italie, l’Espagne, la France, les États-Unis ont emboîté le pas, en mars, avec des confinements partiels de leur population.

Le gouvernement Legault, lui, a fait fort en décrétant dès le 15 mars la fermeture des lieux de loisirs et de divertissement, une mesure précédée notamment de la fermeture des écoles et de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire.

Et le mardi 17 mars, jour de la Saint-Patrick et de quasi-tempête hivernale, les usagers du Réseau de transport de la Capitale commençaient à embarquer dans les bus par la porte arrière… et sans payer.

Dans la foulée, un nouveau tandem, « Les Horacio-Legault », était né et obtenait un succès médiatique sans précédent.

 

La valse des milliards

En fait en une petite dizaine de jours, c’est fou ce qui nous a été enlevé quotidiennement, et c’est fou, aussi, la vitesse à laquelle on s’est habitués à une vie bizarre et même, pour d’aucuns, misérable.

Car – et c’est irréfutable –une crise sanitaire a toujours pour effet d’accroître les disparités. « Mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade », disait Yvon Deschamps, le doyen des humoristes québécois, et c’est encore plus vrai dans un monde covidisé. Le confinement est plus vivable dans une belle grande maison de banlieue que dans un appartement trop petit et mal insonorisé du centre-ville.

Au moins, les gouvernements provincial et fédéral auront agi promptement pour réduire le stress occasionné par l’arrêt de l’activité économique.

Du côté d’Ottawa, les mesures d’aide adoptées à l’intention des individus et des entreprises totalisaient, en date du 30 avril, autour de 350 milliards de dollars. Les champlures ont été ouvertes largement, dans le but de continuer à faire rouler les restants de l’économie. La Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui donne droit à un montant mensuel (imposable) de 2000 $ pendant quatre mois, un paiement spécial du crédit d’impôt pour la TPS et des prêts sans intérêt aux locataires en sont de bons exemples.

Du côté provincial, on retiendra l’instauration de primes pour les travailleurs qui assurent des services essentiels et qui gagnent moins de 2000 $ par mois, comme les préposés aux bénéficiaires, ou encore l’abolition des frais de retard pour les sommes dues à Hydro-Québec depuis le 23 mars, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

 

Un bateau qui prend l’eau

Toutes ces mesures visent, c’est bien évident, à prévenir à court terme une crise dans la crise. Mais ce qui est tout aussi évident, c’est que la « relance » de l’économie ne se fera pas sans heurts.

Y aura-t-il ruée dans les commerces qui peuvent commencer à rouvrir leurs portes? Rien n’est moins sûr. Juste les consignes de distance physique, qui resteront en vigueur pendant un bon moment encore, ne permettront d’ailleurs pas un fort achalandage dans les magasins, centres d’achat et restaurants.

Et parmi les travailleurs qui bénéficient actuellement de la PCU, combien ne retrouveront pas leur emploi?

Les grands événements sportifs et culturels, sources intéressantes de revenus, sont annulés au moins jusqu’au 31 août.

Les abattoirs du Québec fonctionnent au ralenti, au point où des producteurs risquent de devoir euthanasier leurs bêtes. En fait, le secteur agricole dans son ensemble n’a pas été épargné, et une crise alimentaire est à craindre.

Et cetera.

Pour finir, il faut s’attendre à une longue période d’austérité, parce qu’il faudra bientôt s’atteler à renflouer les caisses étatiques.

« Profitez de la guerre, car la paix sera terrible », disait-on à Berlin en 1945, aux derniers jours du nazisme. « Profitez de la crise, car la reprise sera terrible », aurait-on envie de dire aujourd’hui.

 

 


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Un message de White Eagle, de la nation Hopi

le 16 mars 2020, Studio Wakan, Chamanisme, page facebook

Ce que l'humanité traverse en ce moment peut être considéré comme un portail et un trou noir. La décision de tomber dans le trou noir ou de passer par le portail dépend de vous. S'ils se repentent du problème et consomment les informations 24 heures sur 24, avec peu d'énergie, nerveux tout le temps, avec pessimisme, ils tomberont dans le trou. Mais si vous saisissez cette occasion pour vous regarder, repenser la vie et la mort, prendre soin de vous et des autres, vous traverserez le portail. Prenez soin de votre maison, prenez soin de votre corps.

Connectez-vous avec le corps central de votre maison spirituelle. Connectez-vous à l’égrégore de votre foyer spirituel. Corps, maison, corps moyen, maison spirituelle, tout cela est synonyme, c'est-à-dire la même chose. Lorsque vous en prenez soin, vous vous occupez de tout le reste. Ne perdez pas la dimension spirituelle de cette crise, ayez l'aspect de l'aigle, qui d'en haut, voit le tout, voit plus largement. Il y a une demande sociale dans cette crise, mais il y a aussi une demande spirituelle.

Les deux vont de pair. Sans la dimension sociale, nous tombons dans le fanatisme. Mais sans la dimension spirituelle, nous tombons dans le pessimisme et le manque de sens. Vous étiez prêt à traverser cette crise. Prenez votre boîte à outils et utilisez tous les outils à votre disposition. Apprenez-en davantage sur la résistance des peuples autochtones et africains: nous avons toujours été et continuons d'être exterminés. Mais nous n'avons toujours pas cessé de chanter, de danser, d'allumer un feu et de nous amuser.

