Ça roule au CAPMO - Novembre 2019

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Nous sommes en guerre....

Ce sont les mots que le président du Chili a choisis pour décrire le soulèvement de la population contre la vie chère et les abus des multinationales. Il faut dire qu’au Chili presque tout a été privatisé : l’eau, l’éducation, le transport en commun, la mer, l’électricité, les mines, la santé, la télévision et même les pensions de vieillesse.

Pinochet a légué à son peuple une constitution qui accorde la priorité à la propriété privée devant les droits humains et la justice sociale. Fatigués d’entendre toujours les mêmes discours prescrivant de se serrer la ceinture, de devoir travailler plus pour s’endetter davantage, les Chiliens et les Chiliennes ont laissé exploser leur juste colère contre les exposants de la doctrine néolibérale qui leur pompent l’air depuis le retour d’une démocratie restreinte où ils ne peuvent décider de rien. « À quelle sauce voulez-vous être mangés », ironisait Galeano.

C’est justement la nature de ce pouvoir qui est mise en cause par ces manifestations populaires, leur principale réclamation étant la convocation d’une assemblée constituante. Exit les élus trop bien rémunérés, jusqu’à trois fois les salaires des députés canadien, pour que le peuple puisse enfin s’exprimer. Mais jusqu’où un gouvernement de millionnaires peut saigner la population pour favoriser l’enrichissement d’une toute petite classe défendue par des militaires et des policiers dépourvus de morale ?

L’État de siège et le couvre-feu décrétés par Sébastien Pinera ont libéré la violence des forces de l’ordre: assassinats, violes collectifs, tortures, éborgnements de centaines de manifestants, blessures par balles et 5 000 arrestations en moins d’une semaine. Ces militaires inutiles reçoivent de généreuses pensions et plein d’avantages sociaux pour écraser les aspirations de la nation australe et protéger les intérêts du dieu capital. Ils ont fait de ce paradis néolibéral un enfer sur Terre pour les citoyens ordinaires.

« Le droit de vivre en paix », l’hymne de Victor Jarra repris par tout un peuple, ne concerne pas les émeutes mais celle de pouvoir vivre dans la dignité.

Ailleurs, en Équateur, où un soulèvement s’est produit deux semaines plus tôt, certains témoignages rapportent des massacres de populations autochtones que nous n’avons pas pu confirmer, mais entendre la voix d’un homme en pleurs à ce sujet vous glace le sang. Il dénonce des atrocités commises par les militaires équatoriens après que les manifestations aient cessé. En Colombie, des massacres d’autochtones sont aussi dénoncés.

Oui nous sommes en guerre, mais le Canada et le groupe de Lima ont choisi le mauvais camp, celui du capital contre les peuples, celui des riches contre les pauvres, celui des forces armées d’extermination contre les ouvriers, les métis, les noirs et les autochtones. Le dieu Moloch semble avoir de beaux jours devant lui, ses bourreaux sacrifiant les victimes au bénéfice des intérêts financiers. Même les grands réseaux de désinformation ne cessent d’appuyer les thèses des puissants. Normal, à la guerre, la vérité est la première victime.

Yves Carrier


 

Table des matières 

Spiritualité et citoyenneté

17 octobre 2019

La solidarité internationale

L’expérience des couvertures

Greta

Révolte en Équateur

Chili: La guerre de Piñera


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Spiritualité et citoyenneté

LA DATE DE PÉREMPTION DE L’HUMANITÉ EST-ELLE FIXÉE?
Le 21ième siècle verra-il la fin de l’humanité, ultime victime de la sixième grande extinction?

Bonne question. Il y a longtemps que des lanceurs d’alerte s’agitent à travers leurs écrits. Au moins deux siècles! Oui, deux cent ans, environ. Le courant romantique, notamment avec Alfred de Musset, s’alarmait déjà dans le poème Rolla.

Le naufrage du Titanic aurait pu servir d’avertissement en 1912. Cet événement est précurseur de la postmodernité. Et il y a eu ce siècle catastrophique (deux guerres mondiales et plusieurs autres petites, la Grande Dépression, la menace des changements climatiques, le retour du religieux fondamentaliste) qui a été victime du productivisme éhonté et de la haine.
La postmodernité est un autre de ces épisodes décrits par George Gusdorf où s’affrontent la raison, le logos, la science, et la foi, le muthos, renforcé par le theos. L’obscurantisme sectaire revient lorsque la raison ou la science dévient de leurs routes, quand la spiritualité est dévoyée ou manipulée.

D’autres personnages ont récemment (depuis le siècle dernier) prévenu l’humanité du danger du productivisme encouragé autant par les capitalistes que par les régimes socialistes. Rachel Carson, dans Printemps silencieux (1962), nous avertissait déjà du danger des pesticides. Depuis on voit disparaître les insectes, les abeilles, les oiseaux. L’extinction commençait déjà.

Puis il y a eu René Dumont qui préconisait un changement radical de direction avec L’Utopie ou la mort (1973). Il dénonçait aussi l’agriculture industrielle.

Il y a le GIEC, les sommets sur le climat et, puis,…Greta. Sont-ils alarmistes? Non, à peine.

Selon certains agronomes, la terre est foutue, trop contaminée. On se bourre de pesticides, de plastiques, on attrape le cancer comme la peste; la mer, selon certains, serait foutue; l’air nous empoisonne. Les glaces fondent, ce qui pourrait interrompre le Gulf Stream, ce courant chaud qui baigne l’Europe, et il pourrait advenir un nouvel âge glaciaire, car la terre cherche l’équilibre. Si l’on perturbe cet équilibre, la terre réagira violemment. Si la mer se réchauffe, il y aura plus d’ouragans, mais aussi le méthane qui gît au fond des océans remontera, accroissant encore davantage l’effet de serre (le méthane pour ce faire est plus efficace que le CO2). Alors que faire? Beaucoup d’$$$$$$$$$, est nécessaire pour assurer la survie des riches et des puissants. Pour cela, il faut culpabiliser les payeurs de taxes pour financer la géo-ingénierie qui pourrait agir sur le climat. On ne peut pas bien sûr réduire la surconsommation source de profit. Il faut vaincre sur le plan spirituel la notion de présent perpétuel qui amène les gens à consommer dans l’immédiat sans se préoccuper de l’avenir et des conséquences .Cette mentalité est probablement l’une des causes de la crise des subprimes. Il y a une réflexion spirituelle à faire, car seulement la spiritualité peut inverser le cours de l’histoire. Peut-être est-il trop tard? Il n’est pas impossible que l’humanité disparaisse. Cela a failli arriver lors de l’explosion du Toba sur l’ile de Sumatra il y a près de 75 000 ans. Une autre éruption de cette nature est possible avec le Yellowstone et il est dû.

