Ça roule au CAPMO, avril 2020, année 21, numéro 08

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Réflexion générale

Ce qui met un point d’arrêt à la plupart des économies de la planète aurait suscité l’intérêt de Teilhard De Chardin concernant la constitution d’une conscience globale du genre humain. Mais pour que cette globalité soit réelle, elle doit inclure les autres règnes : animal, végétal, minéral, aquatique et aérien, avec lesquels nous devons apprendre à vivre. L’amour du cosmos requiert une grande sensibilité envers tout ce qui supporte la vie.

Avec le coronavirus, l’humanité reçoit un ultimatum. Nous devons cesser la guerre à l’environnement et le gaspillage insensé des ressources. Saurons-nous à temps l’entendre et abandonner la cupidité qui engendre ce chaos ? Depuis longtemps, nos systèmes de production insoutenables ont atteint le cœur de la création, détruisant tout sur son passage pour des projets d’extractions minières, de monocultures et de tourisme de masse, ne laissant rien aux communautés locales, pour ne pas parler de la faune, la flore, l’eau, l’air et la terre.

Cette souffrance des écosystèmes se reflète dans la destruction des économies locales et l’élimination de l’esprit communautaire propre à chaque collectivité. Qui plus est, la misère, les famines, les meurtres et les guerres, sont aussi les signes de ce désastre de notre civilisation industrielle.

Adam, signifie terre, alors l’humanité qui souffre, victime de la cupidité des autres, c’est aussi la terre qui gémit, car nous sommes partie prenante de la symphonie du vivant. Chaque violence, chaque injustice, introduit une dissonance ayant des répercutions profondes sur la noosphère. En effet, il existe un lien direct entre la spoliation des communautés locales et le pillage de l’environnement, le mal-être qui en réduit plusieurs à la violence et l’oppression mondialisée des marchés, les monocultures et les maladies industrielles, le rythme trépidant de nos vies et la démesure de nos moyens récréatifs.

Réapprendre à vivre en instaurant la justice partout sur la planète, non pas en envoyant des armées, mais en refusant de fabriquer des armes, d’investir dans le tourisme de masse, l’agro-industrie et l’extraction minière, en comprenant que l’établissement d’une justice sociale pour les pays les plus pauvres exige de nous, privilégiés, la plus haute tenue morale.

Il faut cesser de mettre l’argent au-dessus de toute considération pour établir le droit et la justice. Pour cela, nous devons construire un sens authentique du bien global qui heurtera nécessairement les intérêts établis. Maintenant que la crise financière nous en donne l’occasion, il faut investir dans l’harmonie et la diversification, même si pour cela il y aura un prix à payer et des renoncements.

Nous avons quitté le règne de la facilité et tous nos efforts pour relancer le système de production seront vains sans un réel coup de barre concernant les finalités économiques, la préservation de la biodiversité et la réduction de notre mode de vie prédateur. Au fond, nous avons le choix: évoluer ou périr, maudire l’opportunité qui nous est offerte si nous sommes capables de changer de paradigmes ou bénir la vie qui nous aime malgré tout.

Yves Carrier

 


 

Table des matières :

Spiritualité et citoyenneté

Aide sociale et pauvreté

La Sperenza

Des temps apocalyptiques

L’humanité ébranlée

Mariano Pugas

Utopie, Covid et climat

Le capitalisme contre le monde

Calendrier

 


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Spiritualité et citoyenneté

BRÈVES

Maternité

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 295 000 femmes sont mortes en 2017 à la suite de grossesses, d’accouchements ou de leurs conséquences. Comme on peut s’y attendre, les pays et les gens les plus pauvres sont particulièrement affectés. Malgré tout, on remarque une tendance générale à la baisse presque partout. L’Italie aurait un taux proche de 0 sur 100 000. Mais il y a une grosse exception surprenante : les États-Unis. Pourquoi donc?

Communication

Un avocat français a défendu sa cliente (Pénélope Fillon) qui avait menti aux journalistes et répété le même mensonge à la Cour : « Ce n’est pas un mensonge, c’est de la communication. » Alors, le mensonge n’existe plus? Bonne nouvelle pour les manipulateurs. Tu peux continuer, Trump!

Collapsologie

« Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme, » nous dit Fredric Jameson. La collapsologie est une nouvelle science née des thèses de Jarod Diamond sur l’effondrement possible de notre humanité. Cet auteur était l’un des favoris de Bush-fils. Bien sûr, le capitalisme va sauver le monde par le développement durable, la bonne gouvernance, la géo-ingénierie, et que sais-je encore. Jameson est un critique littéraire et un penseur marxiste américain (Eh oui, ça se peut!), qui a beaucoup étudié la culture contemporaine et produit une critique de la postmodernité. Il s’est aussi intéressé à l’utopie, au complotisme et à l’inconscient politique, à moins que ce ne soit à l’inconscience politique.

Dépassement de soi

Moshe Halbertal est un philosophe israélien qui réfléchit sur le comportement éthique des soldats de son pays dans le contexte du conflit asymétrique avec les Palestiniens. Dans une entrevue publiée dans Philosophie-Magazine (février 2020), au-delà de considérations éthiques très pertinentes, il avance que « dans la tradition éthique occidentale, le conflit par excellence oppose l’amour de soi et le dépassement de soi. Peut-on dépasser l’amour égoïste de soi pour le bien d’un autre? »… ou pour une cause? Le kamikaze affiche un dépassement de soi criminel. Il se fait sauter au milieu d’une foule? Il aurait mieux valu qu’il restât une simple égoïste qui aurait fait moins de dommage.

Urgences

Faut-il s’habituer à vivre dans l’urgence et les mesures draconiennes? Urgence démographique avec le Club de Rome, urgence terroriste depuis le 11 Septembre, urgence climatique avec le GIEC et la belle Greta, urgence sanitaire avec le COVID-19. Faudra-t-il vivre dans une bulle? Mais une bulle, c’est fragile, encore plus pour les pauvres que pour les riches. Il est normal de penser d’abord à se protéger quand on en a les moyens. Regardez ce monde! Il devient fou. Les riches et les puissants s’en tireront toujours mieux que les autres? La démocratie? C’est terminé, au nom de toutes ces urgences qui n’ont pas fini de s’accumuler.

