Ça roule au CAPMO, février 2019

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La grande supercherie

Les enjeux concernant le Venezuela sont complexes et mal rapportés par les grands groupes de presse qui conditionnent l’opinion publique à exiger une intervention militaire. Comme si la rage accumulée contre un gouvernement apportait la légitimité morale d’imposer aux peuples du sud, les dirigeants que nos gouvernements aiment parce qu’ils travaillent dans le sens de leurs intérêts. Or cette rage fabriquée par le Département d’État américain et ses complices qui salivent devant ces immenses réserves pétrolières, est rapportée par les grands médias comme dans une chambre à écho.

Pour le Département d’État, il s’agit de créer une crise économique qui avec le temps deviendra humanitaire, pour punir un peuple et un gouvernement qui prétend socialiser les bénéfices issus des ressources naturelles. Bien sûr, la baisse des prix des matières premières, l’embargo américain et le sabotage de l’économie interne par les oligarques qui refusent d’abandonner aux mains du peuple leur chasse-gardée, sont les principales causes de cette crise.

Dans toute l’Amérique latine, les bourgeoisies se sont coalisées contre l’accession de l’immense majorité à des conditions de vie décentes. Ce combat a lieu dans chaque pays pour vaincre l’hydre socialiste qui selon eux menacerait leurs privilèges. Nos médias complices interrogent les classes favorisées comme si nous avions demandé aux Blancs Sud-Africains s’ils soutenaient l’Apartheid ou aux Français d’Algérie leur avis sur l’indépendance de ce pays.

La destruction de l’Irak fut financée par le détournement de la vente du pétrole irakien contrôlé par le gouvernement américain. Mike Pompeo, Secrétaire d’État vient de demander que des dizaines de milliards de dollars provenant de la vente du pétrole vénézuélien retenus dans les banques occidentales, soient confiés au président autoproclamé Juan Guaido. Ensuite, on accuse le gouvernement vénézuélien d’être responsable de la crise financière. L’illusion est parfaite, la guerre sera financée par le Venezuela et les profits du carnage iront dans les poches des marchands d’armes. Mais le bain de sang qu’une intervention militaire et la guerre civile qui s’en suivrait sont plus inquiétants encore.

À titre d’indicateur, Trump vient de nommer le secrétaire d’État aux affaires inter-américaines, Elliot Abraham, responsable de l’installation du « nouveau régime au Venezuela ». Ancien conseiller de Reagan, Abraham fut l’un des principaux promoteurs des escadrons de la mort au Salvador et de la Contra au Nicaragua. Au Guatemala, il est le stratège qui finança le génocide de 200 000 Mayas. Il fut également le principal conseiller du président Bush (fils) pour sa «Stratégie globale d’avancement de la démocratie à l’étranger.»(sic)

Abraham a aussi supervisé la restauration de la dite démocratie en Irak puis en Libye. Ce sinistre personnage digne de comparaître devant un tribunal pour crime contre l’humanité a le sang de centaines de milliers de vies humaines sur les mains.

«Tel chemin parait droit à quelqu’un, mais en fin de compte, c’est le chemin de la mort.» Pv 16,25

Yves Carrier


 

Table des matières

Spiritualité et citoyenneté

Les Gilets jaunes

Militaires et évangélistes

Venezuela et Trudeau

Appel aux consciences

Saint Georges et le dragon

Le lègue de Paulo Freire

Calendrier


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SPIRITUALITÉ et CITOYENNETÉ                                       

par Robert Lapointe

GILETS JAUNES, GOUVERNEMENTS JAUNIS : QUEL SENS?
Quel songe ou vision trouble ma fantaisie
À prévoir de Paris la fange cramoisie
Traîner le sang d’un Roi à la merci des chiens,
Roi qui eut en mépris le sang versé des siens.
(Les Tragiques, Agrippa d’Aubigné, 1616)

Le néolibéral Macron dans The Economist (journal londonien) marchait sur l’eau comme un Jésus moderne éclatant et souriant. Il coule aujourd’hui heurté par l’iceberg jaune du populo en proie à la réalité de la détresse. L’étoile du néolibéralisme a subitement pâli. Mettre la France, et le Québec, au goût du jour de la globalisation capitaliste n’est pas une sinécure pour les maîtres du monde même lorsqu’ils jouissent de la complicité socio-libérale, cette gauche qui arrondit les coins du néolibéralisme et facilite sa progression.

