Ça roule au CAPMO - Novembre 2018, année 20, numéro 3

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La vérité sur le Brésil

Lula da Silva et Dilma Roussef ont gouverné le Brésil pendant 13 ans, de janvier 2003 à mai 2016. Lula a développé le réseau d’enseignement public et il a aidé 30 millions de Brésiliens à sortir de la misère. Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans ce pays grand exportateur de nourriture, des enfants mouraient de faim.

La destitution de Dilma Roussef est un travail de diabolisation du Parti des Travailleurs qui a débuté avec les manifestations contre la hausse des tarifs d’autobus en juin 2015 orchestrées par les grands médias comme la Globo, la Rede Banderante et la télé Record qui appartient au fondateur de la plus grande église néo-pentecôtiste du Brésil, l’Église Universelle du Règne de Dieu, Edir Marcedo.

Après la réélection de Dilma en 2014, les députés des autres partis l’ont accusée d’avoir enfreint une règle comptable en empruntant sur le budget de l’année suivante pour verser des allocations aux familles démunies. Comprenez que le PT n’a jamais été majoritaire et qu’il a du négocier tous les projets favorisant le progrès social dans ce pays. Alors le congrès où 100 des 594 représentants sont des pasteurs évangélistes ultraconservateurs, a changé la loi afin d’accuser rétroactivement la présidente. Après sa destitution, le 30 août 2016, la loi a été rétablie dans sa forme originelle.

Les médias qui défendent les intérêts du grand capital accusent le PT d’être corrompu alors que les juges et la police semblent persécutés ce parti avec entrain. Suivant un scénario qui se répète dans tous les anciens pays progressistes d’Amérique latine, toutes sortes d’accusations sont lancées contre les anciens ministres et l’ancien président Lula. On l’accuse d’avoir reçu une résidence en bord de mer contre des contrats accordés par l’État. Or, il n’y a jamais mis les pieds, il n’existe aucun document légal en preuve et l’appartement a été inscrit comme garantie de prêt par la société immobilière qui l’a construit pour financer un autre édifice. Lula a été condamné sans preuve à 12 ans de prison sur la parole d’un délateur qui a reçu une remise de peine pour ses fausses accusations. Au Brésil, les juges et les enquêteurs de police ont rompu leur impartialité et ils ont fait du pouvoir judiciaire une arme politique. Les médias de masse ont fait le reste en affirmant à satiété que le PT était une organisation criminelle. Malgré cela, le candidat à la présidence, Lula da Silva menait toujours dans les sondages. Il fallait à tout prix l’emprisonner avant qu’il n’ait épuisé tous ses recours légaux. Le scénario de l’oligarchie aidée des services secrets américains pour déstabiliser et dépecer le géant sud-américain a même dépassé ses objectifs. En faisant la chasse aux politiciens corrompus, ils ont permis l’ascension du candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro élu avec 55% des voix. Son principal directeur de campagne n’est nul autre que Steve Banon, ancien conseiller du président Donald Trump. Celle-ci a été construite sur les fausses nouvelles envoyées sur WhatsApp, dont des milliers provenaient de pays étrangers comme les États-Unis et la Corée du sud.

Maintenant la voie est libre pour achever le travail de démolition de l’État brésilien entrepris par Michel Temer. Celui-ci a congelé les dépenses en santé, en éducation et en services sociaux pour les 20 prochaines années et cela a été inscrit dans la constitution. Il s’est aussi attelé à la privatisation des joyaux de la couronne comme Petrobras au profit des sociétés américaines et européennes.

Yves Carrier


Table des matières

Spiritualité et citoyenneté

Identités meurtries

L'antipétisme au Brésil

La vie a décidé de marcher

Message de condoléances

Collectif TRAAQ

Ce qu'il reste du Brésil

Calendrier


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Spiritualité et citoyenneté

LES ESPÈCES DU MAL (suite).
Après le mal naturel, le mal systémique et le mal complice, typologie de Julian Baggini présentée dans le précédent numéro de cette revue, voici d’autres sortes de mal.

Le mal indifférent
C’est celui d’une personne qui se fout complètement des conséquences de leurs actes. C’est quelqu’un qui est obnubilé par ses problèmes personnels, souvent aux prises avec la maladie mentale, qui décide de se suicider en lançant sa voiture contre une autre voiture. Le cas le plus hallucinant, qui est arrivé récemment, est celui du copilote allemand Andreas Lubitz entraînant dans son suicide 150 personnes dans un appareil de la Germanwings.