Robert Lapointe

 


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L’aide sociale ou comment nous maintenir dans la pauvreté

Monique Toutant, 14 février 2020

Jusqu’où faudra-t-il aller en terme de mobilisation pour que le gouvernement et la société en général comprennent que les personnes en situation de pauvreté sont prisonnières de la loi et désirent être aidées plutôt que d’être accotées au mur ?

À titre de personnes assistées sociales, nous devons constamment calculer chaque dollar dépensé. Jour après jour, vivre avec presque rien. Survivre plus que vivre. Il est impossible de partager son quotidien avec l’être cher, car la loi de l’aide sociale pénalise grandement les personnes en vie maritale. On leur coupe drastiquement leur chèque et on les condamne encore plus à une vie de misère. Et si vous avez un colocataire, le Ministère peut vous considérer comme un couple et ensuite vous réclamer des dizaines de milliers de dollars. Des dettes pour vie maritale, il y en a malheureusement trop. Et cela pèse sur les personnes qui souhaitent seulement améliorer leur sort. Impossible aussi de partager un logement afin d’en diminuer le coût, car une troisième personne peut être considérée comme un « revenu ». Encore là, le Ministère peut créer une dette et couper la prestation.

Sans oublier que les agents du Ministère peuvent s’ingérer dans la vie des gens; fouiller leur compte bancaire, les mitrailler de questions intrusives, etc. Tous ces règlements qui désorganisent les personnes, qui les pénalisent, au lieu de les aider. Si ce n’était pas déjà assez, la vie coûte de plus en plus cher, tout augmente : le loyer, l’épicerie, les vêtements, l’Hydro, Bell ou Videotron, même le laissez-passer de bus est démesurément cher pour quelqu’un sur l’aide sociale. Imaginez ce que représente 89,50$ (le prix d’une passe mensuelle) pour quelqu’un qui reçoit tout juste 690$ par mois! Et j’oublie sûrement des dépenses essentielles et vitales qui se voient mises de côté, faute de moyens. Ces conditions de vie qu’on nous impose amènent des choix déchirants, tels que de devoir choisir entre payer une facture ou s’offrir un repas…. Ou encore : aller visiter sa famille à Noël ou s’acheter un médicament pour la grippe ?! « Une loi pour aider les gens », clame-t-on! Comme la vérité est autre.

Il est impossible pour une personne qui a recours à l’aide de dernier recours de combler tous ses besoins de base quand elle reçoit seulement 690$ par mois. Trop de tribunes et certaines personnes de la société affirment que nous sommes paresseux, que nous ne voulons rien faire de notre journée, que nous sommes des drogués et/ou alcooliques, qu’on ne fait rien pour s’en sortir. Autant de discours qui détruisent le moral et la confiance de chacune et chacun. Pourtant ces personnes font déjà tous les efforts nécessaires pour se sortir « la tête de l’eau » et elles s’impliquent dans la société souvent de belle façon : bénévolat, implications diverses, proche aidant, militance, etc.

C’en est assez de nous laisser dans le stress et l’angoisse, jour après jour, de nous rendre impuissants. Cette fameuse loi et ces règlements qui nous assomment de leur violence, finissent par nous rendre malades. Puisque nous sommes contraints  constamment de jongler avec nos besoins essentiels, dans la crainte et la peur de se faire couper notre prestation. Il faut que ça change! Le ministre Boulet, Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, devrait consulter et travailler avec les personnes concernées, dans le but d’améliorer cette loi qui est censée lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Ce qu’il faudrait, c’est un revenu de base pour toutes les personnes à l’aide sociale, afin qu’elles puissent être capables de couvrir leurs besoins de base et d’enfin vivre dignement.


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La Speranza

Un texte écrit par une religieuse milanaise sur l'Espérance dans la tourmente

La Speranza en Italie ces jours-ci, c’est le ciel d’un bleu dépollué et provocant, c’est le soleil qui brille obstinément sur les rues désertes et qui s’introduit en riant dans ces maisonnées qui apprennent à redevenir familles.

La Speranza ce sont ces post-it anonymes par centaines qui ont commencé à couvrir les devantures fermées des magasins, pour encourager tous ces petits commerçants au futur sombre, à Bergame d’abord, puis, comme une onde d’espérance – virale elle aussi – en Lombardie, avant de gagner toute l’Italie : « Tutto andrà bene <3 » (et comment ne pas penser à ces paroles de Jésus à Julienne de Norwich « …ma tutto sarà bene e tutto finirà bene » ?).

La Speranza c’est la vie qui est plus forte et le printemps qui oublie de porter le deuil et la peur, et avance inexorablement, faisant verdir les arbres et chanter les oiseaux.

La Speranza ce sont tous ces professeurs exemplaires qui doivent en quelques jours s’improviser créateurs et réinventer l’école, et se plient en huit pour affronter avec courage leurs cours à préparer, les leçons online et les corrections à distance, tout en préparant le déjeuner, avec deux ou trois enfants dans les pattes.

La Speranza, ce sont tous ces jeunes qui après les premiers jours d’inconscience et d’insouciance, d’euphorie pour des « vacances » inespérées, retrouvent le sens de la responsabilité et dont on découvre qu’ils savent être graves et civiques quand il le faut, sans jamais perdre la créativité et sens de l’humour : et voilà que chaque soir à 18h, il y aura une flashmob pour tous… une flashmob particulière. Chacun chez soi, depuis sa fenêtre… et la ville entendra résonner l’hymne italien, depuis tous les foyers, puis les autres soirs une chanson populaire, chantée à l’unisson. Parce que les moments graves unissent.

La Speranza, ce sont tous ces parents qui redoublent d’ingéniosité et de créativité pour inventer de nouveaux jeux à faire en famille, et ces initiatives de réserver des moments « mobile-free » pour tous, pour que les écrans ne volent pas aux foyers tout ce Kairos qui leur est offert. 

La Speranza – après un premier temps d’explosion des instincts les plus primaires de survie (courses frénétiques au supermarché, ruée sur les masques et désinfectants, exode dans la nuit vers le sud…) – ce sont aussi les étudiants qui, au milieu de tout ça, ont gardé calme, responsabilité et civisme… qui ont eu le courage de rester à Milan, loin de leurs familles, pour protéger leurs régions plus vulnérables, la Calabre, la Sicile… mais surtout qui résistent encore à cet autre instinct primaire de condamner et de montrer du doigt pleins de rage ou d’envie, ceux qui n’ont pas eu la force de se voir un mois isolés, loin de leur famille, et qui ont fui.