« Dans ce mouvement, il s’agit de bien autre chose que telle ou telle revendication particulière (…). Il s’agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser se redresser, se tenir debout. Prendre la parole à son tour. » (Simone Weil, « La vie et la grève des ouvrières métallos », La Révolution prolétarienne, Paris, 10 juin 1936). Cette remarque pourrait s’appliquer au mouvement actuel, même si certaines conditions diffèrent. Peut-être, à l’époque ont-elles protesté sous pavillon syndical? Et les syndicats appartiennent à la société civile. À quoi appartiennent les Gilets jaunes? Pour Mme Thatcher, chantre du néolibéralisme, ce ne sont que des individus, car il n’y a pas de société. Le néolibéralisme, le communisme, le fascisme ou la théocratie, l’intégrisme religieux, ont tous un point en commun : désarticuler et détruire la société civile comme forme organisationnelle de la population et la réduire à une forme embryonnaire, à sa trame de fond, familles, ménages, clans, individus, en relation directe avec un État totalisateur et bienfaisant, en apparence, surtout si l’on s’y soumet.

L’enfer néolibéral se déploie sous le mode de la surveillance accrue, de la productivité, de l’injustice sociale, de la marchandisation de tout, de l’être humain et de ses valeurs, voire même de son identité, dernier refuge contre la globalisation. Et on passe de la consommation des biens à la consumation de l’être humain sans parler de la destruction de la nature que l’on met sur le dos du citoyen, en la faisant payer par lui et en enrichissant les trop nantis pour qu’eux seuls puissent survivre aux cataclysmes annoncés du futur.

Dans la mesure où la société civile est obsolète, s’installe un néolibéralisme qui n’est en fait qu’un néofascisme. Car seule une société civile bien articulée et suffisamment autonome peut forcer un État ayant tendance au totalitarisme à devenir un État de droit capable de refréner les appétits des riches et des puissants de ce monde. C’est à cela que sert les diverses organisations issues de la société civile que l’État s’efforce de contrôler et de limiter leur influence. Dans la cadre du néolibéralisme, il y réussit passablement. Quand les gens souffrent de ne plus être défendus efficacement par leurs organisations, alors émerge la nécessité de se réorganiser sous des formes nouvelles. Les réseaux sociaux peuvent-ils être utilisés à cet escient? Certes, ce sont d’excellents outils de mobilisation, et ils permettent sur le terrain une plus grande mobilité. Mais ils peuvent être utilisés par n’importe qui et récupérés. Qu’est-ce que cela change eu égard à l’efficacité de la mobilisation? La technologie influe-t-elle sur la nature de l’événement?

Une chose est sûre avec les Gilets jaune, c’est la société civile non organisée, sa trame, son tissu, dont le gilet est déjà une forme organisée, qui se manifeste à l’aide des réseaux sociaux. Pour Gérard Biard de Charlie Hebdo (No 1378, 19 décembre 2018, p. 13), dans un article intitulé  Les gilets facebook, c’est l’intrusion du virtuel dans la réalité « avec tout ce que ça implique de séduisant, de désolant, de contradictoire, d’absurde, de nombriliste, d’enthousiasmant et de révoltant ».

L’abonné Facebook descend dans la rue. Eh bien! Les gens travailleront toujours avec les outils qu’ils ont à leur disposition et ils mettront au goût du jour les vieux instruments encore utiles. Sur les ronds-points de la République, il y a des rencontres qui se font, des amitiés qui naissent, des discussions et, peut-être, de belles idées et de nouvelles formes d’organisation qui émergent. La société civile fera encore l’histoire avec des valeurs nouvelles ou renouvelées et un mouvement original. Il y aura toujours une société et un avenir.

Robert Lapointe

Voir aussi dans Le Monde Diplomatique de janvier 2019 le dossier sur Le soulèvement français.

 


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POURQUOI LES GILETS JAUNES? LES RAISONS

par Robert Lapointe

Pourquoi ce soulèvement n’est peut-être pas la bonne question, selon Laurent Bonelli, maître de conférences en science politique à Paris-Nanterre. La bonne question serait : pourquoi ne se soulèvent-ils pas plus souvent? Comme dirait un bon marxiste, les conditions objectives pour la révolution sont toujours là (ou presque), mais les conditions subjectives ne coïncident pas souvent, avec des gens et des organisations prêts à exercer un leadership.