Il y a probablement d’autres dangers possibles. Je vous laisse chercher. L’existence de l’humanité est une singularité de notre système solaire, et cela est une contingence, c’est-à-dire qu’elle peut disparaitre. Alors quelle est la date de péremption de l’humanité?

Robert Lapointe


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Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté

Le prochain gouvernement fédéral saura-t-il se montrer à la hauteur?

Patrice Lemieux-Breton, Collectif pour un Québec sans pauvreté

Québec, le 17 octobre 2019.– Le 17 octobre, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le Comité du 17 octobre invitait la population de Québec à participer à un souper-conférence sur le thème « Ottawa se préoccupe-t-il de la pauvreté? » Plus de 100 personnes ont participé à l’activité.

À quatre jours des élections fédérales, les trois conférencières invitées ont démontré que des actions concrètes en matière d’assurance-chômage, de logement social et de protection de l’environnement étaient possibles et nécessaires pour lutter contre la pauvreté. Et elles ont mis le prochain gouvernement au défi de répondre à leurs attentes!

« La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté est une occasion non seulement de se rassembler et d’être solidaires des personnes en situation de pauvreté, mais aussi de rappeler qu’on ne peut éliminer la pauvreté sans volonté politique », déclare Simon Pouliot, porte-parole du Comité du 17 octobre.« La campagne électorale fédérale actuelle ajoute un caractère politique supplémentaire à cette journée spéciale! On en profite pour s’informer sur des enjeux spécifiques afin de faire un choix éclairé le 21 octobre prochain », ajoute le porte-parole.

Assurance-chômage, logement social et justice environnementale

Une des conférencières invitées, Héloïse Varin, d’Action Chômage de Québec, a détaillé les lacunes de l’assurance-chômage et démontré la nécessité de réformer celle-ci de façon à assurer de meilleures protections pour les travailleurs et travailleuses.

La porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, nous a rappelé pour sa part que le futur gouvernement fédéral doit notamment mieux soutenir le développement de logements sociaux.

Enfin, Alice-Anne Simard, d’Eau Secours, nous a présenté les liens qui existent entre justice sociale et justice environnementale.

Un rendez-vous populaire
Le souper-conférence s’est tenu ce 17 octobre de 17h à 19h à la Maison de la coopération et de l’économie solidaire (155, boulevard Charest Est, salle 3).
Le Comité du 17 octobre, organisateur du souper-conférence, est formé par le Collectif de lutte et d'actions contre la pauvreté de la région de Québec (CLAP 03) et le Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12).

Lire les prises de parole dans le compte-rendu du CAPMO d’octobre 2019.


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Solidarité internationale

La solidarité internationale au Québec depuis les années ’50 – Qu’en est-il au juste?

Suzanne Loiselle, atelier de réflexion sur l'éducation à la solidarité internationale organisé par l'ORCÉSI,

5 octobre 2019 à Québec

QUELQUES ÉLÉMENTS CONTEXTUELS :
1: des événements qui ont influencé le développement de l'Aide internationale

1945 : l’ONU est créé par 53 États dont le Canada

1949 : le Canada devient membre de l’OTAN: cette adhésion et bien d'autres décisions du Canada amènent à déconstruire l'image pacifiste du Canada, qui est engagé dans plusieurs conflits!

1955 : Des chefs d’État afro-asiatiques adoptent la Déclaration de Bandung comprenant, entre autres, des mesures concrètes en faveur du désarmement, de la paix et de la coopération mondiales

1956 : Lester B. Pearson propose la création des Casques bleus

Les années ’60 : le Québec est en pleine révolution tranquille … les paradigmes changent….

1967 : Exposition universelle « Terre des hommes » à Montréal: bien qu'il semble ne pas y avoir de lien avec la solidarité internationale, cet événement a eu un gros impact sur l'ouverture au monde de la population québécoise qui a ainsi, à travers les visites à l'Expo, découvert des pays, des cultures et des réalités différentes.

1989 : Chute du mur de Berlin : fin de la Guerre froide et changement dans la dynamique des relations internationales.

1994 : Soulèvement des Zapatistes au Chiapas (Mexique)… génocide au Rwanda,...

2001 : Attentats du 11 septembre à New York et Washington : une nouvelle vision du monde où la sécurité permet tous les abus, où la lutte au terrorisme et les escalades militaires deviennent les priorités.

2: l’institutionnalisation de l’aide internationale
1968 : le gouvernement canadien crée L’Agence canadienne de développement international (ACDI).

1970 : Le Canada promet de consacrer 0,7% de son PNB à l’aide publique au développement (APD), cible jamais atteinte jusqu’à ce jour.

1974 : Déclaration des NU pour un « Nouvel ordre économique international » (plus juste?)

1982 : Le Canada donne son appui aux Programmes d’ajustement structurel de la Banque mondiale (qui auront des effets catastrophiques sur le développement des pays les plus pauvres en se concrétisant par des coupures dans l'éducation, la santé et autres… sans parler de la corruption qui s'y développe)

1995 : l’ACDI se désengage totalement dans le financement alloué aux organismes canadiens d’éducation du public au développement international. Cette décision prise sans aucun avertissement, prive certaines organisations dont la mission est l'éducation à la solidarité internationale de la presque totalité de leur financement… Tous les Carrefours régionaux sont fragilisés de même que L’Entraide missionnaire (L'EMI) et l'Association québécoises des organisations de solidarité internationale (AQOCI).

1997 : Création par le gouvernement du Québec d’un fonds et d’un secrétariat à l’action humanitaire internationale (budget de 1.6 million en 1996-1997 et 2 millions prévus en 1997-1998). Les premiers projets appuyés visent les populations de la région des Grands lacs africains. Sous l'impulsion de l'AQOCI, le MRI met aussi en place un Fonds d'appui à l'éducation du public à la solidarité internationale au Québec et un programme de stages (Québec sans Frontières).