 La Speranza c’est ce policier qui, lors des contrôles des «auto-certificats» et tombant sur celui d’une infirmière qui enchaîne les tours et retourne au front, s’incline devant elle, ému : « Massimo rispetto ».

Et la Speranza bien sûr, elle est toute concentrée dans cette « camicia verde » des médecins et le dévouement de tout le personnel sanitaire qui s’épuisent dans les hôpitaux débordés et continuent le combat. Et tous de les considérer ces jours-ci comme les véritables «anges de la Patrie». Mais la Speranza c’est aussi une vie qui commence au milieu de la tourmente, ma petite sœur qui, en plein naufrage de la Bourse, met au monde un petit Noé à deux pays d’ici, tandis que tout le monde se replie dans son Arche, pour la « survie », non pas des espèces cette fois-ci, mais des plus vulnérables.

Et voilà la Speranza, par-dessus tout : ce sont ces pays riches et productifs d’une Europe que l’on croyait si facilement disposée à se débarrasser de ses vieux, que l’on pensait cynique face à l’euthanasie des plus «précaires de la santé»… les voilà ces pays qui tout d’un coup défendent la vie, les plus fragiles, les moins productifs, les « encombrants » et lourds pour le système-roi, avec le fameux problème des retraites…  Et voilà notre économie à genoux. À genoux au chevet des plus vieux et des plus vulnérables. Tout un pays qui s’arrête, pour eux…

Et en ce Carême particulier, un plan de route nouveau : traverser le désert, prier et redécouvrir la faim eucharistique. Vivre ce que vivent des milliers de chrétiens de par le monde. Retrouver l’émerveillement. Sortir de nos routines… Et dans ce brouillard total, naviguer à vue, réapprendre la confiance, la vraie. S’abandonner à la Providence et apprendre à s’arrêter aussi. Car il fallait un minuscule virus, invisible, dérisoire, et qui nous rit au nez, pour freiner notre course folle. Et au bout, l’espérance de Pâques, la victoire de la vie à la fin de ce long carême qui sera aussi explosion d’étreintes retrouvées, de gestes d’affection et d’une communion longtemps espérée, après un long jeûne. Et l’on pourra dire avec saint François « Loué sois-Tu, ô Seigneur, pour fratello coronavirus, qui nous a réappris l’humilité, la valeur de la vie et la communion ! ». 

Courage, n’ayez pas peur : Moi, j’ai vaincu le monde ! (Jn 16, 33)


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Des temps apocalyptiques

Temps apocalyptique: temps de rupture

Juan Manuel Hurtado López, Chiapas, 19 mars 2020

À l’occasion de la pandémie du Coronavirus, nous tenons à manifester notre compréhension, notre compassion et notre solidarité avec toutes les personnes infectées par ce terrible virus, tout en rappelant que nous devons prendre les mesures responsables conseillées par les autorités sanitaires et gouvernementales de nos pays pour que ce mal ne se répande pas davantage. Je pense aussi que cet événement mérite que nous proposions d’autres réflexions plus profondes nous permettant de mieux comprendre le moment que l’humanité est en train de vivre.

Le Pape François, dans son exhortation apostolique « La joie de l’Évangile », adresse une sévère critique au système capitaliste, hédoniste, globalisé. Il y affirme que la « culture du confort matériel nous anesthésie et que nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté. »

La raison technologique s’est convertie en philosophie et elle a recouvert tous les espaces de notre vie, laissant presqu’aucun espace à la poésie, au mystère, au symbolique, au spirituel, à la tendresse, à la gratuité et à tant d’autres aspects du réel, comme disait Xavier Zubiri. Ainsi, amputé dans notre conception du monde comme humanité, nous accumulons les contradictions dans notre être et nous les manifestons avec agressivité à la Terre-Mère, violence, injustice, iniquité sans limite; une réalité dans laquelle l’opulence et la misère se côtoient, le plaisir hédoniste et le suicide vont de paire, de même que l’ambition du pouvoir et de la richesse trouvent de nombreux adeptes.

C’est alors qu’apparaît le Coronavirus qui met à genoux l’humanité en faisant trembler les modes de vie quotidiens, les voyages, le travail, le commerce, le sport, les réunions, l’école et les religions. Sont déjà nombreux les pays à travers le monde pour lesquels le concept du temps a changé. Maintenant reclus dans leurs maisons, ils voient passer la vie d’une autre manière: loin de l’agitation qu’impose ce type de globalisation où ce qui importe c’est le profit, l’accumulation, l’extérieur, l’immédiat, le visible, la rapidité, le superficiel, le provisoire, l’apparence.

C’est ici qu’apparaît opportune une réflexion sur notre conception du temps. Depuis ses débuts comme théologien, Metz critiqua la conception individualiste de la foi chrétienne que certains cherchaient à enfermer dans la sphère du privé, du religieux, du temple. Au contraire, Metz a toujours vu et exprimé la dimension politique de la foi biblique, c’est-à-dire, sa capacité à critiquer la société, la religion et l’Église elle-même.

Mais une autre critique qui en ce temps du Coronavirus apparaît très opportune, c’est celle sur la conception du temps que nous employons. Selon Metz, nous avons adopté une conception linéaire du temps: du progrès continu, du succès, du développement toujours constant, où il ne reste plus d’espace pour les victimes et pour les vaincus de l’histoire, pour la mémoire dangereuse des personnes mises en cause par le système comme Jésus de Nazareth et tous les martyrs de l’injustice et de l’oppression des puissants. Comme dirait Gustavo Gutiérrez, il n’y a pas de lieu pour ceux et celles qui sont à l’envers de l’histoire.

Et cette conception linéaire du temps nous pouvons l’apercevoir dans cette foi aveugle dans les avancées technologiques et scientifiques: les ordinateurs, les téléphones cellulaires, les réseaux de communication, les armes meurtrières, les voyages dans l’espace ou dans le monde microscopique, les expressions de ce désir se manifeste de manière toujours plus complexe. Mais ces avancées scientifiques et technologiques ne sont pas accompagnées par une avancée semblable dans l’humanisme, dans le respect et l’harmonie avec les autres frères et sœurs de la création, avec la Terre-Mère et le Créateur de tout ce qui existe.