Le mal hérité
Quand on est élevé dans le mal, dans des quartiers mal famés, dans une famille pour le moins dysfonctionnelle où l’on a subi divers sévices, avec l’absence de tout code moral, il se peut que l’on finisse assez mal. On hérite alors du mal. Il faut se reconstruire moralement, faire preuve de résilience.

Le mal de l’auto-préservation
Si l’on n’accepte pas d’être complice du mal qui s’accomplit, on peut soi-même être puni. C’est différent du mal complice, car on est conscient de l’horreur. On pense à soi en premier lieu, à se préserver, à garder son emploi, etc.

Le mal utilitariste
Pol Pot, Staline, Mao et Adolf se retrouvent justifiés ici. Ils avaient pour but le bonheur de l’humanité, du prolétariat, du peuple allemand. Comme de quoi ce sont les bonnes intentions qui tuent le plus de monde. Un dictateur est souvent convaincu qu’il agit pour le bonheur du peuple, qu’il lui est indispensable. Le bonheur dépend du pouvoir qu’il conserve et cela exige des sacrifices dont certains emmerdeurs font les frais, parfois des millions d’emmerdeurs, des classes sociales, des nations. Baggini suggère que la philosophie utilitariste très respectée notamment chez les Anglo-Saxons serait peut-être un facteur de mal.

Nous verrons dans un prochain article les trois dernières espèces de mal : le mal vertueux, le mal pervers et le mal sadique.

Robert Lapointe.

Résumé d’un article de Julian Baggini paru dans Philosophie magazine, Hors-série no 37, Printemps 2018, p. 30 35.


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Identitées meurtries

par Robert Lapointe

Je ne suis plus la même personne qu’hier soir et, surtout d’il y a quelques années. L’identité n’est jamais la même dans le temps. Elle change constamment. Il en est de même pour les peuples. Nos ancêtres étaient pour la plupart des Gaulois avant de s’établir au Canada. Ils sont devenus des colons français. Métissés, créoles, ils deviennent des Canadiens. Advient la Conquête et beaucoup d’anglophones, des Loyalistes, des Britanniques, des Irlandais et bien d’autres, et nous ne sommes plus que des Canadiens français dépossédés d’un pays que nous commencerons à revendiquer en tant que Québécois. L’identité est multiple aussi selon le lieu où l’on se trouve. Québécois ici, j’étais sujet britannique à Madagascar en 1970 alors sans ambassade canadienne.

Dans l’identité, il y a deux concepts quelque peu contradictoires. D’une part, elle définit ce qui est identique, ce qui nous rend identiques à soi-même ou aux autres. Le petit morveux que j’étais en 1960 est-il comparable au vieillard cacochyme corpulent et grotesque que je suis devenu? Et qu’est-ce que j’ai d’identique avec mettons un Leonardo di Caprio. Au minimum, je suis un être humain, un citoyen et j’ai une vie spirituelle, psychologique, matérielle. Ce qui nous différencie peut apparaître comme assez évident et permettra de nous identifier. Je ne suis pas Leonardo di Caprio en raison de nos diverses appartenances, de nos histoires et cultures différentes, de nos physiques aussi. Mais je n’insisterai pas là-dessus.

Notre conception de l’identité évolue dans le temps avec la conscience que nous en prenons. Cette conscience accompagne notre développement psychique et spirituel. Et elle passe par diverses étapes. D’abord nous prenons conscience de nous-mêmes, un être brut avec plein de pulsions, convaincus d’être le centre du monde. Ce niveau de conscience individuelle est la base de la personnalité et de l’identité. Cependant nous ne devons pas rester enfermés dans ce cercle et nous ouvrir aux autres. Les circonstances et l’éducation nous y obligent. Il y a les parents, les voisins, les amis, un quartier, une ville, une nation, un peuple, une religion. Nos nombreuses appartenances nourrissent notre identité. L’identité collective, deuxième niveau de conscience.

Mais encore une fois, nous ne devons pas nous enfermer dans ce cercle collectif, rassurant, qui permet de s’identifier à une gang, un peuple, une confession. Ce Sénégalais, dois-je le rejeter parce qu’il n’est pas québécois? On monte de niveau de conscience, au niveau universel. Qu’est-ce que j’ai de commun avec cet étranger, ce Musulman, ce Noir? Notre commune humanité, notre besoin de spiritualité, notre désir d’une vie meilleure, d’amour. Sans oublier que ma manière d’être universel, citoyen du monde, c’est d’être québécois et d’être moi. Ce niveau universel de conscience de l’identité serait vidé de sens si sont négligés les niveaux individuels et collectifs, qui sont les fondements de notre identité.