La société devrait fonctionner dans une réciprocité de droits, de devoirs et d’obligations entre l’État et les citoyens. Si ces derniers se voient confronter à un pouvoir arrogant, injuste et maniant la supercherie, cette réciprocité se perd.

Depuis Mitterrand, la France, et les Français, subissent les pressions du néolibéralisme, et la résistance est héroïque. Aux yeux des tenants de cette utopie, cela allait trop lentement, mais Macron, le sauveur, s’est présenté. Va-t-il se casser les dents sur ce peuple de râleurs? Espérons-le.

La raison immédiate, le déclencheur, c’est cette fameuse taxe sur le carbone en nom de la protection de l’environnement. Quelle hypocrisie! Alors que ceux qui polluent davantage bénéficient de plusieurs avantages (baisse de l’impôt sur la fortune, allègement des taxes). Mais il y a de nombreuses autres causes qui s’accumulent depuis des années : la déstabilisation dans le monde du travail, la réforme des lois du travail, le démantèlement de la protection apportée par l’État, la dégradation des services publics notamment dans le domaine de la santé, chez les municipalités, dans l’éducation.

La société est mise au pas du néolibéralisme, et beaucoup ressentent l’injustice en plus du mépris. Le mépris et l’humiliation, accompagnant le sentiment d’injustice, peuvent motiver et mobiliser autant que des contraintes économiques, quoique que celles-ci soient très prégnantes, quand on n’arrive pas à finir le mois, qu’on a des enfants à nourrir, des médicaments à prendre, etc. Le néolibéralisme s’en prend aussi à la société civile, aux corps intermédiaires entre l’État et les citoyens lesquels peuvent intercéder pour ceux-ci et organiser leur mobilisation et formuler leurs revendications. Avec la perte de crédibilité des syndicats et des partis, il y a place pour l’auto-organisation et l’action directe. Et la violence? Elle est liée à celle de l’autorité. D’abord systémique, celle du système, mais aussi physique. Un haut responsable des forces de maintien de l’ordre confiait à l’auteur cette réflexion : « C’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi ». L’ombre de la manipulation se manifeste ici, à moins que ce soit sa réalité.

Peut-être faut-il revenir à une certaine réciprocité, à une authentique démocratie, à un État de droit que seule la société civile, avec ses organisations, ses médias, peut imposer.


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Politique pour contrer le harcèlement psychologique et sexuel au CAPMO

CONFORMÉMENT AUX EXIGENCES DE LA CNESST, NOTRE ORGANISME S’EST DOTÉ D’UNE POLITIQUE DE PRÉVENTION DU HARCÈLEMENT SPYCHOLOGIQUE OU SEXUEL QUI S’APPLIQUE, CONFORMÉMENT À UNE RÉSOLUTION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DU 14 DÉCEMBRE 2018, AUX MEMBRES ET EMPLOYÉS DU CAPMO AINSI QU’AUX RELATIONS ENTRE MEMBRES. LES RESPONSABLES DE L’APPLICATION DE CETTE POLITIQUE SONT MESSIEURS YVES CARRIER ET GÉRALD DORÉ. VOIR LE TEXTE COMPLET SUR NOTRE SITE INTERNET À www.capmo.org 

À LA SECTION ACCUEIL / NOTRE ORGANISATION / POLITIQUE POUR CONTRER LE HARCÈLEMENT

Yves Carrier, coordonnateur du CAPMO


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Militaires et évangélistes: les pouvoirs qui soutiennent le nouveau gouvernement du Brésil 

Natalia Viana   –   Sao Paulo, The New York Times, 12/01/19

Lorsqu’il fut élu, Jair Bolsonaro représentait clairement un changement de direction dans la conduite du pays. De nombreux électeurs et électrices votèrent pour lui dans l’espoir d’enrayer la corruption, mais ils ne firent pas tous le choix d’un régime d’extrême-droite. Ils se sont trompés.

L’ex-capitaine de l’armée n’avait jamais caché son côté politique radical, quelque chose qui s’annonçait déjà dans cette phrase symbolique soigneusement choisie pour sa campagne présidentielle. Son slogan : “Brésil par dessus tout et Dieu au-dessus de tous,” qui conquit le cœur de 57,8 millions de Brésiliens, témoigne des principales forces politiques que Bolsonaro embrassa pour arriver au gouvernement.