2000 : Adoption par l’Assemblée générale de l’ONU, des huit Objectifs de
développement du Millénaire (ODM). Le 8e Objectif concernait l’engagement des pays riches à financer durablement le développement des pays du Sud par l’annulation des dettes, la réforme des règles du commerce international et l’augmentation de l’APD…

2002 : Conférence internationale de l’ONU sur le financement du développement (18 au 22 mars) et adoption de la déclaration intitulée « le consensus de Monterrey »

2002 : Plan d’action pour l’Afrique adopté au Sommet du G8 tenu en juin au Canada suivi la même année par le Sommet mondial pour le développement durable à Johannesburg (août)

Janvier 2003 : Lancement du « dialogue sur la politique étrangère du Canada » par le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham. Y sont mentionnés le respect de l’engagement du Canada d’atteindre son objectif de 0.7% de son PNB et la place significative à faire aux organisations de la société civile du Sud comme du Canada.

2005 : Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide adoptée par les pays membres de l’OCDE.

Automne 2005 : consultations du Comité permanent des Affaires étrangères et du Commerce international dans le cadre de son examen de l’Énoncé de politique internationale du Canada – Fierté et influence : notre rôle dans le monde. Plusieurs mémoires ont été présentés par des OCI dans le cadre d’audiences publiques.

2007 : Réunion du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE au cours de laquelle les ministres du Développement ont discuté de l’inclusion de l’assistance militaire dans l’Aide publique au développement (APD)…

2007 et ss : consultations des ONG par le ministère des Affaires étrangères en préparation de l’assemblée annuelle de la Commission des droits de l’homme des NU à Genève

2007 : Lors de son Assemblée générale de septembre, l’Assemblée générale des NU a adopté la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Quatre États s’y sont opposés dont le Canada.

2008: La Loi sur la responsabilité en matière d’aide au développement (C-293), votée en juin au Parlement, établit officiellement trois objectifs à l’aide : contribuer à la réduction de la pauvreté, tenir compte des points de vue des pauvres et respecter les normes internationales en matière de droits de la personne.

2009 et années suivantes : virage inquiétant et dangereux de l’aide canadienne au développement sous le gouvernement Harper comme en témoignent les annonces faites par la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda (réduction du nombre de pays prioritaires, nouveaux critères dans le choix des pays de concentration, etc.). S’ajoutent l’arrêt du financement public, de la part de l’ACDI ou d’autres instances gouvernementales, à des organismes reconnus comme critiques, impliqués dans des actions de plaidoyer et de concertation, comme Kaïros, Match International, CCCI, le Réseau action climat, l’Institut canadien de recherches sur les femmes, etc., et l’abolition d’organismes comme Droits et démocratie. Finalement, ouverture au secteur privé en coopération internationale (par ex., le financement de projets dans lesquels sociétés minières et OCI travailleront en partenariat pour réaliser des projets de développement au Ghana, au Burkina Faso et au Pérou.

Pour contrer ces attaques du gouvernement Harper contre la liberté d’expression et la démocratie, la coalition Pas de démocratie sans voix! a été lancée et a rendu publique une Déclaration appuyée par une centaine d’organisations de divers secteurs dont celui de l’aide internationale.

Novembre 2011 : se tenait, à Busan en Corée du sud, le Forum de haut niveau (FHN) sur l’efficacité de l’aide internationale, le 4e d’une série (Rome, 2002, Paris, 2005 et Accra, 2008). Parallèlement au FHN de Busan, s’est tenu le Forum des organisations de la société civile (OSC) sur l’efficacité du développement. Une Déclaration issue de ce Forum affirme que le développement suppose la concrétisation des droits et la réponse aux besoins des populations ainsi que la lutte contre les causes de la pauvreté, des inégalités et de la marginalisation. Force est de constater que les FHN ont donné bien peu de résultats au cours des années.

Juin 2012 : la Conférence des NU sur le développement durable, connue sous le nom de Rio+20, s’est tenue à Rio. C’était la 4e conférence de ce genre après la Conférence internationale de Stockholm sur l’environnement en 1972, le Sommet de la terre à Rio (1992) et le Sommet mondial du développement durable à Johannesburg (2002). Outre les conditions pour un développement durable, ces conférences ouvrent la porte à la réflexion sur la responsabilité des pays développés par rapport aux pays pauvres et donc invitent à tenir compte des aspects de développement durable dans l'aide au développement.

2013 : fusion de l’ACDI avec le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI). Par là, le gouvernement Harper démontre sa volonté de soumettre l’aide canadienne au développement aux impératifs de sa politique étrangère axée sur la croissance économique et la sécurité au détriment de la lutte à la pauvreté dans le monde.

2016 : Examen de l’aide internationale mené par Affaires mondiales Canada et mémoire présenté par l’AQOCI dans le cadre des consultations sur cet examen de l’aide internationale du Canada.

2017 : Annonce de la nouvelle Politique d’aide internationale féministe du Canada. Selon l’AQOCI, cette Politique est prometteuse mais irréaliste sans financement additionnel…

LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE EN MARCHE :
1ère moitié du 20e siècle : Des missionnaires québécois sont présents en Chine, en Amérique latine, dans les Caraïbes, etc. Leur expérience permettra de définir les bases de l'aide internationale canadienne et la création de l'ACDI. Ce sont également les premiers et premières à faire connaître la situation de ces populations par leurs tournées partout au Québec pour présenter la réalité dans laquelle se font leurs actions, faire de la levée de fonds et amener les gens à poser des actions, qui aux yeux d'aujourd'hui peuvent sembler discutables, mais ont contribué à l'ouverture au monde des Québécois et Québécoises (qui n'a pas acheté de petits Chinois ou Chinoises?)

1950 : un comité national d’entraide missionnaire du Canada est mis sur pied, pour favoriser les échanges et réflexions entre les communautés missionnaires sur leurs interventions et sur la sensibilisation à la solidarité.
(Catherine Legrand - L’Axe missionnaire catholique entre le Québec et l’Amérique latine- Globe. Revue internationale d’études québécoises – vol.12 – no 1 -2009)

2e moitié du 20e : des ONG naissent :
en 1958, L’Entraide missionnaire (L’EMI) est fondée par des communautés religieuses du Canada francophone, majoritairement du Québec. C’est la 1ère ONG québécoise d’éducation à la solidarité internationale…

En 1961 : SUCO est créé.

En 1967 : au tour de Développement et Paix.