Il y a encore un autre niveau, celui du sens, de la spiritualité qui permet de transcender et d’incarner les différents niveaux qui forgent notre identité. Ce niveau permet de boucler cette démarche identitaire, que nous avons amorcée, avec l’ego en s’ouvrant davantage encore à autrui, à la nature, à l’univers, à une conception personnelle et plus élaborée de la divinité et de la relation que nous devons avoir avec toutes ces entités. À travers ces étapes, nous passons du ça au surmoi et du moi au soi, le soi étant cette unité spirituelle du moi avec l’univers et avec la conception personnelle de la divinité que nous avons acquise.


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L'antipétisme au Brésil

La création du bouc émissaire : L’antipétisme par Leonardo Boff

Amerindia, octobre 2018

René Girard (1923-2015), penseur et philosophe français, le plus grand sage que j’ai connu au cours de ma vie s’est réuni avec des théologiens de la libération au Brésil en 1990. Il a consacré une grande partie de son oeuvre très vaste à étudier la violence, particulièrement la nécessité pour une société de créer un bouc émissaire (Le bouc émissaire, 1982).

Par ce mécanisme du bouc émissaire, la population est amenée à décharger la corruption qui est diffuse et concentrée chez les grands corrompus et corrupteurs sur le dos d’un seul, le PT, afin de cacher sa propre corruption. Ainsi, toute la société parvient à oublier les vrais corrompus et à penser qu’elle est seulement du PT sur lequel se déverse toute la rage et la haine. Le rôle du bouc émissaire est déjà rapporté dans le Bible. Les hébreux mettaient sur un bouc-émissaire tous les péchés et les méfaits du peuple et ils l’envoyaient expier au désert en mourant de faim. Presque toutes les sociétés faisaient quelque chose de semblable.

Parmi nous, il y eut une époque où le bouc-émissaire étaient les subversifs, après ce furent les communistes (qui continuent de l’être aujourd’hui), ensuite ce furent les jeunes hommes noirs des favelas supposément associés au crime et aux drogues, les gays et les lesbiennes. Sur eux se transférait la violence implicite de la société. Présentement, le bouc-émissaire ce sont le PT et Lula. Sur eux est déposée toute la corruption, même si presque tous les partis, certains davantage encore que le PT, participèrent à la corruption.
Avec l’appui de l’appareil répressif de l’État, d’une bonne partie du Ministère publique, en n’oubliant pas plusieurs membres de la Cour suprême du Brésil, de la classe médiatique et spécialement des médias privés qui exercent une certaine sélectivité quant aux responsables de la corruption. On rejette toute la faute sur le PT pour les problèmes actuels du Brésil alors que les principaux responsables se cachent en créant un bouc-émissaire.

Mais ce qui est véritablement caché derrière l’antipétisme, sous prétexte du combat à la corruption, c’est la haine envers l’ex-président Lula, un ouvrier qui est parvenu à atteindre le centre du pouvoir. La classe dominante et les oligarchies traditionnelles, héritières de la mentalité de la Casa Grande (maison des maîtres des plantations opérées par des esclaves jusqu’en 1888) n’ont jamais accepté que quelqu’un issu des classes inférieures atteignent la présidence. Ils cultivèrent et continue de cultiver la haine et le mépris des pauvres qui était auparavant le lot des esclaves. Comment un pauvre peut-il fréquenter le même espace social qu’eux: à l’école, à l’université, dans les centres d’achat, dans les avions ?

C’étaient les espaces exclusifs des riches qui ont toujours vécu avec des privilèges sans avoir aucun sens de l’égalité sociale, base de n’importe quelle démocratie. S’ajoute à cela ceux qui n’ont jamais reconnu l’humanité et la dignité des pauvres et des noirs sans parler des indigènes et des quilombos. Maintenant cette haine, latente chez les oligarchies et assumée en partie par les classes moyennes apeurées, a contaminé, non sans l’aide des Églises néo pentecôtistes télévisées, une partie de la population pauvre.

C’est là que se trouve la racine de l’antipétisme. Dans la haine et la rage incrustées chez les gens qui se disent “de bien” et se proclament chrétiens. C’est un christianisme simplement culturel, de façade, mais éthiquement antichrétien.