Ne vous sentez pas coupable d'être heureux pendant cette période difficile. Vous n'aidez pas du tout en étant triste et sans énergie. Cela aide si de bonnes choses émanent de l'Univers maintenant. C'est par la joie que l'on résiste. De plus, lorsque la tempête passera, vous serez très important dans la reconstruction de ce nouveau monde. Vous devez être bien et fort. Et, pour cela, il n'y a pas d'autre moyen que de maintenir une vibration belle, heureuse et lumineuse. Cela n'a rien à voir avec l'aliénation. Il s'agit d'une stratégie de résistance.

Dans le chamanisme, il existe un rite de passage appelé la quête de la vision. Vous passez quelques jours seul dans la forêt, sans eau, sans nourriture, sans protection. Lorsque vous passez par ce portail, vous obtenez une nouvelle vision du monde, car vous avez affronté vos peurs, vos difficultés ... C'est ce qu'on vous demande. Laissez-les profiter de ce temps pour effectuer leurs rituels de recherche de vision. Quel monde voulez-vous vous construire? Pour l'instant, voici ce que vous pouvez faire: la sérénité dans la tempête. Calmez-vous et priez. Tous les jours. Établissez une routine pour rencontrer le sacré tous les jours. De bonnes choses émanent, ce que vous émanez maintenant est la chose la plus importante. Et chantez, dansez, résistez par l'art, la joie, la foi et l'amour. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Coronavirus : l’autodéfense de la Terre

Leonardo Boff, Amerindia, 1 avril 2020

La pandémie du coronavirus nous révèle que la façon que nous habitons la Maison commune est pernicieuse à sa nature. La leçon qu’elle nous transmet résonne ainsi : Il est impératif de reformater notre mode de vie sur une planète vivante. Elle nous avise que de la façon dont nous nous comportons ne peut pas continuer. Dans le cas contraire la Terre elle-même se libérera de nous, des êtres excessivement agressifs et maléfiques pour le système vie.

En ce moment, devant le fait d’être au milieu d’une guerre globale, il est important que nous soyons conscients de la relation que nous avons avec elle et de la responsabilité qui nous incombe dans la destinée commune de cette Terre vivante et de l’humanité.

Accompagnez-moi dans mon raisonnement: L’Univers existe depuis 13,7 milliards d’années lorsqu’est survenu le Big Bang. La Terre a 4,4 milliards d’années. La vie est apparue il y a 3,9 milliards d’années. L’être humain, il y a 7 ou 8 millions d’années. Nous, l’homo sapiens demens, il y a 100 000 ans. Tout cela, l’Univers, la Terre et nous-mêmes, sommes formés des mêmes éléments physico-chimiques (près de 100) qui furent forgés, comme dans un haut fourneau, à l’intérieur des grandes étoiles rouges pendant 2 à 3 milliards d’années, il y a 10 à 12 milliards d’années.

La vie, tout probablement, a commencé à partir d’une bactérie originelle, mère de tous les vivants. S’en suivit un nombre inimaginable de micro-organismes.  Edward O. Wilson, peut-être le plus grand biologiste vivant, nous dit que dans un seul gramme de terre vivent près de 10 milliards de bactéries, provenant de près de 6 000 espèces différentes (La creación: cómo salvar la vida en la Tierra, 2008, p. 26). Imaginons la quantité incalculable de ces micro-organismes sur toute la Terre, considérant que seulement 55% de la vie est visible et que 95% demeure invisible à nos yeux : le règne des bactéries, des moisissures et des virus.

Vous me suivez toujours dans mon raisonnement? Aujourd’hui, depuis 2002, est considéré comme un fait scientifique, quand James Lovelock et son équipe démontrèrent devant une communauté scientifique de milliers d’experts réunis en Hollande, que la Terre non seulement a de la vie sur elle, mais qu’elle est vivante. Elle apparaît comme un Être vivant, non pas comme un animal, mais comme un système qui régule les éléments physico-chimiques et écologiques, comme le font les autres organismes vivants, de telle sorte qu’elle demeure vivante et qu’elle continue de produire une myriade de formes de vie. Ils l’appelèrent Gaïa.

Une autre donnée qui change notre perception de la réalité: Dans la perspective des astronautes, depuis la Lune ou d’un vaisseau spatial, ainsi en témoignèrent plusieurs d’entre eux, il n’existe pas de distinction entre la Terre et l’humanité. Les deux forment une entité unique et complexe. Selon les mots de Carl Sagan, si on parvenait à prendre une photographie de la Terre en pénétrant dans le système solaire, elle apparaîtrait comme un « pâle point bleu ». Nous sommes à l’intérieur de ce pâle point bleu comme cette portion de la Terre qui, en un moment de haute complexité, commença à sentir, à penser, à aimer et à se percevoir comme faisant partie d’un Tout plus grand.

C’est pourquoi, nous-autres, hommes et femmes, sommes la Terre. En effet homme provient du mot humus (terre fertile), ou Adam signifie terre arable.