Metz introduit dans sa théologie la conception biblique apocalyptique du temps comme rupture, comme coupure, comme discontinuité des temps humains et c’est ici qu’il voit l’authentique et l’unique possibilité du futur. Pour qu’il y ait un futur authentique, il doit y avoir une rupture dans la continuité des temps humains.

Il semblerait qu’aujourd’hui, comme humanité, nous réalisions cette possibilité du temps comme nouveauté, comme coupure, comme rupture. Cette pandémie mondiale qui a emporté tant de victimes et a contaminé des milliers de personnes dans le monde entier, nous renvoie aux choses simples de la vie : prendre quelqu’un dans ses bras, faire des salutations, avoir de la tendresse, l’attention aux autres, nous regarder dans les yeux, parler des choses nécessaires et non plus de choses superficielles que le marketing nous avait mis sous les yeux.

Ce pourrait-il que cette pandémie fasse sortir  l’humanité de l’anesthésie dont nous souffrions et nous rendre sensibles à la douleur de la Terre-Mère, des rejetés, du trafic des personnes et des organes, du mal que cause le narcotrafic et les guerres ? Pour l’humanité, il est encore temps, mais nous devons changer de direction et de style de vie sur la Terre. Comme êtres humains, nous avons surmonté de nombreuses crises, sans doute pourrons nous également surmonter celle-ci.   


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L'humanité ébranlée

L'HUMANITÉ ÉBRANLÉE ET LA SOCIÉTÉ EFFONDRÉE PAR UN PETIT MACHIN

Moustapha Dahleb, la plus belle plume tchadienne

Un petit machin microscopique appelé coronavirus bouleverse la planète. Quelque chose d'invisible est venu pour faire sa loi. Il remet tout en question et chamboule l'ordre établi. Tout se remet en place, autrement, différemment.

Ce que les grandes puissances occidentales n'ont pu obtenir en Syrie, en Lybie, au Yemen, ...ce petit machin l'a obtenu (cessez-le-feu, trêve).

Ce que l'armée algérienne n'a pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu (le Hirak à pris fin).

Ce que les opposants politiques n'ont pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu (report des échéances électorales).

Ce que les entreprises n'ont pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu (remise d'impôts, exonérations, crédits à taux zéro, fonds d'investissement, baisse des cours des matières premières stratégiques).

Ce que les gilets jaunes et les syndicats  n'ont pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu ( baisse de prix à la pompe, protection sociale renforcée).

Soudain, on observe dans le monde occidental le carburant a baissé, la pollution a baissé, les gens ont commencé à avoir du temps, tellement de temps qu'ils ne savent même pas quoi en faire. Les parents apprennent à connaître leurs enfants, les enfants apprennent à rester en famille, le travail n'est plus une priorité, les voyages et les loisirs ne sont plus la norme d'une vie réussie.

Soudain, en silence, nous nous retournons en nous-mêmes et comprenons la valeur des mots solidarité et vulnérabilité.

Soudain, nous réalisons que nous sommes tous embarqués dans le même bateau, riches et pauvres. Nous réalisons que nous avions dévalisé ensemble les étagères des magasins et constatons ensemble que les hôpitaux sont pleins et que l'argent n'a 

aucune importance. Que nous avons tous la même identité humaine face au coronavirus.

Nous réalisons que dans les garages, les voitures haut de gamme sont arrêtées juste parce que personne ne peut sortir.

Quelques jours seulement ont suffi à l'univers pour établir l'égalité sociale qui était impossible à imaginer.

La peur a envahi tout le monde. Elle a changé de camp. Elle a quitté les pauvres pour aller habiter les riches et les puissants. Elle leur a rappelé leur humanité et leur a révélé leur humanisme.

Puisse cela servir à réaliser la vulnérabilité des êtres humains qui cherchent à aller habiter sur la planète mars et qui se croient forts pour cloner des êtres humains pour espérer vivre éternellement.

Puisse cela servir à réaliser la limite de l'intelligence humaine face à la force du ciel.

Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, que la force devienne faiblesse, que le pouvoir devienne solidarité et concertation.

Il a suffi de quelques jours pour que l'Afrique devienne un continent sûr. Que le songe devienne mensonge.

Il a suffi de quelques jours pour que l'humanité prenne conscience qu'elle n'est que souffle et poussière.

Qui sommes-nous ? Que valons-nous ? Que pouvons-nous face à ce coronavirus ?

Rendons-nous à l'évidence en attendant la providence.

Interrogeons notre "humanité" dans cette "mondialité" à l'épreuve du coronavirus.

Restons chez nous et méditons sur cette pandémie.

Aimons-nous vivants !


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Mariano Puga

Mariano Pugas, le prêtre ouvrier défenseur des pauvres

Il était une fois deux jeunes hommes qui se formaient à l'école des officiers de l'armée à Santiago du Chili. L’un était issu d'un milieu modeste tandis que l'autre venait de l'aristocratie et de la bourgeoisie. Au fil des années, le premier fut connu sous le nom de général, a dirigé un coup d’État militaire sanglant qui a écrasé les espoirs d’un monde meilleur que partageaient des millions d'êtres humains. Il s'appelait Augusto José Ramon Pinochet Ugarte, plus connu sous le nom d'Augusto Pinochet et il croyait que tout ce qu'il faisait était la volonté de Dieu. Il est mort en 2006. Pinochet n'est peut-être pas allé directement en enfer mais il est passé à l'histoire comme l'un des bouchers modernes de l'humanité. L’autre avait une vision du monde qui l'a conduit à abandonner la formation d’officier et à laisser derrière lui la belle vie pour devenir prêtre. Au fil du temps, Mariano Puga est devenu prêtre ouvrier. Pendant la junte militaire de Pinochet, il a été un combattant infatigable des crimes contre l'humanité. Mariano Puga a été méprisé par les gens de sa classe mais admiré par ceux de la classe opposée.

C’était l'année 1975, j'avais été enlevée par la Gestapo de Pinochet (la DINA) et j’étais détenu dans un couvent que la dictature avait transformé en prison secrète où les pensionnaires pouvaient "disparaître" sans laisser de trace. Puisque j'étais isolé, il n'y avait jamais eu de prisonniers dans les cellules contiguës à la mienne. Puis, un matin, j'ai entendu un bruit dans la cellule voisine. Je me suis approché du mur. À travers les barreaux de la fenêtre, j’ai demandé avec insistance : qui est là ? On ne pouvait pas se voir, mais on pouvait s'entendre. L’homme a été droit au but : Je m'appelle Mariano Puga et je suis prêtre, je travaille la moitié de la journée en tant qu'ouvrier de la construction et l'autre moitié comme aumônier dans un quartier populaire. Il disait la messe et il prêchait que Jésus était toujours du côté des opprimés. Des espions des généraux avaient assisté à l’une de ces messes, puis des agents en civil étaient arrivés et ils  l’avaient arrêté. D’abord, il l’avait transféré à la Villa Grimaldi puis la veille, ils l’avaient amené ici.

