Ça roule au CAPMO, janvier 2020, Année 21, numéro 5

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La dignité humaine

Il était une fois, une belle au bois dormant enfermée dans un donjon entourée d’une forêt impénétrable habitée de monstres défendant différentes idoles qui maintenaient les peuples dans la misère et l’ignorance. Un jour, en quête de leur dignité humaine, les jeunes des cinq continents entreprirent la conquête de ce vaste territoire où les rêves de paix et de solidarité  étaient enfermés.

Ce territoire inhumain, impropre à la vie, s’accroissait sans cesse, employant les plus vils instruments : le mensonge, la trahison, la séduction, la convoitise, une liberté dévoyée et la répression totale envers les dissidents. Les forces du mal s’agglutinaient, englobant les institutions les plus crédibles, les narcotrafiquants dansant avec les escadrons de la mort, les puissances militaires, le système financier international, les marchants d’armes et les multinationales canadiennes prédatrices de l’environnement, les pouvoirs législatif, juridique et répressif avec les médias d’ensevelissement de la vérité, assurant pour toujours le maintien de l’ordre bourgeois.

Les jeunes voulant s’attaquer à ce monstre à mille têtes devaient renoncer à la violence afin de ne pas être englobés par ces ténèbres. Malgré les fakes news, leur loyauté entière s’adressait à la vérité de qui ils apprenaient à discerner les intérêts cachés derrières les messages de propagande. Sur certains continents, ils luttaient contre la misère extrême, ailleurs contre le déni de démocratie, voire du fascisme revêtu du vocable de la liberté et des droits humains, pour d’autres encore c’était le développement qui était la priorité, tandis que dans les pays riches, ils devaient apprendre à vivre les valeurs de la sobriété et de la décroissance pour qu’il y ait des ressources pour tous et toutes sans spoliation de la nature. Chaque peuple, selon ses propres stratégies, convergeait vers la dignité humaine endormie dans les chimères de la prospérité, déracinant les idoles de la peur et de l’ignorance, de la violence et de la honte, du mensonge et de l’envie, afin de détrôner l’empire des riches et des puissants en refusant de devenir comme eux.

L’année 2020 inaugure une nouvelle décennie, nous devons refuser de vivre les yeux fermés sur les  misères de ce monde sans sombrer dans la peur, la violence ou le désespoir. Cela appelle un esprit de résistance, d’amour et de paix, de sens et de dignité, de profondeur et d’authenticité. Pour y arriver, nous devons vivre dans la joie de la victoire certaine sur l’empire de la mort, selon une éthique de paix et de justice sociale, en communion avec le cosmos qui nous englobe et nous attire à lui.

Le gouvernement canadien veut acheter 250 nouveaux avions de chasse ? N’y aurait-il pas mieux à faire avec cet argent? Nous défendre contre qui au juste ? Aller attaquer quel peuple encore pour défendre les intérêts du capital ? C’est polluant et inutile. « À bas les armée et les dépenses militaires inutiles, » Jane Fonda.

« Solo le pido a Dios que la guerra no me sea indiferente. Es un monstro grande qui pisa fuerte toda la pobre inocencia de la gente. » Mercedes Sosa

Yves Carrier


 

TABLE DES MATIÈRES

Spiritualité et citoyenneté

Les Hérodes d’aujourd’hui

Radicalisation de la droite...

Johann Baptist Metz

Christo-néofasciste

La politique de la torture

Honneur au peuple chilien

Calendrier

 


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Spiritualité et citoyenneté

RACISME 2.                              SOCIÉTÉ TRADITIONELLE ET RACISME

Pierre Clastres raconte ce qu’il a observé chez les Tupis Guaranis (La Société contre l’État). Alors que le chef est le porte-parole de la tribu, une crise survient qui déstabilise la société. Ceux qui en savent plus –le chef et le chaman- prennent plus d’importance et tendent à entrer en opposition. Le chef prend goût au prestige et en veut davantage. Le chaman, ou quelqu’un d’autre conscient des valeurs du groupe, s’institue prophète. Si les relations interpersonnelles au sein du groupe sont perturbées, plusieurs issues peuvent être envisagées. La division du groupe semble être la solution la plus fréquente, quand la terre était encore immense et la population réduite. Il ne faut pas oublier que, pendant 200 000 ou 300 000 ans, l’homme n’a pas cru nécessaire de bâtir des civilisations. Celles-ci sont récentes (5 000 ans) et témoignent de l’échec des relations entre les membres au sein de la communauté, quand une minorité s’arroge un surcroît de pouvoir sur la majorité. Si l’on extrapole à partir de la description de Pierre Clastres, la société déstabilisée et en crise, en butte au conflit entre le chef et le prophète, chacun sentant son pouvoir augmenter et désirant l’accroître, finit par éclater soit qu’elle disparaisse ou se mue en société avec une chefferie plus autoritaire. La civilisation est sur le point d’éclore, mais a besoin d’un ciment solide. Cela est apporté par le prophète. En même temps que naît l’État et les classes sociales, la religion s’invente, l’humain étant par essence religieux et spirituel, deux entités à ne pas confondre, mais qui ne seront démêlées que récemment, sauf pour les fondateurs ou non de religion qui seront récupérés par d’innombrables et d’innommables, parfois, délégués de la puissance supérieure.