Malheureusement nous avons oublié que nous sommes une portion de la Terre et nous avons commencé à saccager ses richesses dans le sol, le sous-sol, dans l’air, dans la mer et partout. L’humanité cherchait à réaliser le projet téméraire d’accumuler le plus possible de biens matériels pour la jouissance des hommes, en réalité pour celle d’une petite portion toute puissante et richissime de l’humanité. Et c’est en fonction de cet objectif qu’ont été orientées la science et la technologie, mais en nous attaquant à la Terre, nous nous sommes attaqués nous-mêmes qui sommes la Terre pensante. La cupidité de ce petit groupe vorace est parvenue si loin qu’elle se sent épuisée au point d’avoir atteint ses limites infranchissables. C’est ce que techniquement nous appelons la Surcharge de la Terre (the Earth overshoot). Nous extrayons d’elle davantage qu’elle ne peut donner. Alors, elle nous donne des signes qu’elle est malade, quelle a perdu son équilibre dynamique, qu’elle se réchauffe de manière croissante, que des ouragans se forment et que des tremblements de Terre se produisent, qu’il y a des chutes de neige jamais vues, des sécheresses prolongées et des inondations dévastatrices.

Davantage encore, elle libère des micro-organismes comme le Sars, l’Ébola, le dengue, le chikungunya et maintenant le coronavirus. Ce sont des formes de vie des plus primitives, presque au niveau des nanoparticules, seulement détectables avec de puissants microscopes électroniques. Mais ils peuvent éliminer l’être le plus complexe que la Terre ait produit et qui fait partie d’elle-même, l’être humain, homme et femme, peu importe son rang social.

Jusqu’à maintenant le coronavirus ne peut pas être détruit, nous ne pouvons qu’essayer d’empêcher sa propagation. Mais il produit une déstabilisation générale de la société, de l’économie, de la politique, de la santé, des coutumes, et jusque dans l’échelle des valeurs établies.

Alors nous nous sommes réveillés stupéfaits et perplexes: cette portion de la Terre que nous sommes peut disparaître. En d’autres mots, la Terre elle-même se défend contre la partie rebelle et malade d’elle-même. Elle peut se sentir obligée d’effectuer une amputation comme nous le ferions d’un membre nécrosé. Sauf que cette fois, c’est toute cette portion considérée comme intelligente et aimante que la Terre ne désire plus avoir et qu’elle a entrepris d’éliminer.

Ainsi sera la fin de cette espèce vivante qui, avec sa singularité d’être consciente d’elle-même, est une parmi des millions d’autres espèces vivantes, qui font également partie de la Terre. Celle-ci continuera de tourner autour du Soleil, appauvrie, jusqu’à ce que surgisse un autre être qui soit également l’expression de ce qu’elle est, capable de sensibilité, d’intelligence et d’amour. À nouveau cet être parcourra un long chemin pour modeler la Maison commune, avec d’autres formes de relations, souhaitons les meilleures que celles que nous avons façonnées. 

Serons-nous capables d’entendre le message que le coronavirus nous envoie ou continuerons-nous à faire davantage la même chose, blessant la Terre en nous blessant dans la soif de nous enrichir ?

 

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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Un dialogue entre l’Univers et notre petit virus Corona

Corona : Univers, Pourquoi me mettre dans le pangolin ?

✨:   Cet animal, Corona, est en voie d’extinction. Et pourtant les hommes continuent de le braconner et de le manger... Ce sera la 1ère étape de ma leçon.

Corona : D’accord Univers. Pourquoi tu veux que ça commence en Chine?

✨ :  La Chine est le symbole de la mondialisation et de la production de masse, petit. Ce pays est surpeuplé, il produit en masse et pollue en masse...

Corona: C’est vrai univers... Mais en même temps c’est parce que les autres pays y ont un intérêt financier aussi non ?

✨ :  Oui, petit, c’est pour cela que ta mission va être de te répandre partout dans le monde, et principalement dans tous les pays concernés par ce système, l’Europe, les US, les pays producteurs de pétrole...

Corona: Quelle forme vas-tu me donner univers ?

✨ :  Celle d’un virus qui va principalement infecter les voies respiratoires.

Corona : Mais pourquoi univers?

✨:   Petit, vois-tu de nos jours, les hommes mettent en danger la planète. La pollution est devenue trop importante mais l’humanité n’en mesure pas l’ampleur. Quoi de plus symbolique que la respiration, petit, tu comprends ?

Corona : Oui mais ça veut dire que je vais être dangereux univers?

✨ : Tu ne le seras pas plus que plein d’autres maladies existantes, petit, et tu le seras bien moins que la pollution elle-même qui génère des milliers de morts ! Mais la différence c’est que toi, tu seras visible...

Corona : D’accord univers. Mais tu crois que ça va marcher ton truc là alors, je comprends pas comment?

✨ : Tu as raison, petit. C’est pour cela que je vais te rendre très contagieux. Tu vas vite te propager. La vitesse de propagation sera bien supérieure à ta dangerosité.

Corona : Ok mais alors si je suis pas si dangereux, tu crois qu’ils vont avoir peur de moi?

✨:   Oh, petit, oui fais-moi confiance. C’est sur cela d’ailleurs que je compte pour faire évoluer les mentalités : la peur.  Ce n’est que quand l’homme a peur, qu’il peut changer ensuite...

Corona : Tu crois ?

✨ :  Oui, petit, et je vais ajouter tout un contexte pour amplifier la peur et les prises de conscience.

Corona : Quoi univers...?

✨:   La peur va tellement prendre le dessus que l’on confinera les gens chez eux, tu verras. Le monde sera à l’arrêt. Les écoles seront fermées, les lieux publics, les gens ne pourront plus aller travailler. Les croisières, les avions, les moyens de transport seront vides..