J’étais déjà passé par la Villa Grimaldi, c'était l'un des lieux de torture secrets de la dictature où de nombreux militants de gauche étaient torturés comme s'il s'agissait d'un travail à la chaîne. J’étais choqué ; la répression était généralisée, même les prêtres n’étaient pas tranquilles...? Nous avons commencé à discuter, il m'a parlé de lui. J’ai dit très peu de choses sur moi, je n'osais pas mentionner l'activité politique qui m'avait conduit à cet endroit. Je pensais que le prêtre serait libéré bientôt et en même temps il était convaincu que je n'avais aucune chance de sortir en vie des griffes de la DINA. À tout moment, je pouvais "disparaître" comme des milliers d'autres auparavant.

Mariano Puga a mémorisé un numéro de téléphone, s'il était libéré, il communiquerait avec ma famille pour dire que malgré tout j'étais en vie. La veille, un autre prisonnier m'avait donné une pomme. C’était une autre réalité, comme sorti du réalisme magique de la littérature. Quoi qu'il en soit, avec un langage codé, le prisonnier m'avait dit qu'il avait caché une pomme pour moi dans la salle de bain. J’ai donc offert à Mariano la moitié de la pomme, mais il a refusé et il m'a dit de la manger parce que j'étais seul depuis deux mois. Je lui ai dit que les chrétiens partageaient de manière solidaire et que même si j'étais athée, je voulais partager avec lui. On ne pouvait pas se voir, juste entendre vaguement nos voix - mais chacun a mangé une demi-pomme. Le lendemain, Mariano n'était plus en cellule. Quand j'ai enfin été transféré dans un camp de concentration et que j'ai été reconnu comme prisonnier politique, j'ai rencontré des centaines d'autres prisonniers politiques. J’ai juste appris que le prêtre avait rempli sa mission. Il avait contacté ma famille et il leur avait dit que j'étais en vie. J’imagine que c'est grâce à ça que je suis toujours vivant.

En 2000, je me suis rendu au Chili et j'ai entendu quelqu'un mentionner le nom du prêtre. J’ai réagi de manière presque instinctive et j'ai réussi à avoir son numéro de téléphone. J'ai appelé aussi vite que j’ai pu. Il était en voyage, il se trouvait au Brésil. J'ai laissé mon numéro de téléphone et un message pour lui : « Salutation de la cellule numéro, la pomme. » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques semaines plus tard, Mariano Puga m'a appelé et nous étions d'accord pour nous voir. Il travaillait comme prêtre dans un quartier où on disait qu'il était dangereux d'arriver la nuit. Un collègue qui travaillait comme chauffeur de taxi m'a emmené. En route, je lui ai demandé d'arrêter la voiture, j’ai acheté une pomme et j’ai demandé qu’on la coupe en deux.

Je n'ai jamais vu Mariano et j'étais curieux de le voir. Nous étions incroyablement heureux de pouvoir nous voir, je me souviens que nous nous regardions en détail et que nous nous avons échangé quelques questions. Il était grand, blond et il avait aux yeux bleus. Nous avons discuté longtemps des prisonniers qui étaient "disparus", mais aussi de ce moment-là au couvent. Quand est venu le moment de se dire au revoir, j'ai sorti la pomme que j'avais cachée et je lui ai offert la moitié. J’ai vu des larmes dans ses yeux et ça m'a rempli d'une profonde émotion. Il m'a dit : « Je ne peux pas la manger, je vais l'encadrer et la mettre dans un tableau. » Il le pensait vraiment. Je suis resté ferme et nous avons mangé la pomme tous les deux. Tant que je vivrai, ce souvenir m'accompagnera.

Le Chili "s’est réveillé" le 18 octobre 2019 et au milieu des manifestations populaires qui secouaient le régime, Mariano Puga a de nouveau élevé la voix. Dans une lettre ouverte au président Sebastian Piñera et à la direction de l'Église catholique, il disait : " Nous sommes prisonniers de Pinochet, mais nous sommes également prisonniers de nos propres prisons (...) Ce peuple a le droit de tout détruire parce qu'on lui a tout pris. Le réveil ne peut plus jamais mourir ! (...) Et l'Église qui n’ose pas prendre parti en faisant de tièdes déclarations, l'Église a été complice du marché ". Mariano Puga louait dans sa lettre ceux et celles qui se sont rebellés pour protester contre la misère imposée par le néolibéralisme et ont risqué leur vie pour permettre l’émergence d’un monde meilleur. Dans sa lettre, il faisait référence à la mémoire subversive de Jésus, une option radicale avec et pour les pauvres de la Terre, l’annonce de la bonne nouvelle pour laquelle il a payé de sa vie ".

La nouvelle qu'il était en train de mourir d’un cancer a touché tout un peuple. Cet homme a toujours pris parti pour les sans défense et pour une classe ouvrière sans cesse contrainte de lutter contre l'exploitation et l'oppression. Tout comme le prêtre révolutionnaire et théologien de la libération Camilo Torres mort en combattant l'armée colombien et l'évêque catholique Oscar Arnulfo Romero au El Salvador, Mariano Puga est l'un des "indispensables" auxquels Bertol Brecht faisait référence. Mariano Puga disait la messe chaque dimanche et jusqu'à la fin il disait que le Chili s'était réveillé et que ce réveil historique ne pouvait pas revenir en arrière. Un de mes neveux qui a rarement l'habitude d'écrire sur les réseaux sociaux a écrit : « Je ne crois pas en Dieu, mais je crois en Mariano Puga. » Un cancer lymphatique a finalement emporté ce géant, il est parti le 14 mars 2020. Mariano Puga est toujours resté fidèle à celui que j'ai connu quand nous partagions une pomme rouge en prison.