La première partie de sa devise provient d’un des groupes les plus radicaux des parachutistes de l’Armée, qui en 1969 planifia une intervention armée et prit le contrôle d’une radio pour faire pression sur le gouvernement militaire afin qu’il ne négocie pas avec les guérilleros qui avaient pris en otage l’ambassadeur américain. Plus tard, la phrase : “Brésil par dessus tout” fut adoptée par la troupe de parachutistes comme cri de ralliement.

Jair Bolsonaro est le premier militaire à s’asseoir sur le siège présidentiel de la république depuis Joao Figueiredo, dont le mandat marqua la fin négociée de 21 ans de dictature militaire. Au long de sa carrière comme député fédéral, il profita toujours politiquement de ses origines militaires, forgées depuis son adolescence, quand en 1970, il fut témoin de l’assaut donné par les forces armée contre le leader communiste Carlos Lamarca qui entraînait des guérilleros dans l’arrière-pays de Sao Paulo.

Le jeune Bolsonaro s’éprit alors de la force exhibée par la dictature. Ce fut une méga-opération avec 2 900 hommes qui alla jusqu’à utiliser des bombes au Napalm sur la zone pour chasser neuf guérilleros. C’est là qu’il décida qu’il allait devenir militaire.

Bolsonaro appartenait à un groupe d’artillerie de campagne et de parachutiste. Toujours il s’identifia avec les plus radicaux, avec ceux qui croyaient que le gouvernement devait être le plus dur contre les “terroristes” communiste. Il a louangé ouvertement la pratique de la torture, l’assassinat et la persécution des opposants au régime.

Si quelqu’un croit qu’il s’agit de quelque chose qui appartient au passé, son discours de campagne suffit comme évidence. Sa promesse solennelle de “libérer le Brésil du socialisme” - le pays n’a jamais été socialiste—mobilise les plus radicaux défenseurs de la dictature qui croient que le coup militaire de 1964 sauva le Brésil du communisme en pleine Guerre froide. Le nouveau président du Brésil dialogue avec une version radicale du passé. Et pas seulement lorsqu’il s’agit de la vie publique.

Au cri de guerre de la troupe de parachutistes, Bolsonaro ajouta la providentielle main divine pour compléter sa devise de campagne. La phrase “Dieu au-dessus de tous” selle son association avec les principales Églises évangéliques du pays dont les fidèles représentent ensemble plus de 30% de la population et contrôlent une députation de près de 90 députés au Congrès fédéral, un cinquième de la députation.

Bolsonaro, le catholique, s’est approché du pasteur Silas Malafaia de l’Assemblée de Dieu Victoire dans le Christ en 2008. Ce fut Malafaia qui en 2013 célébra son mariage avec son épouse Michelle Bolsonaro, fervente évangélique. Pendant la campagne présidentielle, l’évêque Edir Macedo, leader de l’Église Universelle du Règne de Dieu, annonça sur Facebook son appui à Bolsonaro. Deux jours après, ce fut au tour du pasteur José Wellington Bezerra, président de l’Assemblée de Dieu, la plus grande congrégation évangélique du Brésil.

Pour l’élection de Bolsonaro, il y eut une union inédites des Églises évangéliques qui ont l’habitude d’être en concurrence. Comme cela s’est produit dans d’autres pays comme le Costa Rica, la Colombie, la République Dominicaine, le Pérou et le Mexique, les différentes Églises évangéliques laissèrent de côté leurs divergences pour s’unir autour d’objectifs communs : combattre l’avancement des droits au mariage entre personnes du même sexe, empêcher des lois en faveur de l’avortement et augmenter la présence de l’enseignement religieux dans les écoles.

Dans le nouveau gouvernement, ils ont obtenu comme ministre de l’Éducation, un homme favorable à un projet de loi qui censure l’éducation sexuelle et la critique politique (que certains groupes considèrent être du “marxisme culturel”) dans les écoles, et la nomination d’une pasteure opposée à l’avortement—même en cas de viol—à la tête du Ministère des Femmes et des droits humains.

Les militaires quant à eux constituent l’épine dorsale du gouvernement. Un groupe de généraux retirés dessinent les plans du gouvernement et le cabinet de Bolsonaro compte le plus grand nombre de militaires depuis la fin de la dictature: 6 ministre, près de 30% du total, en plus du vice-président, un polémique général qui a déjà défendu une intervention militaire pour résoudre la crise politique provoquée par les enquêtes de l’opération Lava Jato. Le président a également octroyé au Secrétaire du gouvernement, un général à la retraite, le mandat de “surveiller” le travail des ONG et des organismes internationaux.