Corona: Oh! La, la, Univers, tu vas loin, mais qu’espères-tu de cela ?

✨ :   Que le monde change, petit ! Que Terre-mère soit respectée ! Que les gens prennent conscience de la bêtise humaine, des incohérences des modes de vie et qu’ils prennent le temps de réfléchir à tout cela ... Qu’ils arrêtent de courir, découvrent qu’ils ont une famille et des enfants et du temps avec eux. Qu’ils ne puissent plus recourir aux suractivités extérieures car elles seront fermées. Se reconnecter à soi, à sa famille, ça aussi, petit, c’est essentiel...

Corona : Ok mais ça va être dangereux, l’économie va s’effondrer....

✨ :   Oui petit, il y aura de grosses conséquences économiques. Mais il faut passer par là. C’est en touchant à cela aussi que le monde, je l’espère, va prendre conscience de ses incohérences de fonctionnement. Les gens vont devoir revenir à un mode de vie minimaliste, ils vont devoir retourner au local, et je l’espère à l’entre-aide..

Corona : Comment vais-je me transmettre ?

✨:   Par le contact humain.. Si les gens s’embrassent, se touchent...

Corona : Bizarre univers, là je ne te suis pas, tu veux recréer du lien mais tu éloignes les gens ?

✨ :   Petit, Regarde aujourd’hui comment les hommes fonctionnent. Tu crois que le lien existe encore ? Le lien passe par le virtuel et les écrans. Même quand les hommes se promènent, ils ne regardent plus la nature mais leur téléphone... A part s’embrasser il ne restait plus grand chose du lien... alors je vais couper ce qui leur restait de lien et je vais exagérer leur travers ... en restant confinés chez eux, fort à parier qu’au départ ils se régalent des écrans mais qu’au bout de plusieurs jours ils satureront... lèveront les yeux.. découvriront qu’ils ont une famille, des voisins ... et qu’ils ouvriront leur fenêtre pour juste regarder la nature ...

Corona : Tu es dur Univers, tu aurais pu alerter avant de taper aussi fort…

✨:   Mais corona, avant toi j’ai envoyé plein d’autres petits ... mais justement c’était trop localisé et pas assez fort...

Corona : Tu es sur que les hommes vont comprendre cette fois alors ?

✨ :  Je ne sais pas corona... je l’espère... mère-terre est en danger... si cela ne suffit pas, je ferai tout pour la sauver, il y a d’autres petits qui attendent ... mais j’ai confiance en toi Corona... et puis les effets se feront vite sentir ... tu verras la pollution diminuera et ça fera réfléchir, les hommes sont très intelligents, j’ai aussi confiance en leur potentiel d’éveil... en leur potentiel de création de nouveaux possibles ... ils verront que la pollution aura chuté de manière exceptionnelle, que les risques de pénurie sont réels à force d’avoir trop délocalisé, que le vrai luxe ce n’est plus l’argent mais le temps... il faut un burnout mondial, petit, car l’humanité n’en peut plus de ce système mais est trop dans l’engrenage pour en prendre conscience... à toi de jouer...

Corona: merci Univers... alors j’y vais …

Nathalie Sené, l’Art d’être soi

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Le régime chinois et sa culpabilité morale dans la contagion mondiale par le Covid

Déclaration du cardinal Charles Bo, archevêque de Yangon, Birmanie

4 avril 2020, L’Espresso, Italie

Vendredi dernier, le Pape François, face à une place Saint-Pierre vide, s’adressait à des millions de personnes dans le monde entier qui le voyaient sur leurs écrans de télévision et en ligne.  La place était vide mais partout, les cœurs étaient remplis non seulement de peur et de douleur mais aussi d’amour. Il nous a rappelé dans sa belle homélie Urbi et Orbi que la pandémie de coronavirus a uni notre humanité commune. « Nous nous sommes rendus compte que nous nous trouvions dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps importants et nécessaires, tous appelés à rester ensemble », a-t-il dit.

Aucun coin du monde n’est épargné par cette pandémie, aucune vie n’en est pas secouée.  Selon l’OMS, à ce jour, pratiquement un million de personnes ont été contaminées et plus de 40 000 en sont mortes.  Quand ce sera terminé, le bilan global des victimes pourrait s’élever à plusieurs millions.

Au sein de la communauté internationale, des voix s’élèvent déjà contre l’attitude négligente dont a fait preuve la Chine, particulièrement son despotique Parti communiste chinois (PCC) dirigé par son homme fort, XI [Jinping]. Le « London Telegraph » du 29 mars 2020 a donné l’information que le ministre de la santé britannique avait accusé la Chine de dissimuler la véritable dimension du coronavirus. Avec consternation, il a dénoncé la réouverture des marchés « humides » qui ont été identifiés comme la cause de la diffusion du virus. James Kraska, un professeur de droit renommé, a même écrit dans le dernier numéro de « War on the Rocks » que la Chine était légalement responsable du Covid-19 et que les demandes de dommages et intérêts pourraient s’élever à des milliers de milliards de dollars (« War on the Rocks », 23 mars 2020).