Alex Fuentes


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Utopie, Covid et climat

Par Élisabeth Germain, militante féministe et antiraciste,

publié sur Facebook, 24 mars 2020

Utopie? Je voudrais que nous prenions la mesure de ce qui nous arrive, parce que c’est unique. Nous sommes dans un malheur collectif. C’est rare. Une situation que nous essayons de vivre à notre échelle québécoise, mais qui est bien plus vaste. C’est un tremblement de planète. C’est la première fois, sans doute, mais sûrement pas la dernière, que nous pouvons voir se déployer à la grandeur de la planète, petit à petit, un fléau qui nous atteint toutes et tous. Nous ne sommes pas tous « covidés », mais nous sommes tous soumis physiquement à des mesures extraordinaires et inédites d’éloignement physique, d’interdiction de se toucher, de manger ensemble, de faire l’amour ou l’amitié, de bercer les enfants de nos amis, de jouer ensemble. Certains sont déjà frappés de plein fouet par la perte de leur emploi, par la faillite de leur entreprise, par l’effondrement de ce qu’elles et ils ont mis des années à bâtir. Nos enfants sont en chômage. Nous vivons tous dans ce monde économiquement bouleversé, et il ne s’agit pas seulement d’une crise financière ou boursière, mais d’un déraillement de l’économie réelle.

En quelques semaines, un monde a basculé. Un scénario se répète, d’est en ouest et du nord au sud : statistique et nouvelles alarmantes venues d’ailleurs, essaimage, arrivée des premiers cas, incrédulité devant la contagion, résistance aux premières mesures locales, durcissement des mesures; la vie sociale s’effrite, des gens paniquent, on court après le papier de toilette; les nouvelles rencontres distanciées à l’épicerie ou ailleurs se font à moitié dans la gêne, à moitié dans la complicité, des réseaux d’entraide se créent, la vie se médiatise (malheur à qui n’est pas branché!), nous voilà accrochés à nos Facebook, Facepalm, WhatsApp, nous déjeunons sur Messenger et donnons rendez-vous de 5 à 7 sur Skype ou Zoom.

Cette épreuve, nous la ressentons dans nos vies personnelles, chaque jour, chaque heure. Nous n’arrêtons pas d’y penser. Oh, quelques minutes ou quelques heures de distraction, mais la réalité se ramène à nous bien vite, avec les inquiétudes frustrations, contrariétés. Ou encore avec les gentillesses, le soutien, la générosité de cette amie, de cette sœur, de ce copain, qui nous fait des courses, qui appelle pour prendre des nouvelles, qui apporte un livre.

Tous les médias nous entretiennent dans un état d’alerte à propos de ce qui se passe. On ne nous a jamais autant parlé du reste du monde.

Parce que tout s’est passé très vite – en quelques semaines tout a basculé –, nous avons la conscience aiguë de vivre une période anormale, menaçante et qui nécessite des interventions énergiques. Les statistiques mortelles chaque jour nous le rappellent. Nous avons été plongés dans l’eau bouillante d’un seul coup.

Mais il est un autre fléau qui se développe tout autour de nous sans que nous le ressentions de façon évidente. Une eau qui se réchauffe lentement, nous permettant de nous y habituer et de ne pas en tenir compte. C’est le réchauffement climatique. Celui-là aussi il nous enveloppe toutes et tous, il nous menace inexorablement. Mais on ne le sent pas dans notre vie quotidienne.

Alors pour cela, rien n’est fait, ou presque. Oh, quelques conférences internationales, qui accouchent péniblement de résolutions jamais remplies. Des promesses d’investissements qui se diluent dans d’autres impératifs économiques. Des appels de scientifiques ou d’organisations écologistes qui se perdent dans le vacarme de la consommation.

Mais nous savons aujourd’hui qu’il est possible de tout arrêter et de prendre des mesures extraordinaires. Alors cessons de penser que les écologistes sont des alarmistes et que de toute façon, il est utopique de vouloir éliminer le pétrole de nos vies, transformer le système de production, prendre soin des gens et de la planète. Exigeons-le et ça se fera!

Et n’attendons pas « après la Covid ». Puisqu’il faut déjà rebâtir le monde, un monde où la compétition et les inégalités empêchent autant la santé humaine que la viabilité de la planète, inspirons-nous de cette expérience, de nos peurs et de nos solidarités pour le reconstruire avec bienveillance, justice et liberté.


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Le capitalisme contre le monde

Coronavirus, le capitalisme contre le monde

Sergio Rodríguez Gelfenstein, Politika, 25 mars 2020

La troisième guerre mondiale est commencée. C’est celle que la capitalisme a déclaré au monde. Ce conflit qui s’exprime par la lutte au Coronavirus expose à la lumière du jour les réserves morales, éthiques, économiques, politiques, culturelles et scientifiques, que l’humanité devra employer pour affronter et vaincre un ennemi implacable qui utilise des armes telles que le profit, le gain, l’exploitation, la destruction de la planète et la dissolution de l’État dans sa guerre à mort contre l’humanité.

Peut-être que cette allégation paraît terrible, mais les évidences sont là pour qui veut les voir. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a informé que le montant investi en santé par habitant en 2018 a été de 60 dollars dans les pays à moyen et à faibles revenus et de 270 dollars dans les pays à revenu élevés. Pendant ce temps, l’Institut international des Études pour la paix à Stockholm (SIPRI) a révélé que cette même année le coût per capita en armement dans le monde a été de 240 dollars, ce qui induit la variable de la moyenne résultante d’une division du montant par le nombre d’habitants. Aux États-Unis d’Amérique, le montant estimé est de 1 845 dollars, en France de 882 dollars, en Angleterre de 715 dollars, en Chine de 169 dollars (ce qui est considérable compte-tenu de son énorme population) et en Russie de 414 dollars, très en-dessous des montants réels des pays membre du Conseil de Sécurité des Nations unies comme de l’OTAN. Dans tout les cas, ils sont tous au-dessus de la moyenne mondiale. Vue d’une autre manière, les pays chargés de garantir la paix et la vie sur la planète, gaspillent des milliards de dollars pour organiser la mort.

En d’autres mots, l’irrationalité capitaliste fait en sorte que davantage d’argent est consacré à la mort qu’à la vie. Un monde qui «fonctionne» de cette manière ne pourra pas subsister. Ceux qui parlent du succès du capitalisme devrait expliquer cette logique. Comme donnée, il faut ajouter que depuis 2009, les montants investis en santé ont chuté drastiquement. En particulier aux États-Unis, le budget 2018 reflète une baisse de 4,42% du budget consacré à la santé. Le même phénomène se produit en Europe, spécialement en Italie et en Espagne où le démantèlement de la santé publique a rendu inefficace l’application des premières mesures contre la nouvelle peste comme en témoignent d’innombrables experts scientifiques et médecins de ces pays.