Dès le premier jour au palais présidentiel, Bolsonaro a octroyé aux deux forces politiques auxquelles il rendait hommage dans son slogan de campagne certaines des mesures les plus controversées. Il a éliminé la direction qui supervisait les questions LGBT du Ministère des droits humains; il a déplacé vers ce même ministère la “commission d”amnistie” chargée d’évaluer les demandes d’indemnisations pour les victimes du régime militaire, la vidant de sa substance et la retirant de la sphère du Ministère de la justice; il a publié une directive qui prévoit augmenter le nombre d’écoles dirigées par des militaires qui incluent les valeurs et l’organisation militaire pour les enfants et les jeunes. Aujourd’hui, il existe 12 académies de ce genre au Brésil. Maintenant, toutes les écoles publiques qui le souhaitent peuvent adhérer à ce modèle.

Bolsonaro commence son gouvernement comme il l’a promis: embrasant la croix et l’uniforme militaire.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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Venezuela : Justin Trudeau ne travaille pas pour la paix

par André Jacob

Le Venezuela s’en va à la dérive. Le chef du Parlement, Juan Guaido, s’est autoproclamé président du pays. Guaido est une créature du parti Volonté populaire, la formation la plus à droite, la plus radicale et la plus convaincue que l’intervention armée est le seul levier pour se débarrasser du chavisme. Évidemment, Donald Trump s’est empressé d’accorder un appui formel à sa marionnette, le roitelet Guaido, suivi aussitôt de l’appui du nouveau dictateur du Brésil, Jair Bolsonaro et de Justin Trudeau. Dans cette foulée, sans aucun sens critique, ce dernier a avalé cette parodie de sortie de crise organisée dans les coulisses de la Maison-Blanche. Le Venezuela étant un pays souverain, il est inacceptable que le gouvernement canadien suive les bottines du président Trump. Et les médias d’ici semblent trouver cet appui inconditionnel du gouvernement canadien tout à fait normal alors qu’il s’agit d’un déni flagrant de démocratie, d’une sorte de coup d’état et d’un levier générateur de violence.

Ce triste scénario a été très bien préparé, rapporte Le Monde diplomatique du 24 janvier 2019 : « La veille, le vice-président américain Mike Pence avait invité les Vénézuéliens à manifester contre le président Nicolas Maduro, en les assurant du soutien des États-Unis. Et, quelques heures à peine après l’auto-proclamation de M. Guaido, des camions publicitaires circulaient dans les rues de New York, évoquant la chute de « l’usurpateur » Maduro, remplacé par le « président Guaido. » Sans retenue aucune, le gouvernement américain traite un président élu d’usurpateur alors que Guaido, autoproclamé serait le président légitime. C’est à n’y rien comprendre.

Ce n’est pas par hasard, rapporte le grand journal espagnol El Pais du 25 janvier, si 70 intellectuels américains connus ont aussitôt pris position contre cette farce monumentale. En tête de ce groupe, Noam Chomsky et l’ancien rapporteur indépendant de l’ONU, Alfred de Zayas; ils demandent au gouvernement américain de faciliter un dialogue plutôt que d’alimenter la crise politique. Il est clair, selon ces intellectuels, que le gouvernement américain veut la tête du président élu, Nicolas Maduro, en oubliant le chaos créé en Irak, en Libye, en Syrie et en Amérique latine par l’élimination de dirigeants et la mise en place de gouvernement fantoche de droite pro-américain. Le pays risque de s’enfoncer encore plus dans une crise dramatique dont nul ne connaît les conséquences désastreuses pour un peuple déjà appauvri. Ce sale coup de l’administration américaine n’est pas sans rappeler la triste fin de Salvador Allende, président du Chili dans les années 70 lorsqu’il fut éliminé par une junte militaire largement soutenue par Washington.