Un modèle épidémiologique de l’Université de Southampton a découvert que si la Chine avait agi de manière responsable, plus rapidement, une, deux ou trois semaines plus tôt, le nombre des malades du virus aurait été réduit respectivement de 66%, de 86% et de 95%. Leur échec a déchaîné une contamination mondiale qui tue des milliers de personnes.

Dans mon pays, le Myanmar, nous sommes extrêmement vulnérables. Situés à la frontière avec la Chine, d’où est parti le Covid-19, nous sommes une nation pauvre, dépourvue des ressources médicales et de la sécurité sociale dont disposent les pays plus développés. Au Myanmar, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées à cause des conflits et vivent dans des camps à l’intérieur du pays ou le long des frontières sans les services d’hygiène, médicaux et de soins adéquats. Dans des camps à ce point surpeuplés, il est impossible d’appliquer les mesures de « distanciation sociale » mises en œuvre par de nombreux pays. Si les systèmes de santé des pays les plus avancés au monde ont été dépassés, on peut imaginer les dangers pour un pays pauvre et plein de conflits comme le Myanmar.

Pendant que le monde entier compte ses morts, il faut se demander : qui est responsable ?  Bien sûr, on peut critiquer les autorités partout. De nombreux gouvernements sont accusés de ne pas s’être préparés au moment où ils ont vu émerger le coronavirus à Wuhan.

Mais il y a un gouvernement qui est responsable au premier titre, à cause de ce qu’il a fait et de ce qu’il a omis de faire, et il s’agit du régime du Parti communiste chinois à Pékin. Je voudrais ici être clair : c’est le PCC qui est responsable, pas le peuple de Chine et personne ne devrait répondre à cette crise par la haine raciale envers les Chinois. En effet, le peuple chinois a été la première victime de ce virus, tout comme il est depuis longtemps la principale victime de son régime répressif.

Il mérite notre sympathie, notre solidarité et notre soutien. Mais ce sont la répression, les mensonges et la corruption du PCC qui sont responsables.

Quand le virus est apparu pour la première fois, les autorités chinoises ont fait disparaître l’information. Au lieu de protéger leur population et de soutenir les médecins, le PCC a muselés ceux qui informaient. Pire encore, les médecins qui ont cherché à donner l’alerte – comme le docteur Li Wenliang de l’hôpital central de Wuhan qui a averti ses collègues médecins le 30 décembre – a été sommé par la police « d’arrêter de propager de fausses informations ». On a dit au docteur Li, un oculiste de 34 ans, qu’il allait faire l’objet d’une enquête pour « diffusion de fausses rumeurs » et il a été contraint par la police à signer une confession. Il est mort ensuite après avoir contracté le coronavirus.

Les jeunes journalistes de la ville qui ont tenté d’enquêter sur le virus ont disparu. Li Zehua, Chen Qiushi et Fang Bin font partie de ceux dont on pense qu’ils ont été arrêtés simplement pour avoir dit la vérité. Même le spécialiste en droit Yu Zhiyong a été arrêté après avoir publié une lettre ouverte critiquant la réponse du régime chinois.

Après que la vérité ait éclaté, le PCC a rejeté les premières offres d’aide. Le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies a été ignoré par Pékin pendant plus d’un mois et même l’OMS, bien que collaborant étroitement avec le régime chinois, a été tenue à l’écart dans un premier temps.

Mais par-dessus tout, il y a cette profonde inquiétude que les statistiques officielles du régime chinois ne minimisent de manière significative la portée de l’infection au sein de la Chine. Entretemps, le PCC a accusé l’armée américaine d’avoir provoqué la pandémie. Mensonges et propagande ont mis en danger des millions de vie à travers le monde.

La conduite du PCC est symptomatique de sa nature toujours plus répressive. Nous avons assisté ces dernières années à une répression intense de la liberté d’expression en Chine. Avocats, bloggeurs, dissidents et activistes de la société civile ont été arrêtés et ont disparu. En particulier, le régime a lancé une campagne contre la religion qui a mené à la destruction d’un millier d’églises et de croix et à l’incarcération d’au moins un million de musulmans ouïgours dans des camps de concentration. Un tribunal indépendant à Londres, présidé par Sir Geoffrey Nice QC, le même qui a jugé Slobodan Milosevic, accuse le PCC d’extraction forcée d’organes sur des objecteurs de conscience en prison. Et Hong Kong – autrefois l’une des villes les plus ouvertes d’Asie – a vu ses libertés, ses droits humains et l’état de droit fondre comme neige au soleil.

À travers sa gestion inhumaine et irresponsable du coronavirus, le PCC a apporté la preuve de ce que beaucoup pensaient jusque-là : il est une menace pour le monde. La Chine en tant que pays est une grande et ancienne civilisation qui a beaucoup contribué au monde au cours de l’histoire, mais ce régime est responsable, par ses négligences et ses répressions criminelles, de la pandémie qui envahit aujourd’hui nos rues.

Ce n’est pas le peuple chinois, mais son régime dirigé par le tout-puissant XI et par le PCC, qui nous doit des excuses à tous et qui devra rembourser les dégâts qu’il a causé. Au minimum, il devrait annuler la dette des autres pays pour couvrir le coût du Covid-19.  Pour le bien de notre humanité commune, nous ne devons pas avoir peur de demander à ce régime de rendre des comptes. Les chrétiens croient, avec les paroles de l’apôtre [Jean], que « la vérité nous rendra libres ». Vérité et liberté sont les deux colonnes sur lesquelles toutes nos nations doivent construire des bases plus sûres et plus fortes.