Les médias privés qui jamais ne se sont sentis bien avec la démocratie (le retour à la démocratie date de 1988) et qui nourrissent un mépris souverain pour le petit peuple, populace, petites gens (“povao”, “povinho”, ou “ralé” dans l’expression provocatrice de Jessé Souza), joue un rôle décisif dans la diffusion de l’antipétisme et de la haine.

Pour l’antipétisme, tous les moyens sont valides. Il suffit de lire leurs blogs, leurs twittes et leurs facebooks sans parler de l’incontrôlable Whatsapp qui a créé des réseaux de diffamation et des fake news contre le PT et le candidat Hadda. Désormais nous savons que des millions de faux messages ont été financés par des entreprises privées qui, selon la nouvelle législation, représente un crime de caisse illicite.

C’est la logique de la politique régie par le concept du bouc-émissaire, une politique de haine et d’agression de l’autre. Ainsi, comme cela existe pour le bulling (harcèlement et agression) dans les écoles, maintenant le bulling collectif est dirigé contre le PT. Mais il faut résister à cette ignominie. La société entière doit faire une révision de ses anti-valeurs, de sa corruption quotidienne.

Le Syndicat des agents du fisc (SINPROFAZ) rapporte que jusqu’au 18/09/2018, près de 450 milliards de réais (divisé par quatre en dollars américains) ont été cachés au fisc, notamment par les grandes entreprises.

Au cours des 10 dernières années, elles ont cessé de payer 1,8 trillions de réais (cela correspond à environ 450 milliards de dollars américains) Cela n’est pas la grande corruption ? Qui va les contrôler ? Que font le Ministère public et le Ministère du revenu ?

Si une partie de cette dette avait été payée, aucune réforme des retraites ne serait nécessaire. C’est plus facile et commode de créer un bouc-émissaire, le PT, pour ainsi cacher la corruption qui ronge notre société jusqu’au pot-de-vin quotidien donné à la police de la route. Nous rejetons cette logique du bouc-émissaire parce qu’elle est sélective, injuste, inhumaine et profondément antiéthique, comme le dénonçait toujours René Girard.

Traduit du portugais par Yves Carrier


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La vie a décidé de marcher

La vie a décidé de marcher et d’altérer l’ordre,

Sofía Chipana Quispe, théologienne, Bolivie, Amerindia, 26 octobre 2018

Le Honduras évoque Berta Caceres, cette semence tombée qui clame pour la justice devant des structures d’injustice. Selon les rapports du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), vendredi 19 octobre, l’ouverture du premier procès pour la cause de Berta Caceres a été convoquée de manière illégale. Cette convocation est illicite parce que les représentants des victimes ne se présenteront pas à l’audience. Cependant, le tribunal a déclaré qu’ils avaient abandonné le procès et il a imposé le Ministère public comme leur représentant.

La mort de Berta a été ressentie non seulement au Honduras mais elle a été suivie à l’étranger par des instances internationales de défense des droits humains. Dans ce cas, il y a un manque de volonté de faire justice parce que son exécution par un système qui criminalise les luttes sociales a été rendue nécessaire pour maintenir “l’ordre” social.

Si un État est incapable de protéger la sécurité de ces citoyens, alors que peut-on espérer de ces prétendus gouvernants ? Dans le cas du Honduras et d’autres pays, la réalité sociale est le reflet de ces minorités riches qui déséquilibrent complètement la vie sur nos territoires, ceux qui ne sont pas intéressés par la démocratie et encore moins par la justice alors qu’ils continuent de tirer profit de la situation au détriment des prétendus principes “universels”. Il est impressionnant de voir comment le pouvoir économique du capitalisme global et local gouverne. On leur octroie facilement des territoires au nom du développement du pays sans s’assurer qu’ils respectent la vie de la grande communauté des vivants qui habitent ces territoires.

Résonne encore l’appel de Berta Caceres, “tant qu’existera le capitalisme, cette planète ne pourra être sauvée parce qu’il est contraire à la vie, à l’écologie, à l’être humain, aux femmes.” Définitivement, les modèles de développement capitaliste ne permettent pas la vie en dignité même s’ils offrent à contempler de grandes splendeurs qui se reflètent dans les grandes villes, affichant un style de vie réservé à quelques-uns tandis que les nombreux autres sont repoussés au-dehors, aux marges, possiblement associés à l’aspiration d’atteindre quelque chose de ce qu’on nomme le “progrès”.