Évidemment, les causes du chaos au Venezuela ne datent pas d’hier. Le gouvernement Maduro n’a pas toujours pris les bonnes décisions sur le plan de la gestion de l’économie (question complexe qui mériterait un article à elle seule). En outre, le gouvernement américain n’a jamais pardonné au gouvernement du Venezuela d’avoir pris le contrôle de son  industrie pétrolière. Afin d’alimenter la crise, depuis août 2017, le gouvernement américain impose des sanctions financières au Venezuela, en raison des difficultés de paiement du gouvernement vénézuélien à ses créanciers américains. Hélas, le gouvernement du Venezuela n’a pris à temps toute la mesure de la crise pétrolière et des effets de la pratique d’étranglement des États-Unis (blocage de prêts bancaires, etc.). Une question cruciale reste sans réponse, estimait le Monde diplomatique : « Comment un pays qui a perdu plus de la moitié de sa production pétrolière et plus d’un tiers de son PIB en cinq ans peut-il renverser la tendance, alors que des sanctions américaines lui interdisent l’accès au financement international? » (Temir Porras Ponceleon, Le Monde diplomatique, novembre 2018). Il n’a pas non plus pris soin de diversifier son économie. Ce n’est qu’un volet des vieilles tactiques américaines connues et expérimentées à Cuba et ailleurs depuis longtemps. En bout de piste, si le roitelet Guaido s’érige un trône, les sociétés pétrolières américaines mettront enfin la main sur le pétrole du Venezuela. C’est l’enjeu principal derrière ce scénario catastrophique, pas le mieux-être du peuple. En d’autres mots, on déplore les problèmes sociaux sérieux pour justifier l’intervention américaine, mais on ignore les causes structurelles et aucune porte de sortie démocratique n’est proposée par Washington.

Aujourd’hui la rhétorique agressive de John Bolton contre le gouvernement du Venezuela atteint un sommet en mettant de l’avant la possibilité d’une intervention armée au Venezuela. Il est surprenant et inacceptable que le gouvernement du Canada endosse la stratégie américaine sans sourciller, ce dans l’indifférence générale. Le premier ministre a plié les jambes devant Donald Trump.

La sortie de crise devrait passer par un accord négocié, non par l’imposition d’une marionnette et encore moins une intervention armée. La démocratie s’enrichit par l’utilisation de stratégies pacifistes, pas par le langage des armes.


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Appel aux consciences

6 janvier 2019, Marcelo Barros, site Amerindia

À la fin de 2018 et au commencement de cette année, des groupes de la société civile internationale se sont réunis pour approfondir certaines propositions pour l’avenir immédiat. Les organismes de solidarité comme le Réseau global de dialogues en humanité, l’Archipelle citoyen des jours heureux, l’Agora des habitants de la Terre et Global Social Justice, se sont réunis à Bruxelles et ont élaboré un document : “L’appel aux consciences”.

Le document affirme : “Nous, citoyennes et citoyens de différents peuples de la Terre, sommes conscients du danger mortel qui pèse sur le futur de l’humanité. Les changements climatiques menacent la vie sur la planète. Si la température de la Terre atteint la limite de 4 degrés celsius de réchauffement, cela affectera la vie de plus d’un milliard de personnes. Ce réchauffement provoque une aggravation des inondations, des sécheresses, des incendies, des cyclones et des tempêtes. De plus, il augmente les inégalités sociales et la dévalorisation des plus pauvres. En politique, accède au pouvoir des individus qui représentent une menace, non seulement pour la démocratie et les droits humains, mais pour l’équilibre écologique.

L’instrumentalisation des moyens de communication et la manipulation des informations lors des campagnes électorales, peuvent faire en sorte, comme cela s’est produit dans les années 1930 avec la montée du Nazisme, que des personnes irresponsables ou criminelles accèdent au pouvoir, en usant de moyens en apparence légaux. Ils profitent du cynisme de certains, de la peur et de la lâcheté des autres.

La droite prend le pouvoir et menace l’humanité dans ce qu’elle a de plus essentiel : vivre en paix sur une planète habitable.

Devant cette réalité, nous refusons de céder à la peur et tolérer passivement l’expansion de ce danger mortel. Partout, nous allons organiser une résistance créative. Nous déclarons illégitime tout type de pouvoir qui n’accomplit pas les trois fonctions essentielles au vivre ensemble de l’humanité : La Déclaration universelle des droits humains, les pactes sociaux de l’organisation des Nations Unies et les conventions internationales qui traitent de la protection de l’environnement. Nous allons employer tous les moyens non violents à notre disposition contre l’autorité illégitime, pour ne pas nous laisser dominer ou intimider par ces pouvoirs. Nous nous engageons à nous organiser dans cette résistance créative, mais aussi à vivre dès maintenant les valeurs économiques, écologiques, sociales, politiques et culturelles d’une société du Buen vivir”.

