Pour le format PDF, cliquez ici

Les pompiers pyromanes

Par Yves Carrier

Les attentats de Paris ont révélé toute la laideur dont l'être humain est capable. Captivés par le bruit médiatique, cloués à nos fauteuils, l'oreille aux aguets, nous étions prêts à bondir sur l'ennemi. Comme Québécois, l'identification à la France est complète, mais nous risquons parfois d'y perdre l'esprit de détachement nécessaire à l'analyse objective des événements. Bien sûr un acte criminel odieux a été commis, faut-il encore en chercher les causes, afin d'éviter les raccourcis faciles où les médias veulent nous conduire dans un appel incessant à la guerre.
Tout d'abord, j'aimerais insister sur le fait qu'à mes yeux les journalistes de Charlie hebdo ont servi de paratonnerre à la colère de deux individus qui, de toute évidence, auraient frappé ailleurs n'eut été l'existence de ce magazine. Et vouloir assassiner la liberté d'expression, c'est un très mauvais choix stratégique, à moins de vouloir attiser les sentiments de haine envers une certaine conception de la religion.
Ensuite, nous pouvons lire la biographie pathétique des auteurs de l'attentat, révélateur du malaise français, véritable apartheid social selon le premier ministre Manuel Val, dont tirent profit des gourous malveillants qui ont tôt fait de fournir une figure parentale rassurante à de jeunes hommes en manque d'estime de soi et de reconnaissance. Ça, c'est de l'analyse sociale à propos d'une France qui doit retravailler l'intégration économique des populations issues de l'immigration tout en leur inculquant les valeurs de la laïcité républicaine.
Après, il y a l'analyse de la conjoncture internationale et l'hypocrisie de l'Occident qui tient un double discours en poursuivant ses intérêts au Proche-Orient tout en prétendant défendre la démocratie et les droits humains. La malhonnêteté intellectuelle des dirigeants occidentaux ressemble davantage à de la schizophrénie qu'à une quelconque forme d'intelligence du dialogue des civilisations. Alors, soit nous défendons vraiment des principes plutôt que des contrats d'armement juteux avec l'Arabie saoudite, soit on se tait et on accepte que le monde va aller de plus en plus mal.
De plus, le conflit de civilisation entre l'Occident et l'Islam radical semble une mise en scène des dirigeants du monde poursuivant le double objectif de nous rendre aveugles aux vrais enjeux internationaux comme l'écart grandissant entre les riches et les pauvres, la lutte pour l'hégémonie planétaire à tout prix et le réchauffement climatique et, le besoin intrinsèque de l'OTAN d'avoir des ennemis pour poursuivre une guerre d'expansion sans fin.
Pour comprendre les attentats de Paris à partir des événements internationaux, il faut adopter une double position d'analyse où nous critiquons à la fois l'intégrisme religieux comme menace aux valeurs démocratiques et à la liberté d'expression, et nous maintenons un regard lucide sur les saloperies dont nos dirigeants nous rendent complices.
Trente ans d'intervention au Proche-Orient n'ont rien fait pour aider la situation. L'Irak, la Lybie et la Syrie, ont tous été ciblés par Washington qui joue aux apprentis sorciers depuis l'invention d'Al-Qaïda pour chasser les soviétiques d'Afghanistan. De fait, l'horreur derrière le théâtre d'opération internationale provient des capitales occidentales. Dans un récent article, Michel Collon fait la démonstration que Boko Haram au Nigéria a été créé et financé par la C.I.A. Que penser des pompiers pyromanes qui dirigent le monde en criant au feu contre l'Islam radical qu'ils ont eux-mêmes créé et financé ? L'Occident a vraiment renoncé à ses valeurs fondamentales en pensant que la manipulation, le meurtre et l'extorsion, suffisent pour se gagner le respect et l'hégémonie en ce monde alors qu'ils créent davantage d'ennemis à chaque jour. Dans la longue marche des civilisations, la corruption du meilleur devient souvent le pire jusqu'à ce que tombe sur les usurpateurs un verdict sans appel pour tous leurs crimes contre l'humanité.