Ainsi, cette grande caravane humaine qui traverse le centre d’Abya Yala (les Amériques), représente une part de ces populations sans terre ni territoire, qui abandonne leur lieu d’origine pour aller vers la terre des promesses. Promesses de quoi ? Possiblement de vie, de cette vie qu’il n’est plus possible de trouver comme on peut lire sur les pancartes qu’ils portent : “Nous n’émigrons pas, nous fuyons.” Tandis que le peuple Lenca lutte pour défendre les territoires de leurs ancêtres, ceux qui comptent pour rien aux yeux des puissants et qui portent en eux l’héritage lenca ou africain ou d’autres peuples disparus, fuient.

La grande caravane avance et pendant qu’ils marchent, elle s’agrandit parce que des Centroaméricains s’y joignent. Son appel a un écho. Partis le 12 octobre, le jour de l’arrivée de Christophe Colomb, temps de la mémoire ingrate qui nous accompagne encore, ces milliers de gens sont le reflet du colonialisme qui est venu non seulement en dénudant les corps, mais les esprits aussi.

C’est le temps également où certains s’étaient rendus au Salvador pour accueillir officiellement un saint, Oscar Arnulfo Romero dont le corps est tombé percé par une balle assassine et criminelle, commandée par ce nord d’où provient supposément la sécurité. Ce nord auquel le Honduras peut également demander des comptes lorsqu’en 2009, il a souffert un coup d’État où a été imposé un régime de persécution contre les mouvements sociaux, l’assassinat de Berta Caceres et de plusieurs défenseurs de la vie, où l’impunité et la violence triomphent comme l’une des faces des gouvernements conservateurs et de l’effronterie du nord menaçant.

Les corps qui se déplacent maintenant ne possèdent que l’espoir d’atteindre le “rêve américain”, comme il le fut pour toutes les populations européennes qui se déplacèrent vers l’Amérique du Nord. Il s’agit d’une communauté qui cherche à affronter les pouvoirs corrompus des coyotes et des passeurs clandestins. C’est une communauté d’appauvris qui reflètent le visage de plusieurs de nos pays qui maintenant devient visible et affronte le système actuel où l’avoir a supplanté l’être, alimenté par la logique capitaliste. Pour plusieurs qui se joignent à la caravane, la vie a cessé d’avoir un sens sur leur terre d’origine qui les expulse par la marginalisation et la violence.

Définitivement, le prétendu développement ne parvient pas jusqu’à nos territoires, malgré la surexploitation des territoires et des êtres humains, où la défense de la vie est criminalisée. Sans doute que le « développement » est très loin, pour cela, malgré les nombreux avertissements, la communauté chercheuse de vie avance, affrontant les menaces et faisant face aux murs construits et aux frontières blindées, faisant face au racisme à travers la consigne : « Nous sommes tous et toutes humains, personne n’est illégal ! », qui rappelle aux « systèmes démocratiques », l’article 13 de la Déclaration universelle des droits humains : « Toute personne a le droit de quitter un pays, y compris le sien. »

La communauté a déjà un bon rythme, malgré toutes les difficultés, les détentions arbitraires, l’absence de réponse aux frontières et tout ce que suppose de quitter son pays d’origine avec le stigmate que portent les appauvris. Mais sous ses pas surgit aussi la solidarité comme l’expression de la tendresse des peuples qui n’a pas voulu se soumettre et qui s’ajoute à l’espoir des marcheurs qui ouvrent le passage. Maintenant plus que jamais, cela évoque la mémoire de Berta Caceres dont la lutte constante et insistante reflétait le cri des fils et des filles de la terre qui rappelle au système hégémonique que le capitalisme ne prend pas soin de la vie. Et la force de ses paroles trouve écho dans son peuple en marche, « malgré que cela soit très dure, très douloureux, nous avons appris aussi à lutter avec joie. Je crois que c’est ce qui nous anime ».

Traduit de l’espagnol par Yves Carrier


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Message de condoléances

Message de condoléances de L’UQASA suite au lâche attentat dans une synagogue

à Pittsburgh en cette journée de recueillement du sabbat où onze de mes frères juifs

ont été assassinés, et plusieurs se trouvent dans un état critique…

LE SILENCE FACE À L'INJUSTICE EST UN CRIME
(A.Dahan, jeune adolescent, délégué officiel au Congrès Mondial pour la Paix à Berlin-Est, face à la redoutable STASI, la police politique de l’ex-Allemagne de l’Est, en mai 1968)

Le lâche attentat de ce samedi de recueillement du «SABBAT» dans une Synagogue de Pittsburgh aux États-Unis d’Amérique m’a foudroyé au plus profond de mon cœur. J’ai été affligé d’une très grande tristesse par l’annonce de ce massacre terroriste qui a fauché la vie à 11 de mes frères Juifs et fait 6 blessés.