Le racisme, peur de la mauvaise différence qui ramène au même, pourra se développer avec le système politique de la société traditionnelle que le monothéisme viendra ébranler. Il faut lire la Bible avec un œil d’anthropologue critique pour comprendre l’évolution de l’humanité du péché originel, dans lequel nous baignons toujours (le transhumanisme ou la post-humanité en sont les indices), jusqu’à aujourd’hui.

Le système traditionnel persiste encore de nos jours, mais est fort ébranlé. La révolte récente au Liban est un soulèvement populaire contre l’imposition de la tradition. Cela secoue le monde musulman, Tunisie, Algérie, avec des retours de bâton, Turquie, Iran, Égypte. Il consiste pour faciliter le contrôle de la population en l’adéquation entre monarchie, territoire, peuple, religion, culture. Un monarque doit contrôler un territoire peuplé de gens qui ont la même religion que lui, avec la même culture si possible. Et pour maintenir son pouvoir, il doit promouvoir la peur et la haine de l’étranger ou, du moins la méfiance.

Dans un prochain article, je démontrerai comment l’expérience du monothéisme est utile pour contrer le racisme. Paradoxalement, le racisme se développe contre ceux qui ont le plus intérêt à s’en débarrasser. Je montrerai à quel point la Bible, ce traité d’anthropologie fondamentale et de spiritualité (deux manières différentes de parler du même phénomène) peut nous aider à comprendre le phénomène et à l’extirper.

 Robert Lapointe


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Les Hérodes d’aujourd’hui

Leonardo Boff, 19 décembre 2019

Noël possède toujours son idylle. Il ne peut y avoir de tristesse quand naît la vie, spécialement quand vient au monde l’enfant Dieu, Jésus. Il y a des anges qui chantent, l’étoile de Bethléem qui brille, les bergers qui veillent leur troupeau pendant la nuit. Mais les acteurs principaux sont Marie, le bon Joseph et l’Enfant couché dans une mangeoire, « parce qu’il n’y avait pas d’endroit pour eux où se loger ». C’est alors qu’apparait en provenance de l’Orient, des sages nommés roi mages qui ouvrirent leurs coffres et offrirent de l’or, de l’encens et de la mire, des symboles mystérieux. Mais il y avait aussi un roi méchant, Hérode, très cruel, au point d’avoir fait assassiner des membres de sa famille. Il entendit parler qu’allait naître dans une cité de David un enfant qui serait le Sauveur. Craignant de perdre son trône, il envoya ses soldats tués les enfants mâles de moins de deux ans à Bethléem et aux alentours. Les textes sacrés conservent la mémoire d’une lamentation des plus poignantes de tout le Nouveau Testament : « À Rama on entend une voix, de nombreux pleurs et des gémissements. C’est Rachel qui pleure ses fils et qui ne veut pas être consolée parce qu’elle les a perdus (Matt 2,18) ».

Noël, cette année, apporte à nos esprits les Hérodes actuels qui assassinent nos enfants et nos jeunes. Entre 2017 et 2019, 57 enfants et jeunes de moins de 14 ans sont morts au Brésil de balles perdues. Cette année uniquement, à Rio de Janeiro, 6 enfants et 19 adolescents ont perdus la vie lors d’interventions policières, selon la plateforme d’information Fogo cruzado. Dans la région métropolitaine, 6 058 fusillades ont provoqué 2 301 blessés dont 1 213 décès et 1 088 souffrant de lésions permanentes. Le cas le plus scandaleux fut celui d’une enfant de 8 ans, Aghata Félix, morte d’un tir de fusil dans le dos à l’intérieur d’un minibus lorsqu’elle rentrait à la maison avec sa mère.

Leurs noms méritent d’être écrits, même si avec quelques années de plus ils trouvèrent la même destinée des enfants assassinés par Hérode : Jenifer Gomes, 11 ans; Kauan Pexoto, 12 ans; Kaua Rosario, 11 ans, Kaue dos Santos, 12 ans, Aghata Felix, 8 ans; Ketellen Gomes, 5 ans.

Le gouverneur de Rio de Janeiro avec sa police féroce est accusé de crime contre l’humanité après avoir commandé d’attaquer les communautés avec des drones et des hélicoptères, terrorisant la population. Le préfet Marcelo Crivella confessa qu’en raison des interventions policières, dans les 436 écoles situées dans les communautés, les enfants avaient manqué 7000 heures de classe.