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Le 21ème siècle a commencé en 2020, avec l’entrée en scène du Covid-19

Jérôme Baschet, historien, Tribune d’opinion, Le Monde, 4 avril 2020

Les historiens considèrent volontiers que le XXe siècle débute en 1914. Sans doute expliquera-t-on demain que le XXIe siècle a commencé en 2020, avec l’entrée en scène du Covid-19. L’éventail des scénarios à venir est, certes, encore très ouvert ; mais l’enchaînement des événements déclenchés par la propagation du virus offre, comme en accéléré, un avant-goût des catastrophes qui ne manqueront pas de s’intensifier dans un monde convulsionné par les effets d’un réchauffement climatique en route vers 3°C ou 4°C de hausse moyenne. Se profile sous nos yeux un entrelacement de plus en plus étroit des facteurs de crise qu’un élément aléatoire, à la fois imprévu et largement annoncé, suffit à activer.

Effondrement et désorganisation du vivant, dérèglement climatique, décomposition sociale accélérée, discrédit des gouvernants et des systèmes politiques, expansion démesurée du crédit et fragilités financières, incapacité à maintenir un niveau de croissance suffisant : ces dynamiques se renforcent les unes les autres, créant une extrême vulnérabilité découlant du fait que le système-monde se trouve désormais dans une situation de crise structurelle permanente. Dès lors, toute stabilité apparente n’est que le masque d’une instabilité croissante.

Le Covid-19 est une « maladie de l’anthropocène », ainsi que l’a relevé Philippe Sansonetti, microbiologiste et professeur au Collège de France. L’actuelle pandémie est un fait total où la réalité biologique du virus est devenue indissociable des conditions sociétales et systémiques de son existence et de sa diffusion.

Invoquer l’anthropocène – période géologique où l’espèce humaine modifie la biosphère à l’échelle globale – invite à prendre en compte une temporalité à triple détente : d’abord, les années récentes où, sous la pression des évidences sensibles, nous prenons conscience de cette époque nouvelle ; ensuite, les décennies de l’après-1945, avec l’essor de la société de consommation et la grande accélération de tous les marqueurs de l’activité productive (et destructive) de l’humanité ; enfin, le tournant des XVIIIe et XIXe siècles, lorsque la courbe des émissions de gaz à effet de serre décolle, en même temps que le cycle des énergies fossiles et de l’industrialisation.

Le virus est l’envoyé du vivant venu nous présenter la facture de la tourmente que nous avons nous-mêmes déclenchée. Anthropocène oblige, la responsabilité humaine est engagée. Mais de qui exactement ? Les trois temporalités mentionnées permettent d’être plus précis. A l’horizon le plus immédiat, s’impose la sidérante affaire de l’évaporation des stocks de masques depuis 2009 et l’indolence qui ne les reconstitue pas à l’approche de l’épidémie. Encore n’est-ce là qu’un aspect de l’accablante impréparation européenne.

Cette incapacité à anticiper témoigne d’une autre maladie du temps : le présentisme, par quoi tout ce qui déborde l’immédiat s’évanouit. Le mode de gestion néolibéral de l’hôpital, froidement comptable, a fait le reste. Manquant de moyens, en sous-effectif et déjà épuisés en temps normal, les personnels soignants ont crié leur désespoir sans être entendus. Mais le caractère irresponsable des politiques menées est désormais avéré aux yeux de tous.
Pour Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital Pompidou, à Paris, « des insouciants et des incapables » nous ont conduits à nous retrouver «tout nus» devant l’épidémie. Et si Emmanuel Macron a voulu s’ériger en chef de guerre, il ne devrait pas négliger le fait que cette rhétorique pourrait, un jour, se retourner métaphoriquement en accusation pour trahison.

Remonter à la seconde moitié du XXe siècle permet de repérer plusieurs causalités de la multiplication des zoonoses, ces maladies liées au passage d’un agent infectieux de l’animal à l’humain. L’essor de l’élevage industriel, avec son ignominie concentrationnaire, a aussi de déplorables conséquences sanitaires (grippe porcine, grippe H5N1, etc.). Quant à l’urbanisation démesurée, elle réduit les habitats des animaux et les pousse davantage au contact des humains (VIH, Ebola).

Ces deux facteurs n’ont peut-être pas joué dans le cas du SARS-CoV-2. En revanche, la vente d’animaux sauvages sur le marché de Wuhan n’aurait pas eu de telles conséquences si cette ville n’était devenue l’une des capitales mondiales de l’industrie automobile. La globalisation des flux économiques est bel et bien à l’œuvre, d’autant que l’expansion insensée du trafic aérien a été le vecteur d’une fulgurante diffusion planétaire du virus.

Enfin, il faut aussi se reporter deux siècles en arrière, pour donner à l’anthropocène son véritable nom : «capitalocène». Car il n’est pas le fait de l’espèce humaine en général, mais d’un système historique bien spécifique. Celui-ci, le capitalisme, a pour caractéristique majeure que l’essentiel de la production y répond, avant tout autre chose, à l’exigence de valorisation de l’argent investi. Même si les configurations en sont variables, le monde s’organise alors en fonction des impérieuses nécessités de l’économie.