En 1976, sous l'impulsion des Carrefours régionaux d'éducation à la solidarité internationale (Alma, Sherbrooke, Trois-Rivières, Québec, etc.) et de L’EMI, l’AQOCI voit le jour et mène, au long des années, des activités de concertation des ONG en développement international et éducation à la solidarité et de sensibilisation du public. L'AQOCI réalise de grandes campagnes sur des enjeux majeurs dont:
la Campagne « La militarisation, obstacle au développement » (1982) centrée sur le Salvador, le Guatemala et l’Afrique australe;
la Campagne sur les jouets militaires (1984);
la Campagne sur l’apartheid en Afrique du sud, qui a amené le gouvernement canadien à s'impliquer pour la fin de l'apartheid;

la Campagne internationale contre les mines anti-personnelles invitant ses membres et la population à signer le Traité des peuples en appui à la Convention internationale contre les mines antipersonnel. Cette campagne a, entre autres, amené le gouvernement canadien à s'impliquer dans le déminage et l'aide aux personnes victimes;

Aussi à l’initiative de l’AQOCI, se déroule la campagne nationale, en 1998, d’annulation de la dette publique des pays d’Amérique centrale frappés par l’ouragan Mitch;
Et tant d’autres…

En janvier 2000 : L’AQOCI participe à la mission québécoise en Irak pour prendre la mesure des effets sur la population civile de l’embargo et des sanctions en vigueur depuis août 1990. Cette mission se réalise à l’initiative du groupe Objection de conscience. De cette mission, est mise sur pied la Coalition pour la levée des sanctions contre l’Irak.

2000 : Dans la foulée de la Marche québécoise du Pain et des roses en 1995, un grand mouvement s'amorce pour la mobilisation concertée des femmes du monde. La Marche mondiale des femmes a lieu devant l'édifice des NU en octobre avec comme principales revendications l'élimination de la pauvreté et la violence faite aux femmes. Des femmes de partout dans le monde sont présentes à New York et des milliers d'autres marchent dans les principales villes de tous les continents. Depuis, la MMF est devenue un mouvement international rassemblant, dans tous les continents, des associations de femmes, des syndicats, des organismes communautaires, de coopération et d’éducation à la solidarité internationale. En 2004, au Rwanda, est adoptée la Charte mondiale des femmes pour l’humanité par des femmes venues des quatre coins du monde revendiquant l’égalité, la justice, la solidarité, la liberté et la paix, les cinq valeurs contenues de la Charte. Elles se préparent à célébrer 20 ans de marche!

En 2001, parallèlement au Sommet des Amériques (19-21 avril) se tient, à Québec, le Sommet des Peuples auquel participent beaucoup d’organismes de la société civile dont des OCI dans le but de dénoncer les impacts négatifs prévisibles sur les populations des Amériques de la ZLÉA (Zone de libre échange des Amériques).2001 : les attentats du 11 septembre au Word Trade Center (New York) et au Pentagone (Washington) mobilisent des OCI.

Dans la foulée de ces attentats, les organismes membres de l’AQOCI émettent une Déclaration commune titrée Non à la guerre! Non au terrorisme! Pour des relations internationales fondées sur la démocratie, l’égalité et la justice. Aussi pour traiter des enjeux de sécurité et sensibiliser la population québécoise à ces enjeux, la concertation « Comprendre et agir pour une paix juste » prend forme et organise des activités et publie des outils de sensibilisation du public québécois.

2002 : devant les menaces d’invasion de l’Irak par les États-Unis et ses alliés, une importante mobilisation se déploie au Québec ; elle est coordonnée par le Collectif Échec à la guerre qui regroupe 200 organisations de la société civile dont des OCI. 3 manifestations historiques d’opposition à la guerre contre l’Irak auront lieu dont celle de mars, au lendemain du déclenchement de cette guerre. Officiellement, le gouvernement canadien n’emboîte pas le pas dans cette guerre illégale…

Septembre 2004 : Lancement à Johannesburg de l’Action mondiale contre la pauvreté par des organismes de solidarité internationale, des syndicats et d’autres acteurs de la société civile. Au Québec, la campagne « Un monde sans pauvreté » coordonnée par l’AQOCI invite à agir, entre autres, pour une amélioration substantielle de l’aide internationale canadienne afin d’atteindre l’objectif de 0,7% du PNB fixé par l’ONU. Actuellement le niveau de l'aide internationale est de 0,28% et pourrait même être réduite après les présentes élections fédérales.

2005 : Au lendemain du Sommet mondial de l’ONU tenu en septembre, plusieurs ONG ont rappelé que les Objectifs du millénaire (lutte à la pauvreté, santé, éducation, etc.) ne seront atteints, au rythme actuel, que dans 100 ans! Les ONG ont fortement déploré l’absence de nouveaux engagements de l’ONU, entre autres, en matière d’aide au développement et de réduction de la dette des pays pauvres.

2006 : Publication du rapport sur l’aide internationale « Bilan de l’aide 2006 » produit par un réseau d’organisations de la société civile de tous les continents, le Reality of Aid Network. Ce rapport demande, entre autres que « les obligations relatives aux dépenses d’aide soient claires et axées exclusivement sur l’élimination de la pauvreté ».

2006 : en novembre se sont tenus les États généraux de la coopération et de la solidarité internationales au Québec, à l’initiative de l’AQOCI. Dans le but de renforcer la coopération entre les organisations de la société québécoise, une Déclaration commune a été adoptée. Intitulée Responsables aussi du monde, on y trouve une brève analyse de l’état du monde et un ensemble de revendications portant sur différents enjeux dont : l’égalité entre les femmes et les hommes, le renforcement du rôle de l’État, la condamnation de la guerre et de la militarisation, l’augmentation des budgets consacrés à l’APD à 0,7% du PNB, la reconnaissance de l’éducation du public à la solidarité internationale comme composante essentielle de l’APD et en conséquence de son financement.

Novembre 2006 : Colloque sous le thème Industries extractives, industries destructives? Organisé par la Coalition de Montréal sur les mines au cours duquel les participants et participantes ont étudié les impacts des activités d’entreprises canadiennes à l’étranger, notamment en ce qui concerne les droits humains et l’environnement.

2007 : Proposition au gouvernement canadien par divers acteurs de la société civile, des milieux universitaires et syndicaux, des représentants des secteurs minier et pétrolier, d’un cadre de responsabilité sociale pour les entreprises (RSE) ayant des opérations dans les pays en développement.

À noter que, depuis le début des années 2000, des groupes canadiens/québécois impliqués dans des programmes de développement ou voués à la protection des droits portent de plus en plus attention à l’exploitation des ressources minières sur le contient africain et ailleurs dans le monde.

2007 : Le 1er Forum social québécois a lieu du 23 au 26 août à Montréal sous le thème Un autre Québec est en marche. Il s’est terminé par le lancement de l’Appel solidaire des mouvements sociaux – UniEs pour l’avenir du Québec et du monde, Appel signé par 71 organisations de la société civile parmi lesquelles plusieurs ONG de solidarité internationale.