Avec la mère d’Aghata Félix, Vanessa Francisco Sales qui portait aux funérailles la poupée de Monica que sa fille aimait tant, on entendait les mêmes gémissements que ceux de Rachel dans la Bible: les mères du Morro de Alemao, de Jacarezinho, de Chatuba de mesquita, de Vila Moretti de Bangu, du Complexo do Chapadao, de Duque de Caixa, de Vila Cruseiro dans le Complexo da Penha, de Marica. Entendons leurs gémissements.

« Plusieurs voix se firent entendre, de nombreux pleurs et gémissement. Les mères pleurent leurs bien-aimés, morts par des balles perdues: elles ne veulent pas être consolées parce qu’elles ont perdu leurs enfants pour toujours. Elles demandent une réponse qui ne leur vient d’aucune instance. Entre les larmes et les lamentations, elles supplient : cesser de tuer nos enfants. Cessez pour l’Amour de Dieu. Nous voulons qu’ils vivent, nous voulons la justice. »

C’est le contexte de Noël 2019, aggravé par une politique officielle qui utilise les moyens pervers du mensonge, des « fakes news », de beaucoup de rage et de haine viscérale. Jésus naît pauvre et il vécut ainsi sa vie entière. Et surgit un président qui a souvent le nom de Jésus aux lèvres, mais pas dans son cœur parce qu’il propage des offenses contre les homo affectifs, les Noirs, les indigènes, les habitants des communautés afro-brésilienne et les femmes. Il dit ouvertement qu’il n’aime pas les pauvres, cela signifie qu’il n’aime pas ceux que Jésus appelle : bienheureux, ceux qu’Il appelle ses grands et petits frères et qui à la fin de nos vies seront nos juges (Mt 25,40). Le président n’aime pas les pauvres, cela signifie qu’il n’aime pas la majorité des Brésiliens qui sont pauvres, parfois miséreux, pour lesquels il devrait prioritairement gouverner et se soucier.

Malgré cela, il faut célébrer Noël. Il fait noir, mais nous célébrons l’humanité et la jovialité de notre Dieu. Il s’est fait un enfant sans défense. Quel bonheur de savoir que nous serons jugés par un enfant qui ne veut que jouer, recevoir et donner de l’amour. Que Noël nous apporte un peu de cette lumière qui provient de l’étoile qui a remplit de joie le cœur des bergers et qui a guidé les pas des rois mages vers la crèche. « Sa lumière illumine chaque personne qui vient en ce monde » (Jn 1,9). À vous tous et toutes : Joyeux Noël.

Leonardo Boff est un théologien qui a écrit Natal : sol da esperança, historias, poesias e simbolos, Mar de Ideias, Rio de Janeiro, 2007.


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Radicalisation de la droite...

Radicalisation de la droite et mensonges sans vergogne : la politique latino-américaine

La criminalisation des manifestations citoyennes dans le monde a été la réponse des centres de pouvoir économique et politique, menacés de perdre leurs privilèges et le contrôle des espaces décisionnels. Les rues se sont exprimées clairement et, pour toute réponse, elles ont reçu les durs coups de la répression. Cependant, les digues cèdent toujours plus et cette citoyenneté indécise et accommodée commence à prendre parti pour les contestataires. Toutefois, même quand les corps institutionnels armés et entraînés pour contenir la frustration des peuples ont provoqué des morts et des lésions permanentes à ceux qui ont exprimé leur mécontentement envers le système, et malgré les techniques qui s’apparentent davantage à des situations de guerre que de contention de manifestations citoyennes, la dynamique semble impossible à contenir.

Face à cette réalité, depuis le cœur de l’empire néolibéral, a été déclenché une nouvelle guerre froide et, sans aucune dissimulation, les présidents soumis au pouvoir économique ouvrent les écluses et permettent l’intervention d’éléments capables de réaliser les sales besognes : faire taire les manifestations et renforcer les gouvernements, peu importe comment et à quel prix. Aujourd’hui, le Chili est un miroir où l’on peut voir la main étrangère qui réalise le sauvetage d’un système caduque et cassé. Évidemment, le système compte sur l’appui d’une poignée de familles puissantes et de leurs cercles d’influence terrorisés par la perspective de voir leurs intérêts à court terme affectés.

Le président chilien, l’un des hommes les plus fortunés du continent et également l’un des plus méprisés dans son propre pays, s’est révélé dans toute sa médiocrité en sabotant la tenu de la COP25. Lors de cet important sommet sur le changement climatique, le gouvernement chilien a démontré sa détermination à sacrifier le futur de la planète sur une balance où ce qui l’emporte est le bénéfice des intérêts des secteurs corporatifs dont les opérations suscitent le plus grand dommage environnemental  à la planète. La lamentable intervention du Chili lors de l’événement qui s’est tenu à Madrid et sa présentation dans un texte éloigné des Accords de Paris fut la ratification d’une position contraire aux évidences scientifiques, mais surtout son indifférence devant la croissante préoccupation des peuples envers les effets nocifs des émissions de carbones provoquées par l’industrie.