Que cet appel aux consciences et aux communautés soit la parole que nous entendions de l’humanité, au nom de l’Amour que certains appellent Dieu. Que cet appel nous unisse et nous mobilise pour un monde nouveau possible.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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Face au nouveau gouvernement d’extrême-droite, que saint Georges nous vienne en aide !

Leonardo Boff, 10 janvier 2019 site Amerindia

Face au nouveau gouvernement d’extrême-droite, enragé et persécuteur qui s’en prend déjà aux droits fondamentaux des citoyens, spécialement des salariés et de ceux qui sont d’une autre orientation sexuelle, nous avons besoin d’unir nos forces de résistance et de critique par un impératif éthique de sauvegarde de la démocratie et des biens communs qui appartiennent au peuple brésilien. En plus de cet effort civique, nous avons besoin de l’aide du saint préféré des Cariocas qui est saint Georges. Son histoire légendaire peut nous donner la force et le courage de résister.

Un dragon terrible menaçait une petite ville du Nord de l’Afrique. Il exigeait des vies humaines tirées au sort. Un jour, le sort tomba sur la fille du roi. Vêtue comme une fiancé, elle s’en alla à la rencontre de la mort. Et c’est ici qu’apparaît saint Georges avec son cheval blanc et sa longue lance. Il blesse le dragon et le soumet. Il l’attache par la bouche avec la ceinture de la princesse et il le conduit, doux comme un agneau, jusqu’au centre de la ville.

Nous avons besoin d’interpréter cette légende. Elle peut améliorer notre conscience sur ce que nous sommes réellement. Je suis ici les réflexions de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung et spécialement de son disciple préféré Erik Neumann (cf. L’histoire de l’origine de la conscience). Selon lui, le dragon qui terrorise et le cavalier héroïque sont deux dimensions du même être humain. Le dragon en nous est notre inconscient, nos atavismes obscures, nos ombres, nos rages et nos haines.

C’est de cet arrière-plan que naquit la conscience à la lumière, l’indépendance du sujet et notre capacité d’aimer et de vivre ensemble, sont représentés par saint Georges. C’est pour cela que certaines iconographies, particulièrement en Catalogne dont il est le patron, le dragon apparaît enveloppé tout le corps du cavalier.

Nous sommes tous cette contradiction vivante: nous avons une part de saint Georges et une part du dragon en nous. Le défi de la vie qui nous accompagne toujours et ne se termine jamais est que saint Georges maintienne le dragon soumis. Il ne s’agit pas de le tuer, mais de la domestiquer et de lui enlever sa férocité.

Le peuple ressent le besoin d’avoir un saint guerrier et vainqueur, comme dans la télé-série “Salve Jorge”, où saint Georges sauve les femmes prostituées contre le dragon du trafic international des femmes. Ce à quoi nous avons assisté au Brésil pendant la campagne électorale et maintenant avec l’actuel gouvernement, c’est à l’irruption du dragon.

Il menace tout le monde et exige des sacrifices. Ici, il agit sans masque et il s’exprime à travers toutes sortes de violences verbales et même physiques contre les homo-affectifs, les indigènes, les opposants et les femmes. Comme nous l’avons déjà écrit, c’est l’émergence de la dimension perverse de notre “cordialité” qui, selon Sergio Buarque de Holanda, peut se manifester aussi à travers la haine et l’inimitié. Cette dimension fut et demeure toujours présente en nous, mais dans la condition psycho-social-politique qui a été créée, elle peut sortir de l’obscurité et se manifester de façon destructive. 

Devant le dragon qui a gagné en visibilité, qu’allons-nous faire ? Nous devons réveiller saint Georges qui dort en nous. Il a toujours vaincu le dragon. Nous allons employer les armes qu’ils ne peuvent utiliser. Aux discriminations, nous répondrons par l’inclusion de tous et de toutes indistinctement. À la haine répandue contre les opposants, nous répondrons avec amour et compassion. À la création de boucs émissaires, nous répondrons par la défense des marginalisés et injustement condamnés. Aux mensonges et aux visions exaltées qui veulent nous ramener au Moyen-âge, nous répondrons avec la force des droits en faisant valoir le sens de la contemporanéité.