2012 : Conférence de l’ONU Rio+20: les mouvements sociaux et écologistes brésiliens ont organisé un événement parallèle, le Sommet des peuples pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs. Un contrepoids critique à Rio+20 en vue d’un développement plus solidaire et plus écologique.

2012 : la 3e édition du colloque Plan Nord, Plans Sud s’est déroulée sous le thème Résistances dans les Amériques : Crimes environnementaux et minières canadiennes

2014 : à l’occasion du 30e anniversaire du Comité québécois Femmes et développement (CQFD) de l’AQOCI, a eu lieu le colloque Coopérer pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde: 30 ans de défis et de réalisations.

2019 : après 2 ans de recherches et de réflexions entre divers organismes,
l’AQOCI publie son cadre de référence sur l’éducation à la citoyenneté mondiale.
N.B. En 1997, L’EMI tient son congrès annuel sous le thème "Pour une nouvelle citoyenneté"

EN GUISE DE CONCLUSION
Ce bref regard (mon temps est limité), auxquels pourraient s'ajouter bien d'autres exemples d'interventions en éducation à la solidarité internationale et d'actions collectives comme les campagnes de plaidoyer, donne un aperçu du dynamisme des organisations et de l'impact que peut avoir la solidarité internationale.
Constats :

L'Aide au développement et la solidarité internationale évoluent dans un système capitaliste néolibéral qui ne promeut ni la démocratie, ni la disparition de la pauvreté. Nous devons en tenir compte.

Le monde est en crise globale, il y a augmentation de la pauvreté partout dans le monde malgré des programmes d’aide internationale.

Les institutions démocratiques sont soumises aux intérêts des grandes corporations (financières, minières, pétrolières) et le système financier a le gros bout du bâton.

La répression est de plus en forte et on assiste à la criminalisation des protestations populaires.
L'aide humanitaire est questionnée: il y a augmentation des besoins et lenteur dans l’acheminement de l’aide après les catastrophes (tremblements de terre, tsunamis, tempêtes tropicales, etc.). Détournements de fonds, scandales, corruption sont observés partout.

De surcroît, l’agenda sécuritaire prend le pas aujourd’hui sur la finalité de l’aide qui est de réduire (d’éliminer ?) la pauvreté dans le monde. On investit plus massivement dans le militaire que dans l'aide.
Défis majeurs en matière de solidarité internationale :

L’urgence de repenser le développement et son financement, de démasquer les nouvelles formes du colonialisme sous couvert d’aide et de redéfinir le rôle des OCI face aux États et aux entreprises.

Les concepts et perceptions ont évolué, mais il y a toujours des gens qui pensent que le Nord doit aller porter l'expertise au Sud alors que de plus en plus on observe qu'il y a des réseaux très dynamiques dans les pays du Sud, qu'il y a des initiatives et beaucoup de choses qui se font et dont on n'entend pas parler. Il faut vraiment penser à la solidarité comme un partenariat.

Il y a crise de la solidarité…. De là l’importance de l’analyse (colloques, publications, documents pédagogiques, centres de recherches): il faut changer les repères et développer le sens critique et avoir des stratégies à long terme; du plaidoyer (communiqués de presse, mémoires, etc.), il faut désinvidualiser les enjeux car en individualisant, on dépolitilise; de la concertation (tables de concertation, réseaux de solidarité, Marche mondiale des Femmes, Forums sociaux mondiaux (FSM), Forums thématiques sur la paix et la sécurité, les autochtones, l’environnement, les États dits fragiles (Haïti, Afghanistan, Corne de l’Afrique, etc.) et les pays en guerre (Israël/Palestine, Syrie/ État islamique, Ukraine/Russie, Venezuela, etc.).

Il existe plusieurs types d’éducation à la paix, aux droits humains, à l’écologie, au développement, à la solidarité, à la citoyenneté mondiale… il faut construire des passerelles, créer des carrefours d'échange et d'action collective.
La solidarité internationale, une responsabilité collective :

Elle concerne les États et les groupes de la société civile (organismes de femmes, syndicats, groupes religieux, OCI). La solidarité internationale n’est ni la propriété de la coopération internationale ni une business pour les entreprises, les ONG et les gouvernements… Elle est un mouvement social pour la justice sociale, économique, environnementale à la dimension du monde.

Enjeux cruciaux pour le travail d’éducation en solidarité internationale :
il faut bâtir des ponts solides de concertation
préciser la finalité de l’aide,
assurer l’appropriation de l’approche féministe du développement,
il y a urgence de proposer des alternatives,
regarder de plus près ce qu'implique la citoyenneté mondiale.

Face au désastre néolibéral, à l’accroissement de la militarisation (commerce des armes, hausse effrénée des dépenses militaires), à l’appauvrissement des populations, comment agir pour le vivre ensemble, pour le bien commun de l’humanité? Tout un chantier…

« Notre rôle en tant que société civile … Nous devons insérer un virus dans le système, le virus de la solidarité» (Dom Samuel Ruiz) et j’ajouterais le virus de la solidarité internationale…, la solidarité étant une manière autre de faire l’histoire…

*Congrès 2005 de L’EMI – L’aide internationale, à quoi bon?

*Congrès 2010 de L’EMI – Par-delà l’aide internationale : des solidarités à inventer.

Suzanne Loiselle

Membre de L'Institut international des Soeurs Auxiliatrices, Madame Loiselle a été pendant près de 30 ans (1986 à 2015) à la direction de l'Entraide missionnaire, un organisme inter-communautaire de formation à la mission et à la solidarité internationale. Ses responsabilités l'ont amenée à séjourner au Mexique, en Haïti, au Rwanda, au Brésil et au Japon, à participer à des missions d'observation au Nicaragua et en Irak, ainsi qu'à des Forums sociaux mondiaux (Porto Alegre, Sarajevo, Mexico). Elle a aussi participé au Québec à des campagnes de plaidoyer ainsi qu'à la réalisation de nombreuses activités d'éducation à la solidarité internationale, notamment sur le sort des populations appauvries et vivant dans des zones de conflits, sur le rôle des femmes dans le développement des sociétés, et sur les théologies féministes de la libération.


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L’expérience des couvertures de KAIROS

Scénario pour adultes

Vous voulez en apprendre plus sur la réalité des membres des Premiers peuples ?
Vivez l’expérience des couvertures.
Il est très difficile de décrire intellectuellement ou conceptuellement, cette expérience prévue pour être vécue.