Dans d’autres pays de la région, on commence à percevoir un recul des droits humains vers les années de la Guerre froide lorsque la stratégie des États-Unis était totalement ouverte et démasquée. En Bolivie, par exemple, est entré en scène sa plus grosse marionnette, l’OEA, au point de parvenir à éjecter du pouvoir le seul mandataire du continent qui avait réalisé un travail surprenant dans l’un des pays les plus malmenés et inégaux d’Amérique latine. Cela, qui sait, en réponse à son échec aux élections en Argentine où la balance vers le socialisme lui a asséné un puissant revers. Pendant ce temps, le discours moraliste — démocratie, droits humains et lutte contre la drogue — ne résiste pas à la moindre analyse lorsqu’on observe la manière dont le Département d’État américain agit face aux crimes commis par des gouvernements bien plus faibles et corrompus, comme celui du Guatemala, pour s’assurer l’utilisation du territoire de cette nation pour sa politique anti-migratoire. Ces moins que rien, obéissant au pouvoir suprême des grandes corporations et des gouvernements du premier monde, sont incapables de comprendre la portée de leur trahison et, sans aucun scrupule, ils entraînent leurs nations vers la misère et la destruction.

Carolina Vásquez Araya, Chili, décembre 2019

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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Johann Baptist Metz:

Johann Baptist Metz: les quatre piliers de son édifice théologique

 1. La mémoire subversive

Johann Baptist Metz a eu le mérite de sauver de l’oublie la mémoire subversive présente dans le récit du sacrifice du Christ. Au moyen de sa Théologie politique il mit en évidence que dans l’Eucharistie nous trouvons non seulement ni principalement un acte liturgique et simplement cultuel que réalise l’Église catholique, mais d’abord et avant tout la mémoire subversive de la narration du procès et de l’exécution d’un innocent injustement assassiné qui clame justice et, devant la responsabilité indélébile des acteurs et de la société qui réalisèrent ce crime. Autrement dit, nous nous trouvons devant la mort d’un innocent jugé impunément par les autorités religieuses et politiques de son temps et dans cet assassinat sur la croix se trouvent l’expression et l’exigence d’une justice pour tous les assassinés et les massacrés de l’histoire.

Qui se sent responsable des assassinés ? Metz situe le point culminant de cette chaîne à Auschwitz où 6 millions de juifs furent exterminés. Cela l’amène à poser la question de la Théodicée: Qui est Dieu après Auschwitz, où était-Il ? Et il répond par deux ouvrages principales : Dieu après Auschwitz et Memoria Passionis.

 

2. Dimension apocalyptique du temps

Metz critique la conception linéaire du temps qui s’est installée dans la société et dans l’Église catholique. C’est-à-dire, la conception d’un temps où tout va de l’avant de manière ascendante, la conception du progrès humain comme un continuum. Mais cela n’est pas vrai. C’est ce que nous démontrent les deux guerres mondiales et Auschwitz.

Metz introduit la conception apocalyptique du temps comme rupture et discontinuité au milieu du temps humain. C’est la conception de l’apocalyptique juive que nous retrouvons dans la Bible. Elle donne au temps son sens véritable : quelque chose remplie de signifiant parce qu’il s’agit d’une nouveauté, d’une rupture, d’une discontinuité. Quelque chose de nouveau apparaît. Sans cette conception du temps comme rupture, il n’y a pas de résurrection ni d’espérance à l’intérieur de l’histoire humaine.

 

3. La dimension politique de la foi

Depuis le début de son œuvre, Metz précise qu’il ne s’agit pas de l’ancienne théologie politique qui justifie le pouvoir des puissants comme cela se fit à l’époque de l’empereur Constantin, lors des Croisades, au moyen-âge, lors de la conquête espagnole des Amériques ou en d’autres temps. Au contraire, il s’agit de préciser que la foi biblique, la foi en Jésus-Christ ne peut être réduite à quelque chose d’intimiste, d’individuel. La confession de la foi en Jésus-Christ possède toujours une dimension publique, politique qui a des incidences sur la société et dans l’Église, puisqu’il s’agit de raconter une vie, des actes libérateurs de Jésus et de ses disciples, il s’agit de témoignages publiques de la foi.

Son livre : « La foi dans l’histoire et dans la société » paru au cours des années 1970, le précise. C’est une théologie politique comme une théologie narrative qui questionne, désinstalle, provoque et martèle la conscience, devant laquelle on ne peut demeurer indifférent. Mais cette conception de la foi, il l’avait déjà initiée dans deux de ces ouvrages précédents : « Théologie du monde » et Au-delà de la religion bourgeoise ». Si la foi n’est pas confrontée avec l’histoire, elle perd son identité.