Dans cette éditon :
Sommes-nous Charlie ?
Théorie de la relativité générale d'Albert Einstein
 Rendre hommage à Charlie Hebdo, c'est surtout voir toutes les personnes que nous tuons
Ode à l'Amour
 La troisième guerre mondiale ?
Vers un capitalisme féodal
Calendrier d'activité

Spiritualité de la citoyenneté

SOMMES-NOUS CHARLIE?

Par Robert Lapointe

Certainement, si nous sommes pour la liberté d'expression. Par ailleurs, ses journalistes se revendiquent comme irresponsables. C'est leur choix. La liberté sans la responsabilité est bien sûr une catastrophe. Ces deux valeurs mises ensemble correspondent au concept d'autolimitation, valeur stratégique de la théorie de la société civile; une autre valeur est la vérité. Il faut savoir jusqu'où va la liberté d'expression: elle ne doit pas permettre les attaques personnelles, la discrimination, la violence et la haine.
Peut-elle permettre, cette liberté, d'attaquer la religion? La religion est une institution humaine sujette à la critique, puisqu'elle bénéficie d'un certain pouvoir. Et ce pouvoir est immense. Qui contrôle la spiritualité des gens contrôle la société. C'est l'autre aspect de la religion. Comme institution, elle exerce un certain pouvoir, mais elle est aussi véhicule de la spiritualité. À ce titre, la religion doit être respectée. La spiritualité authentique commande un rapport personnalisé et autonome avec la puissance supérieure.
Selon l'échelle spiritualiste de Scott Peck, les rebelles en sont au troisième stade contre ceux qui suivent aveuglement les enseignements de quelques gurus, imams et autres prédicateurs, et contre ceux adeptes de la consommation et du matérialisme. La rébellion contre toute forme de pouvoir est la condition essentielle pour en arriver à l'autonomie sur les divers plans de l'existence. Là où on sera libre et capable de faire les bons choix sur ces plans.
Pourquoi cette situation? La chute du bloc communiste a créé le besoin d'un nouvel ennemi pour l'Amérique. Puisque l'on sait très bien que perpétuer la domination de l'État est l'un des modes de contrôle de la population. L'islamisme, au début encouragé par les Américains et les Israéliens pour diminuer l'influence des nationalismes arabes, est devenu l'ennemi idéal pour l'Occident et vice-versa pour les islamistes. Ils sont complices ainsi de la réalisation du plan de Samuel Huntington du Choc des civilisations. Pendant que les peuples se détruisent, les riches et les puissants de tout côté s'entendent comme larrons en foire sur leur dos.
Le combat pour la démocratie et la liberté se poursuit de différentes façons. On peut discuter des bonnes façons de le faire, mais il se fera dans la mesure où nous ferons preuve de sens critique et nous laisserons guider par une spiritualité transcendante et personnelle à la fois. Les trois familles des valeurs humaines, citoyennes et spirituelles doivent nous guider sur ce chemin, et notre conscience, éclairée, est souveraine dans ces domaines.
La question identitaire est bien sûr importante, mais il faut être conscient qu'il y a beaucoup de manipulation là-dessus, comme il y a galvaudage au sujet de la spiritualité et du concept de société civile. Il importe de bien définir ce qu'est l'identité et ce que sont les appartenances. La prochaine rencontre mensuelle permettra de faire la lumière sur l'ensemble de ces questions.
Rendez-vous mercredi le 11 février pour la rencontre mensuelle.

Retour en haut


Théorie de la relativité générale d'Einstein

Par Ronald Lachapelle

 Ça commence comme ça :


À la lecture des journaux et en regardant la télévision au jour le jour concernant la pauvreté et l'itinérance versus les centaines de millions de dollars que l'on dilapide en subventions aux compagnies, aux primes de départ par centaines de milliers de dollars pour une seule personne, pour des dizaines de patrons et de cadres, ainsi qu'un coup de pouce de 26 millions de dollars au Réseau de transport de la Capitale, RTC pour faire parler les autobus et entendre dire où tu es et où tu vas. Un coup parti, elle pourrait te dire où t'assoir. Ils n'auraient pas pu baisser les tarifs à la place ?

Alors que le gouvernement verse une goutte d'eau sur un poêle chauffé à blanc: une goutte de 6 millions de dollars pour des dizaines de millier d'itinérants à travers le Québec, quelle preuve de conscience sociale, quelle empathie, quelle mansuétude, quelle charité, qui vient de nos poches pleines.