Ce crime haineux doit interpeller tout être humain digne de ce nom et doit raviver les liens indéfectibles qui nous relient tous où que nous soyons au Québec, au Canada et dans le reste du monde. Nous devons condamner haut et fort cet acte antisémite barbare qui nous rappelle une fois de plus, le pogrom et le Shoah à la veille et pendant la 2e Guerre mondiale. Quelle épreuve de voir un tel drame arrivé juste à nos frontières alors que nous sommes en 2018!

Permettez-moi à cet effet, d'ouvrir une parenthèse pour vous raconter 2 événements liés à mes frères Juifs :
-J’avais 10 ans et à l’école que je fréquentais, il y avait un élève plus âgé que moi qui me réclamait toujours une partie de ma collation. Un jour, j’ai décidé de faire cesser cet abus. J’ai donné à un ami mes chaussures et mon cartable… et je lui ai donné le coup de poing de la «peur» et il est tombé. Je me suis sauvé ! Le lendemain, je suis arrivé en retard à l’école et mon instituteur, un Français de confession juive était perplexe parce que tous les étudiants m’applaudirent. Je ne suis pas sorti pour la récréation et encore là, mon instituteur surnommé Monsieur «Béton» (SABA) parce qu’il ne riait jamais m’a questionné sur mon retard et pourquoi les autres élèves m’avaient applaudi. Après lui avoir expliqué les abus dont j’étais victime de la part de l’élève qui était plus grand que moi et comment j’avais fait pour le faire tomber par terre, il s’est mis à rire et moi j’ai pleuré après les explications de mon professeur. Il me dit que ses parents avaient été exterminés par les Nazis à Auschwitz, j’avais de la difficulté à prononcer ce mot.

Une semaine plus tard, à la sortie de l’école, mes trois amis s’en sont pris à une personne âgée. Ils ont commencé à la molester et voulaient la faire tomber en répétant : «Yahoudiabahawas». Je me suis interposé et j’ai dit à mes amis : «Vous n’avez pas le droit de le bousculer, c’est un Juif dont les parents ont été tués à Auschwitz». Un passant qui connaissait mes frères aînés m’a sauvé et a disputé mes 3 amis…

2- Adolescent, j’ai quitté mon pays pour l’Europe. À l’Université, notre professeure d’histoire nous organisait des sorties. Je venais en retard et la professeure faisait attendre tous les étudiants. J’ai appris qu’une amie brésilienne de la classe lui avait dit : «Vous nous faites perdre du temps, Ali ne viendra pas, il doit être encore au cimetière juif en train de pleurer ses frères Juifs». Elle savait que la première chose que j’ai faite en arrivant à Prague, avait été d’aller visiter le plus vieux cimetière juif d’Europe et que j’avais pleuré à chaudes larmes en pensant à toutes les souffrances endurées par les Juifs pendant la 2e GM… La professeure d’histoire était de confession juive mais elle avait peur d’afficher ses croyances. Par la suite, lorsque je venais en retard, elle m’attendait et disait : «On va attendre mon petit oiseau…» parce que j’étais le plus jeune des étudiants. Par la suite, je suis devenu ponctuel…

En cette période tragique pour nos frères Juifs, inspirons-nous de mon idole de jeunesse, l’humaniste, Raoul Wallenberg (diplomate suédois en Hongrie) qui a eu le courage de sauver des dizaines de milliers de Juifs hongrois que les Nazis voulaient exterminer. Nous devons aussi nous inspirer de mon idole, l’icône, Nelson Mandela qui a refusé de se départir des membres juifs de l’ANC, malgré les dizaines de millions de dollars qu’on lui proposait… (Wallenberg et l’icône Mandela sont tous deux citoyens d’honneur de notre pays, le Canada.)

En ce moment très difficile, au nom de l’Union des Africains du Québec et amis solidaires de l’Afrique (UAQASA), ses amis et sympathisants, je présente mes plus sincères condoléances et mes sympathies aux familles des victimes et à la communauté Juive de Pittsburgh et à celle d’ailleurs.

Que Dieu accueille les 11 victimes de l’attentat du 27 octobre 2018 dans son paradis éternel.