Ici, Metz confronte la foi avec les idéologies et exprime la capacité de la foi à questionner les structures de pouvoir et les systèmes de pensée. La foi biblique part de l’intervention de Dieu dans l’histoire depuis Abraham, l’Exode, jusqu’à l’intervention historique définitive de Dieu dans l’humanité au moyen de l’Incarnation du Fils de Dieu et de l’œuvre eschatologique de la prédication du Règne de Dieu de Jésus de Nazareth par la force de l’Esprit.

La Théologie politique de Metz désinstalle n’importe quel refuge de la foi qui prétend demeurer hors de l’histoire et de la société. Au contraire, la foi doit se charger du présent et de l’avenir, des vainqueurs et des vaincus de l’histoire, du Règne de Dieu et de l’empire du mal. Le texte qui est proclamé dans le credo: « … Il est descendu aux enfers », n’est pas simplement une métaphore, sinon qu’il s’agit de la réalité souffrante de l’histoire, mystérieuse et scandaleuse de ce que le Christ réalisa avec l’empire du mal et de la libération qui nous délivra du péché et de la mort à travers sa mort et sa Résurrection.

La Théologie politique de Metz est une Théologie fondamentale qui répond à ce que demande l’apôtre Pierre: «  Soyez toujours prêts à donner raison de votre espérance à ceux qui vous demandent des explications » (I Pie 3,15). 

 

4. Le Dieu de la compassion

Dans son œuvre profonde : « Memoria Passionis », Metz reprend avec rigueur intellectuelle et une foi responsable le thème de Dieu, le thème de la Théodicée et le thème de la souffrance humaine, surtout lorsqu’elle est causée par l’injustice.

Les différentes images de Dieu qui nous sont parvenues de la philosophie : un Dieu éternel, tout-puissant, impassible, immutable… ne correspondent ni à la pensée biblique, ni à la réalité. Puisque comment pourrait coexister un Dieu omnipotent, omniscient, impassible, avec les atrocités de l’histoire humaine, avec la souffrance des innocents ? Il n’y a pas de réponse.

Au contraire, affirme Metz, les humains ne connaissent pas Dieu à partir de la connaissance de Dieu, mais c’est à partir de la connaissance et de la compréhension que Jésus en avait qu’ils parviennent à comprendre qui est Dieu. Les croyants n’ont pas d’autres images de Dieu que sa manifestation révélée en Jésus de Nazareth. Dieu est Dieu, conceptuellement, seulement à partir de Jésus-Christ. Et Jésus de Nazareth a souffert et a eu de la compassion pour ceux et celles qui souffraient, pour leurs angoisses et leurs peines.   

Le seul Dieu que nous connaissons, disait Metz, est le Dieu de la compassion pour les derniers, pour les humiliés et les victimes de l’histoire. C’est le Dieu de la miséricorde. C’est pourquoi nous devons assumer une « spiritualité des yeux ouverts » à la douleur, à la souffrance.

Ce sont quatre pistes que nous avons à peine effleurées en relation à certains noyaux de la pensée de Metz et du grand apport qu’il a fait à la théologie et à l’Église catholique. 

Johann Baptist Metz est décédé le 2 décembre 2019 à l’âge de 91 ans.

par Juan Manuel Hurtado López, Diocèse de San Cristobal au Mexique, 23 décembre 2019

Juan Manuel Hurtado López

Traduit de l'espagnol par Yves Carrier


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Christo-néofasciste

L’Internationale christo-néofasciste, à l’assaut du pouvoir en brandissant la Bible et le crucifix

Juan José Tamayo, 3 janvier 2020

Un spectre parcourt le monde : les fondamentalismes

« Un spectre parcourt l’Europe: le communisme! Ainsi débute le Manifeste communiste de Marx et Engel. Affirmation qui pourrait être substituée par une autre qui exprime le climat général dans lequel nous vivons : « Un spectre parcourt le monde: le fondamentalisme ! » Mais davantage que d’un spectre, il s’agit d’un ouragan qui convertit le dialogue des cultures en choc de civilisations, les rencontres interreligieux en guerres de religions. Cela rend impossible le vivre ensemble, cela impose la dialectique de l’ami et de l’ennemi dans les relations entre les peuples et, lorsque cela devient du terrorisme, cela détruit le tissu de la vie. Il vaudrait mieux parler de fondamentalisme au pluriel, puisqu’ils sont plusieurs et qu’ils agissent en alliance: religieux, politique, économique, culturel, ethnique, patriarcal, etc. 

 

Internationale néofasciste chrétien 

En Amérique latine, aux États-Unis et en Europe, nous sommes en train d’assister à une avancée des organisations et des partis politiques fondamentalistes d’extrême droite dont les objectifs sont la défense à outrance des postulats du néolibéralisme sans tenir compte de ses incapacités flagrantes, la destruction de la démocratie à partir de l’intérieur, le négationnisme du changement climatique et l’attaque à la théorie du genre et aux mouvements féministes et LGBTIQ. Nombre de ces partis et de ces organisations comptent une importante — et parfois décisive — représentation parlementaire et ils gouvernent dans plusieurs pays.