La bouche remplie à s'étouffer de ces oiseaux de malheurs que sont beaucoup de politiciens, qui passent leur temps à voler dans l'azur en écoutant la musique des anges si ce n'est que pour redescendre le temps d'un conseil d'administration pour signer un décret accordant une subvention de 26 millions pour te faire dire où tu es, lorsque tu prends le bus.

Là vous aller clamer que c'est très relatif, mais c'est piétiner la souffrance en toute innocence; la souffrance qui est la source de toutes nos contradictions : On a pas voter pour ça !

Pas surprenant que des jeunes finissent par ressentir de la haine, ceux qui espèrent, qui endurent, qui restent et que, dans quelques années, l'on retrouvera gelés sous un porche, pendant que vous portiez des toasts à Noël à la prospérité retrouvée.

Retour en haut


Rendre hommage à Charlie Hebdo, c'est surtout voir toutes les personnes que nous tuons

Par Michaël Lessard - 08 janvier 2015

Le jour même, un événement Facebook est apparu pour inviter les gens de Québec à un rassemblement silencieux devant le Consulat général de France à Québec en solidarité avec Charlie Hebdo. En m'y rendant, dans un froid assez glacial, je me dis que c'était fou et que nous serions probablement dix personnes courageuses comme c'est parfois le cas. Rendu tout près, là je vis une foule assez dense. Il y avait au moins 300 personnes, plusieurs tenant un stylo levé ou une affiche « Je suis Charlie ». La foule applaudit un discours du consul général, une femme entonna un chant d'opéra et une partie entonna ensuite La Marseillaise.
Plusieurs des victimes sont connues pour avoir lutté pour la justice toute leur vie. Charlie Hebdo, c'est le droit à la pensée critique. Ce sont souvent des caricatures exprimant des valeurs humanistes, mais cachées derrière une satire vulgaire se moquant des fausses moralités hypocrites.


Justement, j'étais à ce rassemblement aussi pour les 16 personnes employées par une radiotélévision serbe massacrées délibérément par l'armée américaine lors de la Guerre du Kosovo (1999). Les nombreux responsables de ce crime de guerre n'ont jamais été accusés et sont fort probablement mieux payés aujourd'hui (article d'Amnistie Internationale).
Quand un drone américain tue 12 personnes innocentes, c'est le silence total. Aucun média de masse ne le mentionne. Aucune personne élue n'exprime ses condoléances et ne dénonce la chose quand cela arrive. N'est-ce pas fondamentalement une partie du problème mondial ? C'est le genre d'incohérences que Charlie Hebdo rend visibles.
À travers les messages de sympathies et de condoléances des gens, nous rendons aussi hommage aux penseurs et penseuses critiques en tout genre, dont des journalistes, intimidés, emprisonnés et parfois assassinés surtout par des gouvernements (Bilan 2014 de Reporters sans frontières). Des milliers de personnes « disparaissent » chaque année pour leurs opinions, le plus souvent en silence. Plus de 22,000 personnes ont « disparues » au Mexique depuis 2006.
Quand des journalistes sont emprisonnés arbitrairement en Égypte, dont un Canadien, l'indignation ne semble pas bien forte. On entend surtout au Québec des racistes tenter de justifier le tout.
Il y aussi des gens tués de manière plus subtile. Quand l'UNICEF, appuyé par les autres agences humanitaires de l'ONU, déclarait qu'environ 500,000 enfants seraient peut-être encore vivants si ce n'eut été du blocus imposé à l'encontre de toute la population de l'Irak (1990-2003 ), nous n'étions qu'une poignée de marginaux en Amérique du Nord qui tentait de rendre visible ce crime occulté. À l'époque, les médias canadiens et québécois osaient à peine dire que le dit embargo causait des « souffrances ». Le Canada participait très activement à cette politique inhumaine, meurtrière, mais plutôt silencieuse.

Vous et moi pourrions ajouter ici bien des exemples. Si vous êtes un peu informé, vous savez déjà à quel point nous avons peine à compter les gens que nos propres gouvernements et nos alliés ont tués et il se trouve étrangement des chrétiens pour justifier la torture et autres crimes. J'estime que les artistes et les journalistes décédés chez Charlie Hebdo étaient des gens sensibles aux victimes qu'on veut nous cacher.