Ali Dahan
Québec, 27 octobre 2018


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Collectif TRAAQ

Des nouvelles du Collectif TRAAQ par Emilie Frémont-Cloutier

Discours de remerciement pour le Gala Guy-Chartrand, 01 novembre 2018, Québec

Les membres du Collectif TRAAQ, que je représente ici ce soir avec Monique Toutant et Renaud Blais, sont vraiment honorés d’avoir reçu le prix Action et mobilisation des utilisateurs. Merci beaucoup aux membres du jury d’avoir retenu notre candidature.

Cela nous touche de voir que notre implication soit reconnue et recevoir ce prix est une confirmation supplémentaire que de plus en plus de gens reconnaissent que l’amélioration de l’accès au transport en commun des personnes à faible revenu est un enjeu majeur et que la solution de la tarification sociale s’impose.

C’est aussi une confirmation qu’il est important de persévérer dans la cause de l’accès au transport en commun des gens à faible revenu à Québec. Cela confirme que même si nous étions loin d’avoir les conditions de recherche idéales pour mener l’enquête qui fut le point de départ de notre collectif, il était de notre devoir de le faire, ne serait-ce que pour explorer cette problématique et lui donner la visibilité qu’elle n’avait pas.

Je remercie tout spécialement des groupes très actifs dans le collectif TRAAQ, soit mon employeur le Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO), le Chantier mobilité Sainte-Foy et le Centre des femmes de la Basse-Ville, ainsi que tous les groupes ayant participé à notre enquête ou ayant été des collaborateurs pour l’organisation d’action ultérieures. Je ne peux malheureusement pas tous nommer ici, mais toutefois, je tiens à mentionner le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire(RÉPAC03-12) pour son appui constant.

Je ne pourrais terminer ce mot de remerciement sans faire mention du travail du Mouvement pour un transport abordable de Montréal (MPTA), nominé l’an dernier au Gala des prix Guy Chartrand. Leur travail a été et demeure pour nous une grande source d’inspiration. Sans leur modèle le Collectif TRAAQ n’en serait pas là où il est présentement dans ses actions et sa mobilisation.

Ce prix, je le dédie aux personnes que nous avons encore rencontrées récemment dans des HLM ou des soupes populaires dans le cadre de notre campagne de signature demandant un soutien provincial à l’implantation d’une tarification sociale à Québec. Je le dédie à ceux et celles qui ont témoigné qu’au mois d’octobre, ils n’avaient pas pu se payer tous les déplacements dont ils auraient eu besoin.


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Ce qu'il reste du Brésil

Dictacratie, le Brésil qui reste

Pablo Gentili, El Pais, 29 octobre 2018

Pablo Gentili est professeur d’université à Rio de Janeiro, sociologue et secrétaire général de CLACSO, Conférence latino-américaine des sciences sociales

Un président défenseur de la torture, xénophobe, raciste et homophobe. Un parlement dominé par la droite et l’extrême-droite avec une grande majorité de législateurs qui défendent la déforestation de l’Amazonie, l’agro-business, l’industrie de l’armement et le commerce néo-pentecôtiste de la foi. Le Brésil, un pays qui prétend réinventer sa fragile démocratie à nouveau sous la tutelle des forces militaires et des oligarchies qui gouvernèrent le pays tout au long de son histoire. Dictacratie?

Un nouveau cycle commence. Le Brésil est confronté au précipice de la barbarie. Il aurait pu avoir fait le saut pour reconstruire son avenir démocratique. Il a plutôt choisi de plonger, de s’enfoncer dans la noirceur. N’importe quelle réflexion sur ce qui adviendra doit se baser sur le Brésil qui reste. Ou sur ce qu’il reste du Brésil.

L’inventaire de fanfaronnades racistes, xénophobes, machiste, violentes et humiliantes de Bolsonaro, a été divulgué jusqu’à l’indigestion. Aucun électeur du nouveau président n’a voté pour un candidat inconnu. Son apologie de la torture, de la dictature et, particulièrement, son programme de gouvernement explicitement antipopulaire, ont semblé moins importants que le risque que ne gagne le candidat du PT, Fernando Haddad. Plus de 55% de la population a élu le candidat de la haine, lui qui représentait une prétendue rénovation, dont les principales bannières signifient, dramatiquement, le retour au passé de toujours, au Brésil colonial et excluant, au Brésil des oligarchies qui multiplient leurs privilèges aux dépends de la souffrance et de la misère du peuple.