Le capitalisme a été victorieux dans sa confrontation avec le système féodal rétrograde qu’il affronta et déplaça, mais son potentiel productif qui rendit possible de grandes avancées scientifiques et technologiques, certains en faveur de l’humanité, sont derrière nous. Aujourd’hui la spéculation comme méthode de reproduction du capital, la fin de la compétition en faveur de l’émergence de nouveaux monopoles (parmi lesquels, les pharmaceutiques), l’ont franchement fait régresser. La pandémie du Coronavirus est l’expression de cela. Le capitalisme n’a pas pu l’éviter et maintenant il lutte pour la contrôler. 

C’est dans ce contexte que doit être analysé l’affrontement de la crise globale créée par l’apparition du Coronavirus. Dans la situation actuelle, les chiffres exposés expliquent les raisons de l’explosion globale que le COVID-19 a causé. Sa meilleure description est celle de l’extraordinaire écrivain colombien William Ospina dans son récent article : « Coronavirus : de la peur à l’espérance. » Je veux seulement dire que nous sommes devant une transformation paradigmatique qui expose deux modèles : le capitalisme qui a déclenché la guerre et celui de ceux et celles qui brandissent la bannière de l’humanisme et du socialisme pour lui faire face.

Le modèle capitaliste se révèle à travers la défense prioritaire des intérêts des grandes entreprises multinationales et l’utilisation de la pandémie comme instrument politique pour affronter les pays qui résistent à la domination impériale.

À une date aussi précoce que le 31 janvier 2020, le secrétaire au commerce des États-Unis, Wilbur Ross, l’affirma clairement lorsqu’il dit qu’il pensait que l’expansion du Coronavirus — qui à ce moment avait déjà fait des milliers de victimes en Chine et obligeait le gouvernement de ce pays à instaurer la quarantaine dans plusieurs villes —  « aiderait à créer des emplois aux États-Unis ».

Également, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le président Trump lui-même, se sont exprimés avec enthousiasme à propos de l’expansion de l’épidémie en Iran. Le maintien des sanctions économiques contre le Venezuela, l’Iran, la République populaire démocratique de Corée, le Zimbabwe, la Biélorussie et de nombreux autres pays, leur interdisant l’achat de matériel médical nécessaire pour affronter le virus, a rendu cette attitude patente.

Dans un summum d’orgueil, Trump aurait offert un milliard de dollars pour acheter de façon exclusive pour les États-Unis, un vaccin contre le Coronavirus à une entreprise allemande. Cela suscita la réponse étrange et inusitée de rejet du gouvernement de ce pays par la voix de son ministre de l’intérieur, Peter Altmaier, qui déclara : « L’Allemagne ne se vend pas. »

Trump a manifesté sa confiance que bientôt les États-Unis auraient le vaccin nécessaire entre leur mains pour éviter la maladie. Si c’est ainsi, les Vénézuéliens, les Cubains, les Iraniens, les Coréen et d’autres nations du monde, nous nous réjouirons pour tous ceux et celles qui auront accès à ce vaccin. Mais nous savons bien que le blocus qui agit comme une sentence de mort pour tous ceux que, dans leur conduite démentielle, les États-Unis considèrent comme des ennemis, nous interdira la possibilité de l’acquérir. Ainsi, le Coronavirus agira comme une arme bactériologique du capitalisme et des États-Unis contre l’humanité. C’est pourquoi nous avons l’espoir que la Chine parvienne à fabriquer le vaccin, dès lors qu’elle a déjà débuté les essais cliniques.

Paradoxalement, ce vaccin a été développé par l’Académie militaire des sciences médicales de l’Armée populaire de libération de Chine. C’est-à-dire  que pendant que les forces armées des États-Unis réalisaient — en pleine expansion du virus sur la planète — des exercices militaires à la frontière de la Colombie et du Venezuela et qu’ils se préparaient pour les plus grandes manœuvres militaires réalisées en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, les forces armées chinoises se dédiaient à la recherche pour offrir des soins de santé à l’humanité. C’est une autre grande différence entre les forces armées impériales qui servent le capital et celles du socialisme qui servent le peuple.

En Amérique latine, nous pouvons imaginer Bolsonaro, la dictature bolivienne et l’incapable qui gouverne l’Équateur — entre autres — en train de réfléchir à la décision qu’ils avaient prise d’expulser de leur pays les médecins cubains en raison de cette même guerre qui condamne d’importants secteurs de la population à être privés d’attention médicale, surtout en ces moments si difficiles.

Ce sont ces mêmes arguments qui ont conduit le président de Colombie à essayer de coordonner des actions avec un gouvernement imaginaire qui n’existe que dans son esprit criminel perturbé en évitant de prendre des mesures conjointes avec un pays avec lequel il partage 2 300 km de frontière ouverte. Le capitalisme préfère condamner d’importants secteurs de sa propre population plutôt que d’affronter, avec des critères humanistes, l’expansion de la maladie.

Pour sa part, la première mesure annoncée par le gouvernement répressif d’extrême droite de Sebastián Piñera au Chili pour combattre la pandémie a été d’informer la population que le test de détection du virus coûterait 25 dollars américains. De fait, il permettait aux entreprises pharmaceutiques d’imposer des prix abusifs et sans contrôle sur les médicaments et le matériel médical. C’est le capitalisme néolibéral à outrance qui se maintient avec la répression et le terrorisme d’État.

Nous avons devant nous des chefs d’État qui n’en sont pas. Ce sont des ignorants, des fanatiques fondamentalistes de la politique, des adorateurs de la haine, incapables de faire face aux adversités parce qu’ils ne pensent qu’aux pertes économiques qu’engendre la pandémie, non aux êtres humains qui attendent qu’on prenne au sérieux le droit à la vie tel qu’il est consacré dans l’article 3 de la Déclaration universelle des droits humains.