Sauf que l'obscurantisme s'est attaqué à des alliés des peuples opprimés
Il y a depuis longtemps des extrémistes religieux qui menacent et oppriment les personnes se moquant des doctrines hypocrites ou faisant des caricatures de Jésus, Mahomet, etc. Cette violence existait avant les crimes nommés ci-dessus et Charlie Hebdo aurait probablement été la cible même si les États occidentaux n'étaient pas des assassins hypocrites.

Tout le monde pouvait bien voir qu'un grand nombre des caricatures dénonçaient aussi les incohérences parmi les religions chrétienne et juive. Les critiques de Charlie Hebdo à l'encontre du régime israélien et des industries qui profitent de l'oppression sont pourtant très sévères, explicites et virulentes. Pourtant, les assassins ont tué des gens qui dénonçaient l'impérialisme.
Ainsi, même si je vous écris aujourd'hui pour nous rappeler que certains de nos dirigeants sont des assassins et que nous ne savons pas compter les gens que « nous » tuons, il serait trop facile de faire porter la responsabilité sur le dos des crimes d'État. Il ne faut pas déresponsabiliser les discours religieux appelants à réprimer la liberté de pensée.
Un ami a offert un résumé qui me semble juste : il s'agit de personnes qui ont peur de celles qui pensent par elles-mêmes.
Une bonne manière d'honorer le courage de Charlie Hebdo est donc de chercher à voir à travers les propagandes « patriotiques » et les fausses moralités.

Retour en haut


Ode à l'amour

Par Judy Miller - Fleur de Bitume (2014)
Je veux m'ouvrir à la vie,
à ce mouvement infini...
Comme une fleur épanouie
exaltée de recevoir la sève
qui monte en mon être
qui me nourrit, qui m'élève
d'une énergie nouvelle!
Telle une promesse qui grandit...
Que l'amour me soulève,
dans une perspective
de guérison qui bénit,
de passion qui séduit,
en ma chaire comme en esprit!
Que ce contact, cette rencontre
avec moi- même...
avec l'autre parti,
s'annonce une célébration sacrée!
Un moment d'éternité,
que l'on savoure sans détours,
sans s'en lasser!
Encore, que l'on savoure encore
le magnétisme de nos corps
qui s'accueillent,
qui s'abandonnent
empreints de sensualité
nappée de velours
qui se déverse en douceur
comme une riche crème
qui épouse nos pourtours,
nos dimensions suprêmes!
Et que l'on s'aiment
Et sèment encore...
des grains de trésor!
Butinons ces particules d'or
du nectar qui nous délecte,
cette félicité offerte,
que l'on- en redemande,
que l'on s'accorde
l'extase féconde,
autant de fois encore...
Que ce dessert onctueux enivre
comme un chaud baiser sur nos lèvres gourmandes,
emportées de fièvre
envoutées de désir qui s'exprime
pour ce goût prononcé
de passion épicé,
à la fois doux en bouche,
à chaque fois que tu me touches
le suave fruit rouge de l'amour
nous fait de l'œil à contre jour!
Il révèle une saveur de liberté,
mais propose aussi proximité
nos corps, esprits et âmes
attisent nos flammes,
qui se confondent,
se complémentent,
dans une danse délectable
susurrée, sucrée, saccadée
du féminin- masculin,
terrestre et divin!
Unifié en une ode,
une nuitée miaule,
l'un à l'autre,
côte à côte!
Le plaisir l'emporte
sur le besoin qui chicote
animé par une volonté propre
commune à cette union qui est
nôtre,
notre force!
Tout faire pour la garder
alors qu'elle est à notre porté!
La note a la côte,
elle en- est la clef!
Le chef d'œuvre que Dieu nous a donné
Car Lui seul sait...
combien de vies,
combien d'années lumières, d'éternité,
combien de sagesse, de folies,
toutes entières
jusqu'à aujourd'hui
ont dû naitre, mourir et s'écouler
afin de se connaitre,
se rassembler,
de retrouver cette musicalité!?
Succombons à ce festin,
qui est le mien, le tien...
Accédons à nos jardins,
reconnaissons notre destin!
Aimons- nous enfin!
Abreuvons- nous du fluide de la vie,
encore, maintenant & ici,
autant que demain!