Cette activité, (avant de la vivre) est souvent confondue avec un atelier de formation ou de « mise à niveau ». L’apprentissage de la réalité historique vécue depuis la période coloniale par les membres des Premiers peuples, individus et groupes demande un certain vécu. C’est beaucoup plus qu’un atelier, parce qu’il s’agit bien de VIVRE une expérience en l’incarnant.

Je ne crois pas qu’il y ait un autre moyen d’en apprendre plus, sur cette réalité occultée…, en 90 minutes.

Il s’agit bien de vivre, en l’incarnant, la réalité vécue par les Premiers peuples en Amérique du nord. Ceci durant toute la période coloniale, qui se poursuit…, avec la loi sur les Indiens, à peine modifiée depuis son adoption en 1876. Vous vivrez la dépossession de leur territoire qui lui, était intrinsèquement associé à leur culture fondamentale, la TERRE MÈRE.

Les participantEs apprendront comment nous sommes passés d’un temps où les Premiers peuples profitaient de tout le territoire qu’on appelle maintenant le Canada (et que certains peuples autochtones appellent l’île de la Tortue); à un autre temps, notre époque, où les terres réservées pour les autochtones (le premier « comité d’accueil » des immigrants) sont réduites à une infime partie du Canada. Les réserves situées sous le 60e parallèle représentent moins de la moitié d’un pour cent du très vaste territoire du Canada actuel.

L’activité des couvertures peut déclencher de fortes réactions émotives chez certainNEs participantEs, surtout s’ils ont été personnellement touchéEs par les lois et politiques décrites. Il est important de prévoir être très ému. Cette expérience inclut des informations sur les effets de nombreux virus et autres éléments épidémiologiques. Il sera aussi question des pensionnats avec la rafle des années soixante conçue pour extraire l’Indien des enfants et de la perte de statut et l’assassinat ou la disparition de femmes autochtones. Les participantE sont la possibilité de quitter l’activité à tout moment ou de simplement l’observer. Il est conseillé d’identifier une personne qui pourra offrir du soutien en cas de besoin…

Détails techniques :
Minimum de participantEs, 20 personnes, sans limite supérieures en autant que le local puisse prévoir l’espace pour créer un seul cercle, pour le « retour sur ». Durée minimale 90 minutes, peut-être 88 ou 89 minutes minimum…

Il faut prévoir 60-70 minutes pour l’exercice comme telle et 20-30 minutes pour le « retour sur », d’une très grande richesse, tout ceci AVANT toute pause.

Je ne me déplace pas en dehors de la grande région de la Capitale nationale (celle du Québec),
Pour des intéresséEs d’autres lieux, je peux vous référer à unE autre animateur/trice.

Vous croyez que cette expérience pourrait être intéressante pour votre groupe, contactez-moi : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Renaud Blais


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GRETA, LA TORDUE, LA SUÉDOISE

Ainsi s’exprimait à Paris un citoyen « excédé et particulièrement agressif », écrivait Charlie Hebdo (16 octobre 2019, p.11) à l’adresse d’un militant d’Extinction-Rébellion. « Vous vous faites manipuler par l’autre tordue, là… la suédoise…. Pollution de la connerie » ajoutait-il.

Avait-t-il raison? Est un mouvement qui pourrait rapidement être « adapté à un milieu bourgeois » qui tendrait vers un « capitalisme vert », ainsi s’exprimait un jeune des banlieues qui se fait appeler Misère. On ne doutera pas de leur sincérité. Ni des uns ni des autres.
Le phénomène Greta est assez intéressant. Elle m’a fait penser à Jésus lorsqu’Il a chassé les vendeurs du Temple. Elle, à l’ONU, autre Temple des temps modernes, a engueulé comme du poisson pourri les représentants des seigneurs de la planète. Et sa personnalité! C’est une gamine, une autiste, une moins que rien, comme l’Autre, jadis, venant d’un trou perdu de Galilée. Elle en paye le prix sur les réseaux sociaux, comme l’Autre, sur la Croix, comme Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Ils l’ont bien cherché.

Cela pose aussi la question de la violence. Peut-on changer le monde dans la légalité? En votant, en manifestant pacifiquement? Il faut un rapport de force pour que les choses évoluent. Cela n’implique pas nécessairement la violence, mais aide à la prévenir. Cela se constitue dans le cœur de la société civile qui s’articule, qui s’unifie, qui porte un discours pour elle-même en fonction de ses intérêts et de ses valeurs.

GRETA, LA SIRÈNE DU FÉTICHISME ÉCOLOGIQUE?

Et cette gamine ose aller narguer les gens de l’Alberta! Y a-t-il manipulation de la part d’un capitalisme qui prône l’éco blanchiment (greenwashing)? Mon ami Gilles Simard nous prévient dans Le Soleil du vendredi 20 septembre 2019 : Gare aux sirènes du fétichisme écologique! C’est un article excellent, et nuancé comme je peux l’être parfois. Même si les critiques qu’il utilise viennent de la droite (Bruckner, Onfray), elles doivent être entendues. La gauche n’a pas le monopole de la vérité et elle peut grandir et s’affiner grâce à ces critiques. Oui, il faut être critique. Greta s’est elle-même investie d’une mission, il me semble. Elle est influencée, certes; comme tout le monde. Je la crois sincère, tout comme mon ami Gilles. Oui, il faut se méfier, particulièrement de ceux qui prêchent la vertu, de ceux et celles qui possèdent un grand charisme, forme de pouvoir, qui nous administrent des données scientifiques, qui offrent la compétence, autre forme de pouvoir, et qui, peut-être, utiliseront la force, troisième forme de pouvoir, pour nous amener à la raison. Dans l’intérêt de qui? Il y a de la lutte de classes dans la question écologique.

Robert Lapointe


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À quoi a servi la révolte en Équateur ?

par Raúl Zibechi

Les grands virages stratégiques, ceux qui influencent le long terme sur plusieurs décennies, se produisent toujours en bas, à travers l’irruption des secteurs populaires sur la scène politique qu’ils transforment en modifiant les relations entre les classes sociales, les genres et les générations.

C’est ce qui s’est produit avec le Caracazo (pour Caracas) de 1989 qui ouvrit une période de soulèvements populaires et commença à effriter le Consensus de Washington, créant les conditions pour contester le néolibéralisme privatisant. De la même manière, auscultant les pulsations de l’action collective, nous considérons que juin 2013 fut le commencement du déclin du progressisme, quand des millions de personnes gagnèrent les rues pour questionner la perpétuation de l’inégalité.

Quelle importance alors a la révolte de douze jours des Premières Nations, des travailleurs et des étudiants, à Quito?