Il en résulte une rupture civilisationnelle, dès lors que l’intérêt privé et l’individualisme concurrentiel deviennent les valeurs suprêmes, tandis que l’obsession de la pure quantité et la tyrannie de l’urgence conduisent au vide dans l’être. Il en résulte surtout une compulsion productiviste mortifère qui est l’origine même de la surexploitation des ressources naturelles, de la désorganisation accélérée du vivant et du dérèglement climatique.

Au sortir de l’urgence sanitaire, rien ne sera plus comme avant, a-t-il été dit. Mais que changer ? L’examen de conscience s’en tiendra-t-il à une temporalité de courte vue ou considérera-t-on le cycle complet du «capitalocène» ? La véritable guerre qui va se jouer n’a pas le coronavirus pour ennemi, mais verra s’affronter deux options opposées : d’un côté, la perpétuation du fanatisme de la marchandise et d’un productivisme compulsif menant à l’approfondissement de la dévastation en cours ; de l’autre, l’invention, qui déjà tâtonne en mille lieux, de nouvelles manières d’exister rompant avec l’impératif catégorique de l’économie et privilégiant une vie bonne pour toutes et tous.

Préférant l’intensité joyeuse du qualitatif aux fausses promesses d’une impossible illimitation, celle-ci conjoindrait le souci attentif des milieux habités et des interactions du vivant, la construction du commun, l’entraide et la solidarité, la capacité collective d’auto-organisation.

Le coronavirus est venu tirer le signal d’alarme et mettre à l’arrêt le train fou d’une civilisation fonçant vers la destruction massive de la vie. Le laisserons-nous repartir ? Ce serait l’assurance de nouveaux cataclysmes aux côtés desquels ce que nous vivons actuellement paraîtra a posteriori bien pâle.

Jérôme Baschet a été enseignant-chercheur à l’EHESS (Paris). Il est l’auteur, entre autres, de « Défaire la tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits » (La Découverte, 2018) et « Une juste colère. Interrompre la destruction du monde» (Divergences, 2019).


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Du fond du cœur: Défense sans compromis du président Maduro

Arnold August, 4 avril 2020, site Mondialisation.ca

Il n’y a jamais eu de doute. Cependant, le 4 février 2019 à Caracas a été l’occasion pour moi de serrer brièvement la main de Nicolás Maduro, de croiser furtivement le regard humble de l’ancien chauffeur de bus, puis de l’écouter s’adresser à une petite délégation étrangère privée. Dans ce cadre unique, mon estime politique et personnelle est montée en flèche à un niveau qualitatif supérieur. Aujourd’hui, en jetant un coup d’œil (furieux, il faut l’admettre) sur les fausses accusations américaines contre Maduro, préférant ne pas transcrire sur papier les paroles outrageantes afin de maintenir l’authenticité du sentiment déjà difficile à traduire en mots, les accusations sont manifestement incroyables. 

En analysant les accusations bidons, non pas du point de vue légal/juridictionnel, mais plutôt d’un point de vue moral/politique, une personne caractérisée par ces fausses accusations serait une personne foncièrement individualiste. Il s’agirait d’une personne guidée et dévorée par l’objectif unique et exclusif de se servir elle-même en amassant une fortune. La poursuite d’un style de vie égoïste, motivé par le but d’accumuler les bénéfices provenant des activités criminelles alléguées, constitue la quintessence des valeurs à la base même du capitalisme et de l’impérialisme. Une partie de ce système moribond, dépourvu d’avenir, maintenant consumé par son propre individualisme, indique dans quelle mesure cet égoïsme peut même mener à l’autodestruction et n’a aucun scrupule à faire tomber les autres dans son sillage, comme nous l’avons vu pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Cependant, le Nicolás Maduro que j’ai entendu parler le 4 février 2019, d’un point de vue très rapproché, personnifiait le contraire de l’individualisme. La rencontre n’a eu lieu que quelques semaines après la première tentative de coup d’État menée par les États-Unis et le Groupe de Lima. Il nous a parlé pendant environ deux heures. Son dévouement total à la cause de la révolution bolivarienne, à la souveraineté vénézuélienne, à l’héritage et aux enseignements du commandant Hugo Chávez, était indubitable. Le public était captivé, et en ce qui concerne l’auteur de ces lignes, on ne peut que le comparer à l’attraction magnétique d’un Fidel Castro, avec la même sincérité et la logique cohérente de Fidel, et un mélange approprié de sérieux et d’humour. 

Quant aux thèmes abordés par Maduro, celui qui s’est démarqué ce jour-là et qui prend encore plus d’importance à la lumière des fausses accusations d’aujourd’hui, c’est l’union civilo-militaire du Venezuela. Ce sujet prend maintenant plus d’importance, car il est au cœur du succès de la position de Maduro depuis janvier 2019. Il est clair qu’il a frustré les États-Unis au point de prendre cette dernière mesure désespérée. Pour revenir à la réunion de Caracas, Maduro a passé en revue avec l’auditoire ce qui semblait être chaque étape des réunions qu’il avait tenues dans tout le pays, avec une vérification sur place de tous les secteurs des forces armées, ainsi qu’avec la milice et les organisations sociales locales. Nous avions l’impression d’être là avec lui. Il incarnait l’idée de n’être qu’un soldat de plus parmi les millions de Vénézuéliens prêts à donner leur vie pour défendre leur cause. 