Retour en haut


 La troisième guerre mondiale ?

Par Boaventura de Sousa Santos

C'est une guerre provoquée unilatéralement par les États-Unis avec la complicité de l'Europe. La cible principale est la Russie et, indirectement, la Chine. Le prétexte est l'Ukraine.
Tout porte à croire qu'une troisième guerre mondiale est en préparation, nous entendons ici pour "mondiale" une guerre qui a son théâtre principal d'opération en Europe et qui a des répercussions en différentes parties du monde. C'est une guerre provoquée unilatéralement par les États-Unis avec la complicité active de l'Europe. Sa cible principale est la Russie et, indirectement, la Chine. Le prétexte est l'Ukraine. Le 4 décembre dernier, dans un rare moment de consensus entre les deux partis politiques, le Congrès américain a donné son approbation à la Résolution 758 qui autorise le président à adopter des mesures plus agressives de sanctions et d'isolement de la Russie, à fournir des armes et autres formes d'aide au gouvernement de l'Ukraine et à renforcer la présence militaire américaine dans les pays voisins de la Russie. L'escalade de la provocation de la Russie compte différents éléments qui, ensemble, constituent une seconde guerre froide. Dans celle-ci, contrairement à la première, l'Europe joue un rôle actif, quoique subordonnée aux États-Unis, et assume maintenant la possibilité d'une guerre totale, voire même, d'une guerre atomique. Plusieurs agences de sécurité font des plans pour le « jour d'après » une confrontation nucléaire.


Les composantes de la provocation occidentale sont au nombre de trois : des sanctions pour affaiblir la Russie; installation d'un gouvernement satellite à Kiev; guerre de propagande. Les sanctions sont connues, est plus insidieuse la baisse des prix du pétrole qui affecte de manière décisive les exportations de pétrole de la Russie, une des plus importantes sources de devises pour l'économie du pays. Le budget de la Russie pour l'an prochain a été calculé sur la base du pétrole à 100$ le baril. La réduction du prix combinée à d'autres sanctions et à la dévalorisation du rouble aggrave dangereusement le déficit des finances russes. Cette réduction apporte le bénéfice additionnel de créer de sérieuses difficultés à d'autres pays considérés hostiles aux intérêts américains (Équateur, Venezuela, Iran). La réduction est possible grâce à un pacte célébré entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite, selon les termes duquel les États-Unis protègent la famille royale saoudienne (détestée dans la région) en échange du maintien de l'économie des pétrodollars (transactions mondiales du pétrole effectuées en dollars américains), sans lesquels le dollar s'effondrerait en tant que réserve internationale et, avec lui, l'économie des États-Unis, le pays ayant la plus grande, et certainement, la plus impayable dette du monde.
La seconde composante de cette stratégie est le contrôle total du gouvernement de l'Ukraine de façon à transformer ce pays en état satellite. Le respecté journaliste Robert Parry (qui dénonça le scandale de la Contra et de l'Iran) informa que la nouvelle ministre des finances de l'Ukraine, Nathalie Jaresko, est une ex-fonctionnaire du Département d'État américain, citoyenne des États-Unis, qui a obtenu sa citoyenneté ukrainienne quelques jours avant d'assumer cette fonction. Elle a été jusqu'à maintenant présidente de différentes entreprises américaines financés par le gouvernement américain et créées pour travailler en Ukraine.
On comprend mieux maintenant l'explosion, en février dernier, de la secrétaire d'état américain aux affaires européennes, Victoria Nulland : « Merde l'Union européenne. » Ce qui voulait dire : « L'Ukraine est à nous, pas aux Européens. Nous l'avons achetée. »