Ces partis  constituent un réseau parfaitement structuré et coordonné à l’échelle globale et ils sont en relation organique avec des groupes fondamentalistes religieux, généralement évangélique, mais également catholiques, avec l’appui de leurs hiérarchies respectives, au point de former ce que Nazaret Castro appelle : « L’Internationale néofasciste » que je qualifie d’Internationale christo-néofasciste ». Cela se produit dans les différentes religions et Églises, ainsi que dans l’Église catholique pendant le mandat réformateur du pape François qui a ses adversaires au sein même de la Curie romaine et dans un secteur important de l’épiscopat mondial. 

 

VOX et Hazte Oír  (Voix et Fais-toi entendre)

Commençons par notre maison. En Espagne, l’un des exemples les plus emblématiques de cette Internationale, est la convergence, la complicité et la syntonie totale  entre Hazte Oír, organisation catholique espagnole d’idéologie ultraconservatrice, qui a fondé un lobby international portant le nom de CitizenGo, et VOX que L’Observatore romano —organe officiel du Vatican — qualifie de « formation politique d’extrême droite », tandis que, en divergence à cela, le cardinal espagnol Antonio Cañizares affirme qu’il ne s’agit pas d’un parti « en absolu » d’extrême droite, mais «  de droite totalement constitutionnel ».

L’alliance de VOX avec l’intégrisme catholique se manifeste depuis ses débuts comme parti politique.  Hazte Oír a servi de plateforme pour rendre VOX visible médiatiquement en tant que parti politique en décernant des prix à Santiago Abascal et à d’autres leaders du même parti. En correspondance légitime, VOX a incorporé des membres associés à Hazte Oír dans le Parlement des communautés autonomes, les Municipalités et le Congrès des députés, comme l’a démontré la recherche minutieuse de Laura Galaup et de Jésus Bastante publié dans diario.es.

La confessionnalité ultra catholique de VOX est devenue manifeste lors de deux événements politiques et religieusement intégristes. L’un a été la convocation, à l’intérieur de la campagne « Laissez-nous naître », d’une messe pour « tous les enfants avortés pendant l’année 2019» et « pour ces femmes en danger d’exclusion qui pensent à avorter » dans une paroisse de Séville où on allait distribuer des photos de fœtus. La messe n’a pas eu être célébrée en raison du refus de l’archidiocèse.

Le second acte a eu lieu à Ceuta où leur président, Juan Jesus Vivas, répondant à la demande de VOX, a retiré des budgets de la ville pour 2020 la subvention attribuée à l’Association catholique Cardijn (en mémoire du prêtre belge fondateur de la jeunesse ouvrière catholique, la JOC), qui prenait soin des migrants mineurs non accompagnés. La justification donnée par VOX pour retirer cette subvention est le besoin d’éliminer les « investissements non nécessaires » et « la fin des budgets discrétionnaires ». L’argent de la subvention a été redirigé à la réhabilitation de l’église de la Vierge du Carmen.

Devant un tel manque de solidarité et d’absence de compassion envers les mineurs sans famille, enfermés dans des centres peu hospitaliers, l’archevêque franciscain Santiago Agrelo, qui fut évêque de Tanger au Maroc pendant 12 ans et la voix prophétique des personnes migrantes qui criait dans le désert politique et religieux, a exprimé publiquement son opposition à ce que soit destinée un seul Euro à la réparation de l’église du Carmen avec ce raisonnement que je vous partage : 

« Je ne sais pas qui est responsable de cette Église du Carmen que les politiciens de Ceuta prétendent restaurer avec l’argent volé aux pauvres. J’ai la certitude que, si c’est de l’archevêché de Cadiz et Ceuta, il ne permettrait pas qu’un seul Euro de ceux qui ont été volés aux pauvres ne servent à poser une seule tuile sur cette église. »

Depuis sa solidarité et son accompagnement des migrants, Angrelo semble s’adresser à ses frères dans l’épiscopat commodément installés dans leurs palais épiscopaux quand il affirme que : « ce n’est pas la même chose lire l’Évangile dans une cathédrale que de le lire dans un canot pneumatique. »

 

En Italie, Salvini inocule la haine envers les personnes migrantes 

Lors de ses meetings, Salvini inocule le discours de la haine envers les personnes et les collectifs de migrants et de réfugiés aux fidèle dévots qui l’écoutent captivés comme devant un nouvel Savonarola. Et ils le font avec le crucifix et l’image de la Vierge sur leur poitrine. Ces discours sont repris par les médias et les réseaux sociaux, répandant la haine sur tous les continents. Une haine qui ne demeure pas dans les discours, mais qu’il mit en pratique pendant son mandat de vice président et de ministre de l’intérieur, interdisant l’accès aux ports italiens des embarcations humanitaires qui secouraient les immigrants, ce qui mit en danger la vie de plusieurs personnes. Le crucifix et la Vierge comme légitimation de ses politiques xénophobes. Quelle contradiction !