Pendant le Seconde guerre mondiale, de véritables leaders, des ennemis idéologiques comme Joseph Staline, Winston Churchill et Franklin Delano Roosevelt, furent capables de surmonter leurs différents pour se coordonner pour affronter la bête nazie-fasciste qui menaçait toute l’humanité. Ils se sont réunis à deux reprises, à Téhéran en 1943 et en janvier 1945 à Yalta, et au milieu des antagonismes propres aux idéologies divergentes qu’ils professaient, leurs obligations parvinrent à quelque chose qui semblerait impossible aujourd’hui quand les rencontres qui se réalisent actuellement sont biaisées politiquement. C’est là l’expression d’esprits médiocres et mesquins qui gouvernent en ce temps.

Aujourd’hui, lorsque la Chine est parvenue à contenir la pandémie, elle s’est empressée d’aider d’autres pays à l’affronter et à la surmonter avec la même efficacité. Les Chinois ne demandent pas quelle est l’orientation politique de ces gouvernements, l’intérêt suprême de l’humanité se situe en premier lieu. C’est quelque chose d’inhérent au peuple chinois. Dans mon récent livre : « La Chine au 21ème siècle, L’éveil d’un géant, » j’ai extrait le passage suivant : « Certaines des idées fondamentales semées par Confucius dans ses Entretiens ont à voir avec le plaisir de mettre en pratique ce qui a été appris, ainsi que celui de recevoir un ami, la poursuite d’une supériorité morale quand l’homme ne se sent pas offensé si d’autres ne l’apprécient pas, le rejet de la mièvrerie et des attitudes feintes, le bonheur qu’on peut connaître en menant une vie humble ou celui d’un riche éduqué ».

Sur un autre plan, pour comprendre comment la Chine a affronté cette pandémie, il faut savoir que la notion du XIAO (piété filiale) chez Confucius est associée à une autre qui est liée au Ren, c’est-à-dire : « l’amour de l’humanité », ou dit autrement : l’amour universel, qui commence à être effective avec l’acceptation et la mise en pratique du Xiao. C’est ce qui fait en sorte que la Chine comprend comme un devoir le fait d’aider les autres, sans calcul économique ou de profit que font les entreprises et les gouvernements capitalistes. 

Le concept confucéen de piété filiale (xiao) est interprété comme la relation la plus importante entre les hommes, c’est-à-dire le lien avec les parents et le lieu de naissance qui sont toujours inamovibles dans la mesure où il suffit de comprendre et de cultiver ces relations comme valeur suprême.

Confucius considérait que celui qui gouverne doit traiter les gouvernés comme ses enfants et le gouverné, comme un père, l’autorité. Ce sens du respect envers l’autorité est ce qui a permis au gouvernement de la République populaire de Chine d’imposer des mesures drastiques de contrôle sans que ce soit produit des excès, de la désobéissance ou des troubles sociaux. Tout cela facilita la lutte à la pandémie.

Cette façon de se comporter est aussi l’expression d’un paradigme supérieur de comportement humain, la pensée confucéenne dans son ensemble avec la pensée scientifique marxiste présente dans le gouvernement et le Parti communiste de Chine ont créé un modèle de socialisme ayant ses propres particularités qui ont permis de vaincre le virus et qui s’empresse d’aider le reste de l’humanité à le battre sous d’autres latitudes et longitudes.

Il n’y a pas de calcul économique, il n’y a pas de regards en coin vers la croissance du PIB, il n’y a pas de fonds de réserve des gains des entreprises comme éléments prioritaires. La Chine a dit : « Ce qui importe en premier, c’est la santé de notre peuple », après nous nous préoccuperons de l’économie. Leur capacité à penser à long terme en privilégiant le facteur humain comme centre du travail du gouvernement et du Parti leur facilite la tâche.

On pourrait résumer ainsi les paroles d’Aleksandar Vucic président de la Serbie qui avec un grand chagrin exprima que : « Les seuls qui peuvent nous aider dans cette situation difficile, ce sont les Chinois. Maintenant, tout le monde s’est aperçu que la grande solidarité internationale n’existe pas, que la solidarité européenne n’existe pas, c’était un conte de fées sur papier. Aujourd’hui, j’ai envoyé un appel à l’aide parce que nous avons de grandes attentes et des espoirs élevés dans les seuls qui peuvent nous aider et ce sont les dirigeants de la Chine. Nous avons besoin de tout, même de personnel médical... »

La solidarité n’existe pas, ni ne pourra exister, dans une société basée sur les valeurs de l’individualisme, la consommation, l’égoïsme et le profit comme forme de réalisation humaine, elle n’existera pas tant que le matériel primera sur le spirituel, l’obscurantisme intéressé à maintenir des gens ignorant au-dessus des connaissances scientifiques et la médiocrité sur la connaissance et la culture.

Le capitalisme n’a jamais été et ne sera jamais supérieur au socialisme. La lutte contre le Coronavirus est en train de le démontrer.

De façon beaucoup plus modeste, mais non moins importante, Cuba continue de donner des exemples de supériorité morale et de son développement scientifique, malgré six décennies de blocus inhumain. La vision stratégique du Commandant Fidel qui, au milieu de toutes les adversités, comprit bien avant quiconque que le manque de ressources naturelles amenait Cuba à développer ses ressources humaines. Ceci a permis à son pays de devenir une puissance scientifique et médicale qui non seulement maintient des standards de santé dignes des pays développés, mais aussi « exporte » la santé comme on le voit à nouveau dans l’affrontement de cette pandémie.

Le médicament cubain Interféron alfa-2b a démontré son efficacité en Chine, mais une fois encore, la guerre du capitalisme contre l’humanité empêche que celui-ci, produit des laboratoires cubains, puisse élargir son spectre et servir toute l’humanité. Pour les États-Unis, il est préférable que meurent des citoyens que d’accepter que Cuba ait la capacité d’affronter cette pandémie victorieusement sur son territoire et à l’extérieur de celui-ci.

La supériorité du socialisme a rendu possible que cette petite île — en taille —, mais géante par sa dimension humaine, assume des responsabilités en appuyant d’autres pays comme cela a été le cas avec l’accueil dans son port des passagers du bateau de croisière britannique Braemer, tout en sachant que 5 d’entre eux étaient contaminés et 40 autres pouvaient l’être.

Nul ne sait comment se terminera cette guerre, mais le monde vit des transformations paradigmatiques qui mettront à l’épreuve la condition humaine. Le monde ne sera plus le même, les hommes et les femmes de bonne volonté devront tirer leurs propres conclusions.


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