Le troisième élément est la guerre de propagande. Les grands médias et leurs journalistes sont poussés à diffuser tout ce qui légitime la provocation occidentale et occultent tout ce qui questionne. Les mêmes journalistes qui, après les briefings aux ambassades américaines et à Washington, remplirent les pages de leurs journaux avec le mensonge des armes de destruction massive de Saddam Hussein, les remplissent aujourd'hui avec le mensonge de l'agression russe contre l'Ukraine. Je demande aux lecteurs d'imaginer le scandale médiatique que cela provoquerait si on venait à savoir que le président de la Syrie avait nommé un ministre iranien dans son cabinet quelques jours après lui avoir accordé la nationalité syrienne. Ou bien qu'ils fassent la comparaison entre l'importance du traitement médiatique accordée aux manifestations de février dernier à Kiev et celle accordée aux manifestations de Hong Kong cet automne. Ou encore, qu'ils évaluent la pertinence de la déclaration d'Henry Kissinger qui estime téméraire la provocation qui est faite à la Russie. Un autre grand journaliste, John Pilger, disait récemment que, si les journalistes avaient résisté à la guerre de propagande, peut-être aurait-on évité la guerre en Irak ou moururent jusqu'à la fin de la semaine dernière (novembre 2014) 1 455 590 Irakiens et 4 801 soldats nord-américains. Combien d'Ukrainiens mourront dans cette guerre qu'on prépare ? Et combien de non-Ukrainiens ?


Sommes-nous vraiment en démocratie lorsque 67% des américains sont contre la livraison d'armes à l'Ukraine et que 98% de leurs représentants votent en faveur ? Sommes-nous en démocratie en Europe quand des pays de l'Union Européenne, membres de l'OTAN, peuvent être en train de conduire, en provoquant la rébellion de leurs citoyens, à planifier une guerre contre la Russie au bénéfice des États-Unis, ou quand le parlement européen continue de rassurer l'opinion publique tandis que l'Europe se prépare à être le prochain théâtre de la guerre, et l'Ukraine, le prochain Liban ?

Les raisons de l'insanité
Pour comprendre ce qui se passe, il est nécessaire de tenir compte de deux facteurs : le déclin des États-Unis en tant que pays hégémonique; et le commerce hautement lucratif de la guerre. Le déclin du pouvoir économique et financier est de plus en plus évident. Après le 11 septembre 2001, la CIA a financé un projet dénommé : "projet prophétie" destiné à prévoir les éventuelles attaques contre les États-Unis à partir des mouvements financiers étrangers et de grande envergure. Sous différentes formes, ce projet s'est poursuivi et l'un de ses participants prévoit le crash prochain du système financier international sur la bases des indicateurs suivants : la Russie et la Chine, les principaux détenteurs de la dette américaine, vont vendre leurs titres du trésor et, en échange, vont acquérir d'énormes quantités d'or. Étrangement, ces titres ont été achetés en grande quantité par des acheteurs belges, ce qui est bien au-delà de la capacité de ce petit pays (on spécule si la banque de la réserve fédérale américaine ne serait pas derrière ces opérations). Ces deux pays, la Russie et la Chine emploient de plus en plus leurs réserves et non l'argent américain pour effectuer leurs transactions de pétrole (tous se souviennent que Saddam Hussein et Kadaffi ont cherché à utiliser l'Euro et le prix qu'ils ont payé pour leur audace). Finalement, le FMI (le cheval de Troie) se prépare, au cours des prochaines années, à remplacer le dollar comme monnaie de réserve internationale par une monnaie globale, les SDR (Spécial drawing rights).


Pour les auteurs du projet prophétie, tout indique qu'une attaque contre les États-Unis est prochaine et que pour se défendre, les pétrodollars doivent être maintenus à tout prix, assurant ainsi l'accès privilégié au pétrole et au gaz. Les États-Unis doivent aussi contenir la Chine et affaiblir la Russie, idéalement en provoquant sa désintégration, genre Yougoslavie. Curieusement, les "spécialistes" qui voient dans la vente de la devise américaine une attitude hostile de la part des puissances agresseurs, sont les mêmes qui conseillent aux investisseurs nord-américains de procéder de la même manière, c'est-à-dire, en vendant leurs titres du trésor, en achetant de l'or et à investir dans des biens sans lesquels les humains ne peuvent pas survivre : la terre, l'eau, les aliments, les ressources naturelles, l'énergie.