Salvini est l’un des dirigeants politiques les plus critique du pape François à qui il adresse des discours haineux précisément en raison de sa politique de défense des immigrants qui parviennent à nos côtes et se trouvent aux prises avec l’absence de solidarité des gouvernements qui, au lieu de leur ouvrir les portes de façon hospitalière comme cela devrait être le cas envers des personnes de la famille humaine,  la leur ferme à double tour.

Juan José Tamayo est directeur de la Chaire de Théologie et de sciences des religions Ignacio Ellacuria. Ses derniers livres sont: “¿Ha muerto la utopía? ¿Triunfan las distopías? (Biblioteca Nueva2019, 3ª ed.) y Hermano Islam (Trotta, 2019).

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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La politique de la torture

par Carolina Vásquez Araya, Chili

Le mauvais traitement extrême est une forme cruelle et dégradante de faire de la politique et d’établir des limites.

Le 10 décembre 1984, l’Assemblée générale de l’ONU adopte et ouvre — pour signature, ratification et adhésion des États membres — la Convention contre la torture et autres mauvais traitements ou peines cruelles, inhumaines ou dégradantes. Un titre suffisamment explicite pour inviter les leaders politiques à mettre fin aux abus des États et de leurs institutions contre les personnes en toutes circonstances,  et ayant pour objectif de les obliger à respecter les droits humains et les libertés fondamentales. Trente-six ans plus tard, le mépris des États signataires envers un engagement aussi élémentaire qu’indispensable, dont l’objectif était d’éradiquer la violence et de favoriser un chemin vers la paix, apparaît évident.

La décennie se termine avec un panorama progressif de torture et de violation des droits humains convertis en instrument stratégique des puissances et de leurs alliés. Les manifestations citoyennes contre les abus de pouvoir des gouvernants sont attaquées avec une force plus proche d’une situation de guerre que de conflits politiques nés dans un cadre civil. Le but ne pourrait être plus évident : le viol des droits de la population demeure établi comme une action dissuasive non assujettie à la loi et comme une preuve de la permissivité des gouvernements soumis à de puissantes pressions des puissants secteurs économiques locaux et internationaux.

Les protocoles pour affronter les conflits citoyens et les phénomènes comme les vagues massives de migrants résultantes de la violence due à la corruption, au crime organisé ou aux actions belliqueuses et aux invasion d’autres États pour des intérêts purement géopolitiques et économiques, sont ignorés alors que les forces répressives agissent dans l’ignorance totale des conventions qui balisent ce genre de situation, et ce, malgré la signature de ces pays et l’obligation de répondre aux dispositions établies.

En somme, le siècle montre une tendance à l’impunité de la violation de toute loi existante sur le traitement digne et le respect des droits humains, dans l’optique d’un système global dont la priorité est la spoliation de la richesse des nations, l’élimination de n’importe quel obstacle dans la poursuite de ces objectifs — nous n’avons qu’à observer la dépossession des terres des petits producteurs et les agressions armées contre les peuples autochtones — et l’institutionnalisation de la torture comme instrument de contrôle citoyen, une stratégie extrêmement effective pour soumettre les peuples à la volonté des dirigeants corrompus et aux dictatures dissimulées sous des traits constitutionnels dessinés sur mesure.

L’un des exemples les plus évidents de cette dégradation du respect pour les lois internationales et les conventions signées par les États — comme la Convention contre la torture — est l’agir du gouvernement des États-Unis envers les enfants immigrants. Il n’est pas nécessaire d’aller très loin pour constater les violations exécutées par les autorités de l’immigration, obéissant à des dispositions du mandataire états-unien, de séparer les familles, internant les fillettes, les garçons et les adolescents de tout âge et condition dans des camps de concentration, les privant de tout contact avec leur famille et les soumettant à des traitements cruels et inhumains.  Dans le cas des mineurs, la privation de leur entourage familial constitue l’exemple le plus évident de torture et du viol indiscutable de la Convention pour les droits de l’enfance. Ainsi se termine l’année et commence une autre moins prometteuse et avec d’énormes défis pour les peuples du monde.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier

www.carolinavasquezaraya.com

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Honneur et gloire au peuple chilien

Manuel Cabieses Donoso, Politika, Santiago de Chile,  30 décembre 2019

Je me lève debout, j’enlève mon chapeau et je cris à plein poumon : Vive le glorieux peuple chilien!

C’est le peuple — dans sa vaste et généreuse majorité — qui est le protagoniste de la rébellion qui a converti 2019 en une année qui passera à l’histoire des luttes sociales de notre patrie.

Des hommes et des femmes, jusqu’aux enfants qui inondent les rues avec leurs magnifiques manifestations, ils sont les descendants des luttes héroïques contre l’exploitation et la discrimination des XIXème et XXème siècles. La rébellion enragée qui s’est déchaînée a été forgée dans la pampa du salpêtre, dans le sud mapuche et paysan, dans la Patagonie australe et dans les ports et les villes de cette fine « ligne de lumière » comme appelle le Chili le grand Carlos Droguett. 