Il faut vaincre le mal par le bien et refuser les méthodes et les idéologies insidieuses de ceux qui se présentent en prétendant ne pas avoir d’idéologie. Ce que les membres du parti et plusieurs ministres ont en vérité, c’est une étrange idéologie qui fait sourire par sa faiblesse intellectuelle, son archaïsme et ses références ridicules.

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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“Bolsonaro veut erradiquer le lègue de mon grand-père Paulo Freire”,

par Sofia Freire Dowbor, petite-fille de Paulo Freire, site Amerindia

Quelques heures après l’assermentation de Jair Bolsonaro, j’ai ressenti de la colère, beaucoup de colère. Cela me fait mal de voir un président qui ne va pas nous représenter ni défendre les droits du peuple, mais qui a été élu démocratiquement dans une élection s’insérant dans un cadre plus large, d’une vague conservatrice qui balaie le pays, les Amériques et même l’Europe. Bolsonaro a proposé d’entrer au ministère de l’éducation avec un lance-flamme pour éradiquer jusqu’au dernier vestige de ce que nous a laissé mon grand-père. Il veut éliminer la pensée critique et le travail de groupe. La crise éducative au Brésil est un projet politique: une éducation de qualité, consciente et libératrice serait une menace pour la classe dominante d’un des pays les plus inéquitables du monde.

Depuis l’approfondissement du néolibéralisme avec le coup d’état de Michel Temer en 2016, l’enseignement public passe par un processus de déconstruction qui se poursuivra avec Bolsonaro au pouvoir: ses propositions ne sont pas cohérentes, ni claires, ni structurées. Ce qu’on peut comprendre de ses déclarations, c’est qu’il envisage ce domaine si fondamental pour le développement de la société comme une marchandise de plus dans sa logique de privatisation.

Le président flamboyant appuie les bases de la réforme du curriculum éducatif qui propose que seul l’enseignement de la langue portugaise et des mathématiques soient obligatoires, dévalorisant les sciences naturelles, humaines et sociales. De plus, il fait la promotion de la censure des enseignants et des professeurs à travers le Projet de loi “d’une École sans parti” qui veut éradiquer “l’endoctrinement idéologique” (comprendre l’enseignement de la pensée critique); il veut augmenter l’éducation à distance dès l’âge de six ans, parce que des membres de son cabinet ont des investissements dans ce secteur et il cherche à facturer des frais de scolarité dans les universités publiques. (Au Brésil, l’enseignement universitaire est gratuit). Mais ce n’est pas tout, il appuie également la loi qui a congelé les dépenses en éducation et en santé pour les 20 prochaines années. En définitive, l’éducation est le fidèle reflet d’un projet néolibéral qui se radicalise dans notre pays.

J’ai l’âme envahi par une si grande injustice, quand je vois que le lègue de Paulo Freire est dévalorisé. Avec l’aide des médias de masses dominants, et même les fakes news, ils ont monté une campagne émotives et irrationnelle, soutenant la proposition fausse selon laquelle le Parti des Travailleurs (PT) a été le parti le plus corrompu de l’histoire du Brésil. “Un mensonge répété mille fois devient une vérité,” assure une maxime de la stratégie de communication nazie. Avec son assermentation, des personnes qui appuient un discours totalitaire et affirment que “l’erreur de la dictature militaire brésilienne fut d’avoir torturé les gens au lieu de les tuer,” vont occuper de hautes fonctions politiques. “C’est terrible pour notre avenir et je ressens une profonde angoisse, pour moi et pour les restes de mes frères et sœurs”.

À partir des pratiques d’éducation populaire, nous pouvons nous comprendre, en augmentant notre capacité de transformation, en occupant les espaces politiques, en revendiquant dans les débats et en combattant les reculs institutionnels de notre politique; en luttant dans les écoles, dans les périphéries, en partant du senti, en construisant des chemins pour obtenir la liberté, c’est ce qui les dérange tant. Aujourd’hui, plus que jamais, l’éducation populaire s’avère fondamentale pour générer un être collectif, parce que comme le disait si bien mon grand-père : “Si l’éducation n’est pas libératrice, le rêve de l’opprimé sera de devenir l’oppresseur.” Nous ne demeurerons pas endormis, même si la télévision anesthésie…

Le peuple brésilien mobilisé sera notre motivation !

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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