Transformer les signaux clairs du déclin en prévision d'agressions vise à justifier la guerre comme moyen de se défendre. Maintenant, la guerre est hautement lucrative étant donné la supériorité des États-Unis dans la conduite de la guerre, dans la fourniture d'équipement et dans les travaux de reconstruction. La vérité c'est que, comme l'a écrit Howard Zinne, les États-Unis ont été en état permanent de guerre depuis leur fondation. Ce à quoi, contrairement à l'Europe, la guerre ne se déroulera jamais en sol américain, sauf, évidemment, en cas de guerre nucléaire. Le 14 octobre 2014, le New York Time divulguait un rapport de la CIA sur la fourniture clandestine d'armes et le financement de guerres au cours des dernières 67 ans dans plusieurs pays dont : Cuba, l'Angola, et le Nicaragua. Cette nouvelle a fait dire à Noam Chomsky au « The Laura Flanders Show » que ce document devrait s'intituler ainsi : « Oui, nous déclarons que nous sommes l'État-leader terroristes du monde et que nous en sommes fiers. »


Un pays en déclin tend à devenir chaotique et erratique dans sa politique international. Immanuel Wallerstein en parlant des États-Unis dit qu'ils risquent de se transformer en un canon hors contrôle (a loose canon), un pouvoir dont les actions sont imprévisibles, incontrôlables et dangereuses pour lui-même et pour les autres. La conséquence la plus dramatique c'est que l'irrationalité se répercute et s'intensifie dans la politique de ses alliés. En se laissant entraîner dans une nouvelle guerre froide, l'Europe, n'agit pas seulement contre ses propres intérêts économiques, en perdant une relative autonomie qu'elle avait construite sur le plan international après 1945. L'Europe a, au contraire, tout intérêt à poursuivre l'intensification de ses relations commerciales avec la Russie et à compter sur elle comme fournisseur de gaz et de pétrole. Les sanctions contre la Russie peuvent affecter davantage l'Europe que la Russie.


En s'alignant sur le militarisme de l'OTAN où les États-Unis ont une totale prépondérance, l'Europe place l'économie européenne au service de la politique géostratégique des États-Unis, elle devient plus énergétiquement dépendante des États-Unis et de ses états satellites, et elle perd l'opportunité de s'étendre avec l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Mais le plus grave, c'est que l'irrationalité n'est pas le simple résultat d'une erreur d'évaluation des intérêts des Européens. C'est plus probablement un acte de sabotage de la part des élites conservatrices européennes dans le sens de rendre l'Europe encore plus dépendante des États-Unis, tant sur la plan énergétique et économique, que sur le plan militaire.


C'est pourquoi, l'approfondissement de l'enrôlement dans l'OTAN et le traité de libre-échange entre l'Union Européenne et les États-Unis (partenariat transatlantique d'investissement et de commerce) sont les deux côtés de la même monnaie. On peut argumenter que cette nouvelle guerre froide, comme la précédente, ne conduira pas à un affrontement total, mais n'oublions pas que la Première guerre mondiale fut considérée, à ses débuts, comme une escarmouche qui ne devait durer que quelques mois. Il dura quatre ans et elle fit de 9 à 15 millions de morts..

Boaventura de Sousa Santos est professeur émérite de l'Université de Coimbra au Portugal  - Traduit du portugais par Yves Carrier

Retour en haut


Vers un capitalisme féodal

Par Bernardo Pérez Andreo, Murica, Espagne

C'est officiel, en 2016, les super méga riches vont s'approprier de plus de la moitié de la richesse produite en ce monde et les autres devront se contenter de miettes. Selon le Rapport d'Intermon Oxfam, présenté au Forum économique de Davos (suisse), l'an prochain, et pour la première fois de l'histoire de l'humanité, 1% de la population mondiale possèdera plus de a moitié de toute la richesse mondiale. Le rapport porte le titre évocateur : « Avoir tout et vouloir plus ».

Les riches sont voraces et insatiables et leur limite est de posséder 100% de la richesse, même si cela suppose que pour cela il faille détruire l'humanité entière et eux avec elle. Ils sont irrationnels et instables. Comme les requins lorsqu'il y a une curée, ils mordent et mordent encore sans regarder qui ou quoi, parfois même ils se mordent entre eux. Il est clair qu'ils ne vont pas s'arrêter tant qu'ils n'auront pas tout. Ils se disent que l'occasion fait le larron et que la crise financière actuelle est l'occasion parfaite pour voler tout ce qu'ils peuvent en toute impunité.

30 ans de néolibéralisme ont posé les bases pour que les États et les populations ne sachent pas comment réagir et demeurent incrédules pendant qu'on leur vole jusqu'à leurs sous-vêtements.