Notre ligne est une histoire parsemée de tueries et d’abus (commis par les militaires) qui, néanmoins, jamais n’extirpèrent la fureur rebelle qui battait dans le cœur du peuple. 2019 passera à l’histoire comme un exemple de ce courage historique. C’est une page glorieuse écrite par des millions de Chiliens et de Chiliennes. Le peuple de tous âges et conditions sociales, proclama : Ça suffit! au système qui opprime et humilie.

Le laboratoire de l’expérimentation et du berceau du néolibéralisme — la plus inhumaine expression du capitalisme —, s’est levé et réclame une Assemblée constituante qui coule les bases d’une République démocratique et participative. Le pouvoir populaire lutte pour être définitivement reconnu comme la pierre angulaire de la société.

Il existe une parenté historique évidente entre le 18 octobre 2019 et le 11 septembre 1973, jour du Coup d’État contre l’Unité Populaire. Dans la perspective du temps, ces dates s’assemblent comme l’envers et l’endroit de notre histoire tragique.

Le président Salvador Allende l’avait prédit dans le palais présidentiel en flamme : « Tôt ou tard s’ouvriront les grandes avenues où passe l’homme libre pour construire une société meilleure. » C’est ce qui se produit aujourd’hui: l’homme libre s’est mis à marcher et il a changé les rues en barricades de la liberté.

En réalité, le peuple n’a jamais cessé de lutter. Sous le terrorisme d’État, hommes et femmes donnèrent leur vie pour reconquérir la liberté séquestrée par les oligarques et les assassins en uniforme. L’héroïque résistance contre le terrorisme d’État — qui coûta plus de 3000 vies et des dizaines de milliers de prisonniers torturés — fait partie des racines historiques de la rébellion du peuple chilien.  

Notre pays veut vivre de manière différente à celle que nous imposa le néolibéralisme avec l’aide des baïonnettes. Il aspire à une démocratie empreinte de justice sociale, une paix entre égaux, dans un cadre institutionnel — sujet au scrutin populaire et à la révocation de ses mandataires — qui fait respecter les droits et les devoirs de ses citoyens.

Résultat mesquin — et délibérément désorientant— est le fait de qualifier les manifestations et la rébellion d’une simple « explosion sociale ». Cela fait maintenant plus de 70 jours que se produit ce phénomène social, politique et culturel, qui rejette tous les institutions de l’État. Ce n’est pas une «  explosion », c’est un processus insurrectionnel qui a délégitimé le cadre institutionnel et dissipé — avec le souffle de millions de personnes — la fausse image de « l’oasis » du conformisme et de la résignation en Amérique latine.

Cette insurrection n’a pas de têtes dirigeantes ni d’itinéraire prédéterminé. Toutefois, elle a des millions de voix qui indiquent la direction du mouvement: un changement profond et définitif. La demande qui coalise l’ensemble des manifestations sectorielles est une nouvelle constitution élaborée par une Assemblée constituante à partir de laquelle les Chiliens et les Chiliennes construiront une société nouvelle et égalitaire.

Cette lutte a coûté plus de 27 morts, des centaines de blessés, des milliers de détenus et de torturés. La répression policière a mis en évidence que les carabiniers de Pinochet et ceux de Piñera sont les mêmes.

Il est illusoire de croire que le processus insurrectionnel en marche va avaler la couleuvre d’une « Convention constituante » élaborée par la caste politique. Le plus probable, c’est qu’il y ait une vague de pression de masses pour que la « Convention » rompe ses chaînes et assume les fonctions d’une Assemblée constituante, dépositaire du pouvoir originel. (En démocratie, c’est le peuple qui est le dépositaire du pouvoir originel qu’il délègue aux élus lors des élections).

Pour que cette proposition soit victorieuse, il faut demeurer unis comme au premier jour de l’insurrection d’octobre.

Les ennemis du changement — avec la caste politique en tête— tentent de diviser et de décourager le peuple. Il y aura une guerre psychologique à coup de millions de dollars dans les médias de masse pour gagner le référendum du 26 avril. La réponse nécessaire consiste à consolider l’unité sociale sans sectarisme ni opportunisme. L’ennemi commun est l’oligarchie qui prétend convertir la Constituante en une farce de plus dans les nombreuses que comptent notre histoire.

Nous devons faire confiance à nos propres forces. Nous avons l’honneur d’appartenir à un peuple vaillant et rebelle qui ne permettra pas que l’on bloque encore une fois son droit de vivre dans une société gouvernée par la justice sociale, les libertés publiques et les droits humains.

À l’Assemblée constituante, il correspond de jeter les bases de cette société que l’espoir du peuple maintient vivante depuis plus d’un siècle.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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