En premier lieu, la révolte ouvre une brèche entre le conservatisme dure et le progressisme, entre les droites et les prétendues gauches. L’un des slogans les plus populaires lors de ces manifestations était « Ni Correa, ni Moreno » (L’ancien et l’actuel présidents de l’Équateur). Ils rejetèrent et freinèrent les demandes d’ajustements structurels du FMI, la politique de transfert de la dette de l’État aux travailleurs, en élevant les prix et les impôts.

Mais, lors de cette même révolte, ils rappelèrent que le gouvernement de Rafael Correa, pendant une longue décennie, réprima les organisations d’indigènes, de travailleurs et d’étudiants. Cette mémoire présente a amené les manifestants à créer une escouade qui expulsa des manifestations les cagoulés supporteurs de Correa qui n’étaient là que pour faire tomber le gouvernement de Moreno et faciliter le retour de leur leader.

Nous devons souligner que c’est la première fois, dans toute le région, que les peuples ouvrent une brèche dans la polarisation existante entre les deux secteurs qui prétendent détenir l’hégémonie. C’est pourquoi je considère que nous sommes face à un virage stratégique qui se consolidera ou pas, dépendamment de comment agit chacun des protagonistes. En ce sens, nous nous rappelons que la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (la CONAIE), ne fut en rien habile avec le gouvernement de Lucio Gutiérrez (2003-2005), en acceptant de collaborer à se gestion.

En second lieu, il se produisit une réactivation et une réorganisation du camp populaire. Pendant la révolte, tous les secteurs, durement réprimés par le gouvernement de Correa, commencèrent à nouveau à s’activer.

Raúl Zibechi Journaliste et écrivain, analyste international pour Brecha (Montevideo), professeur et chercheur « mouvements sociaux » à la Multiversidad Franciscana de América Latina, Uruguay. Chercheur associé du CETRI.

À Loja et Azuay, par exemple ont été créé des assemblées populaires autonomes, des « espaces organisationnels pour construire un pouvoir populaire, donner continuité au processus en levant et articulant des projets et des actions », comme le souligne l’activiste opposé aux projets miniers Paúl Jarrín.

Les étudiants « ont organisé des centres d’approvisionnement, des auberges et des cuisines communautaires, intégrant ainsi une lutte « campagnes et villes solidaires », et les rues et les places sont devenues des espaces de formation et de relations intergénérationnelles où il fut possible pour les générations nées après l’an 2000 de réaliser leur première expérience de lutte avec les générations plus anciennes.

L’analyste Decio Machado met l’accent sur le rôle des femmes et des étudiants qui forment de nouveaux leaders, ainsi que l’apparition de jeunes dirigeants au sein de la CONAIE, car il est nécessaire de renouveler les anciens cadres usés. « Le mouvement des étudiants, des femmes et particulièrement des indigènes, a été dirigé par une nouvelle génération de militants sociaux qui n’ont rien à voir avec le corréisme et même le rejette », indique-t-il.

Aussi important que cette réorganisation du bas vers le haut, est le rôle de « vastes secteurs de la société de la ville de Quito et d’autres localités du pays qui ont exprimé quotidiennement leur solidarité avec les secteurs mobilisés en leur donnant des médicaments pour les malades et les blessés, des couvertures, des aliments, des souliers, de l’eau et de la nourriture ».

En troisième lieu, il faudrait parler de l’empreinte que cette irruption aura sur toute la région. Cela ne sera pas une influence immédiate ni directe. Rappelons-nous que le Caracazo, point d’inflexion du néolibéralisme, a eu des impacts plusieurs années plus tard, quand se produisit le Ya Basta! (Ça suffit!) du soulèvement zapatiste cinq ans plus tard et les révoltes de la fin de la décennie 1990 au Pérou, au Paraguay et en Équateur, précurseurs des grandes insurrections bolivariennes de 2003 à 2005 et de la révolte argentine de 2001.

Les temps de l’histoire d’en bas ne sont pas linéaires, ils massèrent à la chaleurs des feux, là où sont débattues les idées et où se prennent les décisions collectives qui changent les trajectoires du monde. Pour toutes ces personnes qui font du collectif le centre de leur vie, les événements de l’Équateur seront comme l’étoile polaire des navigateurs: une référence et un horizon, un guide et une orientation, en ces temps de chaos et de confusion.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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LA GUERRE DE PIÑERA

Julio Zumaeta Bustamante, Communauté Oscar Romero, Valparaíso

1.- Sebastián Piñera Echeñique, président du Chili, a déclaré : “Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne, qui est disposé à utiliser la violence et la délinquance sans aucune limite même si cela signifie des pertes de vies humaines, qui est disposé à brûler nos hôpitaux, nos stations de métro, nos supermarchés, dans le seul but de produire le plus grand tort possible à tous les Chiliens.”

En employant les moyens de communication à sa disposition, le président a informé la population chilienne de son analyse de la grave crise sociale que vit le Chili depuis le 17 octobre.

Il n’y a pas une seule minute de réflexion pour signaler que la crise a explosé en raison de l’écœurement d’une interminable litanie de demandes jamais entendues.

2.– Poursuivant dans la même raisonnement, il ajouta : “Le devoir de notre gouvernement est de protéger et de rétablir l’ordre public et la sécurité, la tranquillité et la paix de tous nos compatriotes. Aujourd’hui, ce n’est pas le temps des doutes ou des ambiguïtés, il faut prendre parti et je fais appel à toutes les forces politiques, à tous les hommes et les femmes de bonne volonté à condamner sans hésitation, de toute leur force, cette violence et cette délinquance. Certains ne l’ont pas encore fait, ou lorsqu’ils l’ont fait, ils ont laissé place à de l’ambiguïté. Ceux-ci ne contribuent pas à la paix, à la tranquillité et à la sécurité de tous nos compatriotes, et d’une certaine manière, ils favorisent les actions de ceux qui veulent détruire notre démocratie, notre État de droit et attenter à votre vie, à votre tranquillité, à votre liberté et à vos droits.”

Poursuivant sur cette même ligne argumentaire son analyse, le président démontre que son objectif est la protection et la sauvegarde de la normalité institutionnelle, politique, économique et sociale du Chili. Dans cette hypothèse ténébreuse, il ne s’aperçoit pas que c’est justement cette normalité qui est en cause et que cette crise est l’expression d’un écœurement qui se concrétise après plus d’une décennie de tentatives infructueuses pour traiter, à l’intérieur des mécanismes de cette normalité, les conflits nommés tant et tant de fois par les différentes voix de ceux qui assument l’expression de la crise.