Il s'agit d'un projet global qui a débuté vers la fin des années soixante avec la Société du Mont Pellerin en Suisse. Là s'étaient réunis le gourous de la pensée qui prendrait le nom de néolibéralisme : Hayek, Freadman, et Mises. Leur proposition consistait à en finir avec le keynésianisme pour revenir à un capitalisme déréglementé qui permet l'enrichissement sans mesure ni contrôle. Leur point d'appui était la perte constante du taux de bénéfice depuis la fin de la guerre mondiale et leur slogan était : privatiser à tout prix. Ce projet fut mené à terme en plusieurs étapes, mais les véritables promoteurs furent Reagan et Thatcher, au cri de « Il n'y a pas d'alternative » (TINA). Derrière eux, tout allait sur des roulettes : les politiques mondiales de déréglementation promulguées par le FMI et la Banque mondiale s'appliquaient à la lettre dans le monde entier, ayant pour conséquences une série de bulles financières qui débutèrent en 1986 par le Big bang day et se conclut par l'élimination des lois bancaires Glass-Steagall qui menèrent à l'étape spéculative la plus longue de l'histoire. Cette étape conduisit à la crise de 2008, mais celle-ci ne fut qu'une étape de plus sur le chemin vers l'enrichissement des plus puissants. Pendant que le monde devenait plus pauvre, ils s'enrichissaient et posaient les bases pour un monde nouveau, le monde du capitalisme féodal.Nous y sommes, de la même manière que dans le féodalisme, une petite portion de l'humanité, pas plus de 5%, amassait pratiquement 90% de la richesse tandis que le reste devait travailler pour eux. Aujourd'hui nous sommes près d'une situation où un groupe toujours plus réduit s'approprient une part toujours plus considérable de la richesse globale. Selon le rapport d'Intermon, qui coïncide avec les données fournies par Piketty dans son œuvre indispensable : « Le capital au 21ème siècle », le rythme de croissance de la richesse des plus riches est exponentiel. Chaque année, ce 1% de la population, accumule 90% de la nouvelle richesse générée. Ce qui fait qu'en peu d'années, pas plus loin qu'en 2030, 90% de toute la richesse mondiale sera entre leurs mains.

Ce moment sera celui du capitalisme féodal. Les pas vers cela ont déjà été franchis : les États ont été réduits à de simples applicateurs des politiques imposées par les instances internationales elles-mêmes contrôlées par la super classe dominante. Les lois ont été modifiées pour empêcher que leur fortune soit considérée comme illégale ou qu'elle soit l'objet de saisi de la part des États. Les derniers réduits de liberté, telles que l'éducation et la santé publique sont éliminées peu à peu. Les consciences sont séquestrées et la pensée de l'élite financière s'infiltre à travers la culture.

Le capitalisme féodal est l'étape sénile du capitalisme; incapable d'engendrer un esprit qui le légitime, il ne lui reste que l'instrument du contrôle physique et psychologique des corps et des esprits et la guerre comme arme d'imposition. Les guerres imposées comme celles de l'Irak, de la Lybie, de la Syrie, et du Nigeria, ne sont qu'un instrument efficace pour contrôler les masses qui à un moment donné pourrait en venir à ne plus supporter la souffrance qu'on leur impose, une souffrance qui côtoie le luxe et le gaspillage de ces quelques privilégiés. Adviendra un jour où les masses innombrables de pauvres n'auront plus rien à perdre que leur misère. Ce jour sera le commencement de la fin du capitalisme féodal. Cependant, rien ne nous assure que la fin de ce mode de capitalisme nous conduise à une société juste si nous ne faisons rien pour construire une réalité alternative et viable avant que n'arrive la destruction. Peu importe le temps que nous avons, ce sera toujours mieux que d'attendre que la colère contenue de millions de gens mette fin à l'injustice et peut-être aussi à l'humanité elle-même. Soit nous mettons un terme à la richesse des super riches, soit il n'y aura pas de futur pour l'humanité.

Bernardo Pérez Andreo, théologien, professeur et secrétaire de l'Institut théologique Iglesia Viva. Article publié le 20 janvier sur son blog personnel : Rara Temporum - http://iviva.org/hacia-el-capitalismo-feudal/

Retour en haut