Les seuls qui semblent l’avoir compris sont les électeurs et, particulièrement, les électeurs plus pauvres du pays, ceux qui gagnent moins de deux salaires minimum, c’est-à-dire, moins de 1908 réais, 520 dollars par mois. C’est la première fois dans l’histoire que gagne un président qui ne compte pas sur le vote majoritaire de la population en situation de pauvreté ou de pauvreté extrême, plus de 50% de la nation. Dans tous les autres secteurs sociaux, dans les castes où s’organise ce gigantesque marché pour l’inégalité et la violence, a gagné Bolsonaro.

Dans presque tous les 26 États qui composent l’union, la droite ou l’extrême-droite ont triomphé. Dans certains d’eux, des militaires ont été élu au gouvernement régional : un marine, un commandant et un colonel. Presque 1000 candidats des forces publiques de sécurité, de l’active ou retraités, dont certaines femmes, se sont présentés à des postes électifs. Au moins 72 ont été élus. La députation des militaires et des policiers dépasse en nombre celle du parti politique ayant la plus forte représentation au Congrès national, le Parti des Travailleurs avec 56 députés.

Le major Olimpio Gomes, un terne député provincial a été élu sénateur national avec plus de 9 millions de votes. Katia Sastre, une policière militaire inconnue qui, il y a quelques jours, a abattu de plusieurs tirs un jeune qui volait un cellulaire devant une école, arrive au congrès avec l’appui de 264 000 votes. La policière, maintenant députée, a utilisé pour sa campagne électorale les images des caméras de sécurité où elle tire sur le voleur et le plaque au sol. Ces images furent interdites par la justice électorale. L’interdiction lui a donné encore plus de votes.

Bolsonaro a soutenu que tuer des délinquants (ou ceux qui en ont l’apparence) sera considéré comme un acte de légitime défense. Ila également soutenu que les mouvements sociaux seront considérés terroristes et leurs activités criminalisées comme telles.

Le congrès brésilien est composé de 513 députés et de 81 sénateurs, répartis en 30 partis. L’élection de 2018 est la plus grande rénovation des chambres en trente ans de démocratie. Néanmoins, le pouvoir du parlement est distribué non seulement en fonction des partis, mais des intérêts corporatifs que défendent les députés et les sénateurs. Il existe trois groupes interpartis majoritaires. Cela existait auparavant et continuera encore avec un congrès où ont été élu le plus grand nombre de législateurs d’extrême-droite de son histoire.
Le groupe de l’agro-business, le Front parlementaire des éleveurs a plus de 260 représentants. Ils appuient la déforestation de l’Amazonie, l’utilisation des produits agro-toxiques, vivent et tirent profit du travail esclave et sont, dans de nombreux cas, latifundistes, dans le pays avec la plus grande concentration de propriété terrienne sur la planète.

Le groupe pro-armement, formé par des militaires, des policiers ou des défenseurs de la violence répressive de l’État, lutte activement contre la loi du désarmement approuvée pendant le gouvernement de Lula. Ils soutiennent que la population civile doit avoir le droit de porter des armes et de les utiliser en cas de légitime défense. Ce groupe compte 250 députés et sénateurs.

Les législateurs évangéliques, le groupe de la Bible, seraient plus de 100. Ils militent contre le droit à l’avortement, l’égalité des sexes, la diversité sexuelle, le mariage entre personnes du même sexe et exigent l’éducation religieuse dans les écoles publiques.

Les trois groupes ont 610 représentants dans un congrès national qui compte 594 membres. Naturellement, cela s’explique parce que certains députés ou sénateurs appartiennent en même temps aux groupes de l’agro-business, des évangéliques et de l’armement.

Le sigle de Jair Messie Bolsonaro, le Pati social libéral, n’avait obtenu aux dernières élections que 8 députés. À partir de l’an prochain, il sera le second parti représenté au congrès avec 52 législateurs. Il aura, de plus, trois gouverneurs d’État alors qu’il n’en avait aucun.

Dans son discours inaugural, Bolsonaro n’a rien dit de substantiel. Il a prié et soutenu qu’il ne ferait du commerce bilatéral qu’avec les pays qui sont profitables aux intérêts brésiliens et lui apportent la technologie. Cela complétera l’intégration idéologique du passé.

C’est le Brésil qui refonde une démocratie fragile, sous tutelle des dictateurs et des oligarchies de toujours. C’est, en définitive, ce qui reste du Brésil.

Traduit de l'espagnol par Yves Carrier


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