Les commentaires du président s’apparentent aux expressions les plus négatives de la dictature de Pinochet. C’est le même discours des démocrates contre les communistes, des Chiliens contre ceux qui veulent détruire le Chili. Il s’associe, surtout, à la façon d’agir du dictateur qui prétendait également que “nous étions en guerre et qu’il fallait choisir de quel côté nous étions, avec les patriotes ou avec les ennemis du Chili,” cette fois revêtu de la sémiologie démocratique trente ans après la supposée fin de la dictature. Rien ne semble s’être produit depuis, ni les discours édulcorés de la politique des accords, ni les appels à la réconciliation nationale, ni la supposée transition à la démocratie qui semble interminable.

3.– La crise actuelle a été annoncée de plusieurs façons. Les étudiants l’avaient dit, de la même manière que maintenant l’ensemble des Chiliens. Les retraités l’ont exprimé à plusieurs reprises. Les femmes se sont démarquées par leurs façons créatrices de manifester en faveur de leurs revendications. Les Premières Nations se sont exprimés en d’innombrables occasions. On peut reconnaître que les revendications du mouvement des travailleurs ont été permanentes. Les écologistes ont inventé de nombreuses formes d’expression jusqu’au point de s’attacher pendant plusieurs semaines en haut d’un pylône électrique pour dénoncer un projet invasif. Les défenseurs de l’eau des terres en plein processus de désertification savent ce qu’il en est d’essayer de discuter avec un interlocuteur qui semble sourd, muet et aveugle. À cette liste nous pourrions ajouter d’innombrables voix de mécontentement.

Aucune des revendications ne sont parvenues à obtenir l’impact des manifestations actuelles. Aucune n’a éveillé l’attention de la classe politique qui se préoccupe davantage de sa quiétude que du peuple quand il ne s’agit pas de le réprimer tout simplement.

4.– Mais aujourd’hui, le gouvernement de Piñera se trouve face à une crise où il n’a pas d’interlocuteur. Le ministre de l’intérieur, Chadwick, à la question : “Est-ce que les déclarations du président relatives à la guerre sont compatibles avec l’appel au dialogue?”, a répondu que c’était compatible puisqu’ils appelait au dialogue et à la recherche de l’unité contre les violents.”

“Nous appelons au dialogue toutes personnes, secteurs, partis politiques ou représentants sociaux, qui veulent la paix pour le Chili, qui veulent mettre fin à la violence et qui veulent condamner avec énergies les violents.”

C’est-à-dire que si vous souhaitez aborder avec clarté les problèmes posés par la crise, vous devrez vous asseoir pour discuter précisément avec tous les secteurs qui en plus d’une décennie, depuis les manifestations étudiantes de 2006, se sont efforcés de négocier avec les autorités gouvernementales pour, précisément, tenter de transformer “l’ordre public et la sécurité, la tranquillité et la paix” que le président prétend vouloir défendre et préserver et pour lesquels il a fait appel aux forces armées pour qu’elles prennent en main le travail de discipliner la société effrontée qui n’est plus disposée à suivre les normes qui garantissent “l’ordre public et la sécurité, la tranquillité et la paix”.

Qui plus est, Piñera comme Chadwick et toutes les autorités du gouvernement, identifient ceux qui encouragent les manifestations à des délinquants. Erreur numéro 1, parce que si les protagonistes sont effectivement des délinquants, comme tente de le faire croire le gouvernement, ils vont devoir négocier avec des délinquants pour trouver une sortie à la crise. Erreur numéro 2, parce que si les manifestants ne sont pas des délinquants, les gouvernants reconnaissent que les délinquants sont non seulement capables de s’emparer des espaces publics, mais aussi de détecter une situation qui diminue les barrières à l’action délictuelle.

Ce second type d’erreur est la situation dans de nombreux territoires des villes et régions du pays. Aujourd’hui, l’Intendante de la Région métropolitaine, la plus haut autorité politique du territoire qui englobe la capital du Chili, reconnaît que l’action du gouvernement est insuffisante et elle remercie les voisins qui sont capables d’exercer des actions directes pour se protéger. Il serait intéressant de savoir quelle opinion produirait chez les autorités une action semblable des communautés mapuches, quotidiennement violentées par la police, sans nommer un seul exemple de la question délicate que soulève cette question.

Face à une semblable crise, le président d’Équateur Lenin Moreno, vient d’initier un dialogue avec la coordination nationale des peuples indigènes après avoir reculé sur les mesures à caractère économique qui engendrèrent la crise. Avec qui, aujourd’hui, Piñera peut dialoguer pour résoudre la crise chilienne?

5.– Cependant, la crise actuelle révèle effectivement un signe inquiétant à propos de la situation chilienne. Le constat de l’inexistence d’un représentant qui peut exprimer la globalité des demandes. C’est un grave problème pour trouver une solution.
C’est peut être le moment de promouvoir la création d’une organisation nationale qui réunit les différentes consignes.

Le Chili n’est pas en guerre, il réclame le respect, la dignité, la fin de la corruption du gouvernement et des grands entrepreneurs.

Voici les proposition du peuple:
Une assemblée constituante (pour rédiger une nouvelle constitution)
Étatisation des services (eau, électricité, transport collectif)
Nationalisation des ressources naturelles (cuivre, lithium et autres ressources maritimes)
Démocratie directe (référendum)
Pénalisation de la corruption (politiciens et grands entrepreneurs)
Revendication des Premières Nations (respect et restitution des terres)
Santé, éducation et retraite dignes (santé et éducation de qualité)

J’aimerais ajouter quelque chose qui me semble indispensable. Une organisation nationale unitaire doit récupérer le sens que donnait le vieux militant Clotario Blest à ce terme. Ce doit être une organisation qui ne se laisse pas coopter par les intérêts qui tenteront de domestiquer un animal aussi dangereux. Si, effectivement, c’est une organisation nationale unitaire en ce sens, elle sera invincible et parviendra à lutter de manière efficace pour les changements nécessaires pour le Chili actuel, c’est ce que Piñera veut empêcher.

Toutefois, cela demeure encore un rêve. Un rêve possible, mais qui malheureusement semble très loin. L’histoire des luttes sociales chiliennes me dit que la construction de ce rêve est un long exercice d’accroissement des consciences des plus humbles. Il semble que nous ayons débuté ce chemin.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier
Salutation aux amis de la Communauté Oscar Romero à Valparaiso.


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 Calendrier des activités engagés de novembre 2019