Prêt à sacrifier sa vie? Oui, c’est l’impression qu’il a laissée. Quelques mois plus tard, il y a eu une tentative d’assassinat encouragée par les États-Unis. Il a cependant survécu et repris son travail. En fait, depuis janvier 2019 et jusqu’au 26 mars 2020, date à laquelle sa tête a été mise à prix, tout comme dans l’ancien Far West, il y a eu une campagne médiatique sans précédent et ininterrompue visant à mener une guerre politique et psychologique contre Maduro, en plus d’autres tentatives de coup d’État. 

L’histoire a propulsé Maduro dans une position unique. Il est devenu, pour ainsi dire, un « martyr » de son vivant, telle est sa résistance héroïque à l’alliance dirigée par les États-Unis visant à l’écraser lui et la révolution bolivarienne. Ainsi, lorsque le collègue cubain Iroel Sánchez a « nommé » Maduro « Homme de l’année » 2019, en dépit des préférences du magazine Time, cela a trouvé une résonance. La capacité de Maduro de profiter apparemment des « neuf vies du chat » tout au long de 2019 a « avalisé » cette nomination.

De janvier 2019 au 26 mars 2020, combien de fois était-il censé avoir été éliminé?

L’évolution de cette offensive incessante menée par les États-Unis contre Maduro ainsi que la résistance héroïque et historique ont servi à incarner davantage la notion selon laquelle Maduro est entièrement et généreusement dévoué au bien commun du Venezuela. Il semble évident que Maduro est personnellement convaincu qu’il ne mourra qu’avec un fusil à la main pour défendre le Venezuela, si jamais on en arrivait là. Cette qualité altruiste est diamétralement opposée à l’individualisme égoïste ancré dans le capitalisme, qui sert de fondement au type de charges faussement imputées à Maduro. 

Peut-on sérieusement imaginer qu’une personne entièrement dévouée au bien-être collectif de son peuple, y compris de faire le sacrifice ultime si nécessaire, soit impliquée d’une façon ou d’une autre dans les activités illicites présumées? 

Cette évaluation va-t-elle trop loin en personnalisant Maduro? De toute évidence, il s’agit simplement d’affirmer qu’il faut s’opposer aux tentatives des États-Unis de renverser Maduro par tous les moyens nécessaires, peu importe ce que l’on pense de lui. Cependant, le 26 mars 2020, en mettant sa tête à prix, les États-Unis forcent l’opinion publique mondiale à prendre position devant Maduro. C’est une situation favorable parce qu’elle force la difficulté de Maduro à émerger en public, d’occuper l’avant-scène. L’évolution historique depuis que Maduro a été élu président pour la première fois en 2013 montre que le principal antidote à l’objectif américain de changement de régime pour le Venezuela, c’est le président Nicolás Maduro lui-même. 

L’auteur de ces lignes n’a jamais été un grand admirateur de ceux qui prétendent défendre la révolution bolivarienne et le droit du Venezuela à l’autodétermination et à la souveraineté, tout en introduisant clandestinement dans les discours les expressions à la mode de « gouvernement autoritaire » » et « élections douteuses » en référence à Maduro. Bien sûr, ils ont droit à leur opinion et leur soutien verbal au droit du Venezuela à l’autodétermination est le bienvenu. Toutefois, en accordant une crédibilité au discours étatsunien, cela ne fait-il pas plus de mal que de bien, en lui fournissant comme il le fait une couverture « respectable » qui lui sert de prétexte à une intervention étrangère? Après tout, dans l’acte d’accusation, la toute première phrase décrit « l’ancien régime de Maduro ». 

Que cela plaise ou non, surtout depuis que sa tête a été mise à prix, le leadership qui a maintenu la souveraineté du Venezuela est définitivement incarné dans la personne de Maduro. Il permet aussi au Venezuela de se présenter à n’importe quelle table de négociation en position de force plutôt qu’à genoux. En ce qui a trait aux progressistes, y aurait-il une troisième voie entre Maduro, d’une part, et la défense du droit du Venezuela à l’autodétermination d’autre part? 

Pourquoi ne pas tout simplement dire la vérité, inverser les rôles et déclarer que les crimes présumés contre Maduro sont exclusifs aux États-Unis et à son système capitaliste, dont la révolution bolivarienne et son actuel dirigeant, Nicolás Maduro, sont à l’abri? L’histoire l’a prouvé. Comme dit le proverbe, la meilleure défense est l’offensive.

Il est temps que les Québécois et Canadiens passent de nouveau à l’offensive, même dans les difficiles conditions actuelles causées par la Covid-19. Après tout, il est évident que l’administration Trump compte cruellement sur la propagation du virus au Venezuela et sur le fait que ce pays d’Amérique latine consacre l’entièreté de ses ressources, déjà frappées par des sanctions américaines paralysantes, à la résistance au virus mortel et à la sauvegarde des vies, à n’importe quel prix.

Le Venezuela et son président sont engagés simultanément dans une guerre sur deux fronts, d’abord contre le virus et maintenant contre l’escalade de la mise en accusation du 26 mars par les États-Unis. En tant que Québécois et Canadiens, nous devons nous mobiliser contre cette situation historique et ses répercussions sur le Venezuela, l’Amérique latine et ailleurs sur le monde. 

 


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Calendrier du manque d'activités